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Full text of "oeuvres de walter scott"

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OEUVRES 



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WALTER SCOTT. 



TOME XXVII. 



IMPRIMERIE DE H. POURNIER , 

MOI UB nriHi, N. i4< 



OEUVRES 



DE 



WALTER SCOTT 



TRADUITES 



PAR A. J. B. DEFAUCONPRET, 



AVEC LES INTRODUCTIONS ET LES NOTES NOUVELLES 

DE Là DUniRRK RDITlOM o'ÎDIVaOOllG. 



TOME VINGT-SEPTIEME. 



HISTOIRE D*É€OSSB. 

DBUXriMB séRIE. 



PARIS , 



FURNE, CHARLES GOSSELIN, PERROTiN, 

ÉorrKURs. 
M DCGC XXXVI. 



f 



HISTOIRE D'ECOSSE. 



DEUXIÈME SÉRIE. 



COMPRENANT 

DEPUIS L'UNION DES COURONNES, 

socs JACQinS TI, 

JUSQU'A L'UNION DES ROYAUMES, 

sons LA REINB ANNE. 



dBdicace. 



A HUGH LITTLEJOHN, ESQ. 



Mon cher enfant , 

Je TOUS adresse un nouveau Tolume , lequel renferme l'his- 
toire de notre pays depuis l'époque où l'Angleterre et l'Ecosse 
furent soumises au même roi , jusqu'à celle de f Union où ils fu- 
rent enfin réunis en un seul royaume. Que tous puissiez lire ce 
Tolame avec plaisir et profit , c'est , mon cher enfant , le désir et 
l'espoir 

De votre très affectionné grand-père, 

Walter Scott. 

Abbotsford, 1 5 octobre i8a8. 



I. 



# 



HISTOIRE D'ECOSSE, 



RAGOIIT^E 



PAR UN GRAND-PERE 



A SON PETIT-FILS. 



k%^««%%%«i 



DEUXIEME SÉRIE. 



CHAPITIŒ PREMIER. 



Progrès de la ciyilisatioo. 



L'accueil fayoraUe que le public a fait à la première partie de 
cet ouvrage, écrit poar votre amusement et Yotre instraction, mon 
cher enfant y m'engage à continuer ma narration historique, jus- 
qu'à Fépoque où l'union de TAngleterre et de l'Ecosse fut rendue 
aussi complète par l'accord des sentimens et des intérêts des deux 
pays que la législature l'avait Youln, et que le demandait vaine- 
ment depuis long-temps leur avantage mutuel. 

Yons devez vous rappeler peut-être que nous nous sommes sû- 
retés au moment où Jacques, sixième du nom, qui régnait en 
Ecosse» succéda au trdne d'Angleterre par la mort d'Elisabeth , 
et devint ainsi le souverain de toute l'île de la Grande-Bretagne. 
L'Irlande &isait aussi partie de ses Etats ; la moitié de ce pays avait 



6 HISTOIRE D'EGOSSB. 

été conquise par les armes de TAngleterre, l'autre s'était soumise 
Yolontairement. Sous le règne d'Elisabeth , il y ayait eu plusieurs 
guerres arec les lords et les Chefs irlandais ; mais les Anglais 
avaient enfin obtenu la possession tranquille de cette riche et belle 
contrée. Ainsi les trois royauBies ^ formés par les iles Britan- 
niques , passèrent sous la domination d'ua seul souverain; et 
Jacques se trouva dans une situation pleine de force et de sécurité, 
ce qui y à cette époque, était le partage de peu de monarques eu- 
ropéens. 

Le pouvoir du roi Jacques fut d'autant plus grand que les pro- 
grès de la civilisation avaient augmenté les connaissances de ses 
hommes d'état et de ses conseillers , et donné de la force et de la 
stabilité aux lois qui protègent le pauvre et le faible contre les 
usurpations des riches et des puissans. 

Mais vous me demanderez peut-être, mon cher enfant, ce que 
je veux€ire par les progrès de la civilisation ; il est de mon devoir 
de vous rexpliquer auà^i intelligiblemoit que je le pourrai. 

Si vous considérez les degrés les plus inférieurs de la création, 
tels que la classe des oiseaux , des chiens , des bestiaux , ou toute 
autre classe de l'espèce animale, vous verrez que pour tout ce qui 
peut leur être utile, ces êtres sont privés des moyens de se com- 
muniquer leurs idées. Les animaux ont des cris par lesquels ils 
expriment le plaisir ou la peine, la, crainte ou Tespérance; mais 
ils n'ont aucun langage par lequel ils puissent, ainsi que les 
hommes , converser ensemble* Le Tout-Puissant, qui forma toutes 
les créatures suivant sa volonté, n'a point donné à ces classes in- 
férieures la faculté d'améliorer leur situation, ou de communiquer 
entre elles. Il y a sans aucun doute de grandes différences dans 
vl'intelligence des divers animaux. Mais quoique un oiseau puisse 
p)âtir son nid plus adroitement qu^n autre oiseau appartenant à 
.une espèce différente de la sienne, ou qu'un chien ait plus de 
jSnesse qu!un autre chien , et soit plus capable d'apprendre les 
tours qu'on lui enseigne, cependant comme il manque d'un laor 
^ge pour exprimer aux animaux de son espèce les avantages qu'il 
possède, ses talens grossiers meurent avçc lui; ainsi, les chiens et 
les oiseaux conservent leurs habitudes patives , comme ils ont 
fait depuis la création du monde ; en d'autres termes, les animaux 
ont un certain degré de raison qu'on appelle instinct, qui leur 
apprend à chercher leur nourriture, à pourvoir à leur bien-être 
et à leur sûreté,, de la même manière qu'ont agi de tout temps 



DEUXIÈME SERIE. T 

ceux qui leur donnèrent la Tie; mais cet instinct ne leur procnve 
pas la faculté de communiquer à leurs petits une innoYadon hen-^ 
reuse, ou une connaissance utile. Vous ayez dû remarquer que 
l'exemple de Thirondelle, du roitelet et d'autres oiseaux, qui con- 
yrent leurs nids d'une espèce de toit, pour les protéger contre la 
pluie, n'est point iiÉité du reste des oiseaux, qui continuent de 
construire les leurs aussi imparfaitement que le faisaient les pre» 
miers oiseaux dans le commencement du moûde. 

Une autre circonstance, qui semble calculée pour empêcher les 
animaux de s'éleyër au-dessus du rang qui leur fut assigné, c'est 
le court espace de temps pendant lequel ils sont protégés par ceux 
dont ils reçurent Texistence. Peu de semaines donnent à la jeune 
couvée de chaque saison assez de force et de hardiesse pour aban» 
donner le nid protecteur ; l'attachement si tendre qui avait existé 
tant que les petits étaient incapables de pourvoir à leur subsistance 
cesse tout à coup; quelques semaines s'écoulent, et tous les 
membres de cette famille si unie sont étrangers l'un à l'autre. Les 
agneaux, les génisses et les jeunes poulains ne s'éloignent jamais 
de leur mère tant qu'ils sont protégés par sa sollicitude et nourris 
de son lait ; mais dès qu'ils se sentent la force nécessaire pour se 
défendre eux-mêmes et l'instinct de pourvoir à leurs besoins , ils 
renoncent aux soins maternels , et les oublient à jamais. 

Ainsi, chaque classe séparée conserve d'âge en âge la même 
position dans l'ordre général de l'univers ; et aucune génération 
n'est et ne peut être ou plus instruite ou plus ignorante que ne l'ont 
été celles qui l'ont précédée, ou celles qui doivent la suivre. 

Le genre humain suit une route bien différente. Dieu, comme 
nous dit l'Ecriture, forma l'homme à son image. Il ne faut pas 
entendre par là que le créateur du ciel et de la terre ait aucune 
forme visible et palpable, à laquelle ressemble le corps humain ; 
mais cela veut dire que celui qui a créé le monde est un esprit in-» 
visible et incompréhensible ; qu'il a mêlé à la forme humaine 
quelque portion d'une essence ressemblant à la sienne : essence 
qui anime et dirige les mouvemens et la volonté de l'homme, et 
qui , au moment de la dissolution de son corps , retourne vers le 
monde spirituel d'où elle a été tirée, pour y répondre du bien et da 
mal dont elle fut le premier mobile. C'est cette essende qu'on ap- 
pelle famé. 

Il eût donc été impossible que l'homme qui possède la connais- 
sance du bien et du mal, connaissance qui lui donne quelques rap- 



8 HISTOIRE D'ECOSSE, 

ports avec cette classe supérieure composée de ces intelligences 
célestes que nous nommons des anges, et ayant , quoique à une in- 
calculable distance, quelque affinité avec l'essence de la Divinité 
elle-même ; il eût été impossible, dis-je, que l'homme eût été placé 
sur les mêmes limites, en ce qui a rapport aux progrès des connais- 
sances, que ces êtres inférieurs de la créatioB, qui ne sont point res- 
ponsables des actions dirigées par leur instinct, ni capables, par 
leur intelligence, -d'améUorer ou de changer leur condition. 
L'homme, bien différent des animaux, et dont les organes du corps 
correspondent si intimement avec les facultés de son ame, possède 
les moyens d'augmenter d'heure en heure son pouvoir, soninstruc- 
tion, sa sagesse, aussi long-temps que la vie le lui permet. 

Des nations entières peuvent se réunir dans le dessein de se 
protéger et de se défendre mutuellement ; elles ont la même faculté 
de s'agrandir et de se perfectionner; et si les circonstances sont 
favorables, elles peuvent s'élever graduellement depuis le dernier 
échelon où est placée la horde barbare de sauvages tout nus, jus- 
qu'à la dignité d'un peuple puissant et civilisé. 

La faculté d'améliorer notre condition en acquérant un savoir 
utile et qui procure les moyens par lesquels l'homme devient le 
roi de l'univers, est fondée sur ce que la race humaine est la seule 
qui, parmi tous les êtres composant la création , possède les mêmes 
avantages. Arrêtons-nous un instant snr ce sujet, mon cher en- 
fant, nous en retirerons quelques vérités aussi curieuses qu'im- 
portantes. 

Si l'homme, tout en possédant une essence ou ame immortelle 
qui le rend capable de choisir et de refuser, de juger et de con- 
damner, de rsdsonner et de conclure, était dépourvu des moyens 
de communiquer les conclusions auxquelles ses raisonnemens l'ont 
conduit, il est de fait que les progrès de chaque individu seraieiyt 
en proportion de ses propres observations et de sa propre, intelli- 
gence. Mais le don de la parole donne à chacun la faculté de mettre 
au jour des idées nouvelles, qui, au lieu de mourir dans le sein où 
elles sont nées, deviennent une partie de la masse de connaissances 
qui appartient à la communauté, et qui s'augmente et devient 
d'une utilité générale à mesure que des hommes sages et des es/- 
prits inventifs s'élèvent dans la société. Cet usage d'une langue 
parlée qui distingue si glorieusement l'homme immortel des ani- 
maux périssables, est le premier moyen d'introduire et d'accroître 
la science dans l'enfance des peuples. 



DEUXIEME SfiaUB. 9 

Une autre cause du perfectionnement de la société, est l'inca- 
pacité où se trouvent les enfans d'agir par eux-mêmes , ce qui 
leur rend si long-temps nécessaire l'attention et la protection de 
leurs parens; lors même que la nourriture que la terreproduiisana 
culture, telle que les fruits et les légumes , est en pleine maturité, 
un enfant pendant plusieurs années est incapable de la recueillir 
et de pourvoir à ses besoins. Bien plus encore, lorsqu'il faut se 
procurer des alimens par la chasse, la pêche, ou par la culture du 
sol, occupations qui exigent un degré de force et d'adresse que les 
enfans ne peuvent posséder avant d'avoir au moins douze ou qua- 
torze ans , il s'ensuit , par une loi bien sage de la nature, qu'au lien 
de quitter leurs parens dès le commencement de leur vie, comme 
les oiseaux et les quadrupèdes, les enfans restent sous la protec- 
tion de leurs pères et mères pendant bien des années, et forment 
leur esprit en acquérant toutes le^ connaissances que leurs parens 
peuvent leur donner. Il résulte aussi de ces sages dispositions de 
la Providence, que l'amour et l'affection , qui parmi les animaux 
ne sont produits que par rinstinct , et n'ont point de durée, de- 
viennent dans la race humaine un inébranlable et profond senti- 
ment fondés sur l'attachement d'un côté , la reconnaissance de 
l'autre, et L'effet d'une longue habitude. 

Par ces raisons, il arrive ordinairement que les enfans n'éprou- 
vent aucun désir d'abandonner leurs parens; ils habitent dans la 
hutte où ib sont nés, et travaillent, lorsqu'ils en ont la force, 
pour ceux qui les nourrirent dans leur enfance. Deux familles 
s'unissent ensemble, et se donnent mutuellement des secours ; c'est 
là le premier pas de la société humaine ; et Ton a trouvé dans cette 
condition des sauvages si grossiers et si ignorans , qu'ils étaient 
bien penaurdessus d'un troupeau d'animaux sauvages. Les naturels 
de la Mouvelle-Galles du sud, par exemple, sont encore aujourd'hui 
au dernier degré de l'échelle de l'humanité, ignorant tous les arts 
qui peuvent ajouter au bien-être on à la dignité -de l'existence.» 
Ces malheureux sauvages ne portent point d'habits, ne construip 
sent point de cabanes, ne connaissent pas même la manière de 
chasser les animaux ou de pêcher les poissons. Ils ne ^'emparent 
de ces derniers que lorsqu'ils en trouvent dans les rochers qui 
bordent la mer, ou lorsque la marée en jette sur le rivage. Us se 
nourrissent des substances les plus dégoûtantes, mangent des 
serpens, des vers, des lézards, enfin tout ce qu'ils peuvent se 
procurer. Ils savent , il estyrai^ allumer du feu, et dans ce sens 



10 mSTOIRE D'EGOS$E. 

seulement, ils sont sortis de la plus profonde ignorance à laquelle 
Phomme puisse être assujetti; mais ils n'ont point appris 
à faire bouillir de Feau, et lorsqu'ils voient les Européens ac- 
complir cette opération si simple, la plupart prennent la fuite, 
•ou sont saisis de terreur. Des voyageurs nous citent d'antres 
^sauvages qui ne connaissent pas même Tusage du feu , et qui ne 
soutiennent lent misérable existence que par des coquillages et du 
poisson cm. 

Et cependant, mon cher enfant, de cet état vil autant que déplo- 
reble, qui semble au-dessous de celui des animaux, l'bomme a le 
pouvoir de s'élever au plus haut rang que la Providence lui ait 
destiné. A mesure que les occasions se présentent, ces hordes de 
sauvages peuvent acquérir les arts des peuples civilisés : elles 
construisent des huttes pour se garantir des intempéries de l'at- 
mosphère; elles inventent des armes pour détruire les bétes féroces 
•dont elles sont entourées, et pour tuer celles dont la chair est utile 
à leur subsistance. Elles plantent des arbres à fruits ^ et sèment 
des graines, aussitôt qu'elles découvrent que {es prp^iictiohs^es 
plus nécessaires peuvent s'accroître et s'améliorer par la cuhure 
et l'industrie. Ainsi les progrès de la société humaine , à moins 
qu'ils ne soient suspendus par quelque malheureux événement, 
s'avancent peu à peu, et chaque génération nouvelle, sans perdre 
aucun des avantages déjà obtenus, en acquiert d'autres qui étaient 
inconnus à la génération qui l'a précédée. 

•Par exemple, lorsque trois ou quatre famiilles errantes se sont 
réunies, se &ipent dans un lieu, et commencent à cultiver la terre, 
à bâtir des huttes sur le plan d'un village ou d'un hameau, elles 
conviennent en général de se chbisir un maître, pour être leur 
juge, l'arbitre de leurs disputes, en temps de paix, et le chef qui 
les conduit pendant la guerre. Voilà le fondement d'un gouverne- 
ment monarchique. Quelquefois les affaires publiques soiit dirigées 
par un conseil , un sénat , composé des vieillards et des hommes 
les plus sages de la tribu. Voilà l'origine des états républicains. I>e 
toute manière ils se mettent sous la protection d'un gouvernement 
quelconque, et obéissent à des loiis qui préviennent ou pninssent 
toute querelle. 

Des changemens iraportans sont amenés par le temps; d'abord, 
sans aucun doute, les membres de la communauté mettent en 
commun les fruits et le produit de la chasse. Mais bientôt la raison 
enseigne que celui qui emploie son adresser son travail à rendre 



rauxnniE 8B1B. u 

la terre productive , acquiert on droit de propriété sur le produit 
^e sa peine et ses efforts ont peur ainsi dire créé. Ainsi , il est 
bien vite reconnu que l'homme qui plante un arbre a seul le droit 
de se nourrir de ses fruits , et que celui qui a semé un champ de 
blé a le privilège d'en recueillir le grain. Sans les soins du plan* 
teur et du laboureur, il n'y aurait eu ni pommes ni blé ; il est donc 
juste de les laisser jouir du produit de leurs peines. De la même 
manière, l'Etat lui-même est censé acquérir un droit de propriété 
sur les champs que les membres qui le composent ont cultivés, et 
dans les forêts où ils exerçaient autrefois la chasse et la pêche. Si 
des hommes d'une tribu dîfGérente entrent sur le territoire d'une 
nation voisine, il survient une guerre ; et la paix n'est obtenue qu'en 
proposant des deux côtés des conditions raisonnables. C'est ainsi 
qu'un Etat naissant étend ses possessions, et, par ses communica^ 
tiens avec d'autres tribus, pose le fondement de lois générales qui 
règlent la conduite des nations les unes envers les autres, tant pen- 
dant la paix que pendant la guerre. 

Viennent ensuite d'autres organisations non m<nns importantes, 
qui tendent à augmenter la différence entre les hommes dans l'état 
primitif de la société, et ceux qui jouissent des bienfaits de la d- 
vilisatimi. Une des plus remarquables est la séparation des ci- 
toyens en différentes classes, et l'introduction de l'usage de 
^argent. Je vais essayer de vous rendre ces grands changemens 
intelligibles. 

Dans l'état primitif de la société, chaque membre de la commu- 
nauté fournit à tons ses besoins par son travail personnel. Sa 
chasse lui procure des alimens; il sème et récolte son propre 
grain, cueille ses propres fruits; il taille les peaux qui lui forment 
des habits, il fait les chaussures qui protègent ses pieds. Il est, 
ainsi, bien ou mal couvert, en proportion de son adresse person- 
nelle et de son industrie. Mais le temps apprend qu'un homme a 
une activité particulière à la chasse, étant, nous le supposons, 
jeune, actif et entreprenant; un autre, plus âgé, et d'un caractère 
pins tranquille, se plaît à labourer la terre, ou à diriger des trou- 
peaux de boeufs et de moutons ; un troisième, boiteux peut-être, ou 
infirme , a l'adresse de tailler les vêtemens et de les assujettir en- 
semble, ou bien de faire la chaussure alors en usage. Il arrive donc, 
et pour l'avantagé de tons, que le premier ne s'occupe que de 
diasse, le second se livre à la culture de la terré, le troisième reste 
chez lui, et foit des habits et des souliers. Mais il s'ensuit, et c'est 



12 HISTOIRE D'ECOSSE. 

ane conséquence nécessaire, qae le chasseur est obligé de donner 
à celai qui cultive les champs une partie de son gibier et de ses 
peaux, s'il désire avoir du blé pour faire du pain, ou une vache 
pour donner du lait à sa famille; et que l'un et l'autre doivent 
offirir encore une partie des productions qui leur appartiennent à 
un troisième homme qui est devenu tailleur et cordonnier. Chacun 
peut donc se procurer ce qu'il désire, plus aisément et beaucoup 
mieux, lorsque les occupations sont divisées, que si chaque homme 
était en même temps chasseur, laboureur et tailleur. Il s'acquit- 
terait mal de ces trois états ensemble, il fait donc mieux de s'en 
tenir à ^ celui qu'il comprend parfaitement et qu'il pratique avec 
succès. Ce mode de paiement se nomme troc, échange : c'est le 
premier trafic par lequel les hommes partagent entre eux Içurs 
propriétés , et satisfont leurs besoins en se privait de leur superflu • 

Mais dans la suite des temps, on trouve les trocs incommodes, 
le laboureur n'a pas besoin de chaussure au moment où le cordon- 
nier a besoin de grain , ou bien le cordonnier n'a pas besoin de 
fourrure, ni de gibier, tandis que le chasseur veut avoir des sou- 
liers. Pour remédier à cet inconvénient, presque toutes les nations 
ont introduis l'usage de ce que nous appelons de î argent; c'est-à- 
dire qu'elles ont choisi quelques matières particulières capables 
d'être divisées en petites parties, qui, n'ayant en elles-mêmes 
aucune valeur intrinsèque, sont néanmoins reçues comme repré- 
sentant la valeur de toute espèce de denrées. Dans quelques pays 
on fait usage de coquillages d'une espèce particulière; dans 
d'autres, on se sert de peaux, de drap, de fer ; mais l'or et l'argent, 
divisés en petite quantité, sont généralement employés smr presque 
toute la surface du globe. 

Afin que vous puissiez comprendre l'utilité de cette représenta- 
tion portative de la valeur des marchandises , et ce qu'elle a de 
commode, supposons que le chasseur dont nous parlions tout à 
l'heure ait besoin d'^ne paire de souliers, que le cordonnier ne 
désire point de gibier, tandis qu'il voudrait avoir du grain, et que 
l'agriculteur désire à son tour d'autres n^archandises que des sou- 
liers. Voilà trois hommes qui veulent se procurer des objets qui 
leur sont nécessaires ou commodes , et qu'ils ne peuvent obtenir 
par échange, parce que celui auquel ils s'adressent n'a pas besoin 
de ce qu'ils lui offrent. Supposons maintenant que l'usage de l'ar- 
gent soit introduit, et sa valeur reconnue, ces trois personnes trou- 
èrent aussitôt ce qu'elles désirent. Le cordonnier ne veut point du 



DEUXIEME SERIE. Il 

gibier qae le chasseur offre de vendre ; mais il y a un antre homme 
dans te village qni en a besoin, et l'achète pour cinq pièces d'ar- 
gent. Le chasseur vend sa marchandise, va trouver le cordonnier, 
etcelui-Ksi donne, pour de l'argent, ce qu'il ne voulait pas donner 
pour du gibier* Il se rend chez le laboureur, achète à son tour la 
quantité de blé qui lui est nécessaire ; tandis que le fermier se pro* 
cure aussi ce qu'il a besoin , du garde son argent pour le dépenser 
lorsqu'il en trouvera l'occasion. 

L'invention de l'argent est suivie de l'accroissement du com- 
merce; il y a des hommes qui s'occupent d'acheter des articles 
dont ils n'ont aucun besoin, pour les revendre avec un profit 
quelconque, c'est-à-dire qu'ils les vendent un peu plus cher qu'ils 
ne les ont achetés. Ceci est commode pour tontes les parties, puis- 
que les propriétaires primitifs ne demandent pas mieux que de 
vendre à bon marché à ceux qui ouvrent des magasins et des bou- 
tiques, afin de s'éviter la peine de colporter leurs marchandises 
d'tin endroit à un antre pour trouver des acheteurs ; et que le 
public consent volontiers à s'adresser à ces marchands intermé- 
diaires, parce qu'on est sûr de trouver promptement chez eux ce 
dont on a besoin. 

Les nombreuses transactions occasionées par l'introduction de 
Targent, et d'autres circonstances, détruisent bien vite l'égalité 
des rangs qni existe dans le premier état de Ja société. Quelques 
hommes deviennent riches, et paient les secours des autres pour 
&ire leur ouvrage. Quelques-uns sont pauvres, et sont les servi- 
teurs de ceux qui les nourrissent ; d'autres sont sages et habiles , 
se distinguent par leurs exploits à la guerre et leurs conseils pen- 
dant la paix , ils s'élèvent an gouvernement'des affaires publiques ; 
d'autres encore , et c'est le plus grand nombre , n'ont que le cou- 
rage nécessaire pour suivre ceux qui les conduisent, et ne possèdent 
que le talent d'accomplir ce qu'on leur commande. Ces derniers 
tombent, comme de raison, dans l'obscurité, tandis ^ue les autres 
deviennent des généraux et des hommes d'état. L'acquisition du 
savoir et des talens tend aussi à augmenter la différence des rangs. 
Ceux qui reçoivent une bonne éducatioli , par lé soin de leurs pa- 
rens, ou qui possèdent assez de force d'esprit et de persévérance 
pour s'instruire eux-mêmes, se séparent des ignorans, et forment 
une classe distincte et une condition à part; ils n'entretiennent de 
communication avec leurs inférieurs qu'autant que cela leur est 
nécessaire. De cette manière, l'ordre entier de la société est 



14 HI8T0IIŒ. D'BGOSSB. 

changé; et au lien de présenter l'uniforme aspect d'une grande 
famille 9 dont chaque membre a presque les mêmes droits, elle 
ressemble plutôt à une confédération ou à une association de 
diverses classes, de divers rangs et condilions, dont chaque corps 
forme u^e espèce de département dans U société, dont les devoirs 
d§ chacun sont différons de ceux des autres* 

Les degrés par lesquels une nation s'élève de l'état naturel et 
simple que nous .venons de décrire, 4ans le système plus compliqué 
où les rangs sont distingués les uns des autres, s'appellent les 
progrès de la société ou de la civilisation. Ces progrès sont mêlés, 
èomme toutes les choses humaines, de beaucoup de mal et de 
beaucoup de bien ; mais il semble que ce soit une loi de notre 
nature morale, que ces altérations doivent avoir heu, soil plaa 
vjitQ, soit plus lentement, en conséquence des inventions et du p«> 
fectionnement des générations qui se succèdent. 

Un autre changement qui est le résultat de conséquences non 
moins importantes, vient de la tendance graduelle Vers la civilisa» 
tion. Dans la société primitive, chaque homme de la tribu est un 
guerrier , et il est forcé de servir lorsque son pays a besoin de 
son bras. Mais plus tard, l'état militaire, du moins dans des cir- 
constances ordinaires, est rempli par des soldats de profession ^ 
dont l'affaire est de se battre pour l'Etat, quand cela est nécessaire 
qui sont payés par la communauté, dont les autres membres, par 
ce moyen, n'interrompent pas leurs paisibles travaux. Ce change- 
ment produit des conséquences trop importantes pour que nous 
puissions nous en occuper dans ce moment. 

Nous avons dit que ces changemens étonnans qui amènent 
l'homme à demeurer dans des châteaux et des villes, au heu d'ha- 
biter des huttes et des forêts ; qui le rcaident capable de enltiver 
les sciences, de dompter les élémens, au lieu d'être plongé dans 
l'ignorance et la superstition, sont dus à la raison dont Dieu a 
gratifié l'espèce humaine, et, dans un degré moins éminentj au don 
de la parole, par lequel nous pouvons communiquer aux autres les 
résultats de nos propres réflexions. 

Mais il est évident que lorsque les progrès de la société reposent 
sur la tradition orale , ils sont sujets à être souvent interrompus. 
L'imagination de celui qui raconte, la faiblesse d'esprit de celui 
qui écoute, peuvent conduire à plusieurs erreurs; et il est généra* 
kment reconnu que les connaissances ont fait des progrès bien 
knts, jusqu'à ce que l'art de l'écriture ait été découvert, art par 



DEUXIEME SERIE. 1^ 

leqvd one forme fixe, exacte et matérieUe, est donnée à la sagesse 
des siècles passés. Ce bel art une fois connu, on peut être certain 
d« la conservation et des progrès des sciences. L'histoire n'est plus 
confiée an soayenir des vieillards, elle prend un corps impérissable 
elle peut alors être soumise à la révision de diverses personnes ' 
jasqu'au moment où le sens est clairement expliqué et compris, et 
qp'il ne reste plus aucun doute, aucune incertitude. 

L'art d'écrire oppose une barrière aux violentes révolutions ^ 
qui ont lieu si souvent dans le commencement des états, et par 
lesquelles les fruits de la science sont aussi fréquemment détruiu 
q»e les firuits de la terre le sont par un ouragan. Supposons, par 
exemple, un événement qui est souvent arrivé aux états naissans • 
supposons qu'une nation qui a fait de rapides progrès dans les arts 
soit envahie et subjuguée pa* une autre plus puissante, ou plus 
nombreuse, quoique plongée dans Tignorance; il est certain que 
les vainqueurs n'attachant aucune importance aux sciences des 
vaincus, les sciences, si elles sont seulement confiées à la mé^ 
moire des individus qui viennent d'être soumis, seront insensible- 
nient perdues et oubliées. Mais si les découvertes furent confiées 
* ''fcriture, les manuscrits où elles ont été décrites, quoique 
négligés pendant un certain temps, attireront probablement l'a t- 
tention à une époque plus heureuse. Ce fut ainsi que Tempire 
romain, lorsqu'il eut attebt son plus haut degré de splendeur, fut 
conquis et renversé par des tribus de barbares. Ces admirables 
compositioiis classiques , qui sont appréciées de nos jours à leur ■ 
jaste valeur, furent sauvées de la destruction et de l'oubli par les 
manuscrits que le hasard avait conservés dans les vieilles biblio- 
thèques des églises et des couvons. On doit regarder comme une 
maxime infailliUe, qu'une nation ne peut faire de rapides progrès 
^as les sciences utiles et dans la civilisation, jusqu'au moment où 
lo perfectionnement est rendu stable par l'invention de récriture. 

Une antre découverte presque aussi içiportante que celle de 
1 art d'écrire, fut faite dans le quinzième siècle. Je veux parler de 
invention de l'imprimerie. L'écritiire à la main était une opération 
difficile, lente et dispendieuse. Lorsqu'un manuscrit est achevé, il 
<^nn la chance d'être mis de côté dans la poussière de quelque 
^ande bibliothèque, oii il peut être négligé par les studieux, ou 
doit du moins n'être accessible qu'à uà petit nombre de personnes, 
^ " est exposé à être détruit par de nombreux accidens. Mais 
UdmiraUe invenlion de l'imprimerie donne à l'artiste le moyen 



16 mSTOIRB D'ECOSSE. 

de tirer des milliers de copies d'an mânnscrit original , en les 
gravant snr le papier en moins de temps et avec moins de frais 
qu'il n'en faudrait pour faire avec là plume cinq à six copies du 
même manuscrit. Depuis Fépoque de cette glorieuse découverte , 
des connaissances de tout genre sont sorties , pour ainsi dire, des 
ténèbres des cloittres et des universités, d'où elles étaient connues 
d'un petit nombre de savans, pour paraître à la lumière du jour, 
où leurs trésors sont accessibles à tous les hommes. 

La Bible elle-même , dans laquelle nous trouvons les lois de la 
vie éternelle, et mille leçons pour notre conduite dans le monde, 
était inaccessible avant l'invention de Timprimerie, excepté aux 
prêtres de Rome^ qui trouvaient leur intérêt à n'en permettre la 
lecture qu'aux personnes de leur ordre ; ils cachaient ainsi l'alté- 
ration et la corruption que l'ignorance et la mauvaise foi avaient 
introduites dans la belle simplicité des Saintes-Ecritures. Mais lors- 
que , par le moyen de là presse , les copies de la Bible devinrent 
si nombreuses, qae tous ceux qui se trouvaient au-dessus de la 
plus misérable pauvreté purent à bon marché se procurer ce livre 
divin, on en appela généralement des erreur^ et des usurpations 
de l'Eglise de Rome , à cette parole divine sur laquelle elle pré- 
tendait avoir fondé sa domination. 

Un trésor jadis caché au public se trouva alors à la portée des 
laïques comme des clercs. Les conséquences de ces recherches, 
que l'imprimerie seule pouvait rendre faciles, donnèrent nais- 
'sance à l'heureuse réformation de l'Eglise chrétienne. Cet art si 
noble rendit les connaissances temporelles aussi faciles que celles 
qui concernaient la religion. Les ouvrages d'histoire, de science, 
de morale, ou d'agrément, qui pouvaient iiistruire ou amuser, 
furent imprimés à grand nombre , et se répandirent parmi le 
peuple. Ainsi il fut impossible que le temps fit oublier d'impor- 
tantes découvertes , et l'on n'eut plus la crainte de voir détruire, 
les arts et la littérature par la perte des manuscrits qui en conser- 
vaient les souvenirs. 

En un mot , l'im^irimerie est une invention qui donne à chaque 
incKvidu la faculté de s'adresser à ses compatriotes sur les sujets 
qu'il juge importans , et qui permet à une nation entière d'écouter 
la voix de cet homme, quelque obscure qu'il soit, et de le com- 
prendre avec autant de facilité qu'un chef indien est compris de 
sa tribu qu'il harangue autour du feu du conseil. On ne doit pas 
oublier l'importante différence qui existe entre un orateur et un 



^ DIUXIRME SEBXE. 17 

antear ; Foratear ne parle qa^aax personoes présentes, mais l'an- 
tear d'un livre s'adresse , non seulement à la génération actoelle, 
mais à tontes celles qni suivront , si son ouvrage est utile. 

J'ai tâché devons tracer les degrés que parcourt la civilisation 
dans la société , avec plus on moins de rapidité , snivant que les 
lois, les institutions et les circonstances la favorisent on la re- 
tardent. Par ces progrès de la civilisation , l'homme , qui est doué 
de raison 9 et destiné à l'immortalité , améliore peu à peu la condi- 
tion dans laquelle la providence l'avait placé y tandis que les ani- 
maux continuent à protéger leur existence par les mêmes moyens 
de conservation que l'instinct seul indique à leur espèce depuis la 
création^ 

J'ai appelé votre attention un peu longuement sur cette ma- 
tière , parce que vous remarquerez mieux maintenant le change- 
mentqui s'était opéré graduellemeni et lentementdans les royaumes 
d'Angleterre et d'Ecosse , où de longues querelles étaient termi- 
nées, en apparence» par l'avènement de Jacques VI , d'Ecosse, à 
la couronne d'Angleterre. Ce prince porta , dans ce puissant 
royaume, le titre de Jacques 1* 



er 



CHAPITRE II. 



lofirmîiés et immTais caractère d'Elisabeth dan* les dernières années de sa Tie. -*- kréntm^nt M 
Jacques VI. agréable so|is ce rapport aux Anglais. — Affluence des Écossais )i la coor de Londres ; 
querelle entre eux et lés AnglaÎN. -^ Combat singalrer entre Stewart et ^^barton. — AttrnUt de 
•sir Jobn Ayres contre lord Herbert. — Assassinat de Tnrnel', mailre d'armes, par deux pages de 
lord Sanqiibar. — Exécution des trois assassins. — Statuts contre l'assassinat par le poignard. 



L'île entière de la Grande-Bretagne était réunie sons un roi, 
qaoiqu'elle restât en effet divisée en deux royaumes séparés , gou- 
vernés chacun par leur propre constitution et leurs différens codes 
de lois , mais susceptibles d'être de nouveau désunis , dans le cas 
où le roi Jacques mourrait sans laisser de postérité , les royaumes 
pouvant être réclamés par plusieurs héritiers. Jacques avait deux 
fils, mais il était possible qu'ils mourussent avant leur père /et 
alors les sceptres d'Angleterre et d'Ëeosse eussent été portés par 
difiérentes mains. La famille Hamilton aurait succédé an trône 
d'Ecosse^ et le plus proche héritier d'Elisabeth, à celui d'Angle- 



t^ Hisrrpiju; vwcùsem. 

terre. Quel élaît ee ploA preehe héritier ? il eût été 4iflictle 4e 1» 
décider. '* 

On aurait pu peaeer qae Jacques » le aoiiTeraitt d'à» royeenae 
pfàH^e et stérile p qpi peadaiil. pLuéieur» sièvlee airait aouDena me 
guerre pvea^ie eoelinuelle eontve l' Angtsterre », serait reçu firoi* 
danent par. ium uaiieni haUtuée à mépriser les Ecessaîs à cause 
de leur pauvreté , et à les eensidérer cenoie des ennemis , vu leuv 
Gû&aïaiite a^vsersioa pour le sang et le mma aoglaia* O» aurait pm. 
sufpoéer eiicere qu'a» peuple aossi fiev qwe le peuple anglais eftt 
rcgei^dé d'ttft mau^vais œil le cbangement de dynastie , transférant 
le: 6aq»tr4i de la maim des Tudors y ^ l'a^yaient porté pendcutt cinf 
règnes successifs y dans celle d'un Stuart, descendant de&aoeîens. 
eQoemîsde kt natioa anglaise. Mai», grâce à la Pnmduice., tandis 
que de lellesTaMens* ejtistaicm» pour readre ravéneinen t de Jacqves* 
et l'imon des deux couvonnea edîew^ aux Anglais , d'antres cîf* 
co«alanoea l'empevtaient v» ees objectioiia , iieni«ei>lenent parmi 
les .ohiseea éle^s ^ mais aossi pavmi le peuple » qui est cependant. 
te«îeudPs eoatcaive aux aoovcvvins étrangers , par la seule raiao» 
qu'ils sont étrangers. 

Après un long et glorieux règne, la reine Elisabeth devint d'un 
caractère plus difficile et plus irrésolu que dans sa jeunesse, plus 
impérieuse, et plus portée à exercer un pouvoir arbitraire dans 
les plus légères occasions. Une des causes principales du mécon* 
tentement du peuple , était le refus obstiné de la reine , de prendre 
qoelffuea arrauigemeiis pour la s«ccessîoii an tr6ncr après sa mort. 
Ses soupçons et son entêtement à ce sujet , donnaient lieu à des 
aeènea étisaiigea» Parmi beaucoup d'antres , celle que* mma allons 
raconter prouve le déplaisir qu'elle éprouvait à entendre parler de 
la vieillesse et de ses suites. 

L'évêque de Saint-David prêchant en la présence de Sa Majesté, 
chioisit pour sec» texte : « Cempfst le nombre de voe /oars , à/ln 
« {^Appeler la smgesse fiaiis ifos cœW'S » ( ps. XC, v« 1 2.) , faisant 
allasien à l'âge avancé de. la reine^ qui avait alora soixante-troi» 
ans, et «ux infinMÎlÀ,, eenséquence inévitable de la. viei Messe ; ^^ 
amamt^ poir exemple, lorsqw les den$s ne soné pins ^ en petit 
ntmJbre ti foe la %me ^offaMU: — lotsqme les/UUs de la joie ei da 
chanê- umnU kamiUrtSf -^et antres allusiQnsaemblabtes, La reine 
fut aussi méeontente da choix de oe texte ^ que de semblables €•«• 
a8tle^;.ellc ogyrît^briK iif m ent la faêtrede la tmbunedans laquelle 
eiitenéuiit amitei^et pii4, le |rédîe«ieti! drgttrdet tfaevis pouir bd*- 



MKr^milE SBÊMt. it 

vAbê», aitfemAi qu^eUe s'apet^eraît que lès plus grands clerc» 
ii^élsient pas les plus sages. Son mécontentement ne* s'arrêta pae 
là y YévéqoG est l^ordre de se Hemr rènlérmé chez lui pendant ni» 
sevtain temps; et quelques joara après., fetsant allusionà oetteeir* 
constance , ElisabeiAi dit » ses eeur tâsana^ eombien* Pévéqne* s» 
tFompait en la supposant aussi ^eiltieqiie peut-être ilil^feait'lui» 
même. EHe remerciait Dieu , ajonta^t-^liey de loi afoir eenservé 
son estomac, sa force, s» toîx ponr chamer, son talent pour 
joaer des instrumens. Et pour prouver la bonté de ses jen^ , elto 
montra un petit bijou où se trou'vait une inscription en très petites 
lettres, et elle le présenta à lord Worcester et à sir James Grofts 
poar Ure PkiBcription; ces denx seigneurs aTaient trop de tact 
pour ne pas paraître myopes4ain onesemblaMe occasion ; alors 
BUsabeth la hit »vec un air d'aisance , et se mit à rire de Perrenr 
da bon évéqne. Les fontes d^fltisabeth , quoique- provenant princt* 
paiement de sa TÎeillesse et de* sa man^aise humeur, étaient ob- 
servées et condamnées par ses sujets, qui commençaient ouverte- 
mâit à se montrer las du règne d'une femme, oubliant combien 
il avait été glorieux , et désiraient d^étre gouvernés par un roi. 
Participant à ce sentiment général, le plus seéret confident d'Eli- 
sabeth'et son conseiller, str Robert Cécil , qui devint ensuite-comte 
dcSalisbnry,' tourna ses pensées vers le roi d^oosse, comme le 
{dus proche héritier de la couronne. Jacques était un prince pro* 
testafnt , ce qm7ni assurait la faveur de l'Eglise d'Angleterre , et 
ccnecfes nombreux partisane de te religion protestante. Ceeil en- 
tretint unecowrespotîdance avec le roi d'Ecosse , par laquelle il lui 
traçait la route qu'il devait suivre pour assurer sesdroits à la cou- 
ronne d'^Angîeterre. D'un autre côté, les catholiques du royaume, 
SUT fesquels le gouvernement d'Elisabeth (Usait peser des lois très 
sévères, désiraient également l'avènement de Jacques; car ce- 
prince ayant eu pomr mère tme priwaesse fort attachée à ta relî- 
gîoa catholique, iTs espéraient quelques faveurs, ou du moins 
qaelqne souhigemerit à tous les maux qu'ils avaient so^ufferts. Le* 
comte de Northùmberland entretenait une correspondance avec 
Jacques en eoééd^s catholiques, dans laquelle il offrait d'assurer* 
fes droits du roi d^Eoosseà la Succession par la force des armes. 

Jacques tenait ee^ intrigues aussi secrètes que possible. Si Pnne 
on Fautre avait été découverte par Elisabeth , ni les services de 
Ceélf ni la hante naissance et le pouvoir du* due de Northnmber-^ 
hnd^ ne les eussent sautés de loutek sdvéî^ité dct son indignation* 

a. 



20 HISTOIRE D'ECOSSE. 

Gecil fut un jour sur le point d'être démasqué. Tandis que le SC'- 
crétaire était de service auprès d'Elisabeth^ un courrier remit 
entre ses mains des lettres secrètes du roi d'Ecosse. « — Onvrez 
-vos dépêches, dit Elisabeth , et faites-nous connaître les nouyelles 
d'Ecosse. » — Un homme qui eût eu moins de présence d'esprit 
aurait été perdu; car si la reine avait vu la moindre hésitation de 
la part du ministre, ses soupçons auraient été éveillés, et Tintrigue 
découverte. Mais Gecil, se rappelant l'aversion naturelle de la 
reine pour les odeurs désagréables, aversion qui était augmentée 
par la croyance du temps, que les maladies contagieuses et lespoi-, 
sons subtils pouvaient être communiqués par l'odorat, Tadroit se- 
crétaire profita de cette circonstance , et tandis qu'il coupait les 
liens du paquet , il observa qu'il avait une étrange et désagréable 
odeur; à ces mots, Elisabeth le pria d'emporter le paquet hors de 
sa vue, et de l'ouvrir avec les précautions nécessaires. Gecil pro- 
fita de cette permission pour retirer du paquet tout ce qui aurait 
pu trahir sa correspondance ayec l&roi d'Ecosse. La politique et 
les vues de Gecil furent secondées par les seigneurs de la cour; il 
n'y avait en effets aucun héritier du trône dont les droits pussent 
être opposas à ceux de Jacques d' Ecosse. 

On doit ajouter, pour baser sur quelques fondemens cette appro- 
bation généra le^ que les défauts de caractère de Jacques n'avaient 
point encore attiré l'attention tandis qu'il occupait le trône d'E- 
cosse., La difficulté de sa position était alors si grande, il était ex- 
posé à tant de dangers par la haine du clergé , les quereUes des 
nobles, et les dispositions hostiles du bas peuple, qu'il n'osait se 
livrer à ces caprices puérils, et aux bizarreries dont plus tard il se 
rendit coupable quand il fut davantage maître de sçs actions. Au 
contraire, il était obligé de rechercher les plus sages conseillers, 
d'écouter les avis les plus prudenS;, et de «acher son goût à encou- 
rager les favoris oisifs , les parasites et les flatteurs , aussi bien 
que le désir intérieur qu'il éprouvait d'étendre son auiorité plus 
loin que la constitution du pays ne le permettait. A cette époque, 
il gouvernait par les conseils dé ministres, teb qqe le chancelier 
Mâitland, et Home, comte de Danbar, hommes d'état distingués, 
dont les mesures prudentes et les lois utiles donnaient au roi une 
réputation de sagesse. Jacques n'était pas dépourvu lui-même 
d'un certain degré de sagacité; il possédait tout ce que peut don- 
ner le savoir accompagné de pédanterie, et une finesse d'esprit 
qui le rendait capable de jouer le rôle d'un homme de sens, jsoit 



DEUXIEME SERIE. 21 

qu'il agît* sons l'inflaeiice de la contrainte on de la penr , on bien 
lorsqu'il ne se présentait aucune occasion de commettre quelques 
folies. Ce fut par ces qualités précaires qu'il acquit dans sa jeu- 
nesse la réputation d'un roi sage et capable , mais lorsque , dans 
la suite, son caractère fut mieux connu, parce qu'il était placé 
sur un théâtre plus élevé, on trouva qu'il ne méritait pas d'autre 
titre que celui qui lui fut donné par un profond politique fran- 
çais , qui l'appelait ordinairement « le fou le plus sage de la chré- 
tienté. ». V 

Malgré les défauts du roi Jacques , l'Angleterre accueillit son 
avènement an trftne avec plus d'empressement et de joie qu'elle 
m'en avait jamais montré pour aucun prince. Une foule de sujets 
de tous rangs se présenta sur son passage, pour raccompaguer, 
pendant son voyage en Angleterre, jusqu'à la capitale du royanme. 
Les riclîes lui offrirent leurs biens, les grands lui donnèrent des 
fêtes magnifiques, et les pauvres, qui n'avaient rien à offrir que 
leur vie, semblaient prêts à la dévouer à son service. Quelques 
personnes de la suite de Jacques, qui connaissaient son caractère, 
craignaient le dangereux effet qu'un tel changement pouvait pro- 
daire en lui : « Que la peste étouffe ce peuple, dit un des plus vieux 
serviteurs de Jacques, ils vont gâter un bon roi. » 

Un antre Ecossais fit une réponse spirituelle à un Anglais qui 
désirait connaître quel était le véritable caractère de Jacques. 
« Avez-vous jamais vu, dit l'Ecossais, un singe apprivoise? Si 
vous en avez vu , vous devez savoir que si l'animal vous appar- 
tient, vous pouvez me faire mordre par lui; mais que s'il devient 
à moi , je puis vous flaire mordre à mon tour. » 

Le' temps prouva la vérité de ces bons mots; le roi Jacques , 
parvenu de la pauvreté à la richesse, devint léger, prodigue, in- 
dolent , adonné aux plaisirs. Les douces flatteries du clergé an- 
glais, qui l'avait proclamé chef de l'Eglise, entièrement opposées 
aux rudes attaques des ministres presbytériens d*Ecosse , qui 
avaient à peine accueilli sa demande d'être un des membres les 
plus inférieurs de leur clergé, ajoutèrent un nouveau degré de i idi- 
câle à ses prétentions théologiques. Enfin, tiré d'un pays 011 sa 
liberté personnelle et celle de son gouvernement étaient souvent 
en danger ainsi que sa vie, il fut donc transporté de joie lorsqu'il 
setrouva dans une position où non*seulement sa volonté n'était 
jamais contestée dans tout ce qui avait rapport à lui, mais parais- 
sait être la règle à laquelle tout loyal sujet devait se soumettre. 



22 HISICliftB l»*£OM&E. 

dans toute son éiendue da pouvoir qu'<m <Uii -affrMU D'un iim^ 
narque équitable et juste , il «devint. un despote arJntrBiirey etj, 
au lieu de s^ussiyettir au «U'avMl du eabiaiet oosune jas^'aiare 
il en avait eu l'habitude , il |>aftsa son temps à k chasse et dans 
les fèiea. 

De oette'mamèFey JaoqneSy malgré m^afid aa^<ttr*et beao- 
jcoiip de.pédaBterie,.se plaça sousia^tuiteUe d'indigaesiav^Mris, e^ 
malgré son bon naturel et l'amour de la justice , il fut souvent eo- 
traîaé à des aoti«DS et à des meaUf es qui , si elles ne méritent 
pas tout*àrfait d'éiire appelées tyranniques , étaient au moins illé- 
,^ales etii^ttstes. Mais c^e^ du gouvernement de TEcosseque nous 
traitons maintenait : et je vais essayer de vous «^^poser les coft- 
aéquences qm >ré8altài!ient;pear les fioos^is de leur union avec 
l'Angleterre. 

Si la nation anglaise était satisfaite de Tocevoir Jacques fomr 
.non «sc^UTeMÛa , le peuple^ossais in'<étakpas.m<»ci8 séduit par les 
espérances que lui faisait concevoir l'avènement de sen^nonarque 
il un royaume si poissant. Ils considéraient la baute feirtune de 
Jacques «emme un augure de la ^grandeur future de leur nation. 
Chaque Ecossais ^i particulier esp^ait recueilUr sa part des 
'lûcbesses qu'on eupposiiît abonder en Angleterre^ ils se ^rendirent 
à la cour fiar miUi^^y empressés de les partager. 

Jacques fut blessé deiravidttérot de l'importunili de ses oompa- 
«tantes afiieunés, etbumilîé de -leur pauvre etmisérable apparenoe 
iparmi les Tiobeseeigaevrs anglais, eecqui «attirait du ridicule et dn 
discrédit sur le pays auquel il appartenait. Jl envoya des instrue* 
tioos ancooseil piîvé d'Ecosse, alfin d'*empécber «ces importuns de 
quitter letrr patrie , i^ontant que leurs manières et leur touimune 
«étaient ane disgrâce pour ijous les. habîtans de TEcosset Une-f»e- 
damation s'ensuivit à EdiBibourg, aanonçabt qu'un ^and nombne 
d'hommes et dé femmesde «basse icKtraction, sans noms, sanspre- 
^priétés, sans commence, qasttaient rEocese pour se rmidre ^à la 
eour d'Angleterre , qui en étsût revtpbe , au grand déplaisir de Sa 
Majesté; car ces gens tn'tétant, dans l'opinien de eeux qm les 
avaient vus, que des paresseux et des misérables, leur importu- 
nisé et kur nombre donnaient l'idée qu'il n'y avait aucune per- 
sonne distinguée dans un pays quifournissait une telle muliitadede 
vagabonds. On seplaignait aussi dece que cesimportttnsaUéguAÎeiit 
.ordinairanent que la cause de leur aj^rîtion à la cour ëtait.pmvr 



réclamer le paiement de vieilles dettes faites par le roi : « ce qvi , 
de tons les genres d'importunité, 9 disait la jkroclamation avec 
nne grande simplicité, « était celm qni déplaisait le plas an roi. » 
On donna l'ordre d'afficher cette proclamation à 'toutes les croix 
des places de marché, en Ecosse, avec Tintimation qu^ancun Ecos- 
sais n'aurait la liberté de voyger en Angleterre sans la permis- 
sion du conseil privé , et que les vaisseaux transportant des pas- 
sagers qui n'auraîeiit. pas obteaii .de Koenoe» seraient sujets à 
confiscation. 

Mais-qnoîqselemcusajrfitilMit^e'qiti'étafft en aan fiOHVoîrf onr 
-m débarrasser de ces grossiers oonrtisana, ily.airak beauoovp 
4'aiiU>es Ecossais , fils d'hommes de q«a)ilé , ^ , par Je«r nais- 
sanoe et 'par leur condition , avaient le droit de parrakiie à sa eour 
«t d'approcher de sa personne , etqii'il ne pouvait repousser sans 
^renonœr à ses anciennes affections , au sentiment natîeQaly et à la 
Meonnaissance qa'il devait aux «ervîces^asés. Les bienfaits qu'il 
accordait à eeux^Ui étaient regardés avec «kbII d'envie par les 
Anglais , qin semblaient croire que mut <se qu'ion aecordatt mx 
Ecossais leur appartenait. Le roi, q«oiq«'en né penrrarit dire qu*tl 
eût comBÎs quelque injustice à ^sseîn , ^tatt mal jfigé , tant par 
ses conpartriotes que par les Anglais. Lesfiooseais, qui aviftient 
-été ses amis dans ce qu'on pourrait appeler son adversité,- espé- 
raient naturellement une part à son èonheur en ie voyant nonl^é 
au faîte d'one telle grandeur ; les Anglais, d'un antre cAté, éproc- 
vaienty avec raison, qnelqne jalousie , en devinant les espérances 
de ces hooimes du nord. £n un mot , les courtisans écossais pen- 
saient que lenrs anciens services , leur affeelian éprouvée dans 
des circonslaiices difficiles, leur titre de compatriotes, et peut-êtfe 
«léme la parenté , qui ne s'élend si loin chez anonn peuple, lenr 
donnaient le^oità tons les* avantages que le roi pouvait accorder; 
Candis qne les Anglais pensaient qne tout ce qui était donné' avx 
Gcossus 'était pris à lenrs dépens. Ils exprimaient 4enr méconten» 
tement dans des vers et des Ibonfr mots satiriques , énanne on' >Ie 
retranve dans eeHe vieille chanson : 

t 

PatiTre BoosMisl.cbaeimiiaii««iiim« 

Bn Ançlelei-re on l'a fuît gentilhomme. 

Ton bonnet bleu , lors^foé tu y\ja cbes nous, 

fie t» ploie et de U tempête 

■Bien Taiblement paraît les coops. 

Anjoerd'hul brillent «urta tête 

Plune et chapeau ; mais le bonnet • 
Oè doite e&t«1l ? Le diable sent le sak. 



24 HISTOIRE D'ECOSSE. 

Lame longue et ronillée , ornait jadis ità hancbe 
D'nn lourd panier de f«:r. qui lui «ervait de manche; 
Maintenant uueépée est ceinte à son «.■Até, • 
Bt le fier EcoMais, sur an cbrval monté » 
Semble enifré de joie, ei d'orgoçil transporté- 

Ces autres "vers décrivaient un (partisan écossais : 

Il naqnit en Ecosse , en ce climat propice» 

Kt, qaoiqué mendiant, il faut qu'on le noarrisse. 

On dit que lorsque les Ecossais se plaignirent au roi de ce der» 
nier sarcasme , Jacques répondit : « — Soyez tranquilles , je ren- 
drai les Anglais aussi pauvres que vous , et de cette manière je 
finirai la disputé. » — Mais, comme il n'était pas au pouvoir du roi 
d'apaiser par un bon mot des querelles entre la noblesse de deiK 
fières nations, réconciliées depuis si peu de temps, tous les efforts 
de Jacques furent impuissans pour prévenir des scènes sanglantes 
entre ses compatriotes et ses nouveaux sujets. Ces scènes rem- 
plissaient la cour de désordres et accablaient le roi de chagrin : il 
avait la guerre en horreur, sous quelque. forme qu'elle pÛ t prendre ; 
.et la vue seule d'une épée npe suffisait pour le faire frémir. 

Il y eut UEe de ces querelles qui prit un caractère si formidable, 
qu'elle menaça d'être la cause de la destruction de tous les Ecos- 
sais qui se trouvaient à la cour et dans la capit^le9 et par consé- 
quent d'une désunion entre deux royaumes si nouvellement et si 
heureusement réunis. A Croydon , dans une course de chevaux , 
Philippe Herbert j Anglais de haute naissance, mais heureusement 
d'un courage moins noble, reçut, <ians une querelle, un coup de 
fouet dans le visage, qui lui fat donné par un nommé Ramsay, 
gentilt)omme écossais, de service à la cour. L'insolente rudesse de 
Ramsay fut regardée comme une injure nationale par les Anglais 
qui étaient présens, et ils proposèrent de se vengçr sur-le-champ, 
en attaquant tous les Ecossais qui se trouvaient à la course. Un 
gentilhomme nommé Pinchbeck, quoique assez mal partagé pour 
ces sortes d'affaires, car il n'avait que l'usage de deux doigts à 
la main droite, galopa à travers la multitude, en brandissant un 
poignard, exhortant tous les Anglais à l'imiter, et à tomber sur 
les Ecossais, a Faisons notre déjeuner avec ceux qui sont ici, 
s'écria-t-il, et nous dînerons avec le reste à Londres. » Mais 
comme Herbert ne rendit pas le coup qu'il avait reçu , le tumulte 
s'apaisa; autrement, il est certain qu'une scène affreuse aurait eu 



I 



BEUXRMB SBRK. 25 

lien. Jacques , dont Herbert était an des plus chers Cayoris , ré- 
compensa la modération de ce gentilhomme en le créant cheya* 
lier, baron, iricomte et comte de Montgomeryi en on seul jour. 
Ramsay fot banni de la conr pendant un certain temps. Ainsi , 
l'affront général fat en quelque sorte réparé. Mais le nonveam 
comte de Montgomery resta , dans l'opinion de ses coropatrioteSy 
tn homme déshonoré. On dit que sa mère, qui était la sœnr de 
sir Philip Sidney, pleura et s'arracha les cheveux lorsqa'on lai 
apprit la patience avec laquelle son fils avait enduré Finsulte de 
Ramsay. C'est pour cette dame que Ben Jonson a fiait la belle: 
épitaphe qae Toici : ^ 

L« femme oui rvpose ici tons ^tte t«rre. 
De Sidney tut la sopur, de Perabroke la ra^. 
Mcrtl avant que ta Taux ait trancbe le destin 
D*an ptre dont l'ctprit fat plus juste, plus sain, ' 
D'une femme anssi bonne, ausai savante enin; 
Le temps , de tes succès iuépuisable source, 
Bevieodra sur ses pas , t'arréter dans ta counek 

Cependant la patience avec laquelle Herbert supporta son af- 
front prévint heureusement le malheur de tout un peuple. Et si 
plus tard il n'avait pas donné des preuves de lâcheté , on aurait 
pu louer son patriotisme, qui avait préféré le bien de son pays à 
la satisfaction de se venger. 

Un autre délit commis par un Ecossais d'un caractère hautain 
et irascible, fut aussi sur le point de produire de désastreuses con- 
séquences. Les Jnns of court ^ sont des lieux de résidence et 
d'étude poar les jeunes gens qui se destinent, en Angleterre, à la 
profession des lois;, ils sont remplis d'étudians , dont la naissance 
égaie souvent les talens, et qui, vivant ensemble dans des espèces 
de collège, ont toujours été nourris des idées de privilèges et de 
distinctions, auxquelles la profession honorable qu'ils embrassent, 
aussi bien que leur naissance , leur donne des droits. Un de ces 
gentilshommes, nommé Edward Hawley, parut à la cour un jour 
d'entrée publique, et pénétra peut-être plus loin que son rang 
ne le lui permettait , Maxwell, un Ecossais, favorisé des bonnes 
grâces du roi, et huissier de sa chambre, non-seulement le jeta 
à la porte, mais le traîna littéralement hors de la chambre da 
roi, par un ruban noir qu'Hawley, comme tous les autres galana 
de l'époque, portait à son oreille. Hawley, qui était un honunede 
cœur, envoya aussitôt. un cartel à Maxwell, et le second qu'il 

• « • 

I* L« éeiAt^t des oQun Jtiéitkiw , lieu ok éttient l^é» I«» bomnifs d« loi et les tîm^n», etcw ; 



s BBVMRB OPBOBMB. 

-dioiait, et qai lot ohaiigé jfe ^vter le ééB, iitoraMi tVootsftis if«e 
H^ii refusait ce reQdez<*ifoiiA, iUmki^j ralAafveraky m^mfmi^ où 11 
i» feacoBtreraity poorle toeroa être Aué parlai. Jkic^pes, parles 
tpréregaEli'wes.detaoncaiig, "râtà^boat d!af>aÎ8er èeuefaeiieifley en 
imùgeant qae Maxvwll fit éBseseases à Hawley ; et pour éonmec 
«ffox deoK aotagentsles toute la facilita àe s'eaipUqiiery ii accepta 
«n magoificpie hal nascpié <fai lui fut cfffert à œirte eoowrien par 
4es •étndiam de Om^* s indame ^ société à laqfUieUe Hawley appar- 
tenait. 

I^oas deirocis remarquer ici an granA chamgeaMat parmi k» 
jeunes gens de ce temps, changement qui s'était opéfë peu à peu 
pendant les progrès de la civilisation. L'ancienne épreuve da 
combat, qui faisait partie des lois féodales, et qu'on mettait si fré- 
quemment en usage, était maintenant tombée en désuétude. Les 
progrès de la raison -humaine , les principes de justice , concoii- 
Taient à prouver qu'un combat dans la lice pouvait montrer le- 
«^el de deux chevaliers était le meilleur cavalier ou le plus habile 
à tirer i'épée, mais qu'une telle lutte ne pouvait faire reconnaître 
^el était le coupable on l'innocent ; ce n'est qne dans les siècles 
d'ignorance qu'on peut croire que la Providence fera un miracle 
et récompensera par le succès celui dont la vertu le inérîte. 
L'épreuve, par lé combat, quoiqu'elle ne fût point effacée du code 
des lois, ne fut invoquée qu'tme seule fois après l'avéneihent de 
Jacques P"", et même le combat n'eut pas lieu ; on le regarda 
comme un genre de preuve qui ne convenait plus à des temps 
éclairés. Par la mêmeraison, les autres souverains d'Etirope ces- 
-«èrent de paraître à ces combats, excités par un ridicule point 
STionneur, ou par l'envie de venger qacflqùes injures, et qu^s 
avaient jusqu'alors arrtorîsés par leur présence. C3eis combats 
♦étaient généralement désapprouvés par toutes les personneâ rai^ 
sonnables ; ils privaient souvent l'état de ses plus braves défen- 
'senrs, et ils furent défendus, sous peine de sévères punitions, 
f>ar les rois d'Angleteire et de France, comme dans pvesque tout 
le monde civilisé. Mais l'airtorité royale ne pouvait changer les 
cœurs, et la crainte des punitions n^était pas capable dMntîmider 
des hommes dont les idées sur l'honneur, quoique entièrement 
fausses, leur étaient plus chères qne la vie. Les combats singuliers 
furent peut^tre plus fréqnens qu'auparavant, et quoique avec 
moins de publicité , dépourvus aussi de l'appareil des lices , des 
jautmucesydescottrsifirs» ifesJiérattls et'desj>u0e8«ilsin'eii aonljpas 



MDKXilMB SBWL 27 

AMDfiT sanfluis qiie(oeDK^^i s'^oanwpUfl^Aieiit a«lrefiH»a0lMi ta 
jbiete (Asenranoe detevifiS'Iesloîs'deJa chc^Akm. L^osageifAoB 
modemeToulait que k» ^^enabatums se r<p»eBly aocgut ^dansqncIgMB 
ijen ftolitaire, seal&yOa biea ohaesn aocoqipafBétdkui iiiiii^ qu'on 
a|>{ielait sacond., et qn^oH.siqiypMak 4196 «là |)Ol]r Toir ai^loiit •ae 
passait a vecjHstioe/Oa se sei^ate iM*âiiiakeiiioatitan«)OW cembalB 
â'ane rapière oo petàieëpée, «arme deaipLuameaFlrÂères.; lesM»» 
Juyuaua, jMMir Jxiomrer qu'ils u'aYaient point .d'araMiFe défeiiMfie 
aons leuFs^habits, se débarrassaient de Leiirs irâteoieiiSy «et so j» " 
battaient en cbemise. Le devoir des seconds •oonsistaity /copnaie 
Aons venons de le dire, à jngçr si lescombaUaas a^issai^nt «voc 
l<^auté. Mais comme il était difficile que-ces jeunes élonrdistcoa- 
servassent leur sang-froid et restassent ii^cûfs en ¥0][aAt oom* 
battre leurs amis » il était fort ordinaire qu'ils seixabti^seot anssi, 
sans la moindie af^reace de querelle; alors, celai qui d^pddhait 
le plus j>r|oniptement son antagoniste, ou le rendait iâoapable 
d'une, plus loague résistance, venait saoQS bésiter an secours-de 
son camarade : ainsi la victoire était en général le résultat de la 
snpériorûé du .nombire, ce qui est contraire .à >toiitesino6 idées 
^'bonneor et de ibravonre. 

Telles étaient les rfgles du duel : c'est ainsi- qu'on afipelait las 
combats singuliers. La mede en vint de France^en Angleterre, et 
dht adoptée par les Ëcossais et les Anglais^ commelemoy.en letplns 
jNTompt de ierminer leurs querelles juttionales, >fiâ «jfe^Fenaient 
(cbaqne jour plns.iréquentes. 

Une de oeS'quercdles les plus remarquables., fut celle qui donna 
lieu à un combat iatad ^ saillant «entre. sir James Slewart,>fils 
dn premier lord Blamjure, «n Deossaîs,, iche«aUer vde l'onlve^ 
Bain, et«riGeoi;ge Whavton, on Anglais, £lsaîiii de lord War- 
4on , chei^Uer idu méaie erdne^^ £e& . deux.^ geHÛlsbomines étaient 
an^s, et si 1^0Q|^ut ajouter 'feià desr«^p|M>rts de XanûUe, sir James 
Atcwaitt àait^nn'des jeuiies .gensfles plusaucouplisrd^ son tea^ia. 
Une il^àBO iqiMN^llç <a|i lea^ondatàt Waj:|onÀ4efSm*vird'4«ie 
^CKppessieiiûnpolie, à.Iafi»4feStefffai'tx^ndit,pw«as<mâbl^ 
défi .fut échangé sur le lieu mâme« etles Âam jeunesteetis« qM » y î » ' 
rent de se battre le jour suivant dans wi 4Siidvoit désigné*, tpyèade 
WalUiaiEt, Ce v^riez-vsons .asoené , ils couvrir ont lenr neasen* 
timant d'iine apparence 'd'aniîl»ét'et]MW»Bt4na»n«nseiiible^'e^ 
ne ^nitts^t, Warthon ât observer à^son adversaire que 4eai?:pae* 
jKumentiieirne ne ae aeoaîwmît ipae aussi ^tnmfpiilknait. /lie 



28 HISTOIRE D^BGOfiBE. 

combat eattUea » les deux gentilshommes se battirent avec le coa* 
rage le plaa déterminé, tombèrent l'an et l'antre couverts de Ues- 
sarès , et moamrent sur le champ de bataille. 

Quelquefois la rage et la violence des braves de cette ^M>qae ne 
dioîsissaient pas la plus honorable manière de se venger, mais la 
plus prompte : et les courtisans de Jacques V^, malgré leurs titres 
et leur naissance honorable, étaient, en quelque sorte, habitués à 
attaquer un ennemi par surprise, sans assigner un lieu de rendez- 
vous , et sans observer aucune règle sur le nombre des combat- 
tans; et même, dans certaines occasions, ils ne se firent aucun 
scrupule de se venger par le sabre d'assassins stipendiés. Toutes 
les formes usitées, l'égalité des armes et du nombre, étaient mises 
de cAté comme de vaines cérémonies. 

' Sir John Ayres , homme de rang et de fortune , avait conçu de 
la jalousie contre lord Herbert de Cherbury, célèbre comme soldat 
et comme philosophe , parce qu'il â'était aperçu que sa femme, lady 
Ayres , portait autour de son cou le portrait de ce brave et savant 
gentilhomme. Irrité par ses soupçons, sir John attendit lord Her- 
bert, et le rencontrant lorsqu'il revenait de la cour, suivi seule- 
ment par deux domestiques , il se jeta violemment sur lui, soutenu 
par quatre personnes de sa suite , l'épée à la main , et accompagné 
de beaucoup d'autres dont les armes n'étaient pas sorties du four- 
reau , mais qui servaient à soutenir le courage des assaillans. Lord 
Herbert fut jeté à bas dé son cheval ; Tépée avec laquelle il essaya 
de se défendre fut brisée dans sa main , et le poids dé son cheval 
l'empêcha de se relever. Un de ses laquais prit la fuite en voyant 
son maître attaqué par une troupe si nombreuse; le second resta 
près de lord Herbert, et dégagea, son pied qui était pris dans Fétrier. 
Au même moment sir John était penché sur son rival pour lui 
plonger sc^n épée dans le cœur : mais lord Herbert le saisissant par 
la jambe, le renversa aussi par terre, et quoiqu'il n'eût entre les 
tnatns que les restes d'une épée brisée, il donna un coup si violent 
dans la poitrine de son adversaire, qu'illuifttalepouvoird'exécuter 
sesodieux desseins; l'arrivée de quelques amis de lord Herbert fit 
prendre la fuite à l'assassin; il vomissait le satigen abondance ^ 
par suite du coup qu'il levait reçu. 

Cet assassinat se passa au milieu des rues de Londres-, et cette 
scène affreuse se prolongea pendant quelque temps, sans que per^ 
sonne se crût appelé à secourir le parti le plus faible; sir John 
Ayres parut éprouver moins de remords de sa coupable entreprise 



DEUXIEME SERIE. 29 

^e de regrets de n'avoir pas réussie Lord Herbert lui envoya 
on défi aussitôt que ses blessures furent sur le point d'être goéries ; 
le gentilhomme qui le porta plaça le billet à la pointe de son épée, . 
et de cette manière le remit publiquement à la personne à laquelle 
il était adressé. Sir John Ayres répondit que Tinjure qu'il avait 
reçue de lord Herbert était de nature à ne souffrir entre eux aucune 
entrevue , pas même celle qui résulterait d'un combat régulier, 
mais qu'il taerait son rival par une fenêtre avec un mousquet , si 
jamais il en trouvait l'occasion. Lord Herbert assure , dans 
ses mémoires I qu'il ne donna jamais aucune cause à la jalousie 
qui fit naître dans l'esprit de sir John Ayres de si violens désirs de 
vengeance- 
Une circonstance plus cruelle encore, et qui servit à augmenter 
la haine générale qu'inspiraient les Ecossais, fut un crime commis 
par lord Sanquhar, gentilhomme d'Ecosse, l'héritier de l'ancienne 
&mille des Creichton. Ce jeune lord , en faisant des armes avec 
un nommé Turner, maître d'escrime, eut le malheur de perdre 
un œil , par un coup de fleuret. Cet accident était sans doute 
fâcheux^ mais il était impossible de blâmer Turner, qui n'avait eu 
aucune mauvaise intention , et qui éprouvait les plus grands re- 
grets du malheur dont il était la cause innocente. Une ou deux 
années plus tard, lord Sanquhar se trouvant à la cour de France, 
Henri IV, qui à cette époque en était le souverain, lui demanda 
comment il avait perdu son œil. Lord Sanquhar, ne désirant pas 
s'arrêter sur ce sujet, répondit simplement qu'il l'avilit perdu par 
un coup d'épée. L'homme qui fut la cause de ce malheur vit-il 
encore? demanda le roi; cette question fit une impression pro* 
fonde sur le cœur du vaniteux lord Sanquhar, et il crut que son 
honneur exigeait la mort du pauvre maîtred'armes. ILenvoya donc 
son page en Angleterre, avec un autre de ses gens, qui tuèrent 
Tarner d'un coup de pistolet, au milieu même de sa salle d'armes. 
Les assassins furent arrêtés, et convinrent qu'ils avaient commis 
ce crime pour obéir à leur maître , ayant été élevés dans la con- 
viction qu'ils devaient accomplir tout ce qu'il lui plairait d'or- 
donner. Les coupables furent jugés et condamnés; on prit beau- 
coup, d'intérêt à lord Sanquhar, qui était, dit^on, un jeune homme 
de mérite. Mais Jacques ne pouvait lui pardonner sans montrer 
une trop grande partialité envers ses compatriotes et ançienssojets. 
Il fut pendu avec ses deux complices; c'est, suivant lord Bacon, 
le plus grand exemple de justice du règne de Jacques I* 



er 



C!ëi)^ac€te& de viol^nee âionnèrent naissance à mre loi sévère , «^ 
pelée S^tateofStatbing^. Jnsque^là, dansPindtilgentejimspniw 
di^ce d' An^eterr^ le crime d'one pevsonne qui en tuait ttne antre 
mti% préméditaliitm liéiEÈèàf p«»tqpfrié nmtdàr ^^ les lois lé nom* 
flMMBBf mœiMai^ti^er^. Ob ne leponisMâe que par -VBeaawfiBAfrcw 
V» enfirisennement. Mais ponr abolir Tosage dés épées courte» 
et; des poignardas, armes qn'il était facile de cacher et de produire 
àvyobNitë , il fut arrêté que lorsque quelqu'un, sans préméditatioiiy 
mais a^ee Pépée ou le poignard, attaqtterait ou blesserait un in« 
diiindtt dont les armes ne seraient point hors dn fourreau , sr l'in-' 
dividu attaqué mourait dians lés six mois qui suivraient sa blessure, 
le crime ne serait pas considéré seulement comme un simple hami^ 
CMiéy mais passerait dans la classe des assassinats, et comme tel 
flepftîl pufm de mort. r 



CHAPITRE IIÏ. 



J«aqpfls-«nne de mettre les inMitatifmf d'Ecosss en ^armonie aveo .eelles'd'^i i i giwti ew» . .— Cogaml»-» 

•aires nommés à cet effet. — - Ce projet échoue. ■— Distinction entre les formes du gouTerneinent 
ecdésidstiqiie des deàx pays. — Introduction de l'épiscopat dans l'Egalise d'Ecosse. •— Les ciùf 
arlid«i de Penh. -^ iiC peuple, est mccontenf de ees innovations. 



TiiitDis que lés que? elles entre la noblesse d'Angleterre et celle 
d'Eeosse troublaient la paix du règne de- Jacques I®*, ce menafsque 
s'appliquent à cimenter autant que posâble Fimioii des deux 
royaumes, et de rendre communs à Pun et à V^iiitreles avantages 
^« se* trouvaient dans chacune séparément. L'amour dn poirmr, 
joaturel à tous les souterainSy uni à un âé»r «sin^èrede tout ce qnv 
powfak être favorable aux éeux pays, — eaf Jacques^ lorsqu'il 
»'était point emporté par sa passion pour le plaisir, ou soumis à 
Finduence dfin^ëgnes fernH*is, aTak le talent de bien voir, et 1» 
yolouté dé s.'oeeuper dés intérêts dé ses sojets, -^l'engageait à 
accélérer' par tous les moyens l'union des deux royaumes de l'île 
de la' Grande-Bretagne, pour en faire un élat iiiséparable, tel que 
ta nature semblait l'avoir tovIu. Il ne négligeait pas les mesures^ 
néc6idBaii*espo«nrattehiAre ce but si digne dTenvie, mailles cirîcon^ 

T. Loi contptf Vli9Ma«ifMit ptr l«^p«ifiMiéo«lQS aoraies.toiivttt. -~ »» Mauftre:, muraiNt 

3. lioioic:dé par aecidtnt. 



BBOXIBMI SBUK »1 

stmccB retarièrwt cfttD siècle rsceov^ilwsement de ses vcenx*! 
Poar expâqn^r ce qu'il lenta, et ce'qut l^empécha de réaf^sir, il ImtC 
GDBsidérer la posiiioa t e pectire de l'Angleterre ec de rEcosse, ea 
ce ^ eenceriM kiire ÎBacitmieBtt poli|îcf«€*« 

Les leaçeet et sanglastes gaerre» entre la mm&oa d*Totk et celles 
de Lancftstre, «pi, peinant phis de trenlre ans, se disputèrent let 
troue d'Angleterre, aTsient, par le carnage de batailles fréqventesy. 
par des proscriptions répétées , des exécutions publiques et dea^ 
ooi^scatioDS > dimaDaé cousidérabkaient le nombre, la force et 
rimpartaaee de la baate noUesse et des gentilstioniBies éit 
nyaaaie, par lesquels la conroane avait été altematiteBieiit 
éoBnée à l'on ea à Taatre des partis rîrawi. Henri VII, prince 
adroit et sage, s'était assuré, par la victoire démise de Bosworth, 
k possession tranquille du trône d'Angleterre, f 1 profita de la fai- 
blesse àes pairs et des barons ponr détraire Tinlhienee que le sys** 
time féodal lot avait antreiois danaée sur leurs vassaax. lis se 
soai&îrent à perdre use partie de leor autorité, connnedes hommes 
qui étaient convainens que lears ancêtres avaient poifé bien cher 
une oragenie indépendance;. et qu'il valait mieux vivre en paix 
sans an roi, comme sufels de l'Etat ,^ que de posséder, dans leur» 
propres domaines, le penvoir précaire de petits saaveraiiM», faisant 
la guerre, misant les antres, et courant le risque d'être miné soi- 
même. Us abaadoni^rent donc, sans trop de mécontentement y 
leurs droits eppressife de sowevaiiwté sur leurs vassaux , et se* 
trouvèrent satisfaits d'être honorés et respectés* comme maîtres d<e* 
leurs propres terres , sans exercer le pouvoir de primer snr ceux 
qui les ciriftivaient. Ils exigèrent des rentes de leurs tenanciers, à' 
la piaûBe des services qu'ils élaîeat obligés de leur rendre pendant, 
la guerre , et de la suite qu'ib devaient leur fournir pendant la 
poix, et devinrent, rifcbes et paisibles. an; tien d'^re puissàns et 
tmiialens. 

Tandis qne ks nobles perdaient de leur considération, les* 
citoyens dea villes et des ports de mer, la petite noblesse et les 
cakivatears du sol acquéraient de f importance, anssi^ bien que de 
la prospérité et du bonheur* Les biabitans des communes sentaient 
bien tout rascendant qne gagnait le roi ; ils en murmuraient quel*' 
qaefaiSy mais ils étaient convaincnst en même temps que le trône' 
les amat délivrés des exactions pins* ftréfiieBtes et plus pénibles de 
leurs aneieii» seigneurs féodaux ; comaae le fordearu pesain égale*^ 
mput son tansv ife fn'éfëraieoft vivie sooa le goiiwirflement dTitn rov 



32 HISTOIRE D'ECOSSE. 

qui imposait les mêmes conditions à tout nu peuple, plutôt que sous 
celui d'une multitude de fiers seigneurs, Henri VII profita de ces 
dispositions favorables pour augmenter les impôts, qu^il réservait 
en partie pour des circonstances imprévues , et dont il disposait 
pour lever des troupes de soldats , tant étrangers que nationaux, 
dont il se servait dans les guerres qu'il entreprenait, sans être 
obligé d'appeler les soldats que devaient fournir les feudataires du 
voyaume. 

Henri VIII fut un prince d'un caractère bieti différent, et cepen- 
dant son règne contribua grandement à augmenter la puissance du 
souverain. Il dépensa, il est yrai, les trésors de son père, mais il 
les remplit de nouveau, en grande partie,,par le pillage de TEglise 
catholique romaine, et confirma l'usurpation d'une autorité arbi- 
traire^ par la vigueur avec laquelle il en soutint le poids. La ty« 
r^iînie qu'il exerçait sur sa famille et sur sa cour n^était pas res- 
sentie par les citoyens et le l)as peuple, qui louaient plutôt sa 
popularité qu'ils ne craignaient sa yiolenoe. Son pouvoir leur 
arracha, sous la forme de prêts forcés et de dons gratuits, de 
grosses sommes d'argent , que le parlement ne lui avait point ac- 
cordées. Mais, quoiqu'il ne pût contraindre te peuple à payer de tels 
impôts, il pouvait du moins exercer, comme dans l'affaire de Tal- 
derman Read, le droit d'envoyer ceux qui Iq refusaient affronter 
les dangers et les fatigues d'un service étranger, ce qui paraissait 
encore plus pénible aux riches citoyen^^ que l'alternative délayer 
une somme d'argent. 

Le règne de la reine Marie d'Angleterre fut sans gloire et de 
peu de durée; mais elle poursuivit la carrière arbitraire de son 
père, et elle ne se dessaisit, dans aucune occasion, du pouyoir que 
•la couronne avait acquis depuis Henri VU. Le règne d'Elisabeth 
augmenta considérablement ce pouvoir; le succès des sages me- 
sures qu'elle adopta pour maintenir la religion protestante et faire 
respecter la puissance de l'Angleterre par les autres royaumes, 
flatta la vanité de ses sujets, et lui concilia leur affection. La 
sagesse et l'économie avec laquelle elle distribua, les trésors de 
l'Ëtat ajouta au désir général de les placer à sa disposition. Le 
despotisme que son grand-père avait obtenu par son adresse, que 
son père avait maintenu par la violence, et que sa sœur avait con- 
servé par l'intolérance, Elisabeth l'obtint de l'amour et de l'estime 
de son peuple. On doit cependant considérer que, semblable aux 
antres membres de la famille des Tudors, la reine nourris^ de 



DEUXIEME SERIE. * 33 

hantes idées des prérogatives royales, et qne, lorsqu'elle était tra- 
versée dans ses desseins, ses paroles et ses actions rappelaient fré« 
qnemment de qni elle était fille. 

En un mot, le pouvoir de la maison de Sador peut être expliqué 
par une simple circonstance ; la religion est le point sur lequel les 
hommes ont et doivent avoir une entière liberté de conscience ; 
cependant, par la volonté du souverain, l'Eglise d'Angleterre fut 
séparée de celle de Rome par Henri YIIl ; elle fut réunie à la foi 
catholique romaine par la reine Marie, et déclarée de nouveau 
protestante par Elisabeth. Dans chaque occasion, le change- 
ment s'opéra sans que le mécontentement et la résistance fussent 
assez forts pour ne pas être apaisés promptement par la puissance 
royale. 

Ainsi , en succédant au trône d'Angleterre , Jacques se trouva 
à la tête d'une noblesse qui avait perdu l'habitude et le pouvoir de 
résister à la volonté de son souverain, et de riches communes qui, 
satisfaites d'être délivrées de l'autorité de la noblesse, étaient peu 
disposées à résister aux exactions du gouvernement. 

L'ancien royaume d'Ecosse se trouvait dans une situation tout- 
à-fait opposée. La noblesse, féodale avait conservé sa juridiction 
territoriale et ses privilèges seigneuriaux dans la même étendue 
qne ses ancêtres les avaient possédés, et avait la force ainsi que la 
volonté de résister à la puissance absolue du souverain , comme 
Jacques réprouva dans plus d'une occasion. Ainsi, quoique le 
corps du peuple ne fut point protégé par les lois justes et impar- 
tiales des heureux habitans de l'Angleterre , et que l'Ecosse fût 
moins riche, cependant l'esprit de la constitution était empreint 
de toute la liberté dont les anciennes institutions féodales étaient 
susceptibles, et il devenait impossible au monarque d'influencer le 
parlement du pays, ou d'usurper les privilèges de la nation. 

11 était donc évident qu'outre les nombreuses raisons à l'avan- 
tage du peuple, pour lesquelles Jacques désirait unir le sud et le 
nord de l'Angleterre sous la même forme de gouvernement, il 
avait encore un puissant intérêt personnel à réduire les nobles 
turbulens et le peuple d'Ecosse à l'état soumis et paisible dans 
lequel il avait trouvé l'Angleterre, mais que malheureusement ce 
pays ne conserva pas. Dans ces vues, il proposa que la législature 
des deux nations nommât des commissaires pour examiner dequelle 
manière il serait possible d'unir les deux royaumes sous la même 
constitution. Après quelques difficultés des deux côtés, le parlement 

3 



34 HISTOIRE D'fiCOSSB. 

d'Angleterre obtint de nommer quarante-quatre commissaires , 
tandis que le parlement d'fêcosse en nomma ttente*six pour exa» 
miner ce sujet important. 

Les premières oonfér^ces montrèrent combien il était difficile 
d'atteindre le but désiré jusqu'à ce que le temps eût changé ou 
adouci des deux cotés les préventions qui avaient existé entre les 
deux nations pendant leur réparation, et les longues guerres 
qu'elles avaient soutenues Tune contre Tàutre. Les commissaires 
anglais demandèrent qu'il fàt stipulé préalablement que le système 
des lois anglaises serait tout d'abord adopté en Ecosse. Les Ecos- 
sais rejetèrent cette proposition avec dédain, alléguant, avecjus- 
ttt^ , qu'une conquête faite par la force des armes pouvait seule 
autoriser la soumission d'une nation indépendante aux coutumes 
et aux lois d'un pays étranger. 

Le traité fut donc en grande partie détruit dès sa naissance ; le 
projet d'union tomba dans l'oubli , et le roi eut le désavantage 
d'avoir excité les sotipeons et les inquiétudes des hommes de loi 
d'Ecosse, qui avaient été menacés de voir leur profession entière- 
ment perdue ; et la profession des lois, qui doit exercer l'influence 
dans tous les gouvernemens, en avait particulièrement en Ecosse, 

oùellen'étaitexercéequejmrles HIs des familles les plusdistinguées. 

Quoique trompé dans la plupart de ses mesures pour établir 
une harmonie parfaite entre les lois des deux nations, Jacques 
conserva le désir d* obtenir au moins une conformité d'opinions en 
matière de religion, en rapprochant les formes et ta constitution 
de l'Eglise d'Ecosse,- autant que possible, de celle!» d'Angleterre. 
Ce qu'il tenta dans cette intention forme une partie importante 
de l'histoire de son lègne, et donna lieu à quelques-uns des évène- 
mens les plus remarquables de ceux de ses successeurs. 

Je dois vous rappeler, mon cher enfant, que la réfbrmation 
s'effectua en Angleterre par des moyens bien différeris de ceux qui 
opérèrent un semblable changement' en Ecosse. Les nouveaux 
plans du gouvernement de l'Eglise adoptés dans les deux nations 
ne se ressemblent en rien, quoique les doctrines que ces religions 
enseignent soient tellement semblables , que les différences qu'on 
peut y trouver ressemblent à ^^es subtilités métaphysiques. Mais 
les formes extérieui es des deux Eglises sont tout-à-fait distinctes. 
La réformation de l'Kglise d'Angleterre est due, dans l'origine, à 
Henri VIII, dont l'objet principal était de détruire l'autorité du 
pape sur le clergé, et de se transférer à lui-même, en se déclarant 



DBifxiiME stnnt. S8 

dief de l'Bglise par son droit royal, tout le poa'foir et toute Pin» 
fleenee dont le pape avait joui jusqu'alors. Henri , après avoir 
détruit les établissemens monastiques, et confisqué leurs posses^* 
«onsy après avoir réformé les doctrines de l'£glise qui lui sem» 
blaient vicieuse, s'occupa de conserver ses institutions générales^, 
et les grades inférieurs et supéiieurs du clergé, par lesquels lea 
fonctions ecclésiastiques étaient exercées. Les promotions étant 
en grande partie accordées par le rei lui^mâme , Henri VIII pei|» 
sait avec justesse qu'il s'attacherait le clergé inférieur, par l'espé*- 
rancede ravaneemeat , et les classes supérieures par la gratitude 
et l'attente de plus hautes dignités^ L'ordre des évéques, par 
exemple, était nommé par le souverain, et ses membres ayant le 
.privilège de faire partie de la chambre des pairs, devaient soutenir 
la cause et approuver les vues du roi , dans les débats que les cir- 
constances pouvaient faire naître dans cette assemblée. Eu Ecosse» 
la réformation avait eu lien par une impulsion populaire et wm.^ 
daine, et la forme du gouvernement de TEglise, adoptée par KnoX' 
et les autres prédicateurs , par lesquels la réformation avait été 
accomplie, fut rendue à dessein aussi différente que possible de fat 
hiérarchie romaine. Le système presbytérien , comme je l'ai déjà» 
dit, fut tracé sur le modèle de la simplicité républicaine; les /rêrsti 
qui desservaient l'autel ne demandaient ni n'accordaient aucune 
supériorité de rang, ni d'autre pouvoir que cdui que chaque indi»> 
vidu acquérait lui-même par un mérite ou un talent supérieur. Les- 
représentans qui formaient le corps de l'Eglise étaient choisis à^ 
la pluralité des voix, et aucun autre chef de l'Eglise, visible o» 
invisible , ne fut reconnu, excepté le saint fondateur de la religiott 
chrétienne, au nom duquel le conseil de l'Eglise d'Ecosse Àaîi: 
^convoqué ou dissous. 

Sur de telles institutions , le roi ne pouvait avoir que peu d'in*^ 
fluence ; Jacques n'en acquit aucune par sa conduite personnelle» 
C'était cependant par la puissance du clergé que pendant sok 
enfance il avait. été placé sur le trône; mais comme, dans l'opinion 
de Jacques , cette conduite était un acte de rébellion^ contre l'auto^^ 
rite de sa mère, il ne croyait pas devoir de grands remerciemens h 
l'église d'Ecosse pour le service qu'elle lui avait rendu, il &ua 
avouer que les prédicateurs ne firent rien pour se concilier lu 
fiiveur du roi; car, quoiqu'ils ne fussent pas légalement appelés à 
faire connaître leurs sentimens sur les affaires publiques etpoltli» 
ques, ils s'en mêlaient sans aucune cérémonie. La chaire retentis*^ 

3. 



36 HISTOIRE D'ECOSSE. 

sait d'inTectiTes contre les ministres du roi , et quelquefois contre 
le roi lui-même. Les têtes les plus ardentes du clergé étaient 
non-seulement disposées à traverser les vues de Jacques, et à mal 
interpréter ses intentions , mais à l'insulter publiquement dans 
leurs sermons, mais à favoriser les insurrections suscitées par 
Stuart , comte de Bothwell, et d'autres seigneurs. Ils se répan- 
daient souvent devant Jacques l*''* en violentes invectives contre la 
mémoire de sa mère. On dit que dans une occasion, le roi , perdant 
patience , commanda à un de ces fanatiques de parler d'une ma- 
nière sensée ou de descendre de la chaire ; le prédicateur répondit 
à cette demande qu'il aurait d& trouver fort raisonnable : « — -Je 
te dis, homme, que je ne veux ni parler d'une manière sensée^ 
ni descendre de la chaire. » 

Jacques ne s'apercevait pas que ces actes de violence et d'obsti* 
nation venaient en grande partie des soupçons que le clergé d'E- 
cosse avait j ustement conçus sur le désir qu'il éprouvait d'introduire 
des innovations dans l'Eglise presbytérienne. 11 conclut que la 
conduite des membres du clergé était le résultat de jalousies mu- 
tuelles, et le caractère essentiel de la forme de leurs institutions, 
et que l'esprit du presbytérianisme était l'ennemi des institutions 
monarchiques. Aussitôt que Jacques eut acquis cette augmentation 
de pouvoir, qui résultait de son avènement au trône d'Angleterre, 
il s'appliqua graduellement à former un nouveau plan pour l'Eglise 
d'Ecosse, afin qu'elle eût autant de rapports que possible avec celle 
d'Angleterre. Mais le clergé presbytérien surveillait sans cesse 
les intentions de son souverain. Ce fut en vain qu'il essaya de pro- 
fiter de l'institution d'un ordre d'hommes appelés surintendans , 
auquel la discipline de Knox lui-même avait assigné, en certains 
cas, une sorte de présidence, avec une inspection sur les actes du 
clergé. De cette manière, Jacques essaya d'introduire désprésidéns 
permanens dans les différons presbytères. Mais le clergé vit claire- 
ment quel était son but. a — Présentez-nous vos projets aus» sim- 
plement qu'il vous plaira , lui dit-on , expliquez-nous-les aussi 
adroitement que vous pourrez , nous verrons toujours les cornes 
de la mitre. « Et les cornes de la mitre étaient en Ecosse aussi 
odieuses que celles de la tiare du pape, que celles du diable lui- 
même. Enfin le roi hasarda un coup décisif. Il nomma treize évé- 
ques , et obtint le consentement du parlement pour les rétablir 
dans leurs évêchés à demi ruinés. Les autres évéchés, an nombre 
de dix-sept, avaient été convertis en seigneuries temporelles. 



DEUXIEME SERIE. 37 

On doit ayoner que les chefs du clergé presbytérien montrèrent 
autant de coarage que d'adresse dans la défense des immunités de 
lenr Eglise. Ils étaient chers au peuple par la pureté de leur con- 
duite y par la profondeur du savoir que possédaient les uns, et les 
talens transcendans que montraient les autres, et par-dessus tout, 
peut-être , par la fermeté avec laquelle ils se soumettaient à la 
pauvreté, aux châtimens, à Texil, plutôt que de trahir la cause 
qu'ils regardaient comme sacrée. Le roi , en 1605 , avait ouverte- 
ment soutenu ses droits de convoquer et de dissoudre les assemblées 
générales de TEglise. Plusieurs membres du clergé, au mépris du 
-souverain, assemblèrent et présidèrent une assemblée géuérale à 
Aberdeen. Le roi saisit l'occasion de punir les membres réfrac- 
taires du clergé. Quatre d'entre eux furent envoyés en exil. En 
1606 , les deux célèbres prédicateurs nommés Mel ville furent cités 
devant le conseil , et réprimandés par le roi sur leur résistance à 
«es volontés. Ib se défendirent avec courage, et réclamèrent lenr 
droit d'être jugés par les lois d'Ecosse, royaume libre qui avait 
ses propres lois et ses privilèges. Mais l'aîné des Melville fournit 
des armes contre lui par son imprudence. 

Devant le conseil privé , dans un débat concernant une copie 
de vers latins qu'André Melville avait écrits en dérision des céré- 
monies de TEglise d'Angleterre, cet homme se laissa emporter 
par nne indécente colère ; il saisit l'archevêque de Cantorbéry par 
le linon de ses manches , qu'il déchira , les appelant des guenilles 
de Rome, accusant le prélat d'avoir violé le sabbat et main- 
tenu l'antichrétienne hiérarchie ; il l'appela le persécuteur des 
véritables prédicateurs, Tennemi de T Eglise réformée, et se pro- 
clama lui-même le plus mortel ennemi de l'archevêque jusqu'au 
dernier instant de sa vie. Cette violence indiscrète fournit un pré- 
texte ponr enfermer dans la tour le vieux et zélé docteur preisby- 
térien ; il fut ensuite exilé et mourut à Sedan. Le jeune Melville 
fat enfermé à Berwick ; plusieurs autres membres du clergé furent 
bannis de leurs paroisses et envoyés dans des villes éloignées ; et 
pendant un certain temps le clergé se soumit avec répugnance à la 
volonté du roi. Ainsi l'épiscopat fut encore une fois introduit dans 
l'Eglise d'Ecosse. 

Les projets d'innovation de Jacques n'étaient pas entièrement 
accomplis par l'introduction de la prélature. A la rétormation, 
l'Eglise d'Angleterre avait conservé l'observance de rites particu» 



m HISTOIRE D'fiCOSSE. 

liers, qui serefcommandaient au moias parlear décence, mais que 
l'opposition obstinée des fn^esbytériensi pour tout ce qui se rapr 
'yrochait des coutumes romaines , les porta à rejeter avec horr^ir- 
£inq d'entre ces coutumes s'étaient introduites en Ecosse par «a 
arrêt d'un parlement tenu à Perth ; on les connaissait sous le nom 
ées cinq articles de Perth. Dans les temps modernes , où le pur 
sfiérémonial du service divin est considéré comme bien peu impflff» 
«tant, comparé aux dispositions dans lesquelles nous nous appro- 
.cbons de la Divinité , les cinq articles de Perth semblent enseigner 
4es pratiques auxquelles on peut se soumettre , ou dont on peut se 
dispenser, sans qu'elles soient considérées comme essentielles au 
salut. Les cinq articles dé Perth étaient ainsi conçus : 1^ il était 
^urdonné que la communion serait reçue à genoux , et non pas assia^ 
•comme on l'avait pratiqué jusqu'alors en Ecosse ; 2^ que dans un 
icas d'extrémité la communion serait administrée en particulier; 
S^qne le baptême, lorsqu'on le jugerait nécessaire, serait ausai 
administré en particulier ; 4® que les enfans seraient confirmés par 
l'évéque, comme en ayant pris l'engagement par la bouche de 
leur parrain et marraine au moment de leur baptême; 5° que 
«fiiatre jours, consacrés par des évènemens de la plus haute im^ 
-pertance dans le christianisme, seraient gardés comme jours de 
Jdte : Noël , jour où notre Seigneur est né ; le Yendredi^aint , ou 
il souffrit la mort; Pâques, jour de sa résurrection, et la Pente- 
côte, jour où le Saint-Esprit descendit sur les apôtres. 

Mais , malgré la n^Mlération de ces articles , on éprouva la pfais 
fprande difficulté à persuader, même aux membres du clergé qui 
^^ent les plus favorables au roi, de les recevoir dans leur Eglise; 
'iis n'y consentirent à la fin que par l'assurance qu'on leur donna 
-que ce seraient les dernières innovations. Le corps entier de l'E» 
glise acqmesça tristement à ces changen^ns, conYaincu qu'ils in- 
diquaient un retour manifeste vers le pape. Le bas peuple avait ta 
même opinion ; et un orage d'une violence extraordinaire , qui 
4mtiieu pendant que le parlement était assemblé pour délibérer 
aur les articles, fut considéré comme un signe de la colère du ciel 
^NHitre ceux qui introduisaient de non^reau les rites et les fêtes de 
l'Eglise de Rome dans l'Eglise pure et réformée d'Ecosse. Enfin 
cet essai d'introduire dans les instîitutions presbytériennes cpielque 
«éhose des principes d» la hiérarchie anglicane, lut généralement 
'«eoibattB paFT'PBglise «t par la nation , ec l'on v«rra plus tard que 



DEUXIEME SERIE^ 119 

c'est en voulant élever et étendre Tédiâce commencé par son père, 
que Charles P^ ouvrit la route à ces actes de violence qui lui eoù- 
tèreut et le trône et la vie. 



CHAPITRE IV. 



Désordres des froniières. — Exempl* caractéristique d'un mariage snr les frontières. — Qoerelle à 
mort entre les ftkixwells et les John^toneK. — Bataille de DryffesandH. — Jacques a«e de tout le 
pouvoir qne lui donnent les lois , après son avènement au trône d'Angleterre. —Mctvre contre les 
maraudeurs des frontières <•— Le clan de Grabam Iraosporlé du lien qui lui «tait contesté à Ul&ter 
eni Irlande. — Levée de troupes pour servir à l'étranger. — bngagenient inntuel des chefs pour 
mbinunir le bon ordre. — l*oar»ttite» «ctrèm contrôles délinquans* — • Lat ville de Borwkk devwnt 
une juridiction ludépendaute* 



Nous allons examiner maintenant les résultats qne proéuiiit 
l'avènement de Jacques au trftne d'Angleterre snr les parties de 
son royaume encore indociles aux lois, les frontières et le» hautes- 
terres ^ aussi bien que sur les provinces les plus civilisiées d'E- 
cosse; nous en parlerons suivant leur ordre. 

Les conséquences de l'union des deux couronnes se firent d!a- 
bord ressentir sur les frontières , qui , étant naguère les extrémi- 
tés des deux pays , devinrent le centre du royaume. Mais il n'était 
pas facile de prévoir comment des hommes inquiets et turbulena, 
qui , pendant un si grand nombre de siècles, avaient été habitiiés 
à une liberté sauvage et à une vie militaire , pourraient se con- 
dmre quand une paix générale ne leur laissait aucun ennemi 'à 
eojnbaltire on à piller. Ces habitans des frontières étaient , comme 
jetons l'ai déjà dit , partagés en familles ou clans, ifui suivaient 
un chef cpi'on supposait étredescaendu du premier père de la tribu. 
Ils vivaient, en grande partie, de rapines 'i^u'ils exerçaient imM- 
stineiement sur les Anglais ou sur leurs propres compatriotes, les 
habitans des districts de l'intérieur des terres, ou de l'espèce d'im- 
pôt qu'ils en exigeaient pour les laisser vivre en pait. Cette sorte 
de pillage était considérée chez eux eomme aussi honorable que 
digne de louanges , et l'histoire suivante, en est» ainsi que beau- 
coup d'aulrea, un c|firieux exemple. 

Un jeune gentiHiomme d'une famille dtstinguée^ appartenant à 
une de ces iribpsdes froniières ou ûlans, fit, soit par désir de p&l- 
J^ge^ soit par eelui de la veoff anoe^.iine exeairsioii sur les iterres 



40 HISTOIRE D'BGOSSB. 

de sir Gedeon Murray d'Elibank, qui devint dans la snite trésorier 
d'Ecosse et un des plus chers favoris de Jacques l^**. Le laird 
d'Elibank ayant mis ses gens sous les armes, poursuivit les ma- 
raudeurs, les rencontra au moment où ils étaient chargés de butin, 
les vaiuquit, et tii prisonnier le chef de la bande. 11 fut amené au 
château du vainqueur, et la dame châtelaine demanda à son mari 
victorieux ce qu'il avait l'intention de faire de son captif. 

— J'ai rinteutiou de le faire pendre, dame, répondit le mari, 
comme un homme qui a été pris sur le fait en exerçant le vol et 
la violence. 

~ Cela n'est pas sage , sir Gedeon , reprit la dame plus sensée ; 
si vous mettez à mort ce jeune gentilhomme, vous vous ferez une 
querelle mortelle avec 4Son clan, qui est nombreux et puissant. Je 
vous conseille d'agir avec plus de raison ; au lieu de faire pendre 
ce jeune homme, il faut le forcer d'épouser la plus jeune de nos 
filles, Meg a la grande bouche, et sans aucun /ocA^r( c'est-à-dire 
sans dot). Le laird y consentit avec plaisir; car cette Meg à la 
grande bouche était si laide, qu'il était presque certain que, sans 
cette circonstance , elle n'aurait pu trouver de mari. Quand le 
jeune prisonnier sut qu'il ne lui restait pas d'autre alternative 
qu'un tel mariage ou la potence, il fut sur le point de choisir la 
mort, et ce ne fut qu'avec de grandes difticultés qu'on put le déci- 
der à épouser Meg iVlurray. Il finit cependant par y consentir, et 
l'on dit que Meg, qui lui avait été ainsi donnée de force, devint 
une femme aussi bonne qu'affectionnée ; mais la largeur extraor- 
dinaire de sa bouche passa à ses descendans, et lit reconnaître 
leur origine pendant plusieurs générations. Je mentionne cette 
anecdote parce qu'elle arriva sous le règne de Jacques P^, et 
qu'elle montre, d'une manière frappante, combien tous les habi- 
tans des frontières avaient fait de progrès dans la morale, et dans 
le sentiment de ce qui est juste ou de ce qui ne l'est pas. 

Un événement plus important , mais non pas plus caractéris- 
tique, eut lieu peu de temps après, et montre dans ses progrès 
l'entière indépendance des habitans des frontières, leur mépris de 
l'autorité légale pendant ce règne, et dans sa conclusion Taug- 
mentation du pouvoir du roi. 

Il y avait eu , sur les frontières de l'ouest, une querelle longue 
et sanglante entre les deux nombreuses familles des Maxwells et 
•des Johnstones. La dernière était la plus riche et la plus puissante 
famille dans le Dumfries-Sbire et les environs, et possédait une 



DEUXIEME SERIE. 41 

^ande infiaence parmi les habitans des terres moins élevées dn 
pays. Leur chef avait le titre de lord Maxwell, et réclamait celai 
de comte de Morton. De l'autre coté, les Johnstones n'étaient pas 
^aux aux Maxwells, en nombre et en pouvoir; mais c'était une 
race d'hommes d'un courage extraordinaire, très attachés les uns 
aux autres et à leur chef, et résidant dans la contrée monta* 
gnease d'Annandale, d'où ils s'élançaient comme d'une forteresse, 
et dans laquelle ils venaient se renfermer après avoir terminé 
leurs incurisions. Ils étaient donc capables de se défendre contre 
les Maxwells,' quoiqu'ils leur fassent inférieurs en nombre. 

Ce fait était si bien connu, que lorsqu'en 158Ô lord Maxwell 
fat déclaré rebelle, le laird de Johhstone obtint une commission 
pour le poursuivre et Tarréter. Dans cette entreprise, cepen- 
dant , Johnstone n'eut aucun succès. Deu:^ troupes de soldats , 
que le gouvernement envoya à son secours, furent détruites par 
les Maxwells; et Lochwood, la principale maison du laird, fut 
prise et brûlée de gaieté de cœur, afin, dirent les Maxwells , que 
lady Johnstone eût de la lumière pour mettre ses coiffes. John- 
stone lai-méme fut ensuite battu et fait prisonnier. C'était un 
homme d'un caractère fier et hautain , et l'on dit qu'il mourut du 
chagrin que lui causa sa disgrâce. De ce moment commença une 
longue série de querelles entre les deux clans rivaux. 

Peu de temps après cette niort, Maxwell possédant de nouveau 
la faveur du roi, fut encore une fois nommé gouverneur des fron- 
tières de l'ouest, et une alliance fut conclue entre lui et sir James 
Johnstone , par laquelle ils convinrent , ainsi que leurs deux 
clans., ée se soutenir les uns et les autres contre tout le monde. 
Cette, cpnvention arrêtée, le clan de Johnstone en conclut qu'il ne 
devait appréhender en rien la justice du nouveau gouverneur, 
tant qu'il ne pillerait pas quelqu'un qui s'appelât Maxwell. Ce 
clan descendit en conséquence dans la vallée du Nith, et couraiit 
de grands vols sur les terres appartenant à Douglas de Drum- 
lanrig, CreichtonlordSanquhar, Griersonde Lagg, etKirkpa- 
trick de Closeburn, tous barons indépendans, de haute naissance 
et de grand pouvoir. Les seigneurs attaqués poursuivirent les ma- 
randeiirs avec des forces assemblées à la hâte; mais ils furent 
défaits, et leur troupe massacrée, en essayant de reconquérir 
leur bien. Les barons portèrent alors leur peinte devant Maxwell, 
te gouverneur, qui allégua sa dernière alliance avec Johnstone 
eomme une raison qui rcanpêehait de leur rendre la justice que 9a 



i2 HISTOIRE D*EGOSS£. 

place leor a^ait fait espérer. Mais lorsque > pour compenser la 
crainte que Ini occasionaieot de nouvelles hostilités avec les 
JohustoueSy ils lui offrirent de s'engager eux-otémes par une pvo- 
jnesse d'une rente d'bomniesy comme on l'appela, ponr soutenir 
lord Maxwell dans toutes ses querelles , excepté celles qu'il pour 
rait avoir avec le roi , la tentation devint trop forte pour qu'il n'y^ 
succombât pas ; Maxwell résolut de sacrifier sa liaison d'amitié 
nouvellement formée avec.Johnstone, au désir d'étendre son auto- 
rité par une aussi puissante confédération^ Le secret de cette asae- 
ciation ne resta pas long-temps caché à sir James Johnstone, qui 
a' aperçut que sa propre destruction et la ruine de son clan étaient 
le fout que l'on se proposait ; il se h&ta d'appeler à son secours ses 
voisins de l'est et du sud. Bncclench, pareiit de Johnstoue, et de 
beaucoup le plus puissant de ses alliés, était dans une partie éloi- 
gnée de l'Ecosse. Mais le laird d'Elibank, dont nous avons fak 
mention dans la dernière anecdote , portait en personne la ban- 
•.nière de fioccleuch , et il rassembla un grand nombre d'hommes 
du clan de Scott, qui, suivant les historiens, étaient les plus grands 
violeiirs et les plus féroces combattans parmi les clans des fron- 
tières. Les Elliots de Liddesdale vinrent aussi au secours de 
Johnstone , et ses voisinsdes contrées méndionâles, les Grahames 
des terres contestées, poussés par l'espéi'anee du pillage et p^r 
une ancienne haine qu'ils nourrissaient contre les Maxwells, en* 
▼oyèrent aussi un nombre considérable de lances. 

Ainsi préparé ponr la guerre, Jobnstofie se mit en campagne 
-aipec activité, taudis que Maxwell, assemblant à la hâte ses pro- 
]ires<forces , et celles de ses nouveanx amis, les baronsCe Niths- 
dale, envahit Ânnandale, ^a bannière royale déployée,, et avec 
^tme force qui montait à plus de deux mille homtees. Johnstone, 
inférieur en nombre, setint sur la défensive, s'établit dans les 
Ims et les terres favorables par leur position, attendant l'oo- 
casion de se batice avec avantage; tandis que Maxwell forma le 
aiége du château ou de la tour de Lockerby , forteresse d- un John- 
'Stone qui était alors sous les armes avec son Chef. Sa femme, dont 
le courage 'égalait celui d'un guerrier, et qui était la soeur ou la 
fille du laird mort dans les prisons de IteniieU, défendit la plaoe 
peudant l^abaenee de sen mari. Tandis que Maxwell essayait 40 
. iaudroyer le château , qui était bravement -défendu par wi eapî> 
'tÛM femde , tt rt^t «via que le laivd de Johnateae «'avançait 
^jjfmar déhB^TQfla pùm. il abairiania 1» sié|e«t!iit fMÉtier 



DEUXIEME SERIE. 4& 

sapedle armée qu'il donnerait nne terre de dix liTre6(o'ett*à-- 
dire nne terre estimée dix livres dans le livre des taxes), à 
«eloi qni Ini apporterait la tête on la main du laird de Johnsione». 
Lorsque ces mots forent rapportés à Johnstone , il répondit : -^ Je 
n'ai point de terres de dix livres à offrir^ mais j'en accorderai «ne 
de cinq marcs à Thomme qui m'apportera la tête ou la main de 
brd Maxwell. 

L'engagement eut lieu sur le rivage de la rivière de Dryffe^ 
près de Lochmaben ^ et on l'appelle la bataille de Dryffe-Sands. 
Elle fiit dirigée par Johnstone, avec un grand talent militaire^ il 
ne montra d'abord qu'une iiaible partie de sa cavalerie, qni attaqua 
précipitamment Tarmée de Maxwell , et se retira ensuite d'une na-^ 
nière qui fit supposer sa défaite à Tennemi, et l'engagea à se mettre 
à sa poursuite , dans un grand désordre , et avec de bruyans crîs 
de victoire. Les Maxwells et leurs confédérés se trouvèrent ex- 
posés de cette manière à une chai^ soudaine et dé6espâ*ée dm 
corps d'armée de Johnstone et de ses alliés , qui tombèrent anr 
leurs ennemis , dont les rangs étaient ouverts , et les forcèrent 
a prendre la fuite. Les Maxwells souffrirent beaucoup pendant 
leur retraite , un grand nombre furent pris dans les rues de 
Lockerby et taillés en pièces; quelques-uns furent balafrés an vi- 
sage par les vainqueurs, sorte de coup qui se nomme encore dans 
le pays coup de Lockerby. 

Maxwell, avancé en âge et pesamment armé, fut renversé de 
son cheval au commencement de la bataille ; il se nomma, et offrit 
de se rendre. Sa main droite, qu'il élevait en demandant merci ^ 
fat séparée de son corps. Ici s'arr^e l'bistmre; mais des tradi- 
tions de famille ajoutent les circonstances suivantes : la dame 
de LodLcrby, qui avait été assiégée dans sa tour , avait vu du 
haut des créneaux Fapproche du laird de Johnstone, aussitlH; 
que rennemi abandonna le siège de la forteresse, elle envoya «a 
secours de son chef le petit nombre dedomesliques qni l'avaient 
aidée dans sa défense. Elle entenditiH^ntêt le tumulte de la bataille^ 
mais comme elle ne pouvait du haut de-la tour distinguer le lieu du 
combat, elle resta dans l'agonie de l'incertitude, jusqu'au moment 
où le bruit sembla se diriger plus à Foaest. Ne'pouvant suppcirter 
pius l0ng«temp6 son inquiétude , elle se précipita hors de la tour, 
suivie par use seule tranme, pour juger du résultat de la journée, 
ComoDe^uesure de préeantion , elle isrv^a la lovrde porte de ebêM 
^b.giîil»dhfer,'4betAdea fopteMHtvdeafroiitièreSy et,iitltt- 



44 . . HISTOIRE D'ECOSSE. 

chant les pesantes clés à une courroie , elle les suspendit à 
«on bras. 

Lorsque la dame de Lockerby arriva sur le champ de bataille , 
«lie contempla les affreux résultats d'un combat sanglant ; la petite 
Tallée était couverte de corps humains et de chevaux, d'armures 
brisées , de blessés qui mouraient sans secours. Au pied d'un arbre, 
elle vit, parmi d'autres mourans, un homme de haute taille, d'un 
.maintien noble , revêtu d'une brillante armure , mais dont la tête 
n'était couverte que par ses cheveux gris, et dont tout le sang 
s'échappait par suite de la perte de sa main droite. Il lui demanda 
4es secours d'une voix défaillante, mais dans ce temps et dans ce 
pays l'idée d'un combat ôtait tout accès à la compassion , même 
dans le cœur d'une femme. La dame de Lockerby ne vit devant 
«Ue que l'ennemi de son clan et la cause de sa captivité , ainsi 
que de la mort de son père, et levant les pesantes clefs qu'elle 
portait à son bras, on assure qu'elle brisa le crâne du vaincu, lord 
Maxwell. 

La bataille de Driffe-Sands est remarquable , parce, que c'est la 
•dernière qui se donna sur les frontières ; elle renouvela les anciennes 
querelles entre les Maxwells et les Johnstones, avec toutes les 
-circonstances de férocité qui peuvent ajouter à l'horreur que 
doivent inspirer les guerres civiles. Voici le dernier acte de cette 
affreuse tragédie. 

Le fils du malheureux lord Maxwell invita sir James Johnstone 
à une conférence amicale , à laquelle chaque Chef s'engagea à 
n'amener qu'un seul ami. Ils se rencontrèrent dans un lieu appcdé 
Auchmànhill, le 6 aoftt 1608. L'ami de lord Maxwell, après avoir 
accablé d'amers reproches Johnstone de Gunmalie, qui avait suivi 
son Chef, lui tira un coup de pistolet; etsir James Johnstone s'étant 
•détourné aussitôt pour voir ce qui était arrivé, le traître Maxwell 
le tua par-derrière d'un coup de pistolet chargé à deux balles. 
Tandis que le vieux chevalier était étendu mourant sur la terre , 
Maxwell s'approcha de lui pour achever son crime; mais John- 
stone se défendit avec son épée jusqu'au moment où il perdit en 
même temps ses forces et la vie. 

Cette catastrophe , qui termina une succession d'actes sanglans 
de vengeance, eut lieu plusieurs années après l'Union. Ses con- 
séquences, si différentes de celles qui résultaient ordinairement 
de semblables évènemens, prouvent combien l'autorité du roi et 
la force de la justice avaient augmenté iepvàs l'avènement de 



DBUXIBBIE SERIE. 45 

Jacques. On doit Caire, observer que, en 1585, quand lord 
Maxwell attaqua et fit prisonnier le lairdde Johnstone (alors 
gouverneur nommé par le roi et agissant en son nom) et le jeta 
dans la prison. où il mourut, Jacques vit son autorité royale 
méprisée ; il fut obligé de pardonner à Maxwell, et de lui accorder 
sa confiance comme s'il n'eût rien fait qui fikt contraire aiix 
lois. L'autorité royale n'eut pas plus d'influence en 1598, 
lorsque Maxwell, agissant comme gouverneur et portant dé* 
ployée la bannière du roi, fut à son tour vaincu et tué dans la*, 
cmelle journée de Driffe-Sands. Sir James Johnstone obtint 
non-seuleoient son pardon, .mais encore la faveur du roi. En 
1608, l'assassinat qui eut lien près d'Auchmanhill eut des suites 
bien différentes. Lord Maxwell, ne trouvant aucun refuge sur les> 
frontières, fut obligé de se sauver en France, où il résida pendant 
deux ou trois années; mais , s'étant hasardé à retourner en Ecosse^ 
il fut arrêté dans les déserts de Caithness, et amené à Edimbourg 
pour y être jugé. Jacques, voulant dans cette occasion inspirer la 
terreur, par uue sévérité salutaire, à une noblesse factieuse et aux. 
habitans indisciplinés des frontières, condamna le criminel à avoir 
publiquement la tête tranchée, le 21 mai 16 l5. 

On pourrait citer plusieurs exemples pour prouver qu'après 
l'avènement de Jacques au trône d'Angleierre, le cours de la justice 
sur les frontières n'était plus interrompu comme auparavant,, 
même lorsqu'il s'agissait de riches et depnissans maraudeurs. 

La classe inférieure des maraudeurs était traitée avec moins de- 
cérémonie. Il fut ordonné par une proclamation, que les habitans- 
des deux côtés des frontières ( excepté: les seigneurs et les gentils- 
hommes d'une probité reconnue ) ne pourraient conserver en leur 
possession des armures ou des armes, tant offensives que défen- 
sives , ni avoir un cheval aufdessus de la valeur de cinquante shiU 
liogs. Certains clans, dont Tamour du pillage était connu, reçurent 
nue défense spéciale de conserver des armes. Le célèbre clan 
d' Armstrong , la jiuit même qui suivit le jour où la mort d'Eli- 
sabeth devint publique, supposant que les temps de désordre al- 
laient revenir, et désirant ne pas perdre un instant, fit une incur- 
sion en Angleterre et y pilla comme à l'ordinaire. Mais de tels 
évênemens avaient été prévus, et on s'était préparé contre eux.. 
Une troupe considérable de soldats, tant anglais qu'écossais, 
nettoya les frontières, et punit sévèrement les maraudeurs, faisant 
sauter leur forteresse, et enlevant leurs bestiaux et leurs trou«- 



16 HISfOnUE VEGOSSB. 

peasx. D^nis ees nuesiires sévères^ les ArmstraigS' ne 
Trèrent jamais lear importance. On-rmconire bien pea de 
dans de ee célèbre clan parmi les propriétaûnes du Liddesdale, m 
leurs ancêtres possédaient antrefois tout le district. 

Les Grahames , qui hdntèrent long-temps le territoire oonftesiéy 
•qni était réclamé par l'Angleterre et TËcosse , forent encore pins 
sévèrement pnnis. C'étaient de braves et actifs habitanades fron- 
tières , attachés à rAngleterre, et, sons le règne d'Edouard YI 
particulièrement y ils avaient rendu bien des services à ce paya. 
Mais ils étaient aussi d'une grande indépmdance , et leurs excmo- 
sions étaient redoutées autant par les habttans du Cumberland 
que par ceux des frontières d'Ecosse. On se plaignait également 
d'eux sur les deux frontières, et on parvint à les forcer de signer 
une pétition au roi, dans laquelle, avouant qu'ils n'étaient pas des 
gens aptes à vivre dans le pays qu'ils habitaient, ils deman«' 
daient que Sa Majesté leur fournît les moyens de se transporter 
autre part, où ses soins paternels pourvoiraient à leurs besoina. 
Le clan tout entier, excepté quelques individus ,, fut ainsi exilé de 
sa résidence habituelle et transporté daqs le comté d'UU»ter, en 
Irlande, où on l'établit sur des terres.qu'on avait acquises des Irlan* 
dais vaincus. Il existe un registre où est consigné l'impôt auquel 
le comté dé Cumberland fut taxé pour l'exportation d6 ces pauvres 
gens , comme s'ils avaient été autant d'animaux. 

Un autre moyen efficace de se débarrasser d'une popnlatidn4a«« 
Tage et turbulente, moyen qui aurait pu rendre de grands servioes 
pendant la guerre, mais qui devenait un fléau dans-le^tmap» de» 
paix profonde qui fut le partage des districts- lorsque ks gwearres- 
avec l'Angleterre eurent cessée fut de lever de nombreuses arméesi 
pour servir dans les pays étrangers. L'amour des avetotureamili^ 
taires avait déjà conduit mie lé^n au secours desHolkuidiBS^ 
xtans leur défense contre les Eapagncds* Elle avait rendu de grands 
iservices dans les Pays-Bas*, et particulièi^ement à la bataille da 
Mechline, en 1578; impatiens de la chaleur de l'atmosphère,, lesi 
Ecossais, au graud'étonnenient d»* leurs: aliiésret de laorsennenda». 
jetèrent leurs v^eniens^ ci»baitirenfaen>okémise aweewie nouH 
voile ardeur. Cette ciroonsfoncrest oinée dans- le piéni deia bui^ 
taille, qu'on peut trouver à Strada,^ avec cette explicoEtion- : Ici Isa 
Ecossais combattirent tout nus. 

Bucelenoh leva des forces considérables sur les frobtièDes^ les 
Kabitans ayant à jamais r^ioncé à leurs occupations hahÉtueUes» 



Ds se distinguèrent aussi dans les gnerres des Pays-Bas. On dçit 
supposer qa'un grand nombre d'entre eux périrent sur le chan^ 
de hatailfe, et les desceodans de ceux qui surVécnrent habitent 
maintenant la Hoilandeet rÂllemagtie. 

Pour ajouter an bien que produisirent ces exils volontaires, 
pafrmiune popalation devenue trop nombreuse pour la terre char- 
gée de la nourrir, et qui jusqu'alors ne s'était soutenue que par le 
pillage, les propriétaires riches et de familles distinguées qui habi* 
taient les frontières, formèrent une ligue par laquelle ils s'obli* 
geaient non^seulement à s'abstenir eux-mêmes de foute dépréda* 
tion , mais de prévenir celles qui pourraient être commises par 
d'autres, et de faire cause commune contre tout clan dont les indi- 
vidus attaqueraient ceux qui agiraient en vertu de cet engage- 
ment. Ils promirent aussi, non-seulement de saisir et de livrer 
entre les mains de la justice les maraudeurs qui se réfugieraient 
sur leurs terres, mais de chasser de leurs domaines toute personne 
qui serait soupçonnée de vol, et de la remplacer par de paisibles 
et honnêtes sujets. Je possède une de ces obligations , datées de 
Tannée 1^12^ signée par environ trente {propriétaires, qui pres- 
que tons portaient le nom de Scott. 

Enfin George Home, comte de Dunbar, ministre de Jacques, 
homme capable, mais peu scrupuleux , exerça les poursuites les 
plus sévères contre ceux qui étaient convaincus^ accusés, on seule- 
ment sonpçcmnés d'avoir troublé la paix des frontières ; la sévé-^ 
rite excessive qu'on exerça envers eux donna naissance au pro- 
verbe sur la jnsiicede Jeddart (ois Jedbargh), qui disait qu'un cri* 
minel était pendu d'abord et jugé après. La vérité< de ce proveite 
est affirmée par des historieus comnie un fait bien connu , etqm 
eut lieu dans de nombreuses circonstanoes. Ces mesures > tontes • 
cruelles qu'elles étaient, teadaientà remédier à unr mal qui sem» 
blait presque désespéré; Les ftfUes on redevaiices> dont le nom' 
jusqu'alors était presque inconnu sar les frontières^ furent payées 
pour les propriétés, et ceux qui possédaient des terres tournèrent 
leurs pensées vers l'industrie rurale, a» lieu de les affréter sur lea 
arts luilitaires, qnijusqn^alors avaient été si nécessaires à des 
inar»udears« Mais il se passa plus d'un< siècle avant que cette 
frontière, qui a v€Ût été le théâtre.de tant de dispMea sanglantes^ 
eût l'apparence paisible d'un pays civilisé. 

Avant d'abandonner ce sujet, je dois voua expliquer que Vim^ 
portante et forte ville de BerwiolEL fut long^temps» et .yiolemmeid; 



48 . HISTOIRE D'ECOSSE. 

dîspatée par l'Angleterre et par TEcosse; ce dernier pays ne se 
regarda jamais comme vaincu , ni n'avait abandonné ses droits à 
cette ville I quoiqu'elle fût depuis long*temp8 en la possession de 
l'Angleterre. Jacques, dans la, crainte de mécontenter l'un oa 
l'autre parti, laissa la question indécise. Depuis l'union des deux 
couronnes, cette ville n'est jamais citée comme faisant partie de 
l'Angleterre ou de l'Ecosse , mais comme bonne ville de Berwick 
sur la Tweed ; et lorsqu'on fait une loi pour le nord ou le sud de la 
Grande-Bretagne, sans mentionner spécialement et d'une manière 
distincte cette ancienne ville, la loi n'a point de pouvoir et n'est 
point observée dans sa banlieue. 



CHAPITRE V. 



But sanvagfl des iles occidentales ou Hébrides. — On élonfTe les habitans d'Bi|;f , en retopjissant 
de fumée une caverne où Us étaient cachés.— Histoire d'Allah-h-Sop. — Mort affreuse causée par 
la soif. — Massacre des babitans d«s basses-terres qui étaient établis dans Lewis et Harrtr. — 
Toutes les iles occidenules , excepté Skye et l<ewis , offertes pour la somme de but cents livre» 
sterling au marquis de Hunlley, qui refuse de les payer cette somme. 



Les habitans des hautes-terres et des iles de l'occident ne ressen* 
tirent pas autant l'effet de l'union des deux couronnes que ceux des 
frontières. L' avènement de Jacques au trône d'Angleterre fut de 
peu d'importance pour eux, excepté en ce qu'il rendait ce prince 
plus puissant et lui donnait les moyens d'envoyer, lorsque les cir* 
constances l'exigeaient, des soldais dans leurs forteresses , afin de 
les rappeler à l'ordre; mais c'étaituue mesure de rigueur à laquelle 
on avait rarement recours. Les habitans des hautes*terres restè- 
rent donc dans le même état qu'auparavant, faisant usagedes mêmes 
costumes , portant les mêmes armes, et divisés en clans, chacun gou- 
verné par. son propre patriarche; en un mot, vivant sous tous les 
rapports, comme leurs ancêtres avaient vécu bien des siècles avant 
eux. 11 y avait un peu plus de civilisation parmi les tribus gaéli- 
ques qui résidaient sur le continent; les habitans des Hébrides, 
ou lies occidentales, nous sont du moins dépeints comme de véri- 
tables sauvages. Un historien de l'époque s'exprime ainsi : « Les 
montagnards qui habitent le continent, quoique passablement sau- 
vages , montrent cependant quelque ombre de civilisation ; mais 



DBUXmME SBRK. 49 

«eox des îles sont sans lois, sans morale, et totalement déponrras 
,ie religion et d'humanité. » On a conserve quelques anecdotes 
sur lents querelles, qui prouvent la vérité de cette accusation 
^nérale. Je vais vous en raconter iine ou deux. 

Les principaux possesseurs des Hébrides portaient originaire- 
ment le nom de Mac'Donald, toutes les îles ayant été gouvernées 
par une succession de Chefs qui portaient le nom de Donald des 
Hes y comme nous Tavons déjà dit, et possédaient une autorité 
presque aussi indépendante que celle des rois d'Ecosse ; mais cette 
.grande famille s'étant divisée en deux ou trois branches, d'autres 
Cihefis s'établirent dans quelques-unes des tles, et en disputèrent la 
propriété, à leurs premiers possesseurs. De cette manière, les 
Mac-Leods ^ clan puissant et nombreux , qui avait de vastes do- 
maines sur le continent, se rendirent maîtres, à une époque fort 
éloignée, d'une grande partie de l'île de Skye, ainsi que de Long- 
Island (c'est ainsi qu'on appelle les îles de Lewis et d'Harris), et 
combattirent vaillamment contre les Mac-DonaUs et les autres 
.tribus 4es îles. L'anecdote suivante est un exepiple de la manière 
.dont ces querelles se terminaient vers la fin du seizième siècle. 
Ua bateau, conduit par un ou deux Mac-Leods, prit terre à Eigg, 
petite île peuplée par les Mac-Donalds. Ils furent reçus d'abord 
.avec hospitalité, mais s'étant rendus coupables de quelques impo- 
litesses envers les jeunes femmes de Tîle, les habitans en ressenti- 
,rent une telle colère, qu'ils attachèrent les pieds et les mains des 
Mac-Leods , et les jetant dans leur propre bateau, ils les lancèrent 
à la mer au gré du courant, et laissèrent les malheureux qui y 
étaient attachés courir la chance de périr par la famine ou d'être 
submergés. Mais, par un heureux hasard, un bateau appartenant 
au laird de Mac-Leod passa près de celui où se trouvaient les cap- 
tifs : on les délivra , et on les conduisit au château du laird à 
. DuuTegan , dans l'île de Skye , où ils se plaignirent de l'injure qui 
leur avait été faite par les Mac-Donalds d'Eigg. Mac-Leod, irrité, 
se mit en mer avec ses galères, montées pat un grand nombre de 
ses gens , auxquels les habitans d'Eigg ne pouvaient espérer de 
résister. En âj^renant que leur ennemi furieux s'approchait avec 
des forces supérieures et le prujet de se venger, les habitans, qui 
savaient bien qu'il n'y avait aucune grâce à espérer de Mac^ 
Leod, conçurait l'idée, comme la seule chance de salut qui restât 
en leur pouvoir ,'de se cacher dans une immense caverne sur les 
bords de la mer. 

4 



tO HISTOIRB D'BOQBSB. 

Ce Um était parfaitMieat choisi poar ce dtasein. L'entrée ro»^ 
.aenblait à celle de la tanière d'un renard , et était si étroite qn'iHi 
homme ne ponyait y passer qu'en s'appuyant sur les mains et emr 
les genoux. Un filet d'eau tombait dn roC| et suffit, on plutôt suf- 
iisait à Tépoque dont na«8 parlons, peur cacher l'ouTerture de la 
caverne. Dans Tintérieer cette caverne s'élevait à une grande 
hauteur, et était couverte d'un sable blane et sec ; sa largeur était 
assez considérabkipour contenir on grand nombre dep^rsonnes, 
et rile entière, composée, en comptant les femmes et les enfans, ' 
d'environ deux cents âmes, trouva ua refoge dans ses vastes flancs. 

Mac-Leod anÎTa avec aon armée, il descendit dans llle, mais il 
«e découvrit personne sur qui exercer sa TcngeaUce : tout était 
désert. Les Macs-Leods détruisirent les huttes des babîtans , et 
pillèrent tout ce qu'ils purent trouver. Cependant la colère du Chef 
ne pouvait se satisfaire en 8^axerçant sur de telles bagatelles. Il 
pensait que les habitans s'étaient sauvés sur leurs bateaux dans les 
îles possédées par les liac-Donalds, ou qu'ils étaient cachés dans 
Eigg. Après avoir fait de sévères perquisitions pendant dens^ jours, 
Mac*Leod était au moment de se rembarquer, lorsque le matin dn 
.troisième jour l'un des matelots aperçut du pont de sa galère la 
. iigare d'un homme au milieu de l'ile ; c'était un émissaire que les 
MaC'Donalds, impatiens de leur emprisonnement dans la caverne^ 
avaient imprudemment euToyé pour Toir si les Mac-Leods s'étamit 
retirés. Quand le pauvre Mac-Donald sévit découvert , il essaya, 
en imitant les rases d'un lièvre ou d'un renard, d'éifacer la trace 
de ses pas, afin d'empédier qu'elle ne fût reconnue lorsqu'il serait 
rentré dans la caverne. Mais tout son art fut inutile. Lesassaillans 
revinrent de nouveau à terre, et suivirent ses traces jusqu'à l'ou- 
verture de la caverne. 

Mac-Leod, alors, somma de se rendre ceux qui y étaient renfer- 
més , et leur ordonna de remettre entre ses mains les individus qui 
. avaient maltraité ses gens, afin qu'il pût en dis^ser suivant son 
bon plaisir. Les Mao-Donalds , confians dans la force de leur for- 
teresse, au sein de laquelle on ne pouvait entrer que sur les 
pieds et sur les mains, refusèrent de lui abandonner leurs com- 
patriotes. 

Alors Mae-Donald commença l'œuvre d'une inconcevable ven- 
geance. Ses gens, par le moyen d'un fossé creusé au-dessus du 
nm»' détournèrent le courant d'eau qui tombait a l'entrée de la 
caverne. Ce travail achevé, les Mac-Leods ras8eBd>lèrent toutes 



sesn. SI 

ks natières ooiBbiistiblas cpi'Us purent se prs ca rer Sans Ffle, 
particalièreiiieDtde la bmjère sèche, ieseatassèrent près de Fou- 
yerture, et eatreliDreiit penéaat {4«sieurs heures «n feti innnemey 
dont la famée, pénétrant dans les retrakes les pins profondes de 
la eaverae, étoi^for tons ceoK qsk s'y étaient enferanés. li n'y a an- 
coA dottte snr la mérité <de œde histoire, quelque affreuse qu'èHe 
8^. La caverne est souTcAt visitée par des étrangers, et j'ai par- 
couru moi-iiiène ce Uen, oà les os des Mac-Doaalds sont encore, 
de noa jours , répandus dans rintérienr de la caverne en numoeaux 
anssi épais que dans les charniers d'une ^îse. 

Les Maiç-Leans, race hardie et entreprenante qui dans son 
origiae, marchait à la suite du Lord des Iles, s'était rendus indé- 
pendans et s'étant empanés d'une grande partie de Ttie de Mullet 
4e l'île plus p^ited'iiay, avaient, dans diversesoccasions, fait la 
-goerreavec succès aux Mac4)onidds. Il y aune autre anecdote rcl«- 
Êîve à oe élan, qui présente ^mssi une peinture exacte des m<feurs 



Le chef du clan , Mac-Lean de Duart , amdt dans l'tle de Mull 
une intrigue avec une jeune et Ixdle femme de son propre dan , 
qui céda à sa ^ssion et portait danrs son sein un gage de sa fid- 
Uesse, L'enfant qui naquit de cette intrigue étant né par hasard 
dans lœè grange, reçut le nom d'AUan-a-Sop, c'est-à-dire Allan 
•dé la paille, ce qui le itestinguait des autres de son clan. Comme le 
père et ^la mène d'AUan n'étaient pas mariés , cet enfant n'avait 
d'aiiftresinensàespérer que ceux qu'il pourrait acquérir lui-même. 

Gepeadawt la beauté de la mère d'AUan captiva un homme d'un 
vtmg distingué dans le clan , nommé Mac-Lean de Torloisk ; il 
f^MMisaet l'emmena avec lui dans son château de Torloisk, situé 
sur le rivage du.Sund on petit détroit de la mer qui divise la pe- 
tite tle d'ill^a de celle de MuU. Allan-a«Sop faisait a sa mère de 
fréquentes visites éans sa nsnvelle demeure ; elle le voyait avec 
plaisir, d'abord par affection , puis, parée qu'elle était fière de la 
foroe et de la beauté qui le distinguaient des autres enfans de 
ssn age« Mails les marques d'attachement qu'elle lui prodiguait 
étaient secrètes, eaf les visites d'AUan déplaisaient à son mari, 
TorloMk aimait si peu a toir le jeane garçon , qu'il résolut de lui 
fidre quelque ÎBgiire4iui l'empêchât de revenir an château pendanft 
^uelcpie temps. 

La dame du logis, regardant un matin par k fenêtre, vit son 
fik venir, bondissunt le long de la <;o3iine; eUe se hâta de m^tre 

4. 



62 HISTOIRE D'ECOSSE. 

nne galette sur les cendres , afin qu'il eût dn pain frais pour son 
déjeuner; d'autres soins l'appelèrent horsdeTappartement. Lors- 
qu'elle eut ainsi préparé le premier repas de son fils , son mari 
entra au moment où elle sortait; il devina aussitôt quelle avait 
été son occupation y et dans quel but elle FaTsit entreprise, et 
résolut de foire au jeune AUan une réception qui le dégoûtât de 
.telles visites à l'avenir. Il retira précipitamment la galette du feu, 
la jeta dans les mains de l'enfant, et les fermant avec violence sur 
la pâte brûlante: — Tenez, AUan, dit*il, voici une galette que 
votre mère a préparée pour votre déjeuner. Les mains d'Ailan fu- 
rent cruellement br&lées. Ce jeune homme avait aut^t d'intelli- 
gence que de fierté ; il ressentit profondément cette marque d'ini- 
mitié de son beau-père, et ne revint plus à Torloisk. 

A cette époque, les côtes occidentales étaient couvertes de pi- 
rates, qui, presque semblables aux anciens rois de la mer de Da- 
nemarck, s'établissaient dans des îles désertes , ou faisaient la 
conquête d'îles déjà habitées. AUan-a-Sop était jeune, robuste, et 
brave jusqu'à la témérité ; il s'engagea comme matelot sur un vais- 
seau de pirates, et dans la suite obtint le commandement, d'a- 
bord d'ane galère, puis enfin d'une petite floitille avec laquelle il 
parcourait les mers et ramassait un butin considérable. A cette 
époque il résolut de rendre visite à sa mère, qu'il n'avait pas vue 
depuis bien des années, et faisant voile dans cette intention, il 
jeta l'ancre un matin dans le détroit d'Ulva, en face du château 
de Torloisk. La mère d'AUan était morte; mais son beau-père, 
pour lequel alors il était un objet de crainte, comme il avait été 
l'objet de son aversion, se hâta de se rendre sur le rivage pour 
recevoir son redoutable beau-fils , en lui témoignant avec affecta- 
tion l'intérêt qu'il prenait à. sa prospérité. AUan-a-Sop était 
brusque et violent ; mais il ne paraît pas qu'il fût vindicatif. H 
crut que les témoignages d'affection de Torloisk étaient sincères 
et les reçut avec plaisir. ^ 

Le rusé vieillard réussit parfaitement à gagner l'amitié d'AUan 
et à effacer le souvenir de sa conduite passée : il pensa même qu'il 
pourrait s'en servir pour une vengeance* secrète qu'il voulait 
exercer contre Mac-Kinnon d'Ulva, avec lequel, comme cela était 
fort ordinaire entre de pareils voisins , il avait eu quelques que- 
relles. Dans cette intention, il donna à son beau-fils ce qu'il appe- 
lait un bon avis. — Moucher Attan, lui dit-il, vous avez assez 
long-temps^erré sur les mers, il est temps que vous ayez une de- 



DEUXIEME SERIE. 53 

meure sur. terre, an château pour Toas protéger contre l'hiver, 
on village et des bestiaux pour vos gens, et une rade ponr vos 
galères. Ici, près de noaS| est l'ile d'Ulva, qui est toute prête à 
TOUS recevoir. Cela ne vous coûtera d'autre embarras que de 
mettre à mort celui qui la possède maintenant , le laird de Mac- 
Kinnon, vieux rustre inutile , et qui pèse depuis longtemps sur 
la terre. 

Allan-a-Sop remercia son beau-père d'un aussi heureux conseil, 
et déclara qu'il le mettrait aussitôt à exécution. 11 leva Tancre le 
jour suivant, et parut devant le château de Mac*Kinnon une heure 
avant midi. Le. vieux chef d'Uiva fut alarmé de l'apparition me« 
naçante d'un aussi grand nombre de galères, et son inquiétude fut 
encore augmentée en apprenant qu'elles étaient commandées par 
le redoutable Allan-a-Soï». N'ayant aucun moyen de défense ou- 
verte, Mac-Kinnpn, qui était un homme de bon sens, ne vit d'autre 
alternative que de recevoir les nouveaux venus, quels que fussent 
leurs desseins, avec toutes les démonstrations extérieures de la 
satisfaction. Il donna des ordres afin qu'on préparât un banquet 
aussi spJendide que les circonstances le pçrmettaient, et se hâta 
de se rendre sur la cote pour recevoir le pirate. Mao-Kinnon ac- 
cueillit Allan, et lui souhaita la bienvenue avec une telle apparence 
de sincérité, que le jeune pirate se trouva dans l'impossibilité de 
chercher une querelle à la faveur de laquelle il pourrait exécuter 
les desseins violens qu'il avait conçus. 

Ils. passèrent en fête le jour entier, et le soir, au moment où 
Allan-a-Sop allait rejoindre ses vaisseaux, il remercia le laird de 
Mac-Kinnon de la manière dont il l'avait reçu ; mais il ajouta avec 
un soupir qu'il payait bien cher cette affectueuse réception. 

— Gomment cela peut*il être? dit Mac^Kinnon t je vous ai donné 
cette fête de ma propre volonté. 

— Cela est vrai, mon ami, reprit le pirate; mais cette fête a 
contrarié les projets qui m'ont amené ici; ces projets étaient de 
vous donner la mort, mon bon ami, de m'emparer de votre mai- 
son, de l'ile entière, et de m'établir ainsi dans le monde. Cette île 
eût été bien commode pour moi ; mais votre réception amicale m'a 
détourné d'exécuter ce dessein ; je retourne donc errer sur les mers 
•pendant quelque temps encore. 

Il est probable que Mac«Kinnon se sentit ému en apprenant qu'il 
avait couru un aussi imminent danger; mai$ il prit soin de ne mon- 
trer que de la surprise, et répondit au pirate : 



SA^ HISIUB IMMSDMC. 

— Méik cber Attan, foî tous a comdUé m deaseiii avisi C0«* 
paUe earen Totre vîal aan? car, j'e» som lûr, il n'est pas nédaaa- 
TOtre cœur générem. Il faotqa* ce loit TOtrebeBKKpèreyleTieaK 
TerWiak, qm fat un BMLBTaia mari pe»r velre nère, et qui y%m» 
moatrait tant d'aveniott lon^e Toaa étiez, an pauvre enfant sans 
appui* Maintenunt qoe ▼•» êtes éevenii brave et puitsanti il vent 
TOUS indisposer contre les amis de votre jeunesse. Si voua réflé^ 
chissezuB peu sur ce sajet, AUaa, voua verrer que le» domaines 
et les côtes de Torloisk veas seront aussi commodes que celles 
d'Ulva, et que si vovs aviez le dessein de Tons établir dans le 
monde aux dépens de quelqu'un, il vaut bcaiico«ip mieux choisir 
pour victime le vieux ladre qni ne vons a jamais donné avienne 
preuve de tendresse, qu'mi ami eoomiemoi qui n'eut jamais de tort 
miversvona; 

AUao-a-Sop fnt frappé de la justesse de ce raîsonneraent , et la 
vi^e injure de ses mains brûlées se représenta soudain à son 
sonvenir. 

— Ce qoe vous dites est vrai, llac^Kinnan, répondit-il, e^ je 
n'ai point ouUîé le déjeuner m peu trop diaud que mon beao-père 
me présenta un matin. Adieu pour le moment; vcnis entendrez 
bientôt parler de ee qoe je vais entreprendre de l'autre cftté du 
détroil. 

Après avoir prononcé ces mots, le pirate se rendit à bord, 
et, commandant à ses gens de démarrer les galères, fit voile de 
nouveau pour Torloisk, et se pr^mra poor j descendre armé. Son 
beau-père accourut empressé au^vânt de lui, dans Tespoir d'ap- 
prendre la mort de son ennemi, Mao-Kisnon; mais AUan Pae* 
cueillit d'one manière bien ctilférente de oelle qn'il attendait : -— 
Vieux traître, lai dit«il , voos avez surpris la bonté de mon carac- 
tère en me persuadant d'assassiner un bommê qui vant mieux qne 
vous* Maiaaves-vons oublié qne vous m'avez grillé les doigts, il y 
a vingt ans, avec une galette brâilante? Leji(Kir est venu où je dois 
vous payer votre déjeuner. En disant ces mots; Allan brisa la tète 
de son beau^père avec une bâche d'armes, prit possession de som 
château et de ses domaines, et j établit une branche distmgaée d« 
dan de MaoLean. 

Voici une autre anecdote sur un deê Chefs des tles occidentales* 
Un homme dont on vantait le bon naturel avait pour neven un 
ingrat et nn traître,, qui essaya plusieurs Uâb de smhprendre \é 
château de son oncle, et de le mettre à mort, a£n d'obtenir po«r 



hâ ' inéMie le conmantoneBlde aa tribs. Aytiit ëlé pm» le jeuM 
aii4ecie«K fut «nené derent son onde, mais le ehef ne permit pnt 
qtt'oQ lu ik aii€ttii mal, et lui paidonna, à la oenëition tent^oii 
^*il reBoneeraû à ses aiaiiTaîs deeaeiasy et en l'assuraot que a^I 
renoiiTelaît ses offenses, il serait eandamné à an eliâtûnent si ter* 
rible, qœ tOHte l'Ecosse en parlerait. Le perfide jenne bomme, 
qae la twnté de son parent n'avait paa désarmé, attenta de non veau 
à la rie de son oncle. Il fut pris une seconde fois, et il fut à néme 
de jnger que son oncle ne Tavait pas trompé sur la ri^ear dn 
diâiiment. U fat enfermé dans la fosse ou cachot du châtèaa, oa^e 
profonde et sombre, à laquelle il n'y avait aaeun accès, excepté 
par nne ouT^tare p^j^quée dans la voûte. On le laissa sans ali« 
mens jusqu'au moment où son af^iétit devint insupportalde; il 
commençait à croire qu'on avait l'intention de le laisser mourir de 
iaim. Mais la ven^^ance de l'oncle était d'une cruauté plus raffinée* 
La pierre qui couvrait l'ouverture de la voûte fat levée, et une 
quantité de bœuf salé fut présentée devant le prisonnier, qui le 
dévora avec avidité. Lorsqu'il eut rassasié son appétit vorace, il 
espéra qu'on descendrait quelque liqaeur pour étaneber la soif 
dévorante que la diète et les viandes salées avaient excitée. Une 
coupe descendit lentement; il la saisit précipitamment : elle était 
vide 1 Alors il entendit rouler la pierre sur l'ouverture, et le captif 
&t condamné à mourir de soif. C'est, dit-on, la mort la plus 
affreuse. 

Plusieurs histoires semUables pourraient être racontées sur la 
barbarie des habitans des ilés ; mais celles que je viens de citer suf» 
firent à prouver combien peu ils attachaient de prix à la vie , et 
la manière dont ils se vengeaient des injures et acquéraient des 
propriétés. Le roi Jacques semble avoir supposé qu'il serait im* 
possible de subjuguer cette race de sauvages ou d'adoucir ses 
mœurs par la civilisation. 11 ne vit pas de meilleur moyen à 
prendre que d'envoyer les habitans des plainea s'établir dans les 
lies, et d'en chasser les indigènes ou dé les détruire. Dans ce des* 
sein, le roi autorisa une association composée de plusieurs gen* 
tilshommes du comté de Fife, la partie de TËcosse la plus heureuse 
et la pins civilisée, qui essayèrent de s'établir dans les îles de 
Lswis et d'Harris. Ces entrepreneurs, oomme ils furent appelés, 
lev^ent des impôts, assemblèrent des troupes, et équipèrent une 
floite avec laquelle ils débarquèrent dans Tile de Lewis, ou d» 
innaènmt un établissement» dans un Uen. nommé Stemway. ▲ 



56 HISTOIRE D'ECOSSE. 

cette époque 9 la possession de Tîle de Lewis était disputée entre 
les£ls de Rory*Mao-Leod, le dernier seignear, qai avait des héri* 
tiers de deux femmes différentes. Les entrepreneurs , trouvant les 
indigènes se querellant entre eux, éprouvèrent peu de difficulté à 
bâtir une petite ville et à la fortifier ; et dès le commencement, 
leur essai promettait de devenir heureux ; mais le lord de Kintail, 
chef du clan nombreux et puissant de Mac-Keozie, était peu dis- 
posé à laisser cette belle île topiber en la possession d'aventuriers 
étrangers. Il avait lui-même le désir de l'obtenir au nom de Tor- 
quil Connaldagh Mac-Leod, un des prétendans, qui était intime- 
ment uni avec la famille de Mac-Kenzie et disposé à agir suivant 
les désirs de son puissant allié. Les habit$|P de Lewis, ainsi se- 
condés, s'unirent contre les entrepreneurs'; et, après une guerre 
mêlée de succès et de revers, attaquèrent leur camp de Stornway, 
le prirent d'assaut, brûlèrent le fort, tuèrent une grande partie 
des étrangers, et firent le reste prisonnier. Le massacre fut hor- 
rible. Quelques-uns des vieillards qui existent encore dans l'île de 
Lewis parlent d'une très vieille femme qui vivait dans leur jeu- 
nesse, et qui se vantait d'avoir tenu la lumière tandis que ses com- 
patriotes coupaient la gorge aux aventuriers. 

Une dame, la femme d'un des principaux personnages de l'ex- 
pédition, se sauva de cette scène épouvantable, et se réfugia dans 
un lieu sauvage et inhabité , où l'on ne trouve que des rocs et des 
marais, et nommé la forêt de Fannig. Elle devint mère au milieu de 
ce désert. Un habitant des Hébrides qui par hasard passait dans 
ce lieu , monté sur un des petits chevaux du pays , vit la mère et 
l'enfant périssant de froid , et, prenant pitié de leur malheur, il 
s'avisa d'un étrange moyen pour les secourir. Il tua son bidet , lui 
ouvrit le ventre, en ôta les entrailles, mit la mère et l'enfant non- 
veau-né dans l'intérieur du cheval, afin qu'ils pussent jouir pen- 
dant quelque temps d'une chaleur bienfaisante. 

De cette manière il vint à bout de les conduire dans un lieu de 
sûreté , où la dame resta jusqu'au moment où elle put retourner 
sans danger dans sa patrie. Elle devint dans la suite la femme d'un 
personnage important à Edimbourg ; c'était, je crois, un juge de 
la cour des sessions. Un soir, connue elle regardait par la fenêtre 
de sa maison, dans laCanongate, au moment où l'on était menacé 
d'une violente tempête, elle vit un homme qui portait l'habit des 
montagnards , et l'entendit qui disait à un autre : — Ce serait une 
terrible nuit dans la forêt de Fannig. L'attention de la dame fut 



DEUXIEME SERIE. 57 

aussitôt captivée par le nom d'an lieu dont elle conservait un si 
terrible souYenir, et, regardant attentivement l'homme qui parlait» 
elle reconnut son libérateur. Elle le fit entrer chez elle, et le reçut 
avec la plus grande cordialité. L'habitant des îles venait à Edhn- 
bourg pour une affaire de grande importance pour sa famille.. La> 
dame intéressa son mari en sa faveur, et, par sa protection , l'af- 
faire fut promptement terminée avec un plein succès. L'étranger, 
comblé de prévenances et de présens^, retourna dans son île, et il 
put se féliciter de l'humanité qu'il avait montrée d'ohe aussi sin- 
gulière façon. 

Après la prise de leur fort et le massacre de ceux qui le défen* 
daient , les gentilshommes de Fife renoncèrent à leur entreprise.. 
Le lord de Kintail en recueillit tous les avantages, car il prit 
possession de l'Ile disputée, et la transmit à sa famille, à laqueUe* 
elle appartient encore. 

11 semble cependant que le roi Jacques ne désespéra pas entière- 
ment de civiliser les habitans des Hébrides en leur envoyant des 
colonies. On supposa que le puissant marquis de Huntley aurait 
assez de force pour se maintenir en possession des iles, et assez de. 
fortune pour indemniser la couronne de cette concession. L'ar» 
ch^l entier lui fat offert , excepté les îles de Sk je et de Lewis, pour 
la somme modique de dix mille livres d'Ecosse, environ huit cents 
livres sterling ; mais le marquis ne voulut donner que la moitié de 
cette somme pour ce qu'il ne considérait avec raison que comme 
one permission de conquérir une région stérile, habitée par une 
race guerrière. 

Tel fut le résultat des efforts qu'on tenta pour faire pénétrer 
quelque civilisation dans les îles occidentales. 

Dans le chapitre suivant nous montrerons les progrès des mon- 
tagnards sur le continent, progrès qui ne donnaient pas beaucoup 
plus de satisfaction . 



CHAPITRE VI. 



Itfptis dM aMBtagMrdf pow 1m Arts. ^ Hirtoir» àm DomM du Mirtom. •« lxé«iMiMl d« tiM 
d« llac'Intosh par ordre de la marquise de Hantly. — Massacre das Farqubaraons* *- Race de la 
4riba de l'Auge. — Exécation da comte d'Orkney. - 



L'ETENDUE et la position des montagnes d'Ecosse Iw rendakfit 
beftveoop moins sttacepdbks d'amélioraticm q«c les'distrteta des 
Crontières; ces deniers, plus eirconserilset d'un accès sioins dtf&i 
eiléy se trouvaient maintenant placés aitre deux cmKréea paisibles 
et eâvilisées, an lien /d'être les limites de deux pays contkmcUement 
en guerre. 

Les montagnard», an contraire, contùmaient de ^ battre entre 
aux et de faire des incursions chez leurs voisins des plaines» habi» 
tnde qui les distinguait dès Fanrore de leur histoire. Des aventures 
ipoenrièresy de qndque nature qu'elles fassent, faisaient letors 
déhces et leur occupation» et tous les ouvrages de l'industrie 
étaient regardés comme au-dessous de la dignité d'un memagnard» 
La iâdie nécessanre de recueillir an moins une modique récolte 
^orge, était abandosnée aux vieillards, a«x femmes et anx enfans* 
Les hcmimes ne songeaient qu'à la chasse et à la guerre. Je vais 
'VOUS raconter un trait d'un Chef montagnard, dcmt le caractère et 
les actions vous rappelleront AUan-a-Sop, l'habitant des Hébrides» 

Les Stewarts , qui résidaient dans le (tistrict d'Appîn » dans les 
montagnes de l'ouest, formaient un dan nombreux et gocrrier. 
Appin est le titre du chef du clan. La seôunde branche de la fiamille 
éuit celle d'Invemahjle« Le fondateur, second fils de la nuisou 
d' Appin, était connu par le surnom, assez rare dans le pays, de 
SaoiUach ou le Paisible; Un de ses voisins était le lord de Dans- 
taffnage, appelé Cailen Uaine, ou Colin le Vert, à cause de la cou- 
leur verte qui dominait dans ses tartans. Ce Colin le Vert surprit 
le paisible laird d'Invernahyle , Fassassina, brûla sa maison, et 
détruisit toute sa famille, à Texception d'un enfant au berceau. Cet 
enfant ne dut point son salut à la pitié de Colin 1^ Vert, mais à 
l'activité et à la présence d'esprit de sa nourrice. Voyant qu'elle ne 
pouvait éviter les poursuites des gens du Chef, la fidèle nourrice ne 
trouva qu'un ikioyen de sauver la vie de son nourrisson, elle cacha 



DSinOIMB SBIUB* S» 

l'cainit éum vue fentede rocher, et, n'ayattt a«cime aotie mamère 
de ktt precvrer de U «enTitttfie^ dke rnspeadàt à son eon, par «i 
otardett , cm gros norecaii de lard* La pao^re fenune eal à peine le 
teaipedes'écaiiterdB lîeaoïx dtr«faitdépoaéreDhnt coafiéàsee 
seùia, qu'eUe fat faite prisanmère par cem qui la poarsiiivaieBl* 
Coii»e elle nia qa'elie eftt aocime connaissance des lieux où se 
trei»rait Tentiiity on la relâeka comme me personne de pea d'im* 
portance; mais avant deb laisser aller, on la garda pendant deux 
00 trois jours dans nne étrotte prison, la menaçant à chaque in- 
stant de la mort si elle ne Yoalait pas décoarrir ce qu'elle avait fait 
de Fen&nt. 

Lorsque cette femme fat en liberté, et qn'elle s'aperçut qn'efle 
n'était plus observée , elle se rendit près de la lente du rocher au- 
qael elle avait confié Tenlant ; elle ne conservait aucune espé- 
rance de le trouver en vie, car elle pensait que les loups , les diats* 
sauvages, les oiseaux, de proie l'avaient dévoré , mais elle'épron« 
vait le pieux désirde confier les restes de son «tEiafe ou nourrisson 
à quelque lien ooMsacré à la sépulture des chrétiens. Quelles 
furent sa joîe et sa surprise de trouver Fenfsnt bien portant, 
a^nt vécu pendant son absence en suçant le morceau de lard 
qu'elle lui avait laissé , et qui se trouvait réduit à la grosseur 
d'une noisette! L'heureuse nourrice se hâta de se sauver avec son 
précieux fardeau dans le district de Moidart , lien de sa naissance; 
elle était la femme du forgeron du clan de Mac^Donald, auquel le 
pays appartenait. La mère de l'enfant si miracnlensement sauvé 
était aussi uaie fiUe deeette tribu. 

Pour assurer la vie del*enfant, la nourrice persuada à son mari 
de rélever comme leur propre fils. D faut remarquer quele forge^ 
ron d'oli clan de montagnards était un personnage d'une grande 
importance. Son adresse à forger des armures et des armes était 
ordinairement tinie au talent de s'en servir , et à la forcede corps 
que sa profession exigeait. Si je ne me* trompe , le forgeron avait 
«ordinairement lerang de troisième officier dans lamaison du Chef» 
Le jeune Donald Stewart se distinguait , en grandissant , par une 
finrce prodigieuse. Il devint habile dans l'art de son père nourri- 
cier, et sa force était tdle, qu'il pouvait, dit-on, tenir pendant 
quatre heures deux lourds marteaux dans chacune de ses mains. 
I^après ces cnxMmstanees on lui donna le surnom de Dùmmtnai^ 
Ont y e'est-àHiire, Donald du Marteau, surnom par leqûd il fat 
distingué toute sa vie. 



60 HISTOIRE D'BGOSSB. 

Qdand il eut atteint Fâge de yingt-an ans, le forgeron i père 
nourricier de Donald^ observant qae le eourage et l'intelligence 
da jeune homme égalaient sa force personnelle , pensa qu'il devait 
loi découvrir le secret de sa naissance , lui bire connaître les of- 
fenses de Colin le Vert de Dnnstaffnage , contre sa famille , et se» 
droits au domaine d'InvernabylCi maintenant dans la possession 
de rhomme qui avait assassiné son père et usurpé son héritage. 
Il termina ce récit en présentant à son nourrisson bien-aimé ses- 
six enfans qui devaient le suivre et ledéfendre jusqu'à la mort, et 
l'aider à recouvrer son patrimoine. 

Les lois étaient inconnues dans les montagnes. Le jeune Donald 
exécuta ses desseins par la force des armes. Il joignit à ses six 
frères de lait quelques parens de sa tnère, et leva parmi les vieux 
partisans de son père et parmi les alliés de la maison d'Appin, des 
forces assez considérables pour le mettre à même de livrer ba- 
taille à Colin le Vert , qui fut défait , et Donald ressaisit en même 
temps la maison de son père et son domaine d'invernahyle. Ce suc- 
cès eut ses dangers, car il plaça ce jeune homme en opposition 
avec toutes les branches du puissant clan de Campbell, auquel le 
Chef qui venait d'être détruit appartenait, par alliance du moins, 
les ancêtres de Colin le Vert, et lui-même après eux , ayant pris le 
nom et s'étant placés sous la bannière de ce formidable clan, quoi» 
qu'ils fussent originairement chefs d'une tribu indépendante. Ces 
querelles .devinrent mortelles quand Donald, dont la vengeance 
n'était pas satisfaite de s'être exercée sur l'auteur immédiat de ses 
malheurs, attaqua les Campbells jusque dans leurs propres do» 
maines. C'est à ce sujet que les historiens des Campbells citent 
deux vers qui apprennent que . 

Donalcl le forgeron et le fils de renclnme 
Sl rempli le Lochawe de deuil et d'aineriame. 

Enfin le puissant comte d'Agyle ressentit l'injure qui était faite 
aux gens de son clan et à jses parens. Les Stewarts d'Appin refu- 
sèrent de soutenir leur allié contre un aussi redoutable ennemi, et 
insistèrent pour qu'il fît la paix avec le comte. Donald se voyant 
abandonné, et convaincu qu'il lui serait impossible de résister aux 
forces que lui opposerait un Chef aussi puissant, essaya de captiver 
ses bonnes grâces en se plaçant lui-même au pouvoir du comte. 

Il dirigea ses pas, suivi d'un seul de ses gens , vers Inverary , 
château du comte d'Argyle ; ce seigneur vint le joindre à qudque 



DEUXIEME SERIE. 61 

distance au miliea des champs. Donald da Marteau montra dans 
cette occasion qne ce n'était pas la crainte qui lui ayait fait 
prendre cette résolution. C'était un homme d'esprit et un poète, 
et lé talent de la poésie était en grand honneur parmi les monta- 
gnards. Il ouvrit la conférence par cet impromptu , qui était plu- 
tôt le langage d^un homme craignant peu le sort qui semble Fat- 
lendre, que celui d'une personne demandant grâce ou implorant 
Toahli des offenses qu'elle a commises : 

FiU da tombre Colin, et comte redonté. 

Faible est le ftimnle don que de tes mains j'implore. 

AffraDchi da péril , permets qu'en liberté 

Aux foyers paternels je paisse Tivre encore. 

Le comte était trop généreux pour profiter de l'avantage que la 
confiance d'Invernahyle lai accordait , mais il ne put s'empêcher 
de continuer sur uti ton railleur une conversation ainsi conunen- 
cée. Donuil-nan-Ord avait des traits durs et une habitude qui tenait 
de l'éducation qu'il avait reçue et de la hauteur de son caractère , 
celle de jeter sa tête en arrière et de rire bruyamment en ouvrant 
la bouche de toute sa largeur. Pour se moquer de celte gaieté in- 
convenante, à laquelle Donald donnait carrière à chaque instant, 
Argyle on un des gens de sa suite montra à une certaine distance 
un roc qui ressemblait à Un visage humain dont la bouche était 
défigurée par un rire épouvantable. — Voyez- vous ce rocher qui 
est là-bas ? dit-on à Donald du Marteau ; on l'appelle gain grunda, 
on le vilain rire, Donald sentit la plaisanterie, et comme la com- 
tesse d'Argyle était une femme hantaine et peu jolie , il répondit 
sans hésiter : . 

Le rire da rocher certes rons semble affreox , 
La nature elle-même en décora ces lîenz ; 
Mais si vous Toùles voir encor pire grimace, 
Voas poQvex regarder votre comtesse en face» 

On rapporte qu'Argyle ne se fâcha pas de la raillerie un peu 
forte de Donald; mais qu'il ne voulut pas conclure la paix avec 
lui, à moins qu'il ne consentît à faire deux crtags ou invasions, 
Cnne dansleMoidart, l'autre dans le district d'Athole. Il est pro* 
bable que le dessein d'Argyle était de brouiller son incommode 
voisin avec d'autres clans qu'il n'aimait pas, car, quel qu'en eût 
été lé résultat, Argyle n'aurait pu qu'y gagner. Donald accepta 
la paix avec les Campbellsaux conditions qu'on lui imposa. 

A 60Q retour chez lui, le jeune Chef communiqua à Mac-Donald 



«2 BKTOiRB VBCOÊ8E. 

de MoMart Teagagevieat qu'il aycdt oontraeté, et leCbef»<|«tél»t 
le parent de Donald du Marteau , par sa mère, oonseolit qu'Ia* 
vernahyle et ses gens pillassent certains villages dans le ftloîdait, 
dont les habitans l'avaient offensé , et suir lesquels il désirait exer- 
cer sa vengeance. L'invasien de. Donald du Marteau dans les vil- 
lages qu'on lui avait indiqués parut aux habitans une punition 
de leur Chef , et Invernahyle remplit ses engagemens avec Argyle 
sans se faire un ennemi de son parent. Avec les gens d'Athole, 
qui ne lai touchaient pas d'aussi près , Donald agit avec moins de 
cérémonie , et fit plus d'une invasion chez eux. Son nom fut bien- 
tôt connu pour celui d'un des plus formidables maraudeurs des 
Highlands , et une attaque sanglante qu'il soutint contre la famille 
des Grahames de Monteith le fit encore craindre davantage. 

Les comtes de Monteith avaient un château situé sur une île 
dans le lac du même nom ; mais, quoique cette résidence (qui oc- 
cupait l'îlot presque tout entier sur lequel les mines existent en- 
core ) fût une place forte , étroite , et, de cette manière, bien con- 
venable dans ces temps de trouble, les écuries , ks étables, les 
basses-cours et autres servitudes , étaient nécessairement sépa- 
rées du château et situées sur le continent. CSes servitudes étaient 
construites sur les bords du lac, et n'avaient, pour ainsi dire, 
aucun moyen de défense. 

Dans une occasion solennelle, il y eut une grande fête an châ- 
teau, et la plupart des Grahames y étaient invités. Cette occasion 
favorable était, dit^on, un mariage dans la famille. On ainassa 
de nombreuses provisions pour cette lète, et on s'était paition* 
lièrement pourvu de volailles. Tandis qu'on préparait la lète, un 
malheureux hasard amena Donald du Marteau sur les rives du 
lac ; il revenait à la tête d'un cortège affamé , qu'il reconduisait 
dans les hautes-terres de l'ouest après quelques-unes de ses excur- 
sions ordinaires daiis le Slirling-Shire. En voyant un si bon repas 
presque prêt, et doués d'un excellent a|^tit, les montagnards 
de l'ouest, sans attendre une invitation et sans demander per- 
mission, se jetèrent sur les mets et dévorèrent toutes les provi- 
sions qui avaient été réunies pour les Grahames; puis ils CMiti- 
nuèrent joyeusement leur chemin à travers la route dangereuse 
et difficile qui conduit du lac de Monteith , en passant par les 
montagnes , jusqu'aux rives du lac Katrine. 

Les Grahames ressentirent la plus vive indignation* Rien, dass 
. ces temps de désordre , n'était plus m^risaUe qu'un individu qui 



BBOXISME SBROL 1S 

Ée faôssafe pilier sanfi en aToir aatisfutioa et Yeiigeenee ; la perte 
d'oB dîner aggravait encore i'insnlte. La «odétë qui était asseai- 
Uée an chiteaa de Monteith, dirigée par le comte Im^mémey se 
jeta précipitamment dans des iNHeanx, débarfoa snr la ri^e sep- 
fcmtrionaledn lac , et peuranivit les marandenrs et leur Chef. Les^ 
Grdiams joignirent Donald et sa tronpedans nne gorge de mon- 
tagnes près d'nn rocher nommé Cfmig* f W on le Roc dn Lonp. Ils 
ordonnèrent anx gens d'Appin de s'arrêter , et lenr prodignèrent 
des injures ; nn des Grahames, ponr faire allusion à ce qui venait 
de se passer, s'écria: 

Que Ms hommas d'AfJipiB Mat cle braves oadets. 
S'il faat tordre le eoil clei coqs et des ponletsi 

DoDiM répliqua ànsaiftôt : 

Si des hoiiHnfsd'A.ppm nons méritonB le ■om» 
Noos te tordrons le cou, cVst celui d'un oisoB* 

£n disant ces mots, Donald reuTersa d'une flèche le mal^icon- 
treux railleur. La bataille commença , et dura jusqu'à la nuit aTOC 
une grande fureur de part et d'autre* Le comte de M onteith périt, 
ainsi qne plusieurs de ses nobles parens. Donald , ftiTorisé par les 
tàièkres, s'échappa sniyi d'un seul de ses gens. La cause de cette 
•querelle fit donner aux Grahames le snmom de Gmniock an gut» 
righy ou Grahames des poules ; ils n'avaient cependant pas peréa 
leur hopnenr dans la bataille, et s'étaient plutftt conduits en 
yrais cofs de {»mèat. 

Dcmald dn Marteau eut deux fenunes. Son second mariage dé- 
plut beaucoup an iiU aîné qu'il avait eu de la première. Ce 
jeune hMune, dont le nom était Dnncan, semblait platôt avoir 
bénAé ^es dispositiima de son grandpère Alisier SaoUeach , ou le 
Paisible , que du caractère inquiet et turbulent de son père Donald 
du Marteau. Mécontent de la maison paternelle, illa quitta, et se 
réfaigia dans une ferme nommée (nverfalla, que Donald avait 
donnée à sa nonrrioe en reconnaissance de ses éminens services. 
Dnncan vécut avec les premiers amis de son père, qui étaient 
parvenus à l'âge le plus ayaneé, et s'amusait en essayant d'aitfé- 
lif»er la enkurê des tertres, travail qui étfit regardé non-senle- 
ment comme bien an-desaous de la dignité d'un ifeontagnard, meis 
comme fedeirnier degré de dégradation^ L'idéetpe son fils s'ocon- 
piik4'n|^o«ltnré remplisaait de boAle et de eoMre le ceraMle 



«4 HISTOIRE D'ECOSSE. 

Donald y et bientôt son ressentiment contre lai ne connut pins de 
bornes. Un jonr, tandis qn'il se promenait snr le bord de Tean, il 
regarda de l'autre côté de la rivière où se trouvait la ferme d'in- 
verfolla. Il vit avec un déplaisir extrême plusieurs hommes oc- 
<^pés à bêcher et à herser la terre pour y semer du grain. Quel- 
ques minutes après il éprouva une humiliation plus grande encore 
en voyant son propre fils se mêler aux travailleurs, leur donner 
des conseils , et enfin prendre lui-même la bêche des mains d'un 
;^arçon maladroit , et lui montrer comment il fallait s'en servir. 
Ce dernier acte de dégénération excita toute la colère de Donald 
du Marteau. Il saisit un ^curragh ou bateau couvert de peau, sauta 
dedans, et traversa le courant avec la pensée d'exterminer le fils 
qui, suivant son opinion, avait déshonoré sa famille. Le pauvre 
agriculteur, en voyant son père approcher avec une telle précipi- 
tation , devina la nature de ses intentions paternelles, et se sauva 
dans la maison , où il se cacha. Donald le suivit les armes à la 
main ; mais, aveuglé par la colère, et trompé par les ténèbres, il 
plongea son épée dans le .corps d'une personne qu'il vit étendue 
SUT un lit. Le coup qui était destiné pour son fils tomba snr la 
vieille nourrice à laquelle Donald devait la vie, et la tua sur-le- 
-champ. Après ce malheur, Donald éprouva les plus cuisans re- 
mords , et donnant tous ses biens à ses enfans , il se retira dans 
l'abbaye de Saint-Colomba , dans l'île d'Iona, s'y fit moine, et^ y 
passa le reste de sa vie. 

On doit aisément supposer qu'on trouvait bien peu de paix et 
de tranquillité dans une contrée féconde en hommes semblables à 
Donald du Marteau, qui pensaient que la pratique d'une honnête 
industrie, de la part d'un gei^tilhomme , était un acte de dégrada- 
tion qui ne méritait rien moins que la mort. Les troubles et les 
désordres qui remplissaient les montagnes étaient donc à peu près 
aussi déplorables que ceux des îles. Cependant quelques-uns des 
principaux Chefs se présentaient dans certaines occasions à la 
cour d'Ecosse; d^autres étaient. quelquefois obligés d'y envoyer 
leurs fils pour y être élevés : on les y retenait comme garans de 
la conduite de leur clan, et de cette manière ils participaient par 
ilegrés aux progrès de la civilisation* 

La puissance des grands seigneurs, dont les domaines se tron- 
valent auprès on dans l'intérieur des montagnes , était un moyen 
qui, bien que sévère, soumettait, dans un certain degré, à Tin- 
fluence des lois le district sur leouel ces seigneurs exerçaient 



DXUXiBMB SERIE. 6 j^ 

leiir|)OiiYoir. Il estyrsd que les comtes de HunUy, Argyle^ Sa- 
therland et autres nobles n'introdoisirent pas les institutions des 
plaines parmi leurs vassaux des hautes-terres , par zèle pour leur 
dvilisatioUj mais plutôt parce qu'en mettant le pouToirdu souTé- 
raiu et les lois de leur c&té, l'infractibn faite à ces lois par le Chef 
le moins important, leur serrait' de prétexte pour' détruire de^ 
da&s entiers, ou pour les soumettre à leur propre autorité. 

Je Tais vous donner un exeitaple de la manière qu'employa une- 
noble dame pour châtier un chef de montagnards sous le règne de 
Jacques YI. L'héritier de la maison de. Gordon, ^lors marquis de 
Hontly, ét^it sans contredit le plus puissant seigneur des contrées- 
da nord ; il exer^ait^ne grande influencé sur les dansées hautes» 
terres, qui habitaient les montagnes de Badènoch , qui touchent à 
ces immenses domaines. Un des plus anciens de ces clans est celui 
deMac-Intosli, mot qui signifie enfant du Thàne, car il prétend 
descendre de Mac^Duff , le célèbre thane deFife. Cette tribu hau* 
taine s'étant brouillée avec If s Cordons, le Chef, WilUàm' Mae* 
Intosh , porta ^ loin son inimitié , qu'il brftla lé château d'Auchin.» 
do^¥n, appartenant à la famiUe Gordon. Le marquis de Huntly 
jnra de se yenger ; il marcha contre les Maclnto^* avec toute sa 
chevaUfie, et il permit à tousses clans qui , suivant le vieil adage, 
voudraient faire quelque chose pour son amour ou pour sa crainte^ 
d'attaquer la tribu proscrite. Après quelques efforts pour se dé- 
fendre , Mac-intosh jugea qu'il ne> pourrait soutenir long-temps^ 
celte lutte inégale, et vit qu'il faudrait sacrifier son clan tout en- 
tier, oa trouver quelques moyens d'apaiser le ressentiment 
d'Huntly • Four empêcher son clan d'être exterminé, il résolut de- 
se remettre lui-même entre les Inains du marquis, et de porter^ 
ainsi lui seul la faute do l'offense qu'il avait commise. Four ac- 
complir ciet acte de générosité avec àtttùit de chance de. salut que 
cela lui était possible, il choisit le temps oh le marquis était ab- 
sent,. et se fit annoncer à la dame du château , qu'il supposait être 
moins inexorable que son mari. Il se présenta comnie étant l'in- 
fortuné laird de Mac-intosh , qui venait se rendre aux Gordons, 
et répondre pour l'inceilâie d'Auchindown, en demandant seple* 
ment qu'on épargnât son claUé Lamarquisey femme froide et al* 
tière , partageait le resseQtûaent de son mari; elle regarda Mac- 
intosh d'un œil morne, comme l'épervier ou l'aigle contemple la 
proie qU'iV tient dans ses serres; et, ayant parlé bas à la femme 
qui 1^ suivait ^ elle répondit de cette manière au Chef suppliant ^ ' 

' ^ 5 



6& HISVOni B^GOSSS. 

-^ Mao-Intoshi TMI9 B.rta. n profondément oCEensé Ihi faimiMe ûes 
Gardons, que le manqnis d^Hniitiy a jnré, par Pâme ée son père, 
qu^il ne Vous pardonnerait pa» ayant qne tous ayev placé votre 
tête sur le billot.. 

-— Je me, sovmettrai même a œcte bumiliationy répondit Mae- 
Intosh, 

Comme l'entrevue se pâsanit dans là enisine dn châtean de Bog^ 
de-Gicht, Hao^lntosh défit lecoUet de son ponrpomty et s'agenouif*» 
lant derant l'iatmense billot qui , dans ces temps d^nne sauvage 
hospitalité^ servait à supporter la tdte des bjoenfs et des montons 
qui étaient tués poor la consommation dn cfafiteao , il y posa son 
con, croyant fermement qne la dame serait satisfaite de cette 
preuve dé sa soumission ; mais l'inexorable marquise fit un signe 
au eeisiniery qui s'avança la bâche levée et sépara la tête de Mac- 
intosh de son corps. 

Encore, une autre anecdote , et je changerai de sujet. Cest en- 
core la famille de Gordon qui nous la fournira , - non pas parce 
qu'il s'y trouvait des hommes dont le cœur était plus dur que celui 
des autres barolis écossais qui avaient des querelles ,avec les mon- 
tagnards, mais parce que c'est la première qui se présente à ma 
mémoire. Les Farquharsons ^s bords du Dee , peuple hardi et 
guerrier qui habite les vallées de Brae-màr, s'étaient crus offensés 
par un gentilhomme distingué nommé Gordon de Bracklej, et 
l'avaient as^ssiné. Le^^arquis d'Ihintly rassembla toutes ses. 
forces pour tirer une vengeance éclatante de la mort d'un Gordon ; 
et afin qu'aucun iadrvidu delà tribu coupable ne pût échapper, il 
associa à ses projets le laird de Grant , qui était son allié , et pa- 
rent, je crois, ^ baron de Brackley qui avait été assassiné. Ik 
convinrent qu'un jour, qu'ils fixèrent d^avance, Grant, avec son' 
clan sous les armes, occuperait la pàrticASupérieure de la Vallée dte 
Dee, tandis que les Gordons suivraient le cours de la rivière; 
chaque troupe séparée tuant, brûlant et détruisant sans pitié tout 
ce qui se tiy[>uvait sur son passage. Les Farquharsons, pris à l'im- 
provistaet placés neutre deux ennemis , forent horriblement mas- 
sacrés. Presque tous les hommes et toût^ les. femmes de cette 
race périrtait , ^ lorsque cette boucherie fut terminée , Hiintl y se 
trouva embarrassé d'à peu près deux cents enfans orphelins^ dont 
lesparens avaient été tués; nous allons apprendre ce qu'il en fit. 

Environ on an après ce massacre , le laird de Grant dtna , par 
hasardi an château du marquis. 11 ftit reçu avec amitié et traité 



er 

a^iM BulgftiÉtneev Après le «iiMr, lé nnuffn» dii à itotlèi» jfi^ 
aUtàl liB.proetirer «a fivérdsgenwt «Meî pu«. Il eenMsil Gruit 
«lar an bakoB qm , èomme cela est tvès frécp^il: jaiis les vievx 
eliteeaox ^ èoimait dbiw la cœsme , a^qpacemmenl; afià qae la dame 
de la maison pât j»bsenFerde temps en temps ce qui Vy paasmt. 
Les nonilireiiac dMiiesiiqiies da qiarqms et du laird avaient déjà 
diaéy et Grant remarqua tons les restes du rqMs jetés an basard 
dans une grande ange semblable à eelles qni sont à l'usage des eo» 
chonsi Tandis qne Grant essayait de deTmer ce q«e tent cela 
signifiait, le chef de cmsine dcHina nn signal avec son sifflet d*ar* 
gent; aloi^ on ouvrit une espèce de ehenil, on entendit des cris, 
des hnrlemens. Ce n'était pas une mente de chiens» quoique kur 
nombre, le brait, le tumiilte, auraient pu le fiiire. croire, mais une 
foule d'enfans demi mis, d'ini aspect sauvage, qui se jetèrent sur 
les aUmeés que contenait l'auge, et qui se battirent en même temps 
et se disputèrent la plus grosse portion, Grant, qui ne manquait 
pas d'humanité, ne trouva pas dans cette scène dégradante tout 
l'amusement ^ue le ncdble comte avait l'intentioài de lui procurer. 
<— Au nom du ciel, dît41, quelles sont ces malheureuses créa» 
tares, nourries comme des pourceaux? — Ce sont les ei|&ns des 
Farquharsons que nous avons tués Tannée dernière sur lés rives 
de la Dee , répondil Huntly. 

Le laird se sentit plus kSéùli qu'il n'èik été prudent on poli de 
le montrer. — ^Milord , dit-il , li|on épée vous a aidé à rendre cos 
pauvres enfans orphelins, il n'est pas juste qne Votre Seigneurie 
eh ait; tout le fardeau et supporte seule la dépense qu'ils oeca*» 
sionent. Vx)usles avez nourris un an et un jour , permettez-moi 
de les emmener à Gastle-Grant, et de les entretenir à mes dépehs 
pendant le même esjpace de temps. Huntly, qui commençait à être 
fatigué du divertissement de l'ange, consentit volontiers à se dé* 
barrasser de la troupe indisciplinée des enfans et ne s'en inquiéta 
plus. Le laird de Grant les emmena à son château, les dispersa 
parmi son clan^ les fit élever décemment et leui' donna son propre 
nom. Mais on* dit qne leurs descendans. sont encore appelés les 
hommes de l'ange , pour les distinguer dés familles db clan ou ils 
forent adaptés. 

Ces anecdotes sont des «exemples de la sévérité qne les grands 
seigneurs exerçaient sur leurs voisins ou vassaux montagnards. 
Cependant ce pouvoir leur apprit à respecter les lois , car ces 
lordà puisdans, quoique possédant une grande liberté dans leurs 

' 5. 



68 HISTOIRE D'ECOSSE. 

jaridictioBs , n'affectaient pas eux-mêmes une entière indépen* 
dance^ comme les; anciens lords des iks, jjui faisaient la paix on la 
guerre avec l'Angleterre sans le consentement du roi d'Roo^; 
an lien qu'Argyle , Hontly et d'autres seigneurs prenaient aU 
moins le nom du roi pour prétexte , et d'ailleurs leurs habitude& 
et leur éducation les détournaient du pouvoir arbitraire dont s'em- 
paraient les clieb des montagnards, he pays se civilisa do;ic peu à. 
peuy en proportion de Tinfluencequ'acquirent les nobles. 

On ne doit pas oublier ici que l'augmentation du pouvoir du roi 
{lit ressentie cruellement par un des plus grands seigneurs /qui 
exerçait la viplence et l'oppression à l'extrémité du royapme. Le 
comte d'Ôrkney, descendant d'un fils naturel de Jacques Y, et par 
conséquent cousin germain du monarque alors régnant, avait abusé 
de son pouvoir , jusqu'à un elLcès extravagant , dans les sauvages, 
retraites des Orcades et des îles de Shetland. On l'accusa aussi 
d'avoir ambitionné le pouvoir souverain> et d'avoir ordonné à son 
fils naturel de défendre le château de Kirkwall par la force des 
armes I contre les- troupes du roi. Convaincu de ces crimes, le 
comte fut jugé et exécuté à Edimbourg. Cette sévérité jeta la ter- 
reur parmi l'aristocratie , et rendit les grands seigneurs , dont le 
pouvoir s'étendait dans les lieux les plus éloignés et les plus inac- 
cessibles de l'Ecosse, soumis à Pautorité rpyale. . 

Ayant ainsi présenté les changemens produite par l'union des 
deux couronnes, sur les frontières, les montagnes et les îles, il 
nous reste à parler de l'influence qu^'elle exerça dans les plaines 
ou dans les patties les plus civilisées; du royaume, > 



' p 



CHAPITRE VIL 



La conr £ait sa résidence 3i Londres^ il en résalte de malbenteax effels pour T Ecosse. — Un çr^nd 
nombre d'écossais quittent leur patrie , et.prbnnént du serTÎte^ilays l'étrapgcr. -^ D'autres par- 
courent l'Allemagne comme marchands àmbulans. — Le clergé presbytérien teple àa mettre an 
terme aux querelles de familles , et dé ^fferfectionjier l'éducatiod.— 41 établit les écolt^ paroissiales. 
•— Jacques V| Tisi|eI'£cosse en x6i7.-^ Sa mort, ses enfant. 



•• • • . 

Les Ecossais s'aperçurent bientôt que si les courtisans de leur 
pays et leurs grands seigneurs faisaient leur fortunç par la faveur 



DEUXIEME SERIIE. 69 

in: roi Jacques, la nation eUe-méme n'était pas enrichie par l'union 
dtôi deux couronnes. Edimbourg nWait plus la résidence d^une 
cour dont les dépenses, quoique modérées, se répandaient parmi 
les marchands et les citoyens ,- elt étaient pour eux d'une grande 
importance. Les fils dés gentilshommes , dobt Tunique^ occupation 
jusqu'alors av^it été la guerre, n'av^entplusd'état, depuis la paix 
^nérale ayec l'Angleterre, et la nation, était sur le point de res- 
sentir toute la misère qui résulte d'un excès de population. Les 
guerres du continent ofiTrirent une ressource qui conyenait parti- 
culièrement aut^aractèré des Ecossais , qui ont toujours eu du goAt 
pour les voyages dans les pays étrangers. La célèbre guerre de 
trente ans,, comme elle fat appelée, ravageait alora l'Allemagne, 
et une multitude d'Ecossais s'étaient engagés au service de Gus- 
tave-Adolphe, roi dé Saède, un des plus heureux généraux du 
siècle. Le nombre des soldats peut être deviné par celui des offi- 
ciers supérieurs, qui montait à trente-quatre colonels et cinquante 
Ueiitenans-colonek. La similitude de religion des Ecossais et des 
Suédois , quelque ressemblance entre les deux nations , et la gloire 
du grand Gustave, faisaient pi*éférer à'ia plupart des .Ecossais le 
service de Suède ; il y eh avait cependant quelques-uns qui ser- 
vaient l'empereur d'Autriche, lé roi de France et les Etats d'Ita- 
}ie. En somme, ils étaient dispersés eonnne soldats dans toutes les 
parties de l'Europe; il leur arriva plusieurs fois, lorsqu'ils mon- 
taient à l'assaut , d'entendre dire dans leur propre langage de 
l'autre' côté de la brèche: Avancez, gentilshommes, il ne s'agit 
point ici de faire le gaUnt àla croix d'Edimbourg. Ib apprenaient 
ainsi qu'ils allaient se battre contre des compatriotes qui s'étaient 
engagés du c6té opposé. Ce goût pour le service étranger était si 
général, que des jeunes gens de famille, qui désiraient voir le 
monde, voyageaient sur le continent de ville en ville et d'Etats en 
Etats, et défrayaient leurs dépenses en s'engageant pendant 
quelques semaines ou quelques mois dans la garnison ou dans la 
garde des villes où ils faisaient une résidence momentanée. Il faut 
rendre justice aux Ecossais, et dire que tandis qu'ils vendaient 
ainsi leurs services , ils acquirent une grande réputation de cou- 
rage, de talens militaires et de fidélité dans leurs engagemens. Les 
régimens écossais au service do Suède furent les premières troupes 
qiii exécutèrent le feu de peloton, et par -ce moyen contribuèrent 
puissamment au gain de la bataille décisive de Lutzen. 
Outre les milliers d'émigrés écossais qui poursuivaient sur le 



70 nSTOIRB DISMSE. 

^çwtjiMOl. la ;e«rrièape àai «rsMt»il y eiimt,u grand Mmdbre 
d'autres ^ui eatr^îrentlâe wélier pàiible «t précaire dhs mmr* 
'çbandft anadwlaiit ^ ou , fov^ parler jîms juste, dfe c<%)ortecirs. Os 
es^portaieat ks médiocres produits de leurs maiiulàctiiresy ce fui 
denuait aux habitai» de f AUemagne^ de la Pelbgiie et des autres 
farties du uprd de rEurqpe, l^occastop de «e precnrer des artîdes 
de alésage. Il j avait à eelite époque peu de Tillea, et dans ces 
Tilles peu de boutîfues régulièrement ouvertes. Quand un babi* 
tant de ces pays, n'iu^Murte cpi'<lle i&t sa classe, voulait achetée 
des étoffes eu d^utres ^jets utiles qu'il ne pouvait tirer et son 
pmpre pays, U était obligé d'attendre la foire pirochaine, où les 
luarchands ambulans abondaient pour étaler aux yeux du public 
leur marchandise. Si l'acheteur ne voulait pas prendi^ la peiné 
de se rendre à la foire, il lallait qu'il ftttendit jusqu'au moinent où 
un co^ikurteur qui conduisait; ses marchandises sur un cheval, dans 
lUne petite charrette, ou qui peut-être les portait eu ballot sur ises 
iSpauIes, fît sou voyage à travers le j^ys. On a tcwoé les Ecossais 
en ridiciDde pour avoir entr^ris un cOmmerqe qui demande de la 
patience, de la so^lriété, 'de la prévoyan<^ et une certaine éduca- 
tion , qui , à cette ^Ofae, comuiençait à de veuir ^éo^rale parmi 
eux ; mais nous ne p^^ons pas que l'occupation qui exigeait de 
lelles qualités fût une cayrrièrcfvdéshouoraute pour ceux ipn fëxer- 
içaienl;, et payons criions fue ees Ecossais qui, par une bomiâte 
industrie, fioumissaîeni; les étrangers des marchandises qui leur 
man<giaîçnt, employaient au moins aussi bi^i leur teinps que ceux 
i{ui les'aidaient à se tu^ les uns les autres. 

Tandis que les Ecossais amâiorafent leur sim^ion. par leur 
iCO«uiier<$e à Tétrasger, ïs prenaient peu à peu dans kur pays des 
jhabitndes paisibles. Pendant les guerres du règne de * la rame 
Marie, et celles de la minorii^ du coi Jacques, un fraud jurisoen- 
Sidte (le {Hremi^ comte d'Haddiiigton, généralemelst comu soiiale 
«mm de Tom de la Gowgate ) nous sq[iprénd4[ue le pays entier était 
eu proie à de tds trouldea, nwHaenlement par la barbarie des 
montagnards et des habitans des frontières, mats aussi par les 
«erueHes dttsenpfîons qui résultaient des lotions publiques et des 
.qu^eUss ptu*ticBUères, que. les hommes de imt rang portaient 
joumeUemeut une jaquette d'acier, une pièce de^téte^ on kuiqiseai), 
des bffaswères de«téul , des pistolets et des piugnarda , toutes «ees 
choses étautdffa^paFtku nias^. esayniid le s de iiiNr hidù U e w w i t/gie 



DKnUEn SIRIB. 71 

J^casttdere de oès peuplés ëuit alors aussi beUiqaevxqneleiir 
acooatremeiit y et la inlim autorité nous infoivie qêt^, (jatMe qae 
Ht la cause 4e leurs reBdez^4His «■ de leurs asseBÂIéeSy des 4|ue- 
relles s^eosuivaipit orfinaîremeat , et ils a» ae séparaient jasiais 
araat de s'être battas noii-seolment dansleparleMit, ime^twen^ 
liaiM ou asseinUéi^ aéaaînistratiTeSy les maiTiiéSy et^^ 
dans les ctmetîàros, les églises et les UeoK consacrés «ox ei#r- 
dees religieiùu 

Cet état génial de désordre n'était pas causé par le manque 
de lois contre de tebcrioMs; U jurisprudence d'Ecosse était même 
plus sévère que celle d'Angleterre; elle donnait à un homieide 
eommis sans prémédiation » dans une querelle subite, le nom de 
meurtre ; tandis que les lois d* An^eterre lui avaient donné la déno- 
sônation de matulaughter. Cette ^vérité avait été introduite pour 
imposer une contrainte an caractère violent de la nation écossaise. 
Ce n'étaient donc pas les lois qui manquaient pour prévenir les 
crimes y mais la juste et régulière application de celles qui egds- 
taient. Un ancien Ecossats, homme d'état et juge» et qui était aussi 
jJioète^ a fait allusion aux moyens caq^yés pour évUer le diâti- 
ment aux coupables. -—Onnousaccordec^aelque talent, dit-il, peur 
Caire de bonnes lois, mais Dieu sait le pouvoir fu*elies ont et com- 
liien elles sont mal observées. Un homme accusé d'ua crime se 
jirésente firéqnèmment à la cour de Justice devsoift laqueUe il est 
appelé, soutenu par une telle compagnie d'amis armés, qu^on divait 
qi^il a ledesseia de défier les jagcis et lejury. — Les gens riches , 
surtout , ofEraient souvent des présens qui étaient acceptés par les 
jug^, et sanvaifflit ainsi par la fiiveur un crinànel que les lois 
auraient condamné, 

Jacques opéra de grandes réformes danS'Ces abus, dès qu'il eut 
aeqaâs par l'unimi des deux royamnes assez de pouvoir pour être 
^ûr d'être cjhâu Les lois, comme nous l'avons vu dans plus d^e 
ocra Bien, forent exécutées avec une grande sévérité, et le secours 
d'amis pmssans, rintereessien même des courtisans et des fovonis, 
eurent moins d'influe^oe auprès des juges pour <d>tenir la grâce des 
crimineb* Aism nue crainte salutaire de la justice impesa peu à 
peu des bwnes à la violence et aux désordres qui avaient suivi en 
Ecosse la pierre emie. Cependant, cmume Isa hapons avaîeiit, 
dans leurs juridicttous àévédilaires, le droit exclustf de juger «ft^de 
|mir lesocriaMs fû avaient été comnia dans leurs pnepresdo- 
m a i m M j» et eomme aenventila ajl^pCTwnûcni; aucun dértr^efpoir, 



12 HISTOIRE D'ECOSSE. 

parce que le crime ayait été commis par lear ordre oft parce que 
le malfaitear était un partisan adroit » dont les services étaient 
utiles au seigneur, on bien encore parce que lejuge et le criminel* 
aysLient entre eux quelques relations; dans tons les cas que nous 
Tenons de citer, le coupable échappait nécessairement à la justice. 
Néanmoins , en examinant TEcosse sous un point de vue général, 
la justice avait acquis plus de pouvoir au commencement du dix* 
septième siècle, le cours des lois n^était plus aussi souvent inter* 
Tompq, et les troubles de ce pays diniinuaient en proportion. 
Les lois et la terreur qu^elles inspirent prévenaient la mnltipli-* 

^cité des crimes , mais il n'était point au pouvoir des lois humaines 
4'extirper du caractère national le penchant à la colère et la soif de 
la vengeance qui avaient été si long^temps les traits distinctiCs du 
peuple écossais. La coutume païenne des querelles à mort, le droit 
qu'on pouvait avoir d'exiger- sang pour sang, et l'habitude de 
perpétuer les haines en confiant le soin de sa vengeance à ses 
héritiers , ne pouvaient céder qu'a ces pures doctrines religieuses 
qui n'apprennent point aux hommes à venger leurs offensés, mais 
à oublier les Injures , comme le seul moyen de gagner la favénr 

••.du.ciel. 

Xes prédicateurs presbytériens avaient remplacé les pompes et . 

^»les cérémonies du service divin par la plus stricte observation de 
la morale. On leur reprocha, il est vrai, que dans les institutions 

' de son Eglise, le clergé d'Ecosse prétendait exercer une trop grande 
influence sur lés affaires de l'Etat ; que dans leurs opinions et leurs 

. pratiques ils tendaient trop vers un système ascétique , dans lequel 

. on attachait trop d'importance aq^x fautes légères; et enfin que la 
croyance des autres Eglises chrétiennes était traitée par eux avee 

-«.'trop peu de tolérance. Mais aucun de ceux iqui connaissent leurs 

^ *actioBs et leur histoire ne peut refuser à ces hpnunesr req>eo- 

-Cables le mérite de pratiquer dans leur plus rigide étendue les 

doctrines de morale qu'ils enseignaient. Ds méprisaient la riches^ei 

fuyaient jusquWx plaisirs innocens, et gagnaient l'affection de 

leur troupeau en soulageant les maux de leur corps aussi bien que 

ceux de lebr ame. Ils enseignaient ce qu!ils ci:oyaientde bonne 

foi ; et ib étaient crus , parce qu'ils parlaient avec tout le zèle de 

4a conviction. Ils n^épargnaient ni Texenciple ni le précepte pour 

" convaincre les plus ignorans de leurs auditeurs , et souvent ils ris- 

. quaient leur propre vie pour apaiser les querelles qui s^élevaient 

-ebaque jour dans leur juridiction. .On rapporte qu'un digne mi- 



DEUXIEME SERIE. 73 

jttstTBj dont la paroisse était à chaque instant troablëe par les 
eombald d'habitans tttrbnlensy portait ordinairement ane pièce de 
tète ea ader/ fie qui formait un singulier contraste avec ses habits 
ecclésiastiques. C'était dans le dessein de se jeter an n\ilieu de la 
mêlée poor séparer les combattans, lorsque les épées étaient tirées 
dans les rues , ce qui arriyait presque journellement^ et de courir 
moins de chance d'être tué par un coup qui' ne lui était pas destiné. 
Ainsi, sa généreuse humanité mettait continuellement sa Tie en 
péril. 

A cette époque, le clergé était composé de personnes recomman- 
dables par leur naissance, leurs liaisons, souvent par leur savoir, 
toQJonrs par leur caractère. Ces avantages leur permettaient 
d'intervenir même dans les querelles des barons et des gentils- 
hommes, qui n'auraient point écouté d'autres conciliateurs. Il n'y a 
aucun doute que la moirale qu'enseignaient ces bons ministres f&t 
une des causes principales qui corrigèrent les habitudes cruelles 
dés Ecossais, aux yeux desquels la vengeance avait été jusqu'alors 
une vertu. 

Outre les préceptes et lesi exemples de religion et de morale, le 
goût de l'instruction estun des meilleurs moyens pour adoucir les 
habitudes d'un peuple barbare et guerrier; et les habitans des 
basses-terres d'Ecosse en sont encore' redevables aux ministres 
presbytériens. 

Le clergé catholique avait fondé trois universités en Ecosse, 
celles ide Glascow, de Saint- André et d'Abèrdeen ; mais ces maisons 
d'éducation, par là nature même de leur institution; étaient réser- 
vées aux étudians qui seconsacraient à l'Eglise, ou aux jeunes gens 
appartenant aux grandes familles , que leurs parens destinaient à 
devenir avocats ou hommes.d'Etat; Le but le plus noble de l'Eglise 
réfonàëe était d^étendre indistinctement le bienfait de la science à 
toutes les classes de la société. 

Xes prédicateurs dé l'Eglise réformée en avaient appelé -a 1 E-. 
criture, comme à. la règle dé leur doctrine, et ils éprouvaient le 
louable désir que. lés plus pafuvre; aussi bien que les plus riches 
pussent Krele Ûvre sacré, et juger s'ils en avaient interprété fidè- 
lement le texte. L'invention de l'imprimerie rendait lés Écritures 
accessibles à chacun, et le clergé souhaitait que le plus simple 
paysan eût là facilité de:le$ lire. John Knox et d'autres chefs delà 
congrégation avaient, depuis le principe dé la réforniation, témof- 
gné Tintention de réserver les revenus confisqués de l'Eglise 



.74 BISTOI&B DUGOSSB. 

catholiqae aux besoias da noQveiui clergé «t.à rétaUssement de 
collèges et d'écoles pour rédacationdelajeonesse; maiçlearsdésirs 
forent long-temps trompés par l'avidité dé la noblesse et de la hante 
bourgeoisie, qni étaient déterminées à conserver pour leur propre 
nsage les revenns de l'Eglise catholique, etpar les troublés de l'é- 
poque, qui ne donnaient là faculté de a'occnper que de ce qui a|qpar- 
tenait à la politique et à la guerrci« 

Enfin la législature, inspirée surtout par l'inftuéùce du olensgé, 
autorisa le noble projet qni avait été formé,' d'introduire dans 
chaque paroisse une école dont ^ prix serait assez modique pour 
permettre aux pauvres.pàres de famtUe de procurer àleursenfiins 
le talent de lire et d'écrire, et qui. fournissait les moyens à odui 
qui montrait un goût décidé pour les' sciences, de faire les «lasses 
nécessaires pour se livrer ensuite aux études da> collège. Il n'y a 
point de doute que l'instruction qu'on ppttvait se procnrer si aisé- 
ment contrilMiia, dans le cours d'une géaéraUon» à civiliser le 
caractère écossais» Il est également certain que èetle facilité d'ac- 
quérir des connaissances utiles a non-seulement donné naissance 
aux succès de j[dusieurs hommes de génie, qm sans elle n'auraient 
point quitté l'humble rang où ils étaient nés, miûs a élevé le bas 
peuple d'Ecosse, par son savoir, son jugement et son intelUgoice, 
bien au-dessus des peuples de la plupart des autres contrées. 

Les montagnes et les îles ne partagèrent pas avec les basses- 
tertes le bienfait de la religion et 4e l'éducation, La différence de 
leur langage avec celui du reste de l'Ecosse en fut la cause « ainsi 
que la dif&culté,* on plutôt, dans ce temps^ l'impossibilité d'établir 
des églises ou des écoles, dans des pays aussi éloignés, et parmi des 
habitans aussi sauvages. . 

Nous devons seulement ajoutser sur le rc|^ de Jacques YI, 
qu'^i 1617 ce prince visita son ancien royaume d'Ecoaâe, poussé 
par le même instinct, comme il le dit lui-même, que les saumons, 
^pi, «près avoir visité la iner» retôvvent dans la rivière qui les a 
V]BS naître. 

Il fut reçu avec toute l'a^yarence d'une affection réelle par ses 
enjets écossais; et la seule cause de méfiance, de doute et de que- 
xeîle entre eux et le roi naquit de la partialité, du meatrquft fovr 
les formes et les rifteside TEIglise d'Aogleterrcu Les vrais presbyté- 
riens murmurèfent hai|iemenc de voir des dhaiilrâs€t4es en£ans 
4e choBur revètxis de surplis Usnes, et ,de les eniteAw ^iiaiiter le 
MKiîcediiEnulls Jàrent phttJéssttpéiiscBeece lecsqu'ikTii^ 



fifiOXiSBIK SBME. IB 

cbapélie ,da roi çmée de uUeauk rc^parésentant des sujets de F£- 
critpre. To^ite chose établie et prescrite dans la forne des prières^ 
des habits et des ornemens, était dans leur opinion un hommage 
rendu aux pratiques de l'Eglise de Rome. C'étaient, il est yrai, de 
purs préjugés, et des préjugés de peu d'importance en eux-mêmes^ 
mais Jacques aurait plutôt .dû respecter que combattre des senti- 
mens qui étaient unis à des idées aussi morales que religieuses, et 
reconnaître les drcnts que ^s sujets écossais pouvaient réclamer 
avec justice, li'aâorer Dieu à leur manièape, sans i^pter les céré* 
monies d'un pays étranger. Son Qbstination sur ce point venait de 
ssa désir de lEoir Mk^er les cinq artides de Pcrth, jiéjà men« 
donnés, et qui furent enfin admis par le clergé, l'année qui suivit 
la visite de Jacques en Ecosse. Il laissa à son successeur la tâche 
d'amener les deux Eglises de la Grande-Bretagne à une confoniiité 
complète; et cet essai coûta cher à Charles I^?. Jacquiesnleurut 
dans l'année 1 626 . De tous les princes de sa fiMDslle , il fut oelniqui 
eet le oioîns de mérite, et qui fut le pins heureux. Robert II, le 
preBÙor des Stnarts, mourut tranquâlemént, il est vrai; mais 
Robert m sjuccomba sous le poids du chagrin que lui causièrent 
ks pertes de famille qu'il éprouva. Jacques P' fut assassiiié. Jac- 
ques II tué par l'éclat cPnu canon ; JacquesIII (qui écakc^i auquel 
Jacques VI ressemfabit le plus ) lut assassùÉé après la bataffié ,de 
SaochîcsBnni ; Jacques lY périt à Flodden-Fietd ; Jacques Y uMorut 
de cdu^pcki ; Henry Damley, fête de Jacques Yl , fat assassiné , et 
sa mère, la rdme Marie, eut la tête traudiée par la tyrannie d'SU"' 
BÊbeàk\ Jacques sei^l, sans courage, sans jugemeiâ;', dépourvu «de 
ce aentÔB^t de dîlgBité qui recieirt un prince e^ TeB^iéobe de se 
livrer à ses (b|ies, devint le.souv«aiii d'une' grande nation qui, 
pendant des siècles, menaçait de si]d>jugucr celle«kmtil.étldt.]ié le 
monarque; et la fortuné des Stuarts, qui semble n'avoir existé ^e 
dans sa personne, déclina et se dénuiaii entièiramBjt dams cdle de 
ses suceessenrs. 

Jacques avait per^un fils a^né, Heuary, jeune pmweqiDavaitfidt 
•ecmameir les pius ^andesespérances^ Sen aeooud fils^ Cliariesi^^ 
Iw eveoédaé U bossa aussi une fiUe, Etisabeidi, mariée a Frédéric , 
ékéletf paialin def ea^uregerBiMiquè. Ce fut un prince mallpteu- 
reux, ^9 afiiid'ioblttBir.lfiroyumiedè Bchâme, s'engagea dans 
BBUfverpe niiueaaeeratm l^Empereuret perdit ses fitat» liréE4di- 
IM»» Mais Ja ■aiàf niîieifcnnjae do JNkeMBr (fat Hferée portes 



76 HISTOIRE D'ECOSSE. 

«^scendans» tige de la famille royale, qui posisèdeanjoard'hiii le 
trône d'Angleterre^ da droit de la princesse EIisa))eth • ' 



CHAPITRE VIII. 



Le mécontentement excité pendant le règne de Jacques augmente sons celui de^harles. —^ Introdnc» 
don dé la liturgie anglaise dans l'BgUse d'Ecosse. --CoYenant national. — L'armée d'Ecosse 
entre en Angleterre. *- Concessipu du roi aq long parlement, d'apris laquelle l'année retourne en 
Scosse. — Charles visite l'Ecosse , 'et gagné h la cause royale le marquis de Montrbse. —. Partis 

^es Cavaliers et des Tétes«Rondes« r" Arrettâtiod de cinq membres de la chvnbredes commames. 

—Gnerre oivile en Angleterre. ■ , 



Charles P', qui succéda à Jacques son père, était an prince qoi 
jpossédait.persbnnellement d'excellentes qualités. 

On a dit de lui a^ec justice que , considéré comme sunplé parti- 
culier/ c'était' l'homme le meilleur, le plus yertueux et le plus 
religieux de son royaume. Il était bon père, bon maître, mari 
peut-être trop tendre, car sa faiblesse pour la reine, la belle 
Heùriette-Marie, fille de Henri IV, roi de France', accordait à cette 
princesse trop d'influence dans les affaires de l'Etat^ Charles pos- 
sédidt aussi la dignité qui manquait à' son peré, et il est certain 
qu'un homme aussi équitable aTait Tintention ^ gouyemer son 
petiple avec autant de bonté que de justice , au lieu de lui imposer 
l'ancienne serritilde féodale. Mais d'un autrie cftté> il nourrissait 
des idées extravagantes de là puissance royale, sentimens qui ne 
convenaient nullement à l'époque où il vivait, et qui oceasjionèrent 
tous ses. malheurs , ainsi que pendant bien Ipng-temps cetix de sa 
postérité. 

Depuis plus d'un siècle , le peuple anglais était délivré du joug 
des nobles, et oubliait combien il avait pesé sur ses pères. Ce qui 
• avait occasîotié leurs plaintes sôus lé dernier règne, étaietitules 
-exactions du roi Jacques <pi , pour fournir à ses* prodigalités en- 
vers dHndignes tavoris , avait extorqué des sécoiurs du parlcinent , 
et les ayant follement employés, essayait d'en obtenir d'autres, 
en garantissant à des individus , pour une somme d'argent , le 
droit exclusif de vendre certaines marchandises; les mduopoleiirs 
âeyaient ausâtôt èes .marchandises au plus haut' prix , et amas- 
saient de grandes fortunes, tandis que le roi ^gagnait peu par la 



DEUXIEME SERIE. 77 

somme qu'il avait reçue , et que ses sujets souftraieqt par le prix 
excessif d'une foule de denrées utiles et souvent absolument né- 
cessaires. Cependant Jacques s'apercevant qu'un espritd'opposi» 
tion s'élevait dans la chambre des communes , et qu'il obtenait 
avec difficulté l'argent qu'il désirait/ ne Toulait pas renoncer aux. 
moyens qu'il employioit pour en obtenir de. ses sujets , sans le cou-- 
sentement de leurs représentans au parlement. H avait aussi le 

Jrojet de donner aux prérogatives royales toute l'autorité qu'elles 
voient acquise, par diverses usurpations , durant le règne de& 
Ttidors ; il était disposé à parler hautement d'un pouvoir dont ^ 
prétendait n'être responsable qu^à Dieuy tandis que d'après les 
justes principes de là chambre des communes^ le pouvoir du roi , 
ainsi que tous les autres pouvoirs , était limité par la constitution , 
et sujet à être légalement contesté lorsqu'il outre-pasçait ses 
iwmes* Telles, furent les altercations entre Jacques et ses sujets. 
Sa timidité l'empêcha d'exercer arbitrairement les droits qu'il 
croyait avoir, et quoique dés théologiens courtisans et deshommêa 
de loi ambitieux fussent prêts à lui prouver que ses droits à Vo^ 
béissance étaient absolus et incontestables, même lorsque ses 
ordres étaient opposes aux principes de la constitution , Jacques 
n'osa pas soutenir, la lutte , et laissa en héritage à çon fils le mé- 
contentement que sa conduite avait excitée, mais il se passa quel< 
que temps avant que ce mécontentement éclatât. ^ 

Charles avait la même opinion de ses droits de monarque, et 
ses entretiens avec son père avaient inculqué ces opinions dans 
son esprit; il était persévérant et obstiné dans les choses où 
Jacques avait montré de la faiblesse et de la^tiiliidité. Des coura 
de justice arbitîraires, particulièrement celle qui était appelée lAe 
startAamberl, rprocnr^àent âurOi les-knoyens de punir ceux qui 
s'opposaient à la puissance royale; mais la violence augmentait 
encore le mal, et un mécontentement général contre la personne 
da roi commença à se manifester dans toute l'Angleterre. 

Ces apparences menaçantes s'accrurent par des motifs reli- 
gieux. L'EgUse d'Angleterre, depuis la réformation, s'était peu à 
peu divisée çn deux partis; l'un , approuvé hautement par le roi 
Jacques et favorisé ^lus adroitement encore par son fils, était 
particulièrement attaché aux. rites et aux cérémonies de rEglise, 
à la stricte observance de certaines formules , et à l'usage de cer*' 

• • • * 

1. Chambre cU)il««. "*- 



78 EDSTOniS VB008SE. 

taimr liabîts ponfiftcanx dam la célâMratioii & êeniee dlrrftr. lAr 
nombreiix parti,, appelé celui dea poritaiits, qooi^'i! aeipiiesçfit 
aux institationa de FEfUse ^AngfeCarré, cb&sidérdt ces litea «st 
ces formalités aoxqnds le haut clergé ( comme on commençyÈt à- 
appeler le parti opposé) attachftît tant d'importance /comme des 
restes dn cathoKcisme qui doraient par conséqaent dtrè akofia. 

UarchoTêqne de Gantoibéry , le doctenr Laud, Iiomme de- ta- 
lent et de savoir, était diandement attaché aiix intérêta da haut ^ 
<Xergê; et soutenu par Chartes, it résohit d'employer tonsr les 
moyens ciTils et spiritnels pour soumettre les puritains vtfrac- 
taires , et les forcer à adopter les cérémonies qn^l jugeait si néces' 
saires àla dignité de l^glise. Si les esprits eussent eaaminé ces 
différends avec calme et sang-froid, ils seseraient convaincus, nvec 
le temps , qu'ayant choisi ce qui paraissait le plus convenable pour* 
les règles de TBglise nationale, il était plus sage et ph» priant 
dé laisser à chacun de déciider s'il s'y cpnfomlerait , ou s'il se choi- 
sirait d'antres assemblées pour y louer. Dieu suivs^ ses propres 
idées; mais des poursuites, des amendes, des emprisonnjemens 
pour contraindre le» opinions refigieuses, ne iservent qu'à les en- 
raciner davantage «icore; et ceçx qui souffraient avec patience 
pln|:ôt que de renoncer aux doctrines qu'ils avaient choisies, 
étaient considérés comme des n^ar^rs, et honorés en: conséquence. 
Ces dissensions dans FEglise et dan^ FEtat agitèrent PAn^eterre 
pendant plusieurs années ; mais ce fidrent les troubles cPEciOsae«qiii 
décidèrent la crise qui s'ensuivit. 

Le roi ne perdait pas dé Vue le projet favori d.e son père, if kme- 
ner l'Eglise d'Ecosse aux mêmes institutions et aux mémeç cér^ 
monies que celle d'Angleterre. Mais pour établir une Eglise na- 
tionale avec différentes dignités dans leclià'gé , ii folkdt des fonds 
considérables que l'Ecosse ne pouvait fournir. Dans cette pOsitiaa 
difficile, le roi et ses conseillers résolurent de* réclamer, pour la 
couronne, toutes les dîmes et tous, les bénéfieeàqui ,. à k r^rma- 
tion , avaient été contirés à de» laïques, et j^obtenir ainsi les fiMids 
nécessaires pour doter les évêchés qu'on desivait établii?. 

Je vais essayer de vous expliquer, mon cher enfa«t, eequ'Ott 
appelle dîme. Dans la loi des juife, les dîioes, la dixième partie 
des produits annuels de la terre, soit en animau^L nés sw le sol, 
ou en grains, fruits ou légumes, étaient devinées à l'enUietiett des 
prêtres. Le même usage fut adopté par les églises chrétiennes, et 
les dîmes étaient levées s^ur les propriétaires pour entretenir les 



MRJXIBMB SERTK. 79 

étabfissemeiis eceléslastîqties. A Fépoqne de la Tétùrmhûou, les 
g^nds seigneurs et les gentilshommes d'Ecosse obtinrent , de la 
conrotine , te droit de lever ces dîmes y à la charge d'entretenir le 
clergé, qn'ilspayaientanssimodiqnement que possible. Lesgrandfl 
seigneurs et les gentilshommes qui avaient obtenu ces droits étaient 
appela thalaires de âîtaes, ce qni répondait an i^ot anglais d'm- 
propriaiors. Ils usèrent avec nne grande rignenr des privilèges 
qa'iis avaient acquis; ils ne permirent pas an fermier d'enlever 
une gerbe de blé de son champ avant que la dîme eût été choisie 
et emportée y >et de cette« inanière iU exercèrent leurs droits avec 
une sévérité Men plus grande que celle du clergé catholique , qui, 
en général y acceptait une modique somme d'argent, et laissait le 
propriétaire s'arranger comme il l'entendait, au lieu d'exiger la' 
dîme en nature. Mais les titulaires- furent aàssi ambitieux de con- 
server leurs droits, qu'ils étaient rigides à les exercer. 

A rassemblée du parlement , ou plutôt à la convention deis états^ 
les grands seigneurs quipossédaient le droit auX dîmes résolurent, 
plutôt que de céder aux propositions du comte de Nithisdale, qui 
était le commissaire du roi , d'assassiner ce seigneur et ses adhé- 
rens an milieu de l'assemblée. Ce dessein était si positif, que lord 
Beihaven , vieux et aveugle , se plaça près du comte de Dumfries, 
qui approuvait la révocation; et, saisissant son voisin d'une main, 
sous prétexte que sa vieillesse avait besoin d'appui, il tenait de 
l'autre la garde d'un poignard caché dans son sein , afin qu'à un 
signal convenu il pût jouer son rôle da'ns la tragédie, en le plon- 
geant dans le cœur du comte de Dumfries. Nithisdale , ayant en- 
tendu parler de cette résolution désespérée , abandonna la révoca- 
tion pour un temps , et retourna à la cour. 

Le roi yint cependant à bout, par Fassistance d'une assemblée 
dudergé, convoquée par l'ordre des évéques, et par le méconten- 
tement général dès tenanciers', qui se plaignaient des exactions 
des tkukni^es, d'obtenir une concession partielle des dîmes an 
profit de la couronne; L'usage de les exiger en nature fut sup- 
primé; les tenanciers eurent le droit de les payer en argent et 
d'acheter entièrement lie droit du titulaire, s'fls en avaient les 
moyens , à un prix qui répondait à sept années de rentes. 

Ces changemens furent, avec lé temps, fort avantageux an 
pays ; mais ils causèrent un grand mécontentement à la noblesse 
écossaise. 

Charles tenta aussi d'annuler quelques proscriptions qni avaient 



80 HISTOIRE D'ECOSSE. 

eu lien da temps de son père y particalièrement celle de Stoart^ 
comte de Bathwell. La plupart des propriétés confisquées à ce sei- 
gneur étaient tombées en partage aux lords de Bucclench et de 
Gessford , qui furent forcés de restituer une partie de ce qu'ils 
s'étaient approprié. Ces actes , aussi bien que la réyocalion du 
droit des dîmes , irritèrent a l'excès la noblesse écossaise y et quel- 
ques-uns des seigneurs conçurent la criminelle pensée de détrôner 
Charles 9 pour donner sa couronne au marquis d'Hamilton. 

La seule conséquence remarquable de ce complot iut un juge- 
ment à la cour (long-temps oubliée) de chevalerie , et le dernier, 
sans doute , qui aura jamais lieu. Donald lord Reayj^ffirma que 
M. David Ramsay s'était servi en sa présence des expressions d'un 
traître à son roi; ils furent cités Fun et l'autre devant le grand 
connétable d^ Angleterre, et comparurent avec une grande pompe, 
suivis de leurs amis. 

Lord Reày , dit un témoin oculaire, avait un habit de velours 
noir, brodé d'argent, et portait à son cou les signés de sa dignité 
de baron de la Nouvelle-Ecosse. C'était un homme de grande taille, 
d'un teint basané et d'une apparence vigoureuse. L'accusé se pré- 
senta ensuite; il avait un beau visage, et des cheveux roux ai 
longs et si épais, qu'on l'appelait ordinairement Ramsay la tête 
rouge. Il portait un habit écarlate , si richement brodé d'or, que 
l'étoffe en était presque toute couverte, mais il nWait point 
d'armes. Ils se regardèrent fixement d'un oeil morne. L'accusatioa 
fut Tue, affirmant que R^imsay, l'accusé, avait pressé lord Reay 
•de s'engager dans une conspiration formée pour détrôner le roi, 
et donner la couronne au marquis d'Hamilton, ajoutant que si 
Ramsay niait ces accusations , lord Reay le déclarerait un vilain 
et un traître par lés coups de son épée. Ramsay pour toute réponse 
appela Reay un menteur et un barbare, protestant qu'il paierait 
de sa vie un tel mensonge. Les gants furent échangés. Après 
plusieurs délais, la cour assigna ud jour pour le combat, et 
pour armes une lance, une épée longue et une épée courte, avec un 
poignard. Toutes les plus petites circonstances furent prévues, et 
l'oii convint même de l'époque à laquelle les deui adversaires au- 
raient l'assistance des armuriers et des tailleurs, avec des mar« 
teaux, desplous, des limes, des ciseaux, des poinçons, des. ai*' 
guiUes et du fil. Vous attendez peut-être avec curiosité le récit d'un 
combat sanglant, mais le roi défendit de poursuivre cette affaire, 
et Ton ne s'en occupa plus. Les temps étaient bien changés depuis 



DEinaiME SERIE. 81 

Tëpo^ne où toate espèce d'accusation se terminait par on dnd. 

Charles visita son pays natal en 1633 , dans le dessein d'être 
couronné. Il fat d'abord reçu par le peuple avec de grandes dé- 
monstrations d'affection y mais on éprouya du mécontentement 
en obserrant qu'il n'omettait aucune occasion de presser les 
évêques, qui jusqu'alors ayaient porté de simples robes noires., de 
faire usage des vétemens plus splendides du clergé anglais. Ce 
changement de costume offensa cruellement les presbytériens , qui 
voyaient chez les prélats une tendance aux habitudes de Rome» 
tandis que la noblesse y se souvenant qu'elle avait été privée en 
partie des dîmes y et qu'elle courait le danger de perdre ce qui lui 
restait des biens del'Eglisey voyait avec un grand plaisir les pré- 
latSy pour lesquels la révocation avait été fidte^ encourir l'apimad- 
version générale. 

Ce fut l'archevêque Laud qui fit éclater le premier le mécon- 
tentementy en essayant d'introduire dans le service divin de l'Eglise 
d'Ecosse une prière commune et une liturgie semblable à celle 
qu'on avait adoptée en Angleterre. Cette institution y raisonnalile 
en elle-même , n'était point en harmonie avec le culte presbyte- 
rieuy dans lequel le clergé adressait à la Divinité une prière d'inspi- 
ration au lieu de s'astreindre à une formule régulière de mots. Le 
roi Jacques lui-même , lorsqu'il ambitionnait la faveur du parti 
presbytérien^ avait appelé le service de l'Eglise d'Angleterre une 
messe mal dite; oubliant qu'on ne reprochait point à cette céré- 
monie les prières qui doivent être excellentes , puisqu'elles sont 
presque toutes tirées de l'Ecriture , mais la consécration que les 
protestans appellent une idolâtrie y et le service qui est prononcé 
dans ime langue étrangère. Ces reproches ne peuvent être appli- 
cables aux formes de prières anglaises , mais on n'avait point ou- 
blié l'expression du roi. 

Le moment était mal choisi pour changer la forme du culte pu- 
blic en l'Ecosse y où l'on savait que la noblesse portait à l'excès 
8<m mécontentement. Que le peuple eût tort ou raison , il était » en 
général, prévenu contre ces innovations, et cependant elles furent 
accomplies par la seule autorité du roi et des évêques ; tandis que 
le parlement et une assemblée de l'Eglise d'Ecosse auraient eu le 
droit d'être consultés sur une matière aussi importante. 

La fatale expérience fut faite, le 23 juillet 1637, dans l'église 
de Saint-Gilles à Edimbourg, où le doyen de la cité se prépara à 
lire le nouveau service devant un grand nombre de personnes mal 

6 



62 ^fOIRI lyBGOSfflE. 

•ttsposées à VieeM&t* Ati moment oà le leetenr aniM>liçait )a col- 
lecteda ^ov, une Tieille femme, nommée Jenny Geddes, qui tenait 
nne petite bovtiqne de findts dans Hit^h-Streety s'écria : — Qae la 
eoliqne da diaUe t'éreinte, Tilain Tolenr J Oses-ta me dire la messe 
anx or^esf •— Bn prononçant ces mots> elle Jeta à la tAte da 
^bjea la chaise sur laquelle elle était assise; nn afifrenx ttunalte 
commença aassitAt. Les femmes de la pins basse classe se prédpi- 
tèrent sur le doyen, lui arrachèrent son snrplis et le chasserait hors 
de réçUse. L'éyêque d'Edimbourg monta en chaire , mais il ftit 
assailK à son tour ; les fenêtres furent brisées par des piores jetées 
éa dehors. Les prélats furent insultés dans les rues et hués par la 
p<^ulace. La vie de l'évéque d'Argyle fut sauvée ayee beaucoup 
de difficulté, par lord Roxburgh, qui l'emmena chez lui dans sa 
YOiture , escorté de ses gens l'épée à la main. 

Ce tumulte , qui a msdntenant quelque chose de btnrlesque dans 
ses détails, fut le signal d'une résistance générale, dans ^out le 
pays, contre la liturgie que le roi voulait introduire. Le conseil 
privé dVcosse Jht tiède et même froid dans cette cause. Il fit par- 
venir à Charles un rédt détaillé du tumulte , en ajoutant que Vep^ 
'position ne cesssait de faire des progrès. 

Charles Ait inflexible et montra son ressentiment jusque dans 
de» bagatdles. Suivant une ancienne coutume , il y avait à la cour 
un fou, un boûilon , qui avait le privilège de dire au hasard toutes 
ses plaisanteries satiriques. Ce poste était alors occupé par un 
nommé Archie-Ârmstrong, qui ne put s'empêcher, lorsqu'il vit 
l'archevêque de Cantorbéry accourir promptement en conséquence 
des mortifiantes nouvelles d'Ecosse, de faire cette impertinente 
question : ^- Quel est le fôu de nous deux maintenant, MilordP 

Le pauvre Archie fut d'abord sévèrement fouetté pour celte 
plaisanterie , puis disgracié et chassé de la cour, où if ne fut plus 
admis de feus , du moins à titre officiel. 

Hais il était phts facile de piinir Archie que les mécontens 
JPBeosse. Ce fet en vam que Charles envoya plusieurs ordres sé- 
vères ^ bl&nant le conseil privé , les magistrats^ tous ceux ipâ ne 
punissaient pas les téyoltés et ne les forçaient pas à lire la liturgie, 
ikais la révolte , qui d'abord avait été tumultueuse et l'ouvrage de 
la plus basse classe, prenait de l'ordre et de la consistance ; plus de 
trente pairs réunis à une grande partie de la noblesse d'Ecosse , et la 
plupart des bourgs royaux, étaient convenus , avant le mois de dé- 
cetobre , non-seulement de supposera la lecture de là liturgie im- 



DEUXIEME SERIE. 8S 

pos^e y mais 4e réskt^ à Tiiitrodaction de la prëlatnre. Ils étaient 
dirigés par des représentans élus par eux , et formant des comité 
céparéa, ou, comme on ka appelait , des tables on bureau dé 
eonsieil. « 

Sons les anspicesde oes tables on comités, on fit une espèce ^en» 
gagement on de déclaration y dont le principal objet était le rejet 
de la prélatare dans tontes ses modifications, et rétablissement ètt 
presliytérianisme snr sa base la pins simple.. Cet engagement fat 
appelé le Covenant national , parce qu'il ressemblait à ces traités 
que Dieu , suivant l'Ancien Testament, fit arec le peuple dIEsraël. 
Les conditiobs de cette mémorable Hgue étaient de professer la re- 
ligion réformée, d'abjurer les rites et les doctrines de l'Eglise ro- 
maine, dans laquelle était classée la liturgie et les canons nourel- 
lement imposés. Ce Covenant , dont le but était d'annuler toutes 
les innovations que la politique de Jacques et la violence de son 
ffis avaient introduites dans l'EgHse presbytérienne, fat accepté 
par plus de cent mille personnes de tout Ige et de tout état, ju- 
tant, les mains élevées an ciel, et les yeux remplis de larmes^ 
qu'avec l'assistance de Dieu, elles dévoueraient leur vie et leur 
fortune à maintenir le but d'un si solennel engagement. 

n est certain que la plupart de ceux qui signèrent le Covenant 
national n'éprouvaient aucune crainte sérieuse que la prélature 
introduisit le papisme, et ne pensaient pas que le livre des prières 
Communes fût un abus auquel tonte TEcosse devait prudemment 
li'opposer, mais ils étaient convaincus qu'en imposant de force un 
cas de copscience à toute une nation , le roi oubliait les droits et 
les libertés de ses sujets ; et ils prévoyaient que si l'on ne montrait 
aucune opposition, il était probable qu'il se rendrait maître de leurs 
droits et privilèges civils, aussi bien que de leurs droits en matière 
de religion. Ds se joignirent donc à la résistance générale contre 
le pouvoir arbitraire que le roi Charles s'attribuait si impru-* 
demment. 

Tandis que le roi négociait et usait de délais, l^cosse, tout en 
protestant de son attachement à sa personne, était presque dans 
un état de révolte ouverte. Les Covenantaires, nom qu'on com- 
mençait à fénr donner, tinrent une assemblée géilérale du clergé, 
à laquelle le lùarquis d'Hamilton assista^, comme lord commièBaire 
du roi. Cette importante i^éunion eut lieu à Glascow. Là tovftes 
les mesures prises par le Covenant eurent leur effet. L'épiscopai 
ht aboH ; lés évéques existans ftirent dépouillés de leur pouvoir, 

6. 



84 HISTOIRE D'ECOSSE. 

et huit d'entre eax forent excommuniés pour diverses irré- 
gnlarités. 

Les Govenantaires prirent les armes pour soutenir ces mesures 
l^urdies. Ils rappelèrent en Ecosse les nombreux officiers qu'on 
aTait envoyés combattre en Germanie, et donnèrent le comman- 
dement général à Alexandre Lesljy général habile et expéri- 
menté, qui avait possédé l'amitié de Gustave- Adolphe. Ils firent de 
rapides progrès ; car les châteaux d'Edimbourg, de Dalkeith, et 
d'autres forteresses nationales, se rendirent aux Govenantaires, 
ou furent pris par eux. 

Pendant ce temps, Charles se préparait à faire une invasion 
en Ecosse, par mer et par terre, avec une armée formidable. La 
flotte était commandée par le marquis d'Hamilton, qui, ne dési- 
rant point commencer une guerre civile, ou bien, comme plu- 
sieurs personnes le supposent , ne mettant dans cette occasion 
aucun zèle à servir le roi, ne tenta pas de poursuivre l'entre- 
prise. La flotte resta inactive dans le golfe de Forth, tandis que 
Charles en personne» à la tête d'une armée de trente-trois mille 
hommes équipés par la noblesse anglaise, semblait aussi déter- 
miné à subjuguer son ancien royaume d'Ecosse, que l'avaient 
jamais été les Edouard et les Henri d'Angleterre; mais les Gove- 
nantaires écossais montraient un désir de résistance égal à celui 
qui, chez leurs ancêtres, avait déjoué de semblables invasions. 

Une sévère discipline militaire avait été introduite dans leurs 
nouvelles levées, en considérant depuis combien de temps elles 
étaient formées. Elles étaient campées sur la montagne de Dunse, 
dont la pente douce est favorable aux évolutions miUtaîres. Leur 
camp était défendu par quarante pièces de canon, et leurs forces 
consistaient en vingt-quatre ou vingt-cinq mille hommes. Les plus 
grands seigneurs d'Ecosse, tels que Argyle, Rothes, Gassilis, EgUn- 
ton, Dalhousie, Lindsay, Loudon, Balcarras, et d'autres, servaient 
conime colonels. Leurs capitaines étaient des gentilshommes de 
haute naissance, et les grades inférieurs étaient principalement 
remplis par de vieux officiers qui avaient servi dans l'étraiiger* 
Le plus grand ordre était observé dans le camp, et la présence de 
plusieurs ecclésiastiques, qui soutenaient l'enthousiasme général, 
semblait donner à cette guerre un caractère religieux. 

Dans ce moment de crise on aurait pu supposer qu'une bataille 
décisive aurait été donnée ; une action de peu d'importance eut 
lieu. Un petit nombre de cavaliers anglais firent , en désordre. 



DEUXIEME SERIE. 8S 

une retraite précipitée deyant un moindre nombre d'Ecossais ; on 
eût dit que les assaillàns ne combattaient pas de bon cœur. Le roi 
était entouré de conseillers qui n'avaient aucun intérêt à encon* 
rager ce projet, et la masse des paritains anglais regardait la ré- 
sistance des Ecossais comme le triomphe de la bonne cause sur le 
papisme et la prélatnre. Le courage même du roi sembla fléchir à 
ridée de se mesurer ayec une armée si bien pourvue et aussi 
exaltée que l'était l'armée des Govenantaires, avec dés troupes 
découragées , agissant sous Tinfluence d'un conseil divisé. On fit 
un traité , mais qui n'offrait aucune garantie. Le roi accorda une 
déclaration y par laquelle , sans confirmer les actes de l'assemblée 
de Glascowy qu'il ne voulait pas reconnaître conmie valables , il 
promit que tout ce qui concernait les institutions religieuses serait 
examiné dans une nouvelle convocation du clergé. 

Un pareil arrangement ne pouvait avoir de durée. Les lords 
covenantaires dispersèrent leurs forces , et rendirent aux troupes 
du roi les places fortes qu'ils avaient occupées ; mais ils se tinrent 
prêts à reprendre les armes , et à ressaisir ces places fortes aus- 
sitôt qn'ils le jugeraient à propos. Il fat impossible^même au roi, 
de dissoudre réellement cette redoutable ligue. 

La convention générale du clergé assemblé , suivant le traité, 
ne manqua pas de confirmer tout ce qui avait été fait précédemment 
à Glasûow; le Govenant national fut renouvelé , et toutes les con* 
clusions de l'assemblée furent en faveur du pur presbytérianisme. 
D'un autre c&té, le parlement d'Ecosse demanda plusieurs privi- 
lèges nécessaires y disait-il, à la liberté des décisions , et que les 
Etats du royaume fussent assemblés au moins tous les trois ans. En 
recevant ces demandes , Charles pensa qu'elles avaient pour but 
de miner sourdement l'autorité royale, et se prépara à reconunen- 
cer la guerre. 

Cette déterminatioh fit naître des conséquences plus impor- 
tantes que la guerre d'Ecosse. Le roi, par son économie sur les 
revenus et autres fonds de la couronne, avait pu fournir aux dé- 
penses ordinaires de l'Etat, et même supporter celles de l'armée 
levée pour envahir l'Ecosse, sans avoir recours à la chambre des 
communes. Mais ses trésors étaient épuisés, et il devenait indis- 
pensable de convoquer un parlement afin d'obtenir un secours 
d'argent pour soutenir la guerre. Le parlement fut assemblé; 
mais , trop occupé de ses propres sujets de plaintes pour prendre 
on prompt intérêt à la guerre d'Ecosse, il refusa le secours de* 



86 HISTOIRE D'EGOSSB. 

mandé. Le roi fat obligé de dissoudre la chambre^ et d'avoir re- 
çour»> à Faide de rirlande» à la conyocation deFéglise, à des dons 
forcés, et d'autres moyens indirects de se procurer de l'argent^ 
fie qui épuisa toutes ses ressources. 

En apprenant que le roi se plaçait une seconde fois à la tête de 
son armée, le parlement d'Ecosse rassembla ses forces, et cela 
se fit si promptement et avec tant de facilité, qu'on put s'aperce- 
Yoir que, pendant la courte suspension d'armes, il s'était préparé 
à une nouvelle rupture. Les Ecossais n'attendirent pas que le roi 
envayt leur pays, mais ils passèrent hardiment la Tweed, entrè- 
rent en Angleterre, et, avançant sur les rives de la 'îyne, trou- 
vèrent lord Gonway posté à Newburn, avec six mille hommes, 
ayant des batteries de canon sur son front de bataille, et se pré- 
parant à leur disputer le passage de la rivière. Le 28 août 1640, 
la bataille de Newburn eut lieu. Les Ecossais entrèrent dans leyué 
jusqu'à la ceinture, et, après avoir répondu à l'artillerie par un 
ièu supérieur, traversèrent la rivière. Les Anglais prirent la fuite 
avec une promptitude et un désordre indignes de leur réputation 
miUtaire. 

Le roi, surpris de cette défaite et soupçonnant avec raison la 
fidélité de plusieurs individus qui étaient dans son armée et près 
de sa personne y se retira avec toutes ses forces dans le York- 
shire; et là, voulant connaître ce qu'il devait espérer, il entarma 
une négociation avec ses sujets révoltés. Dans le même temps» 
pour apaiser le mécontentement qui s'élevait dans, la nation an- 
glaise, il convoqua de nouveau le parlement. Il y avait, il est cer- 
tain, dans le camp royal, bien des personnes auxquelles la pré* 
sence de l'armée écossaise était agréable comme servant à con- 
tenir les plus violens royalistes; et les Ecossais se laissèrent 
facilement persuader de prolonger leur séjour, quand on leur 
proposa de recevoir une paie et des rations de vivres ausç. dépens 
de l'Angleterre. 

La réunion du parlement appelé dans l'hiatoire d'Angleterre 
le long parlement y eut lieu le 3 novembre 1640. La majorité des 
membres étaient mécontens du gouvernement du roi, à cause de 
sa sévérité en roatière de religion et de sa tendance au despotisme 
dans les affaires dé l'Etat, Ces mécontens formaient un pavti puis^ 
sant, déterminé à mettre des bornes à l'autorité royale et à réduire 
la hiérarchie de l'Eglise s'il ne la détruisait pas. Les négociations 
pour la paix ayant été traAsférées de Rippon à Lox^dres^ la pré- 



DSUXIBaiE SERIE. 87 

sence de& commissaires écossais fat agréable anx hommes d'éUi 
qni étaient opposés au roi» et les sermons des ecclésiastiipies qui 
les accompagnaient ne plurent pas moins aux citoye&s de Loni- 
dre» et à teurs femmes. 

Dans cette situation fayorabk et triomphante de la Tolopté du 
roi ( car Charles ne pouvait à la fois combattre le parlement an* 
gkis et Farmée d'Ecosse) , les EcosssSs présentèrent des demandes 
aussi ambitieuses que difficiles à satisfaire. Us exigeaient cpie le 
roi confirmât tous les actes de la convention des états écossais, 
annulât les proclamations qu'il avait envoyées contre eux, i«mît 
les places fortes d'Ecosse entre les mains d'offici^s dont le choix 
serait approuvé par la convention, payât toutes les dépenses de la 
guerre, et enfin la dernière conditition et la plus amère stipulait 
que ceux qui avaient conseillé au roi le» dernières hostilités se- 
riûent punis conmie incendiaires. Tandis que les Ecossais présen* 
taient d'aussi sévères conditions, ils restaient fort à leur aise dans 
leurs quartiers, en imposant au roi par leur présence et à ceux 
qui auraient voulu le soutenir, et procurant au parti de l'opposi- 
tion dans le parlement anglais une occasion d'obtenir justice pour 
les abus dont ils se plaignaient à leur tour. 

Le roi, placé dans de telles circonstances, fut obligé de oéder^ 
Les cours oppressives d'où étaient émanées toute» les mesures ar- 
bitraires furent abolie», toutes les pratiques par lesq|uelles le roi 
s'était procuré de l'argent sans le consentement du parlement ^ 
sujet dont le peuple anglais était justement jaloux» furent déclarées 
contraire» aux lois^ et il fut convenu que le parlement s'assemble- 
rait tous les trois ans. 

Le pouvoir du r<» fut ainsi resserré dans les limites de la 
SMistitution. Mais le parlement ne fut pas encore satisfait de cette 
réforme générale, quoique tonsi les sujets jde plamtesy euaseiit 
été compris. Un parti puissant parmi ses membres semblait dé- 
cidé à n'être content de rien , avant d'avoir obtenu l'abolition de 
l!épisGopat en Angleterre comme en Ecosse^ Plusieurs autres 
qui ne concouraient pas à ce projet favori , craignaient que si on 
laissait au roi le pouv<»r que la constitution lui accordait, il ne 
trouvât les ntoyens de rétablir et perpétuer le» abus qu'il avait 
momentanément consenti à réformer. 

L'armée écossaise se retxra enfin ^ns se^ foyers , gratifiée 
d'une dotation de trois cent mille livres^ appelée délicatement un 
secours fraternel^ ot laissa le roi et le parlement d'Angletorre t^r- 



88 HISTOIRE D'EGOSSE. 

miner leurspropres différends. Les troupes étaient àpeine arrivées 
en Ecosse et dispersées , que le roi se proposa de visiter de nou- 
veau le pays où il était né. Il n'y a aucun doute que les projets de 
Charles étaient de s'informer par lui-même des causes qui avaient 
rendu la nation écossaise, jusqu'alors divisée par des querelles et 
des factions, capable d'agir fveô un tel accord, et de tenter s'il 
ne serait pas possible d'attacher à ses intérêts de roi et à sa per- 
sonne quelques-uns des principaux Chefs, pour former ainsi un 
parti qui non-seulement garantirait ses Etats d'être de nouveau 
envahis par l'armée d'Ecosse, mais serait encore disposé à le servir 
en cas qu'il en vînt à une rupture avec le parlement anglais. Dans 
ce dessein, il dispensa d'une main généreuse les dons et les dignités 
en Ecosse. Il créa le général Lesly comte de Leven , éleva au même 
rang les lords LoudonetLindsay, et reçut dans son administration 
plusieurs gentilshommes qui avaient pris une part active dans la 
dernière invasion d'Angleterre. 

Les bienfaits du roi produisirent peu d'effet sur la plupart de 
ces personnes ; on pensait qu'il prodiguait ce qu'il aurait retenu 
s'il l'eût osé. Mais Charles se fit un partisan d'un gentilhomme qui, 
par son caractère et ses actioos , est un personnage remarquable 
dans l'histoire d'Ecosse : ce fut James Graham, comte de Montrose. 

Le comte de Montrose était un homme d'un génie élevé, que son 
ambition ardente appelait aux grandes actions, et qui, confiant 
dans son courage et dans ses talens, entreprenait souvent de trop 
grandes choses avec de faibles moyens. Il était poète et savant, 
profond dans l'art de la guerre, et possédant une force de corps et 
une activité d'esprit qui le rendaient capable de supporter tontes 
les fatigues , et de trouver un remède à chaque revers de fortune. 
Le cardinal de Retz, dont les jugemens sont irrécusables, trouvait 
que le comte de Montrose rappelait plus qu'aucun homme de son 
siècle ces héros dont les noms nous ont été transmis par les histo- 
riens grecs et romains. Nous devons ajouter, pour rabattre quelque 
chose de ce brillant éloge, que le courage de Montrose approchait 
quelquefois de l'imprudence , et que quelques-unes de ses actions 
furent dictées par un sentiment de vengeance particulière qu'on 
aurait pu croire incompatible avec soïi noble caractère. 

Le jeune comte avait paru à la cour de Charles au retour de ses 
voyages, mais n'ayant point attiré l'attention ou les distinctions 
qu'il croyait mériter, il s'était retiré en Ecosse, et avait pris une 
part active à former et à étendre le Covenant national. Un homme 



DEUXIEME SERIE. 89 

qui possédait des talens aussi éminens ne pouTait manquer d'être 
employé et distingué. Montrose fut envoyé par les lords confédérés 
du Coyenant pour châtier la yille d'Aberdeen qui favorisait la 
prélature, et pour disperser les Gordons , qui prenaient les armes 
pour le roi y sous le commandement du marquis de Huntly. Il 
réussit dans ces deux missions. A lu bataille de Newbum , il fiit le 
premier homme qui traversa la Tyne ; il passa seul sous le feu des 
Anglais , pour sonder la profondeur de la rivière, et revint sur ses 
pas se mettre à la tête du régiment qu'il commandait. 

Malgré les services rendus à la cause du Covenant, Montrose 
eut la mortification de voir que le comte d'Argyle, l'ancien ennemi 
féodal de sa maison , lui était préféré par les Chefs de son parti , et 
principalement par le clergé. II y avait quelque chose dans l'ar- 
dente ambition et les dessdns inflexibles de Montrose qui effrayait 
les esprits inférieurs; Argyle, au contraire , sombre , prudent et 
mséy et possédant les qualités nécessaires pour affecter un dévoue- 
ment complet à la cause commune , lorsqu'au fond il ne s'occupait 
que de ses propres intérêts , s'abaissa davantage pour gagner la 
&yeur du peuple, et réussit à l'obtenir. 

Le roi observait depuis long-temps que Montrose était mécon- 
tent du parti qu'il servait, et n'éprouva point de difficulté à l'atta- 
cher à la cause royale. Le noble converti s'occupa si activement 
de persuader aux autres de suivre son exemple, que pendant l'es- 
pace de temps qu'on travaillait au traité à Rippon, il obtint de dix- 
neuf gentilshommes rengagement par serment de soutenir la 
cause de Charles. Cette défection ayant été découverte par les 
Govenantaires, Montrose fut mis en prison ; et le roi, à son arrivée 
en Ecosse, eut le chagrin de se voir privé des secours d'un adhé- 
rent aussi utile. 

Montrose essaya cependant de communiquer avec le roi , de sa 
prisdn dans le château d'Edimbourg, et découvrit tant de parti- 
cularités relatives aux desseins du marquis d'Hamilton et du 
comte d'Argyle , que Charles résolut de les arrêter tous deux 
au même moment. Dans ce but, il réunit des soldats ; mais Us 
s'échappèrent et se réfugièrent dans leurs maisons, où l'on n'au- 
rait pu les saisir que par une violence ouverte et au risque d'ex* 
citer une guerre civile. Ces seigneurs furent rappelés à la cour, et 
pour prouver que le roi conservait en eux la même confiance , 
Argyle fut nommé marquis. Cette affaire obscure fut appelée l'/n- 
cideni; elle ne fut jamais bien éclaîrcie , excita en Angleterre et 



90 mSTOmB D'ECOSSE, 

en Ecosse de grands soupçons sur les dessems da roi , et aug- 
menta le désir qp'éprouyait le parlement anglais de restreindre 
l'autorité royale. 

On ne peut douter que les particularités que Montrose déooa- 
Trit au roi eussent rapport à la correspondance qui existait entre 
les Govenantaires écossais et Iç parti de l'opposition dans le par- 
lement d'Angleterre I et qui aurait pu devenir une accusation de 
haute trahison contre les coupables. Mais Charles sentait qu'il na 
possédait pas en Ecosse un parti assez fort pour s'opposer à la 
grande majorité de la noblesse de ce pays» et jugea prudent d'ou- 
blier momentanément l'Incident ,, et de quitter l'Ecosse avec l'ap* 
parence d'un mutuel accord. Il fut complimenté formellement à 
son départ» comme le roi d'un peuple satisfait ; état de choses qpâ 
n'eut point de durée. 

II était impossible en effet que l'Ecosse restât long-temps tran- 
quille f tandis que l'Angleterre » avec laquelle elle était mainte- 
nant si intimement unie» était en proie aux plus affreux désordres. 
Le roi ne fut pas plus tôt arrivé d'Ecosse» que sa querelle avec le 
parlement se renouvela avec plus de violence que jamais. Si cha* 
que parti avait eu de la confiance dans la sincérité de l'autre » les 
concessions faites par le roi auraient dû satisfaire le parlement. 
Mais le puissant parti de l'opposition soupçonnait fortement 
Charles de considérer ce qu'il avait accordé conmie lui ayant été 
extorqué par la violence» et de conserver le dessein de ressaisir le 
pouvoir arbitraire et criminel dont il avait été privé pour on 
temps» mais qu'il regardait comme une des prérogatives de ses 
droits royaux. Ils résolurent donc d'user de l'ascendant qu'il» 
avaient obtenu pour ôter au roi une grande partie du pouvoir qui 
lui restait» quoiqu'il lui eût été accordé par la constitution» afin de 
l'empêcher de recouvrer ces privilèges arbitraires qui avaient été 
usurpés par le tr&ne durant le règne des Tudo^s. 

Tandis que les meneurs s'expliquaient ainsi dans le parlement^ 
le roi se plaignait de son oôté qu'aucune ooncession» quelque avanr 
tagepse qu'elle fût» n'était eapable de satisfaire les demandes 
ambitieuses de ses sujets. Il avait déjà» disait-il» cédé sur tous 
les points qui avaient été discutés entre eux, et ses partisans 
commençaient à craindre que le parlement ji'eût l'intention de 
restreindre en même tèmp^ l'autorité royale^ et de déposer le roi 
régnant. 

Au r«|«pjr de Charles à Londres» le parlement VaccuûUit avec 



DEUXIEME SEBIE. 8i 

une remontrance dans laquelle on lui reprochait toutes les erreurs, 
réelles ou supposées de son règne. Dans le même temps , une dis- 
position générale à la révolte se montra dans toute la ville. Une 
foule ct^apprentis et de citoyens, non pas toujours de la plus basse 
classe » vinrent en tumulte à Westminster , sous le prétexte de 
présenter des pétitions anx chambres; et, lorsqu'ils passèrent 
près de Wbitehall» ils insultèrent, par des cris hruyans, les gardes 
çt les serviteurs du roi. Les deux partis en vinrent prompten^ent 
aux coups y et le sang fut répandu des deux côtés. 

Deux dénominations différentes distinguèrent le parti du roi et 
celui qui favorisait le parlement. Le premier était particulière* 
ment aomposé de jeunes gens, qui, suivsmt les modes de l'époque^ 
portaient des habits éclatans et de longs cheveux bouclés qui tom- 
paient sur leurs épauks. On les nomma les Cavaliers ^ Pour se 
distinguer » l^s partisans du parlement affectaient dans leur toi- 
letté et dans leurs manières uqe sévérité qiH rejetait tout orne- 
9ient : ils portaient leurs cheveux coupés très court autour de leqr 
tête, et ftwenty par cette raison» appelés Tétes-Roncles. 

Mais c^était la différence dans les idées sur la religion, ou plutôt 
sur les institutions de TEglise, qui augmentait principalement 
l'animosité des deux partis. Le roi avait été élevé à considérer la 
conservation de FEgÛse d^ Angleterre et sa hiérarchie, comme un 
devoir sacré. Le système presbytérien au conUraire était adopté 
par une partie du parlement, qui ét^t encore secondée par une 
antre classe nombreuse d'opposana désirant la destruction de l'E- 
glise d'Angleterre, sans vouloir plutôt des* institutions presbyte* 
riennes que de toutes autres. Les ennemis de l'Eglise d^ Angleterre 
temportaient en nombre dans les chambres; les évêques ^rent 
par. être entièremeiit chaasés de la chambre des pairs, et ce 
changement fut célébré comme un triompha par les citoyens de 
Londres* . , 

Dans cet état de cfaes^» le rgi cpnmût une grande imprudences 
Ayant appris par les révélations de lilontresç ou par tout autre 
moyen, que cinq membres de la chambre des communes s'étaient 
rendus coupables de communications avec les Ecossais lorsqu'ils 
étaient en armes, ce qui pouvait autoriser une accufatioade haute 
trabison , le roi forma le téméraire et blâmable projet de se rendre 
en personne dans la chambre des communes , avec une suite de 
gens armés» et ordonna l'arrestation des membres accusés. ]?ar 
cette mes«r^ impoUtiquei Cbarlps croyaii^ ^m^ do^te ijog^rer 1» 



92 mSTOIRE D'ECOSSE, 

terreur an parti de l'opposition ; mais ce fut inutilement. Les cinq 
membres avaient reçu Tinformation secrète da coap qui devait 
leur être porté, et s'étaient sauvés dans la Cité, où ils trouvèrent 
un grand nombre de partisans prêts à les cacher ou à les dé- 
fendre. Le roi y par cette visite à la chambre des communes, 
montra seulement qu'il pouvait presque s'abaisser jusqu'à jouer 
le rftled'un constable ou.d'un sergent, et qu'il oubliait le respect dû 
aux représentans du peuple anglais en voulant faire une pareille 
arrestation au milieu d'une assemblée. 

Cette démarche du roi détruisit toute chance de réconciliation. 
Les communes rejetèrent toute proposition amicale, à moins, 
disaient-elles , que le roi ne leur abandonnât le commandement 
des milices; c'était lui demander de déposer sa couronne à leurs 
pieds.. Le roi refusa de céder le commandement des milices, ne 
fftt-ce que pour un instant , et les deux partis se préparèrent à 
prendre les armes. Charles quitta Londres, où le pouvoir du parle- 
ment l'emportait sur le sien, alssembla à Nottingham les amis qu'il 
put réunir, et déploya dans cette ville, le 25 août 1642, l'étendard 
royal comme signal de la guerre civile. 

Les hostilités qui s'ensuivirent dans presque toute l'Angleterre 
eurent un caractère particulier. Habitués à la paix , les Anglais 
avaient pçu de connaissance dans l'art de la guerre. Les deux 
partis assemblaient leurs adhérens, marchaient l'un contre l'autre, 
sans s'occuper de choisir de fortes positions, ou tenter d'habiles ma- 
nœuvres, mais chacun, avec le simple dessein de rencontrer, de 
battre et de défaire, s'il était possible, le parti opposé. Ces batailles 
étaient disputées avec beaucoup de persévérance et de courage, 
mais avec peu de talent militaire ou de discipline. Il était fort 
commun de voir une aile ou division de l'une on de l'autre année 
poursuivre le corps sur lequel elle venait de remporter un avantage 
momentané , et s'amuser à le chasser devant elle à plusieurs lieues 
du champ de bataille , où son absence décidait la victoire du côté 
opposé. Ce malheur fut souvent causé par la précipitation de la 
cavalerie du roi , composée de la fleur de la noblesse anglaise, mais 
aussi indisciplinée qu'elle était brave, et commandée ordinairement 
par le prince Rupert, neveu du roi , jeune homme d'un courage 
bouillant, mais dont la prudence ne répondait pas à sa bravoure 
et à son activité. 

Dans cette malheureuse guerre civile, l'ancienne noblesse et la 
haute bourgeoisie d^Angleterre étaient généralement disposées à 



DBUXIBBIE SERIE. 93 

serrir le roi ; les fermiers et les cnltivateors les sn i v i rcnt comme 
leurs cheCs naturels. La cause du parlement était sontenue par 
Londres avec tonte sa richessç et sa force , ainsi que par les antres 
grandes ailles y les principaux ports de mer et ieb manufactures de 
tout le pays. Au commencement de la guerre, le parlement, en pos- 
3ession de la plupart des places fort^s d'Angleterre et dea dépôts 
d'armes et de munitions qu'elles contenaient , ayant aussi un grand 
nombre d'hommes prêts à obéir à son commandement, avec le pou- 
voir de se procurer de fortes sommes d'argent pour payer ses 
troupes^ paraissait posséder de grands ayantages sur celui de 
Charles. Mais la bravoure de l'armée du roi pouvait rétablir l'équi- 
libre de la balance. On fit des deux côtés des propositions de paix 
à conditions égales^ et si chacun eût été aussi sincère que les modé- 
rés qui se trouvaient dans les deux partis y cette paix aurait pu être 
conclue à la satisfaction générale. 

On s'occupa aussi d'un traité à Oxford, dans l'hiver et le prin- 
temps de 1643, et le parlement écossais envoya en Angleterre un 
comité d'individus désignés comme conservaieurs de la paix entre 
Jes deux royaumes, pour négocier, s'il était possible, une pacification 
entre le roi et son parlement, à des conditions honorables pour la 
couronne, satisfaisantes pour la liberté, et avantageuses aux deux 
partis. Mais le roi écouta des conseillers passionnés, qui lui persuar 
dèrent que les Ecossais tenteraient de tout leur pouvoir de détruire 
la prélature dans toutes les conditions qui seraient présentées, et 
à la rédaction desquelles ils concourraient, et qu'ayant été enefEet 
les premiers qui eussent donné l'exemple d'une résistance vigou- 
reuse à la couronne , on ne pouvait croire à leur sincérité dans une 
négociation qui concernait les intérêts du roi. Il en résulta que les 
commissaires écossais, traités froidement par le roi, et menacés 
par les plus violons de ses partisans, quittèrent Oxford plus mal 
disposés pour la cause royale que lorsqu'ils étaient arrivés. 



CHAPITRE IX. 



t/fecMM èufoie im« irai^ pouf smiténir celle âa 'pulaûtiA -^ M a i rtfg fttan^ Mmtafs êb ttâ^ 
$mm àtm trmtmê «t él«vt|oiat ptr u «orp d'Iriaotmi, il «fbon t'él«i4ii4 niyii«» Pr wpnfc 
~ BauiUe 4e Tipp«roiair , reddition de U TÎUe de Ferth. — < 4fflûr« du pont dt Poe et stc d« 
Pefth. -« Fin ^de la campagne. 



Bit IMSy iofS(|ii^ k fûtotir fln {nrlnteiiips {Mstiiiît le leiiôitf^iw* 
tuent des hostiKtiéSy le parti da roi se trmtTa sapérietir à celai du 
pailementy et Pou supposa qae la gaerre se terminerait en foTenjr 
de la cause royale si elle pouvait obtenir l'assistance des Ecossais. 
Le noi fit secrèteinent de grandes offres à la nation écossaise, {>oar 
lui persuader de se déclarer en sa foTear, ou du moins pour Ven^ 
gager à tester neutre dans cette occasion. Il leur rappela qu'A 
arait satisfait tons ses désirs sans exception , et qn^l avait été sti- 
pulé dans la dernière paix entre PÀngleterre etrEcosse,quenirune 
ni Pantre de ces deuic nations ne pourrait déclarer la guerre sans 
avoir été provoquée et sans le consentement du parlement. Mais la 
eottVention des Etats écossais sentit que si die assistait le roi pont 
soumettre et réduire lé parlement anglais /qiii avait suivi son 
temple d'insurrection, on punirait plus tard les Ecossais eux:* 
mêmes de Pexèmple qu^ils avaieht donné. Les membres de la côn^ 
tèntion craignirent pour le presbytérianisme, quelques-uns sans 
toute craignirent pour eux-mêmes, et Pon n'écouta pas les propo* 
Sitions du roi. 

DePautrè c6té, tme députation du parlement anglais rappelait 
à la convention écossaise une antre clause du traité de pail fait eH 
1641, disant que le parlement de chaque pays enverrait des secours 
à l'autre en cas d'invasion, ou pour réprimer des troubleis de l'inté- 
rieur. En raison de cet article, les commissaires anglais désiraient 
le secours d'un corps d'auxiliaires. L'Ecosse commençait à être 
remplie d'officiers dispersés et de soldats qui demandaient à être 
employés; Pinvitation était bien tentante pour eux, car ils se rap- 
pelaient les quartiers commodes et la bonne paie dont ils avaient 
joui en Angleterre. Néanmoins, les chefs de la convention des Etats 
étaient convaincus que d'embrasser la cause du parlement d'An- 



SEfTKIEllIB ittfilB. 9S 

ffk^erte, et d'enroyer à son secours on corps considérable de 
troupes auxiliaires y choisies , comme cela devait étre^ parmi les 
mefllenres leyéèsy ce serait exposer lenr antorité en Ecosse à nn 
danger imminent; car les amis dn roi qni s^étaient engagés aVec 
Montrose à défendre là eaase royale, étaient pnissans, possédaient 
de l'influence, et n'attendaient qu'une occasion pour se déclarer. Ib 
pouvaient susciter dans l'Ecosse elle-même une formidable insur- 
rection , lorsqu'ils n'auraient plus contre eux cette supériorité de 
ferees qui pour le moment se trouvait du côté de la convention. 
Midsles commissaires anglais présentèrent une amorce à laquelle 
la convention ne put résister. 

Le saecès que le parti triomphant avait remporté, en posant en 
Ecosse les fondemens d'une Eglise presbytérienne , et la grande 
influence que le clergé dé cette secte avait acquise dans les 
conseils de la nation pendant le cours des derniers évètiîemens, 
avaient fait nattre dans ce parti le désir ambitieux de détruire 
entièrement la hiérarchie dans l'Eglise d'Angleterre, et d'intro- 
duire dans ce royaume des institutions basées sur lé modèle pres- 
bytérien. Pour accomplir ce projet fiavori, les chefs du Covenant 
d'Ecosse auraient consenti à courir tous les risques et à fEdre tous 
les sacrifices. 

Les comntissaires anglais participèrent bien volontiers au projet 
de détruire la prâatnre. Mais ils savaient que les membres du par- 
lement étaient divisés sur la question de la remplacer par le système 
presbytérien. Le corps entier des sectaires ou indépendans était 
complètement opposé à l'introduction d'une Eglise nationale , de 
quelque sorte qu'elle Kit, et rejetait particulièrement la presbyté- 
rienne. Le clergé écossais s'était montré , suivant l'opinion des 
indépendans, aussi absolu que les évêqnes , lorsqu'ils avaient lè 
pouvoir en main. Mais la politique adroite des commissaires con- 
duisit la négociation de manière à persuader à la convention écos- 
saise qn'eDe verrait le système pour lequel elle manifestait une si 
grande admiration adopté en Angleterre , tandis qu'en effet ils 
n'avaient aucun ordre du parlement pour rien spécifier à ce sujet. 

Les commissaires proposèrent de s'unir à la nation écossaise 
par un renouvellement du Covenant, qui avait été déjà un lien ai 
heureux entre les Ecossais eux-mêmes. Cette nouvelle association 
religieuse fut appelée la Ligue Solennelle et le Covenant : il y fut 
arrêté que le gouvernement de l'Eglise d'Ecosse serait maintenu 
sur le même pied; mais, en ce qui concernait l'Angleterre, les 






96 mSTOIEB D'BGOSSB. 

conventions forent faites avec une ambignité étudiée. Gesoonven* 
tiens portaient que ces institutions religieuses seraient réformées, 
a suivant la parole de Dieu et l'exemple des meilleures églises ré- 
formées. » Les Ecossais y en général plus circonspects dans lenrs 
transactio^s , ne doutèrent pas un seul instant que les règles et 
l'exemple adoptés par cette clause , avaient rapport au système 
presbytérien ; et d'après cette conviction , la noblesse et le clwgé 
s'empressèrent avec i^rdeur , et même avec des larmes de joie , de 
souscrire à la ligue proposée. Mais la plupart des commissaires 
anglais se réservaient en secret le pouvoir d'interpréter différem- 
ment la clause, et d'expliquer la phrase dans un sens applicable 
à leurs propres idées sur l'émancipation du gouvernement de l'E- 
glise, quelle que f(it sa croyance. 

La Ligue solennelle et le Covenant furent jurés en Ecosse avec 
acdamation, et reçus et adoptés par le parlement d'Angleterre 
avec le même enthousiasme , toute discussion sur l'article douteux 
ayant été prudemment écartée. Les Ecossais disposèrent tout avec 
promptitude pour envoyer au secours du parlement anglais une 
armée bien disciplinée , et plus de vingt mille hommes , sous le 
lîommandement d'Alexandre Lesly, comte de Leven. Un officier 
distingué, nommé Baillie, fat le lieutenant de Leven, et David 
X«esly, homme qui possédait plus que tout autre les talens mili- 
taires, fat son major-général. Leur présence contribua puissam- 
jnept à une victoire, décisive que les forces du parlement ren(ipor- 
tèrent à Marston-Moor ; et cette armée , comme on devait Tespérer 
4lu nombre d'hommes qui la composaient et de sa discipline , donna 
au parti du parlement l'avantage pendant la campagne. 

Mais dans le même temps que les auxiliaires écossais servaient 
avec ardeur la cause qui leur était commune avec le parlement 
d'Angleterre, l'entreprise courageuse et romanesque du comte de 
Montrose obtint une suite de succès qui menaça de faire tomber 
l'Ecosse elle-même entre lés mains du roi et de ses partisans. Le 
génie hardi de ce seigneur, au moment où le parti royaliste en 
Ecosse semblait écrasé et dispersé , trouva moyen de le réunir^ 
et de menacer la convention des Etats de la destruction de son pou- 
Toir national, au moment où elle espérait établir TEglise presby- 
térienne dans les deux royaumes^ par les succès de l'armée qu'elle 
avait envoyée en Angleterre. 

Après avoir obtenu son élargissement, Montrose avait paru 
£n Angleterre , et conseillé au roi un plan d'opérations qui devait 



DKUXIBME SBRIB. 9T 

ètte exécuté par un corps d'Irlandais » envoyé par le comte d'An* 
trim dn comté d'Ulster , et qu'on deyait débarquer dans les hantea- 
terres de Tonest. Il proposait de le réunir aux clans des hantes» 
terres: en effets ces clans n'aimaient pas le gouyernement presbyte- 
nen et étaient les plus grands ennemis du comte d' Argyle ; d'ailleurs 
ik sf étaient attachés à la cause royale , parce qu'ils regardaient leroi 
ooBime le Chef d'un clan révolté, qm réclamait l'assistance de tout 
fidèle montagnard. La promesse d'une paie, chose à laquelle ils 
n'ayai^t jamais été habitués , et la certitude du butin , devaient , 
commeleGalculaitjudicieusementMontrosey amener promptement 
plusieurs Chefs avec leurs clans sous Tétendard royal. La paissante 
famille des Gordons dans rAberdeen-Shire, outre 1- autorité du 
prince qu'elle exerçait sur un grand nombre de gentilshommes 
qui portaient son nom, avait une influence étendue sur toutes les 
tribus des montagnards de leur voisinage. On pouvait compter sur 
elle avec assuraince, car elle avait pris les armes plusieurs fois 
pour le roi , ne les avait jamais posées qu'après une vigoureuse 
résistance, et elle était encore toute disposée à servir }a cause 
royale. Les secours des grands seigneurs et des gentilshommes du 
nord devaient aussi être regardés comme probables, si Montrose 
parvenait à réunir des forces considérables. L'établis^ment de 
l'épiscopat , si odieux aux barons et aux lords du sud et de l'ouest 
de l'Ecosse , était devenu populaire dans le nord. Les barons du 
nord étaient mécontens de l'extrême rigidité dû clergé presbyte* 
rien, ainsi que du pouvoir qu'il s'était souyent arrogé , de s'inter^ 
poser dans l'intérieur domestique des familles, sous prétexte de 
maintenir la discipline morale. Enfin, de tous côtés, en Ecosse, 
des hommes hardis et entreprenans , trompés dans leur désiir d'ob* 
tâiir de l'emploi ou des distinctions sous le gouvernement exis- 
tant, ne demandaient pas mieux que de se joindre à toute entre- 
prise qui promettait un changement, quelqnedésespérée qu'elle fût. 
Ces particularités étaient connues de la convention des Ets^s; 
loais elle n'avait pas assez calculé la grandeur du danger. On re* 
connaissait jusqu'à un certain point les talens personnels de Mont- 
rose, maisdes hommes ordinaires étaientincapables d'apprécier un 
caractère tel que le sien. On le croyait en général un jeune homme 
vain, quoique capable, et que son ambition désordonnée pouvait 
conduire à entreprendre ce qui était impraticable. La puissance 
du comte d' Argyle était considérée comme une sauve-garde suffi* 
nnte contre une inya9iQi\ dan^ Ie9 blutes-terres de l'ouest, et 

7 



ft HOVOnS MlOOBtt. 

teibo» ée telle eoatfée èitùê aneeàpeGt de drainte, àinm dé «<m« 



Mut la cKTaeière dM; montapiard» ëùdl jugé diapré» qb eakal 
f«9 le lempri aralt retida fert erponé. Dans les aneteiiê tam^ de 
PBeoaset lereqiie les baeeéa-lefrea étaient babitëea par des hômmee 
amer brades et mieiix armés et diseipHné» qne les montagaards, 
lés derMers s^étaleat^ souvent montrés alertes oomme des troupes 
légèvea, et infiiitigaMes dans des exêorsmis o& ils exerçaîoiit le 
pillage I asala en raiséa de leurs charges tamaltoense», ils ataient 
été gdoéralemeiit défaits^ soit par nn eorps de laneiers qai rece- 
fiît léar première attaque la lance baissée, soit par une diarge 
de la earralerie féodale des basses-terresy complètement armée et 
bien isoétée. A Harlaw,; Gorrichiey Glenliraty et dans d^amrei 
oeaasionSy les troupes irré^Iières des montagnards araieiit été 
défaites par on lioBd)re ini^eur de leurs adversaires des basses- 

GiBS senvenfirs pontaient engager les gouveriotenrs de FEeeese 
pendant la guerre civile à accorder peu de confiance à nne armée 
de montagnards. Mai» ifs ne songeaient pas qae la moitié d'an 
siècle pasSédans une paix non interrompue, avait rende Phabitaiit 
des- basses4erres moins propre à la guerre que le IUgblander qei , 
èônstammentarmé, devait être familiarisé avec Pusage des armes; 
cette;^articutaritéy aussi bien que Pambur du combat , le rendait 
st^iieurani paysan des basses terres, arracHéaux paisibles ocen* 
pation's de sa ferme, et préparé seulement par qtielques jours 
d>xercice à affronter les dangers sur le champ de bataille. Les 
bourgeois, qur formaient une partie redouuble de l'armée écos- 
saise dans les anciens temps , étaient maintenant moins propres 
encoi^'à la guerre que le paysan, n^ayant pas plus l'habitude da 
danger qtie' d^adresseà manier les armes, et ne pouvant tuffortet 
ht fetigue comme les gens de la campagne. Cette £fféf ence essen- 
tîdlé enâre les montagnards et les habitans des basses-terres dans 
les temps modernes, pouvait à peine être appréciée dans le milieu 
du «Bx-'septtème sièdé , les causes qui Pavaient amenée étant en- 
core récentes et n^ayant point attiré Pattiention. « 

Le premier plan de Montrose était de réunir un corps de cavale- 
fit royaliste sur ks frontières d'Angleterre , afin dé se précipita 
à'Sa tête dans le centre dé r£co$se et de pénétrer jusqu^à Stirlrn^» 
0% mût cbrps^ de cavalerie avait promis dé $6 rassembler et de te 



bEUlUBSCE SSRIB. M 

rc^oiadré. L^expécBtioû manqua par une espèée de séditioiB ëê It 
cavalerie anglaise qui s%tail jointe à hii , «I en conséquence êé 
laqnefte Montrose congéifia ses compagnons , qui étaient en pefSt 
nombre , et les éxfaorta à sefirayer nn chemin jnsqifan roi, ocr ï 
rejoindre le pins proche régiment en armes ponr défehdré lâ eànse 
royale y tstndis qne Ini-même adoptait nn plan nonvean et (>hia 
dangereux encore qne le premier. H ne conserva près de Inr qne 
deox amis , se dégnisa comme le kqnais de Tnn d'enl , le tfnfvit 
ibid habillé, monté snr nn mauvais cheval et en conduisant un 
autre par la bride, lis se dirent gentilshommes appstrtenant â f ar- 
mée dé Leven ; car si Montrose avait été pris par le parti du Co- 
venant^ une rigoureuse captivité eût été la moindre jpeineqn^oti 
lui eût infligée, fl fat une fois sur le point d'être découvert. Un 
soTdat traîneur passa prés des deux compagnons de Montrose , et 
venant droit à ce dernier, te salua respectueusement en prohon- 
çant son nom et ^n titre. Montrose essaya de lui persuader qu'il se 
trompait; mais le soldat persista, quoique avec les manières letf 
pfais humbles et les plus respectueuses. — Est-ce que je ne con- 
nais pas, dit-il, le noble comte de Montrose? Continuez Votre che^ 
min , et que Dieu soit aVec vous ! Cette circonstance alarma Mont- 
rose; mais lé pauvre soldat fut ûdèlé, et ne trahit jaAiais son am- 
eién chef. 

Sous ce déguisement, Montrose gagna les hantes-terres , et 
i^ta caché dans la maison d'un de ses parens, Graham dlhch- 
bràco , puis ensuite , pour plus de sûi été , il se retira dans une mi« 
sérable hutte sur les frontières des Higlilands, tandis qu4I en- 
voyait des espions dans chaque direction , avec ordre de lui raji- 
porter des nouvelles sur Tétat du parti royaliste. Il en vint de 
mauvaises de tout c&té. Le marquis d'Huntly avait pris les armes 
précipitamment et sans prudence, il avait été défait et obligé dé 
fair. Gordon de Haddow, un des hommes les plas actifs et les plus 
bravas de tous ceux qui portaient ce nom, fut fait prisonnier des 
Covenàntairés , et pour répandre la terreur dans lé reste du clan, 
il fbt exécuté^pubfîquement par ordre du parlement écossais. 

lié courage de Montrose ne fat point abattu , même par ce der- 
nier révers ; tandis qu'il attendait avec impatience d'àiitres nou- 
velles, lé bruit courait qu'un corps de soldats irlandais avait dé- 
barqué dans lés hautes-terres de Tauest, et qu'il errait daiis tés 
montagnes, suivi et surveillé par Argyle, avec une nombreuse 
partie de sùh clan. Peu dé temps après, Montrose apprit par lin 

7- 



100 HISTOIRE D'ECOSSE. 

messager qu'il avait eiiToyé à dessein^ que c'était le corps d'aiixi- 
liaires qui lui était enroyé d'Ulster par le comte d'Antrim. Leur 
conunandant était Alaster de Mac-Donald , un Scoto-Irlandais , et 
je crois dé la famille d'Antrim. On Fappelait Col-Kittochy ou Col- 
kittOy parce qu'i) était gaucher. C'était un homme brave , hardi , 
mais vain y tenant trop à son opinion ^ et ne comprenant rien aune 
guerre régulière. Montrose lui envoya l'ordre de se rendre en toute 
hâte dans le district d'Athole, et dépêcha des émissaires pour âoa* 
lever les gentilshonmiesdecepaySy qui étaient en général disposés 
en foveur de la cause royale. Il partit lui-même pour rejoindre 
cette petite troupe, revêtu des. habits d'un simple montagnard, et 
accompagné seulement d'Inchbraco, qui lui servait de guide. Les 
Irlandais furent Surpris et mécontens de voir leur général habillé 
d'une manière pauvre , et suivi seulement d^un homme. Montrose 
n'eut pas lieu non pljis de se féliciter de l'apparence de sop armée; 
ses forces n'excédaient pas quinze cents hommes, au lieu des mil- 
liers qui avaient été promis; ils étaient assez mal armés et mal 
équipés, et seulement un petit nombre de montagnards de Bade^ 
noch étaient arrivés au rendez-vous. 

Ces actifs guerriers des hautes-terres s'étaient , peu de jours 
auparavant, battus avec les Covenantaires. Mac-Pherson de 
Cluny , chef du clan de son nom, avait envoyé une partie de ses 
gens à la recherche de Montrose , qui était attendu à chaque in- 
stant. Ils entendirent l'approche d'un corps détaché de cavâerie, 
qu'ils supposèrent être l'escorte du général qu'ils espéraient. En 
avançant, les Mac-Phersons trouvèrent différons détachemens de 
la cavalerie des Covenantaires , commandés par le colonel Ber- 
nes , et en quartier à Glencaim pour tenir en bride les monta- 
gnards. La cavalerie s'avança avec une formidable supériorité de 
nombre. Mac-Pherson de Invereshie, au moment où il rangeait ses 
montagnards en ordre de bataille et se disposait à combattre, ob- 
serva que l'un d'eux s'inclinait jusqu'à terre ; il leva son bâton pour 
en frapper celui qui tenait une telle conduite en face de l'ennemi ; le 
montagnard lui montra du doigt Mac-Pherson de Dalifour , un des 
hommes les plus téméraires du clan, et qui s'inclinait aussi ; surpns 
à l'excès , Invereshie s'approcha de Dalifour, et lui demanda com- 
ment lui , moins que tout autre, pouvait songer à se courber de- 
vant l'ennemi. —J'attachais un éperon au talon de mes brogues , 
répondit Dalifour sans se déconcerter. 

I. L«9 brogvM, espèce de brodeqaioi en peau non Unn^e, étaient l«cbanNnr« de* BisUann^' 



DEUXIEME SERIE. 101 

— Un éperon ? et dans quel dessein ? dans ce lien et an moment 
où nous sommes ? 

— J'ai intention d'aToir un bon cheTal ayant que la journée soit 
finie, répondit l'homme du clan ayec le même sang-froid. 

' Dalifour tint parole ; car la cari^lerie des basses-terres ayant 
été défaite dès la première charge , il s'empara d'un cheval 
sur lequel il se mit à la poursuite des fuyards et ramena deux pri- 
sonniers. 

Le récit de cette escarmouche donna à Montrose un échantillon 
favorable de la bravoure des montagnards , tandis que l'arrivée des 
gens d'Athole, au nombre de huit cents, remplit de confiance les 
cœurs facilement enthousiastes des Irlandais. D marcha aussitôt 
sur Strathem et traversa le Tay. A peine était-il arrivé sur 
Tantre rive, qu'il découvrit sur la montagne de Buchanty un corps 
d'environ quatre cents-hommes , et qu'il eut la satisfaction d'ap- 
prendre y par ses sentinelles avancées, que ce corps était com- 
mandé par des amis intimes ,.lord Kilpont et sir John Drummond. 
Ils avaient pris les armes en apprenant qû'i^n corps d'Irlandais 
traversait le pays, et sachant qu'il était sous le commandement de 
Montrose pour le service du roi, ils se placèrent immédiatement 
sous ses ordres, ainsi que leur suite. 

Montrose reçut ces renforts bien à propos, car le comte d'Ar* 
gyle le poursuivait avec de nombreux partisans qui avaient suivi 
les traces des Irlandais ; et lord Ëlcho , le comte de Tullibardin et 
lord Drnnunond avaient formé une armée d'habitansdes basses- 
terres, pour protéger la ville de Perth et pour s'opposer à Mont- 
rose en cas qu'il descen<^t des montagnes. Mohtrose était con- 
vaincu que l'entreprise dont il s'était chargé ne pouvait réussir 
qu^en y mettant autant de hardiesse que d'activité. 

Il s'avança donc contre les forces des basses-terres commandées 
par Elcho, et le l^'' septembre 1644 il les trouva rangées en bon 
ordre dans une large plaine nommée Tippermuir, à trois milles de 
Pèrth.. Leur nombre surpassait presque du double l'iumée de 
Montrose, et les Govenantaires étaient encouragés par de nom- 
breux ministres, qui les engageaient à combattre vaillamment 
et leur promettaient la victoire. Ils avaient des canons et de la 
cavalerie, tandis que Montrose n'avait point d'artillerie, et possé- 
dait seulement trois chevaux dans son armée. Après une escar- 
mouche avec la cavalerie des. Govenantaires, qui furent battus, 
Montrose' chargea à la tête des montagnards, tandis qu'il était 



m HISTOIRE D'SCOSS^. 

protégé par le {eu de la moasipieterie de ses Irlandais. Il se préci- 
pita dans les rangs ennemis avec une rapidité à laquelle il leur fol; 
iinpo43ible de résister ; ils furent obligés de fuir. Une fois les rangs 
rompus ; la supériorité du nombre devint inutile , car les moyens 
de {s^re.so^^^l^r une année par un porps de réserye n'étaient pas 
mcf>jpp connus ou pratiquési» JLes CoYenantaire§ jH^irenit la fuite 
ayec lautanit de terreur que de ccUifusion, et les agiles monta- 
gnards les poursuivirent avec un grand avantage. Maint honnête 
jbofrgeois, déseayiéré (le la vitesse ejuxiiordinaîi e avec laquelle on 
Je forait ip jTair , perdijt haleine et nuwrut laute dp r.espiraj^oa. 
Jtfontrose ne perdit que pen de monde ^ s'il en perdU^ 

La yille de Perth sç rendit « et l'on donna ^ pour cep acte néces- 
saire, une loi]\gue suite de raisons, qui sont assez plaisamment 
rapportées dans une lettre d'un des ministres de cette ville. ]ttais 
nous ne ^rons mention que de quelques-unes : preniièreiaent,on 
allégua que des débris de l'armée défaite d'f Icho, il ne s'était 
pSeri au magistrat qu'une douzaine d'hommes du comté de Fife 
pour défendre la ville , et que la plupart d'entre eux avaient cette 
)»ri^vonre qui tient dé l'ivresse. Secondement^ Xçs/^tojen^ ^'éjtaient 
«cachés dan^ }»^ ceWer^ et. les caves , où ils étaient étendus pajpi- 
tans y et essayant en vain de recouvrer l'haleine qn'ils avaient 
.perdue dans leur retraite, trouvapt à peine la force de dire an 
prévôt que le cQBur s'en allait , et qu'on les tuerait plutôt que d.e 
l^s obliger à combattre davantage : troisièmement, la lettre ^ssu- 
J^i% que si les citoyens iivaient eu envie de se battre , la plupart eii 
^avaient perdu les moyens, ayant jeté leurs armes pendant Le corn* 
J)at; qn^rièmement, on ajoutait que les emM^oM^ étaient xaiig^ 
comme de« esprits, infernaux devant les portes de la viUe , h^ p^ 
teintes du sang qu'ils avaient récenunadt ver^, ep â^m^P^^ 
i^vep de^ cris affreux d'êire de nouveau ramenés w iW*D?g^' M* 
magistrat^ ne méritent peut-être pas d'être blânaifés d'avoir capitulé 
dans un^e telle circonstance, afin d'éviter les hnrjrenr^ ^ pfhg^i 
n»ais leur conduite montre en même temps iîon^M^n le peup|(^ 4^ 
basses-terres avait dégénéré en fait de courage militaire* 
, Perth reçut donc les vainqueurs ; mais Argyle, doatl'an9é04a 
Aopd av^t été augmentée par an corps con/sidéraïUe de cav^ij^m 
approchait avec des iprces contre lesquelles i^ntrose 9^ fQ^f^ 
pas prétendre défendre une ville ouverte. Il aban^wnaPiN^b» ^ 
j^ 4û%fa vers l'Angu^-Shire , espérant qu'il tr^^uirerait de» JfêTUr 
mm dans çp pays. Il y fut rejoint par hjipv^ cçqU^^Ai^^^ 



WUlflElfR SBBiB. lot 

êfim filtt» qui n» FabandoBoèreat jamais, m dans la bomi^ nidaiiê 
la DiaHYaiae fi^tiiM, 

Cette augmentation de forces fat. contr^lanoée par un afCrças 
éyèmsmeau U y ayaii dans le camp de Aloatrose an geniiUMHinne 
des haates-terres, nommé James Stewart d'Ajrdv^Ucli* d^at la 
naissance ayait été acooonpagnéede circonst4|ncas extraordinairei» 
qoe je ne puis m'empècher de racpptel: , quoiqu'elles m^éHoig^imA 
m pen de mon snjet. Lorsque la mère de «e geotilkemme était 
eneeiule , U "vint, à samaisoiid'Ardvoirli<dij «me biuidad'0al)a#f 
eu proscrits, appelés les Bofans du Brouillard i des Mac-Gf^ogonit 
suivant les uns , suivant les antres des Rlac^Donaldi 4' Ardnamifv 
ehan. Ils demandèrent à manger; la dame du lieu ordonna qu'oa 
]^açal; sur la table du pain et du fromage, et se rendità la eaîsîae 
pouridre préparer unmeilleur repas, Tellesétaieiit lesloîs dal'^o^ 
pitalité dans les hautes-terres. Qoand lapauvredaffie f utde retew* 
elle vit sur la table la tête sanglante de son frère, Drummeod de 
OnuiMaonderaoch , dont la bouche était rei^pliç d'alimeae« et qiie 
lesOutlawsavaient rencontré et assascduédansies boîs. I«a maUie»- 
rease fanme jeta de grands cris, e(, l'esprit égaré par la donlev 
et Teffroi , elle se sauva dans la forêt , oà^ après de vaîms v^ 
^lerches , on ne put la retrouver qa'au bout de quelque see^aiaes. 
£ofia en la ramena chez eUe, mais d^^ ua état de folie qui saas 
doute fut ep partie communiqué à i'enlant dont elle a«MXMMha pefi 
de temps après. Cependant cet enffint grandit, mais il a^ait «la 
caractère incertain et dangereux; Il se ^ distinguer plur sa feirae,, 
qui était si grande , qu'en serrant la main de quelqulam il lui laisak 
sctrtir le sang de dessous les orgies. Cet homme était aimé dalord 
de Ulpent , dont nous avoua aei^tionaé demiètrement ie déveae- 
meout an service du roi i ce jeane seigneur l'admettait màmea pae- 
tager sa. tente et son lit. U parait qa' ArdveîrUch désapprouva la 
démarche que son ami avait faite en suivant Montroso , et qu'il 
avait engagé le jeune lord à déserter avec lui la cause rojafe, et 
même, suivant quelques-uns, à assassiner le i^énéraL 4«ord Kâi- 
pont rqéta ces proposâtions avec mépris. Soii qu'il tt^ effioméde 
l'expression dont lord Kilpent se servit , ou qu'd craignît de woii: 
révéler ses perfides desseins, Ardvoirlich tira son poignSferd àt 
fn^a Kâpont d'un ^omp mortel, il tua ensuis la senlâiielle^ et 
se.aailva dans le camp d'Argyle, où il obtint de l'ay j tus qraroti 
Moatrose iat éVeîUé par le tumulte que ee triste éw io iÉ op teaeâHa 
dapsuen eaesp^ et se préai^taut au nalisu de la -f^aleidapolteâ., 



104 . HISTOIRE D'£G06SS. 

il eut le chagrin de roir le corps sanglant de son noUe aiai si 
indignement assassiné. La mort de ce jeune gentilhomme fot onè 
grande perte pour la canse royale. 

Montrose , si inférieui" en nombre à ses ennemis , ne pouvait fdr> 
n&er ancon plan régalier d'opérations. Il résolnt d'y suppléer par 
la pins grande activité et en se transportant avec une célérité 
extraordinaire d'nne partie du royaume à l'antre, afin de frapper 
un coup violent dans l'endroit on' il était le moins attendu , et cou- 
rir la chance de réveiller Tesprit endormi des royalistes. En con- 
séquence il marcha subitement sur Aberdeeny pour essayer de 
faire prendre les armes aux Cordons , et battre tons les corps de 
Covenantaires qui intimidaient les amis du roi dans ce pays. Son 
armée avait cependant considérablement diminué ; car les monta- 
gnards , qui n'avaient aucune idée de servir pendant toute une 
campagne, étaient retqumés dans leurs propres districts, pour 
mettre leur butin en sûreté et faire leur récolte. Dans toutes les 
occasions, ce fut le plus grand inconvénient d'nne armée de mon- 
tagnards : après une bataille , qu'elle fût gagnée ou perdue, ils ne 
manquaient pas de quitter en grand nombre leur étendard, et 
croyaient en avoir le droit. " ^ 

De cette manière, une victoire éclâircissait leurs rangs , comme 
une défaite l'eût fait dans les autres armées. Il est vrai qu'ils re- 
paraissaient de nouveau avec une égale promptitude ; mais cette 
fMilité de déserter suivant leur bon plaisir fut une des raisons 
pour lesquelles les brillaas succès de Montrose ne produisirent au- 
cun résultat décisif. 

En approchant d'Aberdeen , Montrose se hâta de prendre pos- 
session du pont de Dee, la principide entrée de la ville. Ayant 
réussi dans cette entreprise importante , il se trouva en face d'une 
armée commandée par lord Bn^leigh. Il eut aussi le chagrin de 
s'apercevoir qu'une grande partie de la cavalerie dans l'armée des 
Covenantaires était des€k>rdous, qui avaient été décidés à prendre 
les armes pour éette cause par lord Lewis Gordon, le second fils 
du marquis d'Huntly, jeune homme impétueux et opiniâtre , dont 
l'opinion politique j^érait de celle de son père et du reste de sa 
feunille. 

Trouvant que le nombre de ses chevaux était inférieur, car il 
n'en avait pas cinquante, Montrose mêla parani sa cavalerie quel- 
que^uns de ses fantassins armés de fusils, qui pour la vitesse et 
riirfatigal»le afilité pouvaient rivaliser avec tous les chevaux qu'il 



DEUXIEME SERIE. • 105 

possédait. LesGordons, qui pent-être ne servaient pas de bon 
cœur la canse da Govenant, attaquèrent la cavalerie de Montrose, 
et furent repousses. Lorsque les fusiliers mêlés à la cavalerie avan- 
cèrent sur eux 9 les gens de lord Lewis prirent la fuite , en déph 
des efforts personnels'de ce jeune lord , et l'on assuré qiie Mont- 
rose vint à bout de conduire son petit nombre de chevaux sur 
l^antre ailp de son armée, et de défaire successivement la cavales 
rie des Covenantaires sur les deux flancs, avec les mêmes cava- 
liers déjà harassés. L'expédient de mêler des fantassins parmi la 
cavalerie frappa de terreur ses adversaires , et contribua grande- 
ment à ce succès extraordinaire. Tandis que la cavalerie était 
ainsi occupée , les deux corps d'infanterie se canonnaient l'un 
l'autre, car Montrose possédait les canons qu'il avait pris à Tip- 
permair. Les Covenantaires eurent d'abord davantage de ce cftté, 
mab les royalistes n'en furent pas découragés. La gaieté d'un 
Irlandais dont la jambe venait d'être emportée donna un nouvel 
élan à tous ceux qui l'entouraient. — Allez toujours, s'écria-tdl, 
ceci me promet de l'avancement, car maintenant le général fera 
de moi un cavalier. Montrose ne donna point à ce nouvel accès de 
courage le temps de se refroidir; il conduisit ses troupes jusque 
sur l'ennemi , enfonça les Covenantaires par une charge désespé- 
rée, et les poursuivit dans la ville et à travers les rues. &npria 
par une armée en désordre, Aberdeen et ses habitans en siAirent 
les conséquences. Un grand nombre furent tués dans les rues , et 
la cruauté des Irlandais eu particulier fat si grande, qu'ils for- 
cèrent les malheureux dtoyens à se dépouillei' de leurs habits 
avant de les tuer , afin que ces habits ne fussent pas tachés de sang. 
Montrose fut obligé de fermer les yeux sur ce pillage et ces cruau- 
tés, qu'il ne pouvait empêchet, car il n'avait pas d'argent pour 
payer ces soldats à demi barbares. Cependant il existait deux rai- 
sons pour lesquelles la ville d' Aberdeen devait espérer un meilleur 
traitement : premièrement, parce qu'elle avait toujours penché 
pour la cause du roi ; et secondement, parce que Montrose lui* 
même, loi^squ'il protégeait le Covenant, avait été l'agent dont on 
s'était servi pour opprimer, à cause de sa loyauté , la même ville, 
que ses troupes pillaient maintenant ponr une autre cause. 

Argyle suivait toujours Montrose avec des forces supérieures, 
mais il n'éprouvait pas, à ce qu'il parait, un grand désir de le 
joindre. 

Avee une Mérité qui seiid>lerait presque incroyable, Montrose 



lOê HISTODUS D'SGOSSK. 

^narclMi vers la Spey , eq[iéra]it toujours 4e seqlewp Jeè Gardons : 
mais <:es gentilshommes se rappelaient sou aacieime conduite ea^ 
y ers eux lonqu'il était général au service du CoTenant, outre le 
aouvenir delenr récente déroute au pont de Dee; ils refasèrenjt 
ite se joindre à lui. Dans ce moment » les gens de Murrigrt qw 
mettaient beaucoup de zèle contre Montrose» parurent sur la rive 
jptptentrîonale de la Spey pour s'opposer à son pasijage. £iem^ 
de tous cités, et chassés comme un cerf poursuivi paries.cihas^ 
aears, de la route qu'A voulait tenir, Montrose et sa petite armife 
pnu^sèrenl; le courage jusqu'à la témérité. Us cacbère;|tleurs ea- 
uou^ dans une fondrière^ détriûsirent leur bagage le plus lourd, 
eutrèr^ dans Badenoch, où le dau de Çbattan s'était toqours 
montré ami des partisans du roi , et desicendireut de là dans le dii- 
,trict d'Athole, puis dans le comté d'Angua* Après plusieurs 
marches .longues et rapides , Montrose retourna de nouveau daus 
Strathbogie, traversa encore une fois la grande chaîne des monts 
Grampiaus, et conservant toujours TespériLUce de ^oi^ewr «eu 
4|ui portaient le nom de Gordon, il reparut de nouveau daAS 
fAberdeen-Shire. 

Là , ^ hraye général fut assez hahile ponr écbap|«r à un ^raud 
danger. Son arméç éuit dispersée , et Jl se reposait au. château de 
Ffvie lorsqu'il se trouva menacé et presque entouré par Argyle 
et Lottûan, à la tdte de forces supérieures. Uue partie de reunemi 
eccopaât déjà l'ei^^rée de sa positim, au moyen de fossés et d'en- 
dos au travers desquds ils avaient pénétré» Lei royaUsiee «om- 
mençaientà s'effrayer, i4Mrscpie Montrose» déguisant des craiutes 
qu'il épMuvait lui-même, a^^ieb un jeune et brave officier iariau- 
dais, et lui parlant du même ipndout il a/orail ordonné une baga- 
tdle;-rQnè faites-vous donc, O'Kean? dit*^; ne ponvez«vous 
diasser ces^imporisnus ooquins de ces fossés et de ces endos? 
O'Kmus d>éit à ce commandement avuo le même courage ^pi'il 
avait été donné, et, chassant l'ennemi devant lui, il s'jsmpara 
4'nne provisioB de poudre, ee dont on avait grand besoin dans 
l'armée de Montrose. La remarque d'un Irlandais qui se plaignait 
fortement delà né^^geuce de l'enneqû , qui avait oublié de laisser 
des balles en même tempe que de la poudre, prouva, dans nette 
occasion , k eenfianoe que Montrose avait su inspirer à ses troopes. 
Le omnte de LotbifJi, d'un antre c&té, vint avec quatre ru- 
mens de cavalerie attaquer Montrose, qui avait à peine cinqnan^ 
dwvanK. Méia^ «nai qu'au poÉA dé Dee , M javnit alM^^ 



OKVXISMB SBVOL 1^7 

Jem en f m&xat des iaii^tassins, et les gens d« oçsotA de JMniim 
reçorent nn feu incommode et inattendu; ils £rexit Tolte-laceg et 
J'oD ne put les faire avancer de nouveau. P^usieuns b^nres^e pas- 
sèrent en f^an^pndUes^ l'avs^itage ft^t du i^té de |ltoitfios0» 
J^QMgne ^nfin ce ^ernic^ er^t jplqs pnii4en^ de se i^ftfiiirer de Fytîp 
w ^tr^^jthbqgj/^ . . 

Pendajpc la xoi^te^ il fut Bbwdonnépar^ pjLus^urs gi^tilahwMMP 
des basses-terrestjçpd voyaient gue /les viclouBes n'avaient 4'fiiit«e 
jnMtnt 91e ^4narchç^ fiij^pliltt^ an pilieu de^ diserte, ou il 
.^tait> ppçsiine iin^sible deppujrvoir à la subsistance des bDfWMB 
etdesishevaiuL/et foe ra^inH^faede rjbiv;er allait rendire pûw 
encore. Ils f^ittècent Ji'armée , p ro^neUant de prévenir jan intî»- 
l^tuf»^ et, ite^nns Jespanisansde|^>a^4es4élresi 4I ne resta qve 
jbs vi^^x fcpmte d'^rJie et ^^ £ls. ^ei^r at^cliqpdenl à. la «anie 
XQjale leiu*>vjsit çoiUé «ber, Argyle ayant yilUi Imrn doMuaes et 
)uriUé Jaur principale h a b it ati rm» la J>wàe ^siQ^n Â'iôrliey siHiée 
anr }a jri^re ^la. Le eouyenir de eet inœndio e«t ofl^^rvé deiw 
nne cib»ivwn .éopssjM^w Mais les mêmes circonsiiinees ^iii avaiwt 
btiff^é Ji» p itfi|aiee des haUtans des has^es-tepres à la ioîia de 
jMU)>i^rase, rgapdireait ijBp os siW e à Argjrledelenir itcaMpafuei il 
e994>/a jon a^mée 4ana 4^ qnaiitiers 4'bi¥er> pensant avftc 00a- 
£j|npeiqiie#on.4a3inem était eyafermé pour la faison dans Viuiokét 
fiial approv;i|kiç^j)né oop&é d'A^tole, ^ù m poivrait la aoaf&irv 
#(m|( âpfçopTini^i^ pwr le reste de l'EcessfSj insipifan eenmyna» 
ment 4<^ printenip^^ ^PWP^ ^ laip^eUa jbs ^GovenanHûres l'alia- 
épfa^Bi&al av^ 4ss forces snpérienr^. JiftM» lemâaie Uvqwt le 
maripû» d'^rgjle ,i^nnui. aiwi dwf #» postée» d«MiMs.i 



JCRAPITRE X. 



gagnées par Montrose , qui deyietit , par la ▼iqtoire remportée k Kilsy th , maître de toute 1' Bc««sf> 
W H W «dmë èèpÉaine-^éoénîf , «t llévùmmÀ-gowvenMvr d*làiiotn. «^^ H aniRhe râr tes 

qaiue l'Ecosfe. 



cbâte^i A'imnpm» i>m m H K^ m m ,v^ ffmmà »« Bi»m# 



106 HISTOIRE D'ECOSSE, 

l'approcher; caril'avait Thabitade dédire qn^ll ne Tondrait pas 
ponr cent mille couronnes que personne connût le chemin de l'est 
dans le comté d'Argyle. Tandis que le puissant marquis jouissait 
de la sûreté imaginaire de ses domaines féodaux, quelle fut son 
alarme lorsqu'on lui apprit que Montrose> avec une armée de 
montagnards; pénétrant à trayers les neiges et les glaces, esca- 
ladant les précipices , et trayersantles montagnes, par des sentiers 
connus seulement du berger solitaire et du chasseur, avait forcé 
son comté, qu^l dévastait avec toutes les rigueurs des anciennes 
querelles à mort I On n'avait ni le temps ni le pouvoir de se dé- 
fendre. Les corps de troupes étaient massacrés ,' les bestiaux 
«basses^ les maisons brûlées; les assaillans s'étaient divisés en 
trois bandes , afin que la dévastajdon fût plus complète. Effirayé 
de cette invasion terrible et inattendue, Argyle s'embarqua dans 
vn bateau de pêcheur, et abandonna son comté à son malheureux 
sort. Montrose continua cette ceuvre de vengeance pendant près 
d'un mois, et supposant avoir détruit rinfluence qu' Argyle possé- 
dait sur l'esprit des montagnards , par l'étendue de son pouvoir et 
deses dondaines, jusque là inaccessibles, il se retira sur faiverness, 
dans le dessein d'organiser une association générale des clans. 
Mais il y était à peine rendu, qu'il apprit que son rival Argyle 
était retourné dansies montagnes de l'est avec quelques troupes 
des basses-terres, et qu'il avait réuni autour de soi son nombreux 
dan, brûlant, ainsi que lui, de se venger des injures qu'il avait 
reçues; enfin qu'il était posté avec des forces supérieures près du 
vieux château d'Inverlochy, situé à l'extrémité orientale de la 
chaîne de lacs travo^s maintenant par le canal Calédonien. 

Ces nouvelles changèrent les plans de Hontrose. 

n retourna vers Argyle par une suite de chemins difficiles sur 
des montagnes couvertes de neige, et l'avant^garde des Campbells 
se vit tout à coup attaquée par celle de leur implacable ennemi. 
Les deux partis restèrent toute la nuit sous les armes; mais à la 
pointe du jour, Argyle se rendit sur sa galère, et ^éloignant de 
la terre, resta spectateur du combat, lorsque, par devoir et par 
reeonnaissanee, il aurait dû se mettre à la tête de ses dévoués 
serviteurs.Les membres infortunés de son dàn défendirent l'hon- 
neur de leur nom avec le plus grand courage, et^plusieurs des plus 
braves tombèrent sur le champ de bataille. Montrose remporta 
une victoire complète, qui augmenta son influence sur les monta- 
gnards, et diminua en proportion eelle de son rival vaincu. 



DStmBMB SBRIB. 109 

Ayant rassemblé toutes les forces qa'il pat rencontrer, Montrooe 
marcha triomphant yers le nord«est , et l'hearenx saecès de son 
parti engagea enfin les Cordons à se joindre à loi avec son corps 
de cayalerie commandé par lenr jeone chef, lord Gordon.. La 
convention des Etats était alors sériensement alarmée. Tant qoa 
Montrose ayait erré dans les montagnes, se retirant devant nu 
ennemi snpériear, et, en apparence, sur le point d'être à chaque 
instant détruit, ses progrès n'étaient pas regardés, comme dange« 
reiuL. Mais il menaçait maintenant les basses-terres, et les cheb 
du {»krti epvenantaire n'avaient pas assez de confiance dans lei^s, 
forces pour défier un si hardi aventurier. Ils rappelèrent de Tarmée 
d'Angleterre le général Baillie , officier distingué par son cara<c« 
tère et ses talens, et sir John Urry, ou, comme les Anglais rappe- 
laient, Hurrj, brave et bon partisan, mais simple soldat de 
fortune , et qui avait plus d'une fois changé de parti pendant la 
gnerre civile. 

Ces généraux commandaient un corps de vétérans avec leqàdl 
ils manœuvraient pqur fermer à Montrose l'entrée des districts du 
sud, et l'empêcher de traverser le Tay ou le Forth. A cette épo- 
que, l'ordre du marquis d'Huntly, ou les intrigues de lord Lewis 
Gordon, engagèrent la plupart des Gordons à quitter Pétendard de 
Montrose, dont la cavalerie fut rédimte à cent cinquante hommes. 
Il fat obligé de nouveau de se .retirer dans les montagnes; mais, 
désirant signaler sa retraite par quelque action d'éclat, il résolut 
de punir la ville de Dundee de son dévouement à la cause du 
Covenant. 

En conséquence, il parut subitement devant cette ville avec un 
corps de troupes choisies et attaqua la place sur trois points 
différons. 

Les montagnards et les Irlandais, avec une ardeur incroyable, 
brisèrent les portes et forcèrent Tentrée; ils se dispersèrent aus- 
sitôt pour chercher des liqtieurs et du butin. Dans le même instant 
Montrose menaçait de mettre le feu à la viUe , lorsqu'il apprit que 
Baillie et Urry, à la tête de quatre mille hommes, étaient à environ 
on mille de là. 

Ce moment critique exigea toute l'activité de Montrose ; mais il 
^t le temps de rappeler ses gens de la débauche et du pillage, de 
omettre de Tordre dans son armée et d'effectuer sa retraite dans 
les n^iH^tagnes, ce qu'il accomplit en &ce de tes nombreux ennemis 



et iciet toi uHént ^n? éonsoHAai sa ré^atîoir MlOÈbef àMtoi 
4û*âttctoè de se* tictoîi^i; 

' Daiisr cette mârùteavre dflBtcfle, Môtrtrosé fat f ia r faîte ni èn t ie* 
ioiïdÉ par là periéYêfatcë et la désolation âé sèà troupes ; dn £t 
^ta^elies iharchèrent réspace de ^oiiante millet, et qo^eDes manœu- 
vrèrent et combattirent pendant trois jomrs et trois nniu sans 
pt^endre aricùtié nonfrituré. De cette maniéré leni^ chef trompa 
co^nstatnment les forcés nombreuses et les habiles généraux <^î le 
poursuîvafent ; la plus grande difficulté de son entreprise était 
àitiséé ptt impatience inquiète des monta^ards et le caprice 
dfes gentilshommes qui formaient sa cavalerie , et qui altaiént et 

Venaient suivant leur boù pïaîsir. 

Rous avons dit que les Gordoàs avaient été enlevés S Pétendartf 
ët^ Montrôsé oontré leur propre inelmation, par lé coinmandement 
d^Huntf^ ou* radrëése de lord Lewis Gordon. En employant ses 
soldats dans des entreprises où le pillage était certain et le danger 
]^ rédoutaibfey ce jeune seigneur réunit sous sa baiiniëre tous ceux 
qtf redoutaient de paruger l'es marchés fatigantes et lés combntâ 
tfanglans oit l'on était condtih sous celle de Montrôsé;' de Bi cesf 
vers qif on n'a point encore oubliés dans F Aberdeeif •Shirè : 

'Vout aure^ mainte boone chose I 
V Slt«tt»stiit«rréteDdaréde Montrasé, 

^Qos noevns plutôt nuiot horioB* 

Ksus'ïe frère aîné^ de lôrd Lewis Gordon, qm réstiat attache 
fidèlement an parti de Mbntrose, fut envoyé pour assembler les 
gentilshommes de cette famille guerrière^ et par son influence il 
réunit bientôt des forces considérables. Le général Baitlie, en 
ayant en connaissance, détacha Urry, son collègue ^ ayec une 
fbrce qu'il croyait suffisante pour détruire lord Cordon, tandis 
qu'il se proposait, jîendant ce temps, d'engager l'attention dé 
Ufontrôbe jusqu'à ce qûfi ce projet fût exécuté. 

Mais Montrôsé pénétrant l'intention des généraux coyenan* 
taires, évita'dé s'engager ayec fiailliê, et traversa tes montagnes 
du nord^ avec la raj^idité de Vouragan, pour soutenir ôordoa et 
écraser Ùrry. ft aocomplit son premier dessein;. mais tTrry avait 
été |oint par les Clovenantaires de Murray, avec les comtes de 
Seaforth, Sûtherland, êid^autres (jui défendaient la même cause^ 
et àvàit ainsi réuiii une armée plus nombreuse que celle de Mon- 
trôsé, même lorsqu'il se fut joint à lord Gordon. 



tfBtmtSÊSÈ tSÊSOË. ta 

HfoMrose ^prépara à lear lirrer bataflte^ daltf leyflhged'Aiil- 
dertie, et rangea ses troapes de manière à cacher l'inégalité de ses 
Ibrce». Le Tittage, situé sur une hantettr, atait par-derrière de 
kauted éiBfti^icea de terres et de cbaqne côté et en bée il était 
entboré de clôtores. Montrose porta snr la drohe da tfflaga 
Alexandre Mao-Donald aTec quatre cent» Irlandais et montagnards, 
knr ordonnant de se tenir seolemeat sor b défensive , et surtout 
de ne point sortir des parcs de bestiaux et dés endos qui prtsen* 
taieat Tavantage d'une posîlSon fortifiée. 

Gomme il désirait attirer vers ce point ^attention de Pennemi^ 
3 confia* à son aile droite la garde de l'étendard royal , qui était 
ordinairement déployé dans les lieux oftil commandait en personne. 
Plaçant sur lé côté gauche du YiRage d'Auldeme la phtsr grande 
partie de ses troupes y il commanda Pinlanterie et lord'Gordon là 
cavalerie. Ses deux ailes étant ainsi formées, Montrose n'avait en 
effet aucun centre. Mais quelques hommes réélus postés en ftce du: 
vilhige, et ses canons placés sur la mSmé ligne, pouvaient Cadré 
supposer que les maisons couvraient toa. corps d'infanterie. 

Uny, trompé par ces dispositions, attaqua avec un corps nom« 
breux de ses troupes la position de Mac-Donald. GoUtitto les battit 
et les repousèa, avec la mousqueterie irKatndalse, et les arcs et les 
flèches des montagnards qui continuaienît à se servir de ces an* 
ciennés armes. Mais lorsque l'ennemi renouvela l'attaque^ raillant 
Ihc-Donald sur' la poltronnerie avec laquelle il se tenait àFabri 
des parcs de bestiaux , ce Chef, dont la bravoure excédait ta pru- 
dence, oublia tes ordres positifs de Montrose, et sortit de son 
espèce de forteresse, pour prouver qu'il ne redoutait pa» de com- 
battre sur un terrain égal. «La supériorité dû nombre, et particu- 
lièrement la cavalerie, qui lui fut aussitôt opposée, jetèrent sa 
petite trotipe dans un grand désordre , elle ne put être ralliée 
qu'avec £fficulté par les "efforts prodigieux de GoQdtto, qui vouhit 
réparer soû erreur en montrant le plus grand courage. 

Un officier de confiance fut dépêché vers Montrose, pour lu! 
fiiîre connaître la position de Mac-Donald. 

Le messager le trouva sur le point d'en venir auxinàins, et lu} 
ditb^^s à l'oreilTe que Colkitto était défait. Cette nouvelle déter- 
mina Montrose à poursuivre avec la plus grande audace le plan 
de bataihe qu'il avait adopté. — Que faisons-nous ? s'écria-t-iî en* 
d'adressant à lord Gordon; Mac-Donald est victorieux sur H 
g:auche, et A noua ne nous Iiâtoiis pas, il remportera les honneurs 



112 màfOIRB D'BOOSSE. 

de la joiiraée.,Lo9d Gordon chargea aussitôt à la tète des gentfls- 
hommes de son nom y et fprça la cayalerie des Goyeaantaires à 
abandonner le champ de bataille; mais Finfantérie tenait bon, elle 
était composée de yienx soldats ; enfin die fat enfoncée sur tons les 
points, et obligée de fuir avec une grande perte. 

Montrose alla^aussîtôt porter secours à son aile gauche, qui se 
trouyait dans le plus grand péril. Colkitto était rentré dans les 
enclos avec ses gens, et lui-même en défendait l'entrée , Tépée 
d'une main, et le bouclier sur son bras gauche. Les piquiers l'ap- 
prochaient de si près, que deux ou trois fixèrent leurs lances dans 
son bouclier, mais il s'en dégageait en coupant la tête des fièches 
ayec la bonne lame de sa claymore. 

Montrose parut au moment de ce pressant péril, et sa présence 
ainsi que celle de ses troupes victorienses changèrent subitement 
la face des affaires. La cayalerie d'Urry prit U fuite; mais l'in- 
fanterie, qui était la force principale de aon armée, combattit bra- 
yement, et p^rit sans quitter ses rangs. Deux mille hommes, en^ 
yiron le tiers de l'armée d'Urry, furent tués dans la bataille 
d'Auldeme; et ce commandant fut obligé de réunir les troupes 
qui lui restaient à celles du général BaiUie. . 

Après plusieurs marches et contre-marches, les deux armées 
ennemies, se trouyèrent de nouyeau dans le yoisinage l'une de 
l'autre, près du village d'Alford. 

Montrose occupait, une forte position sur une montagne, et l'on 
dit que le prudent BaiUie eût évité la rencontre, si ce n'eût été 
qu'ayant traversé la rivière Don, dans la croyance que Montrose 
était en pleine retraite, il ne découvrit son désir de livrer bataille 
que lorsqu'il fut trop tard pour éviter le combat. L'infanterie était 
environ de deux mille hommes de chaque côté, mais la cavalerie 
de Baillie était de moitié plus nombreuse que celle de son adver- 
saire. Il eât vrai que celle de Montrose était composée de gentils- 
hommes sur lesquels on pouvait compter davantage un jour de 
bataille que sur des mercenaires. Dès le premier choc, les Gor- 
dons dispersèrent la cavalerie des Covenantaires, et les fantassins, 
jetant leurs mousquets et se mêlant en tumulte parmi les chevaux, 
répée haute, empêchèrent la cavalerie de se ralÙer; mais lord 
Gordon, en se jetant pour la seconde fois au milieu de la mêlée, 
tomba de cheval mortellement blessé par un coup de feu que lui 
tira un des fuyards. Cet accident causa le plus vif chagrin à 
NQntrose, suspendit les mpuvemens de sa cavalerie, composée en 



DEUXIEME JSÊRIE. 113 

partie par les amis, les parens et les yassanx du défunt, qni se 
précipitaient autour de lui en déplorant cette perte générale ; 
mais les Vétérans de Montrose, chargeant en colonnes profondes 
de àx et de dix hommes, sur une ligne de trois hommes seulement, 
enfoncèrent celles des Covenantaires sur diyers points, et détruisi- 
rent entièrement les restes de l'armée de BailUe, quoiqu'elle se 
défendit brayement. 

Ces Victoires répétées donnèrent une telle réputation aux armes 
de Montrose, qu'un grand nombre de clans montagnards se réu- 
nirent à lui, ainsi que plusieurs anti-CoTenantaires qui ne s'é-^ 
taient^as montrés d'abord, doutant de ses succès dans une lutte 
si inégale. 

D'un autre cftté, là conyention des états, aidée de l-avis d'Argyle 
qui était hardi dans le conseil, quoique timide dans les combats, 
perséyérait à lever de nouvelles troupes, malgré les défaites ré- 
pétées et les malheurs de cette guerre. Il semblait en effet que dans 
ces tonps de désastres le ciel eût épuisé sa colère sur le royaume 
d'Ecosse. Aux efforts nécessaires pour fournir et entretenir une 
armée d'auxiliaires en Angleterre, se joignait la désolation d'une 
guerre civile, maintenue dans le nord avec une furie égale à ses 
succès, et n'apportant de tout cdté que la plus affreuse dévasta- 
tion. A ces maux» comme s'ils n'étaient pas sufifisans pour épuiser 
les ressources d'un pays pauvre, il faut ajouter encore une peste 
horrible qui ravageait tout le royaume, mais particulièrement 
Edimbourg, la métropole. -La convention des états avait été 
chassée de la capitale par ce Seau contagieux, et s'était retirée à 
Perth, où elle assembla de nouvelles forces sous les ordres du gé- 
néral Baillie, et ordonna une levée de dix nulle hommes dans tout 
le- royaume. Tandis queLanark, Gassilis, Egîîngton et d'autres 
lords des comtés de l'ouest retournaient dans leurs domaines pour 
exécuter ces mesures, Montrose avec son activité ordinaire des- 
cendit des montagnes à la tête d'une armée dont le nombre venait 
d'augmenter et qui était exaltée par les succès. 

Il s'avança d'abord vers les terrés du Forth, et occupa le comté 
de Kinross. Je ne puis m'empécher de faire ici mention de lîa des- 
traction d'uin magnifique château appartenant à la maison d'Ar- 
gyle. Ses ruines majestueuses sont situées sur une éminence qui 
occupe un étroit vallon au pied de là chaîne des monts Ochil. Dans 
les anciens temps, il était appelé, peut-ôtre à cause de sa situation, 
le château de l'Obscurité; et le nom de la paroisse et du fleuve qui 

8 



m HISTOIRE VKfmW, 

baisait st» herdg avi^t aimi qoelqmç pbo^ d^ sjiiiiiitre. i^ ob&iMi 
d« Clopm it^é\>ni aar le rmseu du jQbagriii ou Gryfe» et daiM 
U, {i«roi8«e cU^ Dollar oa Doulear « Pans le MÎMème wd», le cente 
d'Axgyle obtinJ; m acte do parlement pour appeler celle résidence 
Gii&tto-GAmpbeU' l^ baîne féodale de Moatrose et des clans qû 
cQippMl4fu;i( i»pii amuie» le Yindieattf ressentiment de» OgilTies 
poar la destractîon de la bonne maison d'Airlie, et les Ctyaliers 
du Stirling- Sbire pour celle de M^nstrie, condamnèrent anx 
flamnifis ce ma j;niftque édi^, (.a destruction de beaucoup d'autres 
habi)4lioua moins importantes est depuis Ipug-temps oubliée^ mais 
le^ rupuea Impo^ai^tes de Castle-Campbell inspirent encore à celai 
qui les contemple de tristes réflexions sur la guerre civile. 

Apr^ plusieurs acte^ semblables de yengeance» qui ne peiiTent 
être ji^tifiés, quoiqu'ils eussent été provoqués , Montrose mardis 
vori^ l'ouest I Ip long des bords occidentaux^ du Fortb, insultant ' 
Pertb I ou Tarmée des Covenantaires restait dans ses retrancbe* 
luepa* et menaçant même le château de Stirling, dont la garaisoB 
nombr^U9^ et la forte position défiaient ses moyeii3 d^attaque. i. 
pçu près à ^7^ milles au'^essus de Stirling il traversa le Forlb, 
dansle gué pi^oud et difficile qu'offre la rivière avant sa jorn^tton 
aycMQ le Tei« Ayant atteint les rives du sud, il dirigea sa marche 
viers Toue^t» dans le dessein de disperser les levées que les seigneurs 
d$ ce pays a^aienlt réunies, et, sans aucun doute, dans rintentiûn 
d^ piljier la contrée, qui s'était attachée principalement à la casse 
du Çoyeuant^ Moiurose avait à peine atteint Kilsyth , qu'il reçat 
1% uouyelle que l'armée de BailUe avait quitté Pertb , tratersé le 
Foptb sqr h pont de Stirling, et qu'elle était à deux pas délai. 
\yi^ aon ardeur habituelle, Montrose se prépara au Cjpmhal, qœ 
BaUUç, s'ile^ avait été le maître, aurait évité; car ce général 
habile, quoiqu^^ malhieureux» connaissait par expérience les lalaas 
de MoMri^af ; il «avait que l'esprit qui guidait ses troupes étût 
admirabte m jour de combats mais qu'une armée ainsi coppoiés 

pourrait être harassé^ par des opérations prudentes , et que f^' 
être Içs montagnards et les Cavaliers des bassea^erres déscr- 
tçraienit la haùnière de leur chef dans le cours d'upe campsgns 
longue et indécise. Mais BailUe n'était plus le seul commandant de 
l'arniée des Covenantaires. Un conûté des états, composé d'Argyl^ 
Iianairi^ et Grawfort-Lindsay, avait été nommé pour surveiller s<)a 
arm^éç et contrôler ses opérations. Le comte de, lindsay in^^ 
particuli^feDient ppur que le vieux général risquât la se^le a^^^ 



DBUYlEfiDE SERIE, 114 

régoliève.qiie Les Govenaniaires possédassent. eu Scosse, 4ms )at 
périls d^iine tiataUle décisive» Le généra Baillio mrdia dMo 
cotttre Montrose m poiiit daî<mr, le 1â août 164j^. , 

Lorsque Jtf oatrose le tU a^aD^er, il s'écria qœ e'était «6 ^'il 
désirait le pins ardemment. Il ordonna à ses gens de se dépollÙbM^ 
jns^'à }a cbenouse, en si^oe de leur résolution de coiiibait^e jnaH 
qn^à la mort. Pendant ^ ten^w» les Govenantairss a|>in^O€iièreiil« 
Lear avantrgarde attaqua un posle avancé de Moi^ose qui oeeUr 
paie mie. forte position parmi des chaumières et des enclos) ilsi 
firent reçusses avec perte ; un nuillier d^babitans des bavtesv 
terres, avec leur impétuosité naturelle, se précq)itèrent sans auonu 
ordre à la poursuite des fugitifs, et, assaillirent les tioupesqui »'»• 
Tauçaienipoiup les soutenir. Deux régîmens de cavalerie i contvu> 
lesquels ce, torrent deis montagne9 dirigea sa fureur, furent ren* 
versés. Montrose vit le moment décisif, et ordonna à son armée 
entière d'attaquer reun^ui , qui n^éuit pôiiit encore m Ugae, 
l'anière^arde ^ le centre ainrivant lefiteiBeut pour appuyer l'»« 
vant-farde. Le cri horriUe que les montagnards poussaient en 
chargeant, leur appireace sauvage, la vitesse extraordfaiaive 
avec Javelle ils avançaient, presque nus, avec de larges ckj* 
mores à la main, excitèrent une terreur panique dans Tame, do 
leurs adversaires, qui se dliperaèrent sans faire aucun effort cop^ 
ragevx pour se 'ranger en Ûgne de batailkt, on pour conserver, 
leur terrain* Les Govctnantaîr^ forent chassés du champ de ha* 
taiUe, poursuivis et massacrés impitoyablement pendant plus de 
dix Bi}Ues« Quatre ou cinq isiille hommes furait tués* sur la ^ac# 
et dans leur fuite, et pour le moment les forcée de la ConventiiNft 
furent entièrement détriHSes. . 

Stenirose se trouva maître pcadant un certain tempsdu reyamne 
d'Eicesee. EdinAourg se rendit; Glascofw paya une forte oentrilm* 
tien ; les gentilsbommeB ou antres personnages de distinction ipiâ 
avaient été emprisonnés à Edimbourg comme royalistes i futenl 
miaeoliberté ; et itn si grand nombre de gens de qoaUté se dédara 
pctur Montrose, soit pair un attachement pour kb cause niyide 
qn'itft avaient caché jusqu^alc^s, soit dans, la persuasion quet 
cette cause était à jamais triomphaxile> que Msntvose se vit à la 
tète de Iwces suffisantes pour ceavequer à Qlaaoow un pa^km^t 
auneiiiâ«roî« 

O^pendaiit les succès de ce hérss ne Pavaient mis en peasenBÎenr 
(p» fhi pays oulrert ; teutse les forieressçs éiaientencore au peuK 

8. 



116 HISTOmi D*EGOSSE. 

Toir des Goyenantaires , et il eût fallu an laps de temps considé* 
rable , des troapes régulières et bien disciplinées , pour réduire le 
château d'Edimbourg , Stirling , Dumbarton et d'autres places bien 
fortifiées. Mais lors même que Montrose aurait eu des forces néces- 
saires pour accomplir une telle entreprise, il n'avait ni le temps ni 
le désir de l'exécuter* Depuis le commencement de eette carrière si 
brillante de succès y il conservait intérieurement l'audacieuse es- 
pérance de conduire en Angleterre une armée victorieuse , et de 
rendre au roi Charles son autorité disputée. C'était un plan 
hardi ; cependant si les affaires du roi d'Angleterre n'eussent point 
étédansunsidéplorabléétaty surtout s'ily avait euune armée consi- 
dérable dans le nord de l'Angleterre pour joindre Montrose, on 
coopérer avec lui , on ne peut calculer ce que les talens et le génie 
d'un général aussi entreprenant auraient pu faire ea faveur de la 
cause royale. 

Mais le roi , conmie je vais vous l'expKque^ maintenant plus en 
détail y avait éprouvé 4es pertes si nombreuses et si fatales , qu'on 
peut douter qu'avec l'assistance dé Montrose lui-même, à moins 
que ce général ne se fût trouvé à la tête de forces beaucoup pliis 
considérables qu'on ne pouvait espérer d'en rassembler, eût rem- 
porté quelques avantages décisifs contre l'armée nombreuse et 
bien discipÛnéedu.parlement. Les résultats d'une lutte qui ne fot 
jamais essayée peuvent seulement être devinés. Les espérances 
et la confiance de Montrose étaient aussi élevées que son ambi- 
tion ; et il ne se permit pas de douter de la vérité des prédictions 
de ceux qui l'assuraient qu'il était destiné à soutenir le trône chan- 
celant et à y replacer le monarque auquel il échappait. 

Rempli de ces orgueilleuses pensées, Montrose écrivit au roi, le 
pressant de s'avancer vers les frontières du nord^ et faire jonc- 
tion avec son armée victorieuse; il termina sa demande par les 
mois dont, suivant l'Ecriture, Joab, lieutenant du roi David> se 
servit en parlant au roi d'Israël : 

• J'ai combattu contre Rabba, et j'ai pris la cité des Eaux. 
« Maintenant rassemblez le reste du peuple, campez autour delà 
« ville, et ptenez-la, de peur que je ne m'en empare moi-même 
« et qu'on lui donne mon nom. » 

Au moment.où Montrose pressait le roi, par ces brillantes espé* 
rances, de se mettre sous sa protection, sa propre armée se réduisit • 
et se dispersa plus encore qu'au temps de ses moindressuccès. Les 
montagnards retournèrent chez eux pour serrer leur récolte et 



DEUXIEME SraiB. 117 

placer leur butin en sûreté. Il était inutile de leur refuser un congé 
qu'ils étaient déterminés à prendre. Les gentilshommes du nord, 
fatigués des embarras de la campagne , le quittèrent aussi en grand 
nombre y et lorsque Montrose reçut des mains de sir Rd)ert Spol^ 
tiswood une comaÙMion du roi , revêtue du grand sceau de TElat , 
qui le nommait emntaine- général , et lieutenant gouTemeor 
d'Ecosse, il ne comnSndait pas des troupes beaucoup. plus consi* 
dérables que lorsqu'il errait dans les districts d'Athole et de Bad* 
noch. Néanmoins les ordres du roi, et ce courage entreprenant 
que rien ne pouTait abattre , le déterminèrent à marcher ten ks 
frontières. 

Cinquante ans auparavant ces districts lui auraient fourni, aux 
premières lueurs des feux allumés sur les montagnes ^, dix miUe 
hommes de cavalerie, Aussi avides de combats et de pillage qu'aucun 
montagnard de son armée. Mais ce ten^s, comme je vous Taidit, 
n'était plus. Les habitans des frontières étaient devenus paisibles, 
et les Che£s et les lords , dont l'influence aurait pu les décider à 
prendre les armes, étaient hostiles à la couronne, ou du moins 
tièdes dans sa cause. Le comte de Bucdeuch- et ses amis du nom 
de Scott, qui n'avaient point encore oublié la révocation des do- 
nations que Jacques avait faites à leur Chef, étaient de violons 
co venantaires , et avaient envoyé un fort régiment tiré de leur clan » 
avec le comte de Leven et les auxiliaires écossais. Traqnhair, Box* 
burgh et Hume éprouvaient ou affectaient de l'intérêt pour le roi, 
mais ne fa,isaient aucun effort réel pour l'aider. Le nom autrefois 
si formidable de Douglas, et toutes les peines que se donna le 
comte d'Annandale, ne purent rassemblier qu'une faible cavalerie, 
que l'historien et évêque Gnthrie nous peint comme les bandes les 
plus indisciplinées. 

Montrose eq[>érait rencontrer un corps de cavalerie plus régn* 
lière, secours qui devait lui être envoyé d'Angleterre; mais les 
malheurs continuelsdn roi l'empêchèrent de diviser ainsi seslorces* 
A cette époque l'armée écossaise en Angleterre reçut des détails 
sur le désespoir auquel la bataille de Kilsyth avait réduit la con» 
vention des états , et apprit que la plupart de ses membres les 
plus distingués s'étaient déjà exilés , ayant fui à Berwick ou autres 
places fortes sur les frontières, qui étaient protégées par les 
troupes du parlement. On sentit toute l'importance de ce moment 

I. C'est en allumant des signaux qui se répétaient d'une montagne à l'antre, qne Ica divers 
contés de« frontiiv*M d'Ecosse so comuianiquaient rapidement la noavelle d'an danger coiDWttii* 



118 HISTOIRE ITEGOSSE. 

da orise, et David Lesly fut dépéché à la tête d'un corps Âe cinq on 
aix mille hommes, principalement composé de cavalerie et de la 
flenr de l'armée auxiliaire d'Ecosse, avec ordre de mettre un terme 
aux succès de Montrose. 

Lesly traversa les ftrontières de Berwicki cj^çimtînoa sa marche 
comme s'il avait rinienûon de se placer emire Montrose et les 
hantas-terres, afin de l'empêcher de rece^ttr de nouveau l'assis- 
€ance de ses fidèles montagnards. Mais les projets de œ générai 
rempli de sagadté étaient d'un caractère plus déciaif ; car, appre- 
nant que Montrose s'était logé avec sa petite armée près de Selkirk, 
et dans la plus profonde sécurité, il changea subitement demarehe, 
qùtX», la route d'Edimbourg lorsqu'il fut arrivé à Edg^riMOckling- 
Bra, traversa le comté de Middleton, et, tournant vcms le siid, 
dasoandit la vallée du Gala à Melrose^ et ce fût dans- ce lieu, 
ainsi que dans les hameaux environnaiis, qu'il campa ston armée 
pour la nuit. 

Pendant ce temps, l'infanterie de Montrose était campée sur on 
lieu élevé appelé PhiKphaugh, sur la rive gavche deTEttrick, 
tandis que sa cavalerie, qu'il commandaît ea personne, était postée 
dans la ville de Selkirk. Une large rivière séparait les deux parties 
de son armée, qu'il àvak ainsi divisée afin qu'elles pussent se ^oa* 
tenir l'une l'autre en cas d'une alarme subite. Mais Montrm^ 
n'était peint informé, du voisinage de Lesly, quoique lee CSovenan-' 
taires ensseat passé la nuit à cinq milles de son canqp. Cen prvnvo 
qu'il fat mal servi par ses propres patrouilles, et qa» la cMse^i 
défondaîjt était impopulaire dans cette partie de l'Boosse, pui^'sB 
^êul cavalier, après avoir galopé pendant medemiJMiire, a«rait 
pu l'avertir de se tenir sur ses gardes. 

Dans la matinée du 13 septembre 1645, Lesly, ptotégé par un 
épais brouillard, approdia du camp de Montrose, et e«t le mente, 
par son activité et sa vigilance, de surprendre oelat que ses emM^ 
ans n'avaient jamais trouvé hors de ses gardes. La général cov» 
nautaire partagea ses troupes en deux divisioaB,r e| attaqua en 
même tonps les deux flancs de son ennemi. Ceux du fiane g»ià» 
sa défendirent en désordre et n'opposèrent qu'une Inhle résistaoes; 
Vaile droite> protégée par nn bois, combattit d^one manière digfi^ 
èe la gloire de son général. Montrose lui-même , évarllé par le wi 
et le bruit de l'action , assembla précipitamment s» cafvalariai tri^ 
versa l'Ettrick , et fit d'incroyables efforts pour ressaisir la vic- 
toire> n'omettant rien de ce que son courage ou soà habilctépftU'VaAt 



' DEUXIEME SERIE. Il9 

loi Ènfgéter pôiït tuAiet seê gens. Mais enfin, n'ayant ploê cgie 
trisnte chevaux aniotir de lui, il fat forcéde ttàtf et faisant reCr Jle 
tttrs le Yarrow^ il trarersa la vallée de la Tweed et atteint 
Peeblea, où qùel^es^nns de ses gens vinrent le ttjoindil». 

L'armée défaite fit de ^andes peites; les prisonniers pfis par 
les Govenantaires furent massa<3ré9 sans pitié et de satig^^froid ; ils 
fiii'ent taés dans la conf de Newafk^Gasfle Mir YtLTfùw^ et fiireiit 
enterrés dans une plaee appelée é^vàÈ ce moment SlAin^Mêffs- 
Lee ^. La terre ayant été creusée il y a environ trente ans ponr 
poser lés fondemens d'une école, les os et les tirâne» ^'dli cfift t^- 
tira ett ^ande quantité prouvèrent la vérité de éeCte tfâditton du 
pays. Plnsieafs Cavaliers , officiers distingués paf leÉr <!<)«rage 
autant que paf leur naissance, et compagnons déè triaé^pHés 
de Montrose tombèrent entre les mains des vainqueurs, et su- 
birent , comme nous le verrons pins tard , une mort ignominieuse. 

Les prisonniers, tant soldats qu'officiers, auraient été plus 
nombreux sans le voisinage du bois d'Harebead où les fngiti£s se 
sauvèrent. Telles forent les conséquences immédiates de cette 
bataille suj" laquelle les gens du pays citèrent souvent les Vers qui 
•iiîveiil: 

A Philiphaaçh commença la bataine- 

• Harehead la vit finir< 
Les Sootts, frappant et d'estoc et de taille, 
Ont forcé lesGrahams à fuir. 

MontrOsè , après cette désastreuse journée, se retira de nouveau 
dans les bauies-terres , où il assembla encore une fois un^ armée de 
montagnards ; mais i^es mouvemens cessèrent d'avoir la même im- 
portance qu'ils avaient acquise avant sa défaite. 

Le général Middieton, homme qui possédait des talens militaires, 
mais qui était un officier de fortune, fut envoyé contre Montrose 
par la convention des étals , qui était ambitieuse de regagner dans 
les montagnes le pouvoir que la victoii^e de David Lesly fui avait 
acquis dans toutes les basses- terres. 

Le Foi, voyant Montrose engagé dans une guerre oi)scnre au 
miUen des montagnes, et vivement inquiet pour la vie de ce gé- 
néral , lui envoya l'ordre de dissoudre son armée et de songer à sa 
sûreté personnelle en quittant te royaume : Montrose ne voulut 
point obéir à ce premier ordre , supposant qu'il^àvâit été arraché 

I. L«f IriiW ââ< kOttttieK tués. 



130 HISTOIRE D'ECOSSB. 

aa monarqae. Il fàl obligé de céder à une injonction plaa positive 
m congédia son année. Il s'embarqua snr on brick qui faisait Toile 
pour Bergen en Norwége, avec quelques partisans qui étaient trop 
redoutés des Goyenantaires pour qu'il leur fût permis de rester en 
Ecosse. Dans la crainte que son petit navire ne fût pris par ua 
yaisseaude guerre anglais, Montrose porta les habits d'un laquais, 
et passa pour le domestique de son chapelain et biographe le doc- 
teur George ,Wishart. On doit se souvenir qu'ij portait un sem* 
blable déguisement en entrant en Ecosse avant de commencer sa 
courageuse entreprise. 

Ce chapitre et le précédent offrent un récit du court et brillant 
période des succès de Montrose. Un des chapitres auivans con- 
tiendra la triste conclusion de ses exploits et de sa vie. 



CHAPITRE XI. 



te clergé presbytérien •'iaterpose dans l'exécation des prisonniers faiu à la bataille de Phitiphsnfb. 
^- Réflexions sur les malbenrenx effets des perséentions religieuses. — ^nes respectires des îmlé' 
pendans et des Presbytériens. — > Sncc^ de Cromwell. >-• lie roi Charles «e rend à l'annés soQf* 
saise» •*- Les B conai s le liTxent an parlement. 



Il faut que je vous apprenne maintenant le sort des malhenreox 
Cavaliers qui avaient été faits prisonniers à la bataille de Phili- 
phangh. Vous êtes déjà instruit du barbare traitement dont on 
s'était rendu coupable à l'égard des soldats. 

Argyle^ le chef de la convention des états , avait toujours pre-, 
sentes à la mémoire la dévastation de son comté et la destruction 
de ses châteaux ; le désir de la vengeance était si commun danses 
siècle, qu'il eût été accusé de manquer à ce qu'il devait à ses pa- 
rons assassinés et à son clan détruit, s'il eût laissé échapper Toc- 
casion d'exiger sang pour sang. D'autres seigneurs de la conven- 
tion avaient de semblables motifs ; outre ces raisons, ils avaient tons 
été grandement alarmés des succès de Montrose, et rien n'étouffe 
la pitié chez les hommes comme le souvenir de craintes récentes. 
Ces sentimens vindicatifs auraient dû être atténués par la pensée 
que les ravages de Montrose furent moins encouragés par 1^^^' 
ciers, qu'ils ne prirent leur source dans la licence indomptable 
d'une soldatesquç sans paie. Les prisonniers avaient jusqu'alors 



DEUXIEME SERIE. 121 

été traités honorablement et avec humanité, et souvent mis en 
liberté sur leur parole. Il est possible qne si le sort des compa- 
gnons de Montrose avait dépendu de la convention seule, ils eussent 
obtenu leur liberté à tles conditions modérées ; mais malheureuse- 
ment le clergé presbytérien trouva convenable de se mêler hardi- 
ment.de cette affaire , et de nç point approuver la grâce que peut- 
être on était sur le point d'accorder. 

Ici nous devonà avouer que les ministres presbytériens de cette 
époqite étaient, sous quelques rapports , des hommes différons de 
leurs prédécesseurs sous le règne de Jslcqties VI. La méchanceté 
ne peut pas les accuser d'avoir abusé du pouvoir <[u'ils avaient ac- 
qlns par leurs succès en 1640, dans le dessein d^accrottre leur re- 
venu particulier ou celui derEglise. La moralité rigide qui les dis- 
tingua jusqu'alors n'avait non plus éprouvé aucun changement. 
Us restèrent dans le triomphe ce qu'ils avaient été dans les persé- 
cutions, pauvres et vertueux. Cependant, quoique inaccessible amc 
tentations de Tavarice ou à celles des plaiisirs mondains, le clergé 
presbytérien de cette époque ne peut mériter l'éloge d'avoir été 
supérieur à l'ambition, et d'avoir vaincu le désir de commander; 
et, comme il prisait naturellement que la religion avait une plus 
grande garantie par l'influence de l'Eglise, le clergé était disposé 
à étendre cette influence par l'exécution la plus sévère de la dis- 
cipline. On se permettait des recherches sur la conduite des par- 
ticnliers, et Ton en présentait les résultats devant unecour ecclé- 
siastique, avec la plus indécente aigfeur ; des fautes et des folies, 
fûtes pour être réprimandées en secret, étaient rapportées pu- 
bliquement au milieu de la congrégation. On ordonnait, tous les 
jours de sabbat, que chaque individu communiquât à l'assemblée 
( cour ecclésiastique de l'Eglise , composée de gens du clergé et de 
certains laïques choisis dans la parqisse) toute matière de scandale 
4m offenses contre la religion et Ja morale dont il aurait connais- 
sance : ainsi une espèce d'inquisition était exercée par une moitié 
de la paroisse sur l'autre moitié. L'intention était louable, majis 
les conséquences devinrent mauvaises; chaque bagatelle étant le 
sujet d'une curieuse investigation, le bonheur intérieur des familles 
fut troublé, et la ^scoràe et les soupçons fnrei^t jetés là où la con- 
fiance mutuelle est le plus nécessaire. 

Cette ardeur d'exercer une autorité arbitraire atf sein des fa- 
milles était naturellement unie au désir de maintenir la haute in- 
fluence que l'église presbytérienne avait acquise dans l'Etat depuis 



122 HISTOIRB IVEGOSSB. 

la chute delà prélatnre. Le clergé avait pria Tbabitudè de cenâ- 
dérer les institutions da goaTernement de son Eglise, institstioiis 
îpà dont certainement excellentes , comme aussi essentielles que 
la religion elle-même; et de là il y ayait peu de. chemin à fdre 
pour censurer celui qui manifestait un dessein de détruire le 
aystèm^y ou de limiter le pouToir de la cbscipUne presbytérieimè, 
comme un ennemi de la religion en gàiéral et mime de la Drri- 
Dite } ces opinions étaient surtout adoptées par les membres du 
clergé qui avaient suivi les armées sur I9 champ de bataille^ qui 
les ayaient encouragées de la chaire , on aidées en prenant eux- 
mdmeft les armes* L'ardeur de ces hommes acquérait plue d^en- 
Ihousîaarae, en .proportion de l'oppoaitiMi qu'iû rmcontraieiit et 
des dangers qu'ils couraient. Ce qu'on voit et ce ftt'<m éprewe, 
lorsqu'on partage les dangers d'une guerre civile 1 est de nature à 
endjircir le cœur le plus sensible et le plus généreux^ et à l'hsdiitucr 
à un langage sévère et à des actions cruelles^ Noasne devons donc 
pas être smpris si quelques membres du clergé oubliaient qu'un 
Malveillant, c'est ainsi qu'ils appelaient un royaUite , était eepen- 
dant un compatriote, un frère comme chrétien , né sous le même 
gouvernement, espérant être sauvé par les principes delà crejanee 
qu'il partageait avec eux; ou peut4tre ib sq^iqnaient à oee m- 
dividps' ces textes de l'Ecriture par lesquels ke Juiii avaient reçu 
IWdre d'extirper les païens de la terre pron^.- 

Un de ces pré^cateors empiéta ftur ses droits prétendue afirts 
la victoire de Loàkf, et choisit pour son texte le quinzième diapîtve 
du premier livre de Samuel ; où le prophète réprimaiideSaiklpaitr 
'av6ir. épargné le roi des Amàlécites , et sanvé destrou^ux dé' te 
peuple, que le ciel avait condamnés à une entière destroetîen. 
«^ « Que veut dire le bêlement d^s moutons qui frappe non 
ordUe? » Dans son sermon, il dit que le ciel demandait le ssng 
des prisonniers faits à la bataille de Philiphangb, eomine dé- 
voués à la destruction par les commandemelis divins, sinen que les 
péchés du peuple ne suaient pas pardonnes, ni la colère du del 
éloignée du royaume* Il est probable que te préchcateur était M- 
méme convaincu de la doctrine qu'il enseignait ; car il est ioacon- 
cevable combien le jugement est aveuglé par , les passions , et coïki- 
bien nous sommes prêts à trouver des raisons plausibles et 
satisfaisantes pour faire ce qoa nous recommandent nos intérêts 
eu le psirti que nous avons embrassé. 

Le parlement > censposé eotièremént de Covuoaiitaiares , viouAu 



DKUXmiK SBUB^ 133 

par Fimpoitamté an dergé, condaaina boit da» pktt disdiigaéft 
d'entre les Gayaliers à être exéowtés. Quatre d'entre e«x finrent 
destinés à périr à Saint-André , a&i ^ diton, qne kor sang pût être 
«M expiatioa pour k nonhre d'hommes (et Û excédait cinq miHe) 
406 k coïkité de Fife avait perdos pendant ks goenresde Montrese. 
]>ord QgiHr était k premier de «es qnatrei mais il échappa à ht 
prises et à k mort sens Uè faalnts de sa samr. Le ooknel NathKnkl 
Gofdeiiy VfUk des hommes ks plos hnrresy et on des meilkors 
soldats de FEmope, fiit exécuté avee six autres CaTalkrs 4b 



Nens dstens meatioiiMr particriièfemem k scnrt de sir RèbeiN: 
Spottiswoûd f qai était président de k cour des sessions lorsq^ioe k 
gaore se dédara» et qui poesédait > comme juge ^ de grands tàlms 
et beanconp de aayeir. H n^arait jamais porté les armes^ mais k 
erko* f aToir a pporté à Mbntrose sa eommissim de capiiiaiae-gé- 
nénd d'Beease fat jiKgé digae de mert^ sans qw ce seigoeor fÉt 
coupdik ^avemie antre trahissa comre les états. Lorsqu'à, f «t 
enr l'éshafané^ il jostifk sa condoîle avec la dignité d'un jUge «t 
les takns d'ms avocat» Le prévôt de 8aint*André , qui avait éfé 
«Dtrafeis domestiqne du père de air Rdsert lorsqu'il était prékl #e 
cette viHe, lut impoaa silmiGe. La vietinie se soumit avec eâdmeà 
cetie indigniséf et eemmença ses actes de dévotion* Il fat encotte 
Bterrcnpu dmiaeette t&slie par k misiistre presbytérien qtd Fas- 
■staît ^ et qui kd demanda s'il désirait k concours de ses prières et 
deoeUcadUpeapk. SîrRobsrtréponditqof'adésirsÉtardeiimMMks 
prieras du peufÂe, amis oii'î) rejetait cènes d« miaistre. Car, daâs 
ssn vpaaiani Dieu avait montré sa colère .contre rEeosse, en 
pk^st un esprit de mensonge dans la bouche des pro|Aètes : ma- 
Mdktion jdns grande^ 8Îoutait«t41y que ceUè dft Pépée, du fatf et Ae 
k pesie» Uli viens serviteur dcr k femilk prit soi» du eor^de sir 
Hehert ^ et l'eaterra siecrètement;. On assure que ce fidèle domes- 
lifse, paa»Dt , deu]t eu trois jours plus tard^ dans la pface éa 
murAé, et voyant FédmfMnt, instrument du suppKce de son 
mitre/ cmnire tcmt de sien sang, fat ti vivement affecté, qtfll 
tomba évanoui , et mourut comme on k transportait ches M. 
Tettes sont les asèncs terribles anxqiieike les dissensiotts civiles 
donnent oecaston , et vous auriez tcart , mon cher enfant , de* sup- 
poser qu^elks étaient, pins panioaliâreaà un paHi qu^à un sMtré. 
Vous appremlrea IneaÀt que k mdoâiei dispcteition ^ailmstfr lie k 
pasanoce, dkpoaiEtkn qui est conunune^ je kcnÉfts, àto^ ceixx 



124 ^ HISTOIRE D'ECOSSE. 

qui possédait un pouvoir iUiniitëy fut exercée de même par les 

(épiscopaox sur les presbytériens, quand le pouvoir leur fat rendu. 

Il faut maintenant tourner nos pensées vers l'Angleteripey le 
théâtre sur lequel les scènes>les plus importantes étaient représen- 
tées, car celles qui se passaient en Ecosse n'^offiraient qu'un intérêt 
^secondaire. Je dois remarquer ici à Thonneur de la nation anglaise, 
«t ce qui est peut-être dû à sa générosité naturelle, à Fhnmeur 
mwns sombre de son peuple, ou à l'influence d'une civilisation 
plus avancée, que la guerre civile, soutenue avec furie sur le 
champ de bataille, ne fut marquée d'aucun crime approchant des 
horribles atrocités des Irlandais, ou des impitoyables ravages 
exercés par les soldats écossais. Le temps des querelles à mort 
était passé en Angleterre depuis longues années, si les. Anglais 
connurent jamais cette coutume horrible; et l'iraprit de haine et 
de cruauté qu'elles nourrissent n'existait pas dans ce pays. Les 
deux partis* ennemis se battaient courageusement , mais , excepté 
dans le sac des villes , lorsque toutes les passions sont exdtées , ils 
ont été rarement coupables de cruautés et de dévastation. Ils com- 
battaient comme des hommes dont les opinions sont opposées, 
mais qui, n'ayant.rièn eu à se reprocher auparavant , a;?aient 
résolu d'agir loyalement. Au contraire, la cause de l'épiscopat ou 
du presbytérianisme, du roi ou du parlement, était souvent la chose 
à laquelle pensaient le moins lés barons écossais, qui se servaient 
de oes noms pour en faire le prétexte de la guerre, mais qui ne 
songeaient ou effet qu'à satisfaire, aux dépeps de quelque famille 
rivale, la vengeance amassée pendant des siècles; mais quoique 
le caractère anglais ne donnât pas à la guerre civile cet aspect 
sauvage des guerres de l'Ecosse, l'Angleterre sou&ait cependant 
des dissensions religieuses qui formaient une des calamités du âècle. 
J^ai déjà dit que le parti qui était opposé au roi et à TËglise d'An- 
gleterre était, avec les partisans du parlement et le parlement 
lui-même, divisé en deux factions , celle des Presbytériens , et celle 
des Indépendans. J'ai aussi inentionné généralement les points sur 
lesqueb ces deux partis difléraient. Je vais l'expliquer mainte- 
nant avec plus de détail. 

L'établissement.presbytérien,-comme je.l'ai déjà dit plusieurs 
fois, diffère de l'Eglise d'Angleterre de la même manière dont une 
république où tous les membres sont égaux diffère d'une constitu- 
tion monarchique. Bans l'EgUse d'Ecosse tous les minis^tres peu- 
vent prétçudre à l'égalité; dans l'Eglise d'Angleterre il y a une 



DEUXIÈME SÉRIÉ. 12S 

hiérarchie de gtades , depuis le rang le plos bas da clergé, jnsqn'à 
eelni d'évèque. Mais chaque système est fondé de même sur Tin- 
stîtation d'an corps composé d'hommes capables, par des études 
d'une nature particulière, de prêcher Tévangile, et obligés de 
prouver qu'ils en sont réellen^ent capables , en subissant des exa- 
mens sur leur science et capacité, ayant de pouvoir prendre les 
saints ordres, c'est-à-dire devenir ecclésiastiques. Cest aussi la 
règle des presbytériens et desépiscopaux, que les cours dé justice 
de TEgiise nationale ont le pouvoir de réprimander, de suspendre 
de leurs fonctions, et de déposer de leur caractère ecclésiastique 
et de leur charge, ceux de ses membres qui , soit par une conduite 
immorale et vicieuse, soit en prêchant ou en enseignant des doc- 
triaes contraires à la croyance publique, se rendent indignes de la 
con^nce qu'ils inspiraient. Bien plus encore, ces deux Eglises na- 
tionalesprétendent que de telles cours peuvent exercer leur pouvoir 
sar les fidèles qui vivent dans la même communion, et réprimander 
les coupables de toute condition, leur conseiller la pénitence ; et si 
ces avis sont négligés, les chasser de la congrégation par sentence 
d'excommunication. 

Jusqu'à ce point , la plupart des Eglises sont d'accord, et jusqu'à 
ce point aussi les réclamations et les droits d'une Eglise nationale 
sont grandement favorables à l'existence d'un gouvernement régu-' 
lier, puisque la raison, ainsi que IHisage général du monde reli- 
gieux, considère le clergé comme un eorps séparé du reste de la 
société, afin qu'il donne des exemples de régularité dans la vie par 
la pureté de sa morale. Ainsi, mis à part du reste de la commu" 
nauté, le clergé est soutenu aux dépens de l'Etat, afin que le res- 
pect qui lui est dû ne soit point altéré par l'obligation de pourvoir 
lui-même à sa subsistance, de se mêler aux affaires ordinaires de 
la vie, et de partager les soins et les inquiétudes de ceux qui sont 
forcés de travailler pour se procurer journellement du pain. 

Les magistrats civils peuveiit-ils sans danger appuyer de leur 
autorité les censures spirituelles, ou seconder les efforts de l'Eglise 
pour obtenir une cohformité générale d'opinions en infligeant les 
amendes, les emprisonnemens, les châtimens corporels, et la 
mort même, à ceux qu diffèrent sur quelques points de doctrine 
de la religion établie ? C'est une question tont-à-fait différente. II 
est évident que des> sectes extravagantes se sont quelquefois éle*^ 
vées , et que leurs doctrines pouvaient être dangereuses à PEtat, 
Mais de tels coupables doivent être punis, non pas pour avoûr 



12e mSTOIRB D'BOOSfiS. 

trtunaKreaaé cpmxe TEgliae, mais contre les lois da rc^moe. Tmifi 
qoe leurs opù^ons restent sûnjdement spécnlatÎTesj ils peuvent 
être chassés de TEglise, avec laKipeDe ils ne désirent en eSst point 
4e coDunanion ; mais tant cm ces opinions ne portant point à des 
acte? ^lii pourraient être contraires à la trangiidllité dti gou¥ei»e* 
ipenti elles n'e^ô^jent pas que les magistrats les punissent; et aï le 
zèle inconsidéré des sectaires les conduisait à des actions qni mé- 
ritent n^ châtiaient , la peine ne leur serait point infligée pont 
crcûre à des doctrines ami-cbrétiennes, mais pour avoir nsasqué 
Bifvn lois oiviTes du pays. Cette distinction était à peine comprise 
dans les temps sur lesquels nous écrivons» et ni l'Eglise d'Ange 
terre» v^ celle d'Ecosse» ne peuvent se justifier de la fauu d'aveir 
voulu forcer la conscience des hommes par des perséeutimis cri- 
minelles peur des actes de non^con/ormM, quoique ces aotes ne» 
tissent point accompagnés de délits civils. 

L'ex^^érience et le progrès des lumières ont enseigné à la gébé- 
mtion présente que de semblables sévérités ont toujours augm^milé 
Ip mal qu'elles prétendaient guàrir» et q«e la doueeur dan» les 
conseils y la patience dans les instructions , et le bos exmnidey ga* 
gnent à la religion établie des iocsurs que la persécution et la vio- 
lence auraient oen&rmés dans leur» opinions. Yonsv^eal^la fiable 
du voyageur qui s'enveloppe plus fortement dans son manteau 
lorsque la tempête souffle «utour de lui» et qui Tentr'eiivrepoar 
jouir des doiui rayons du soleil. Cette fable peut se raqiporter au 
siojetqne je viens de traitmr; eUeindiqae les avantages de la don- 
ceur et 4e 1^ persuasion dans la vie sodale. 
. Je revimis à la distinçlion qui eaistait entre les Indépendaas et 
les. Presbytériens pendant le règne de Chartes I^« Les dernier» ^ 
comme voua le savez d^ demandaient à grands cris Fétafalîsse* 
mW df une Eglise nationale et d'un clergé cpû possédât le plein 
pouvoir dn lieu et* de délier» et qni IIM; sontmra par le goweme* 
nmnt ciiril.. 

Ce vcm était. aeeempU em Ecosse» et les mendMrès da dergé 
dé s ira ien t «rdemnMnl q«e le même système fftt adopsé par les 
Anglais. 

Ce fufc danSilfespémmeed'iaienidre ce but qne ht eonrcntioH 
édossaisi^ csensenieit Renvoyer mie armée dWdUaires en Angle* 
terEe».et eUe pensa mêmeqne l'aciQeptatkm du système presbyte» 
rie% était assiûée dans ee.psys par les tenues employés dans la 
loQ^ MI«iiMlle.et le Geiranant» MEaîs les bid^pendang «faient 



OIUÏIEME miB. 1È1 

dm la oomaanccmeiit pris la réaoUtiim secrète è$ s^oppeser & 
l'éublissemeiut d'une Eglise Batkmale en Angletorre, qoeUe 
qu'elle SàU 

Telles éuienl les opinions de ces sectaires snr les matières rdli« 
gienses. Chaevi » disaient*ils , ayait le droit de lire les Ecritures 
et d'en extraire» par rapport anx doctrines qu'elles enseignaient,^ 
les condnsions que son jugeaient particulier lui présentait conme 
les plus eonv8naï>les et les plus consolantes ; ils allèrent plus loin» 
ea disant bient&t que chaque homme qni se sentait appelé à oom- 
Qomqaer aux antres les conclusions qu'il ayait tirtes de la leo* 
tare de la Bible et de ses méditadons snr ce qu'elle contenait , 
a?ait le droit , par là yoie du ciel , de prêcher et d'enseigner la 
croyance particulière qu'il avait aii^si adoptée. Il importait pca 
que la condition de l'individu fût basse on élevée, on ne rocher* 
chût pas quelle pétait son éducation ; il avaiu, da^s leur opi- 
nion, les mêmes titres à agir comme ministre que s'il eAt étudié 
pédant vingt ans, et reçu les ordres d'un conseil ecclésiastique on 
des mains d'un évêqne. S'il pouvait persuada à six persimnea 
d'adopter sa croyance, ces six personnes formaioit uneeongrégar* 
tioa chrétienne, et, en ce qui concernait lesinstitntions roligiensesi 
il devenait leur chef spirituel et leur instituteur ; que les auditeurs 
fussent nombreux ou en petit nombre, ils devenaient dès ce mo- 
ment ses ooaîUes , et lui leur pasteur. Maïs pour le reste du monde, 
excité à l'égard de sa propre congrégatien , les Ind^teudans pré* 
tendaient que chaque prédicateur était un homme ordinaire, un 
laïque, n'ayant aucun droit sur l'Etat , pour ses révenns ou sa 
sttbsistanee, C'était un bonheur pour. lui, s'il pouvait persuader 
à aa ceogrégation de le soutenir ; sinon il vivait par son commerce 
ordinaire sai^ de- boulanger, 4e tailleur, on de cordonnier, se con- 
solant en songeant qu'il ressemblait à saint Paul qui se nourris» 
sait par le travail de ses mams. 

U y avait en Angleterre des centaines, peut*4tra des milliers de 
congrégations ainsi formées , l'une désapprt^uvant les opinions de 
l'autre, et nnîes seulement par la crojranee qui leur était com- 
muns, que chaque chrétien avait le droit d'enseigner ou de suivre 
I^ doctrines qui lui semblaient les plus convenables ; prétendant 
qu'il ne devait exister aucune cour spirituelle, que le caractère 
d'an ministre devait seulement être reconnu de ceux auxquels il 
enseiji^ait ; que soils le point de vue le plus étendu, il ne devait 
point j avoir un corps de prêtres par pr^ession, audmgoaver*' 



128 mSTOIRK D^KGÔSSB. 

nement spirituel roa d'antres méthodes d'imposer des doctrines 
religieuses 9 que celle de les enseigner dans la chaire, et de panir 
le pécheur en le chassant de la congrégation. Cette dernière peine 
ne pouvait être une grande punition pour le pécheur, qui trouvait 
une multitude d'Eglises prêtes à le recevoir, et qui pouvait d'ail- 
leurs en créer une lui-même si tel était son hon plaisir • 

Les sectaires, comme on appela les Indépendans, propageaient, 
comme on le doit supposer, des doctrines absurdes. Des hommes 
d'une imagination enthousiaste, quelquefois d'un esprit faible, et 
aussi opiniâtres qu'ils étaient ignorans, et la plupart ignorans 
comme la dernière classe du peuple, faisaient nsdtre une foule de 
scènes, les unes scandaleuses, d'autres blasphématoires, presque 
toutes extrêmement ridicules, excepté par rapport aux sujets sé- 
rieux d'où elles dérivaient. 

Mais les prédicateurs et les auditeurs de ces étranges doctrines 
ne se composaient pas. seulement d'ignorans et de gens vulgaires; 
trop de savoir fit extravagner quelques hommes. Sir Henry Yane, 
un des plus, subtils politiques de TAngleterre, et Blilton, un des 
plus grands poètes qui aient jamais existé, payèrent leur tribut à 
l'esprit du temps, et devinrent Indépendans. Enfin, OlirierCrom* 
weU., destiné à s'emparer du pouvoir suprême en Angleterre, ap- 
partenait à cette espèce de religion. > 

Gromwell, ce personnage remarquable, était d'une famille ho- 
norable ; mais ayant hérité. d'une fortune médiocre, il exerça pen- 
dant un temps l'état de brasseur. Après une jeunesse dissipée et 
licencieuse , son esprit se pénétra fortement de l'enthousiasme de 
l'époque; il se fit distinguer par son aversion pour l'épiscopat et 
son oppositicm zélée contre les mesures arbitraires du roi. Il de- 
vint membre du parlement , mais il parlait sans éloquence; il ne 
se fit pas remarquer dans cette assemblée. 

Cependant lorsque le parlement leva der troupes, les talena mi' 
litaires de Gromwell lui procurèrent promptem^at des distinc- 
tions : on remarqua qu'il fut constamment victorieux dans tons 
les combats qu'il livrait personnellement, et qu'il fut le premier 
officier qui put discipliner et conduire sur le champ de bataille nn 
corps de cavalerie capable de soutenir le choc des Cavaliers, 
malgré leur haute naissance, leur noble constance et leur bra- 
voure chevaleresque. Son régiment des Côtes-de-fer, comme ott 
l'appelait à cause de la cuirasse que portaient les hommes dont il 
était composé, était exercé avec soin, accoutumé à la plus sévère 



DEUXIEME SERIE. 129 

discipline, tandis que son coarage était exalté par Penthonsiasme 
que son commandant essayait de lai inspirer: Il prêchait lui- 
même ses soldats 9 priait poor eux et avec eux; puis il écoutait 
avec un air édifié ceux qui youlaiènt prêcher ou prier à leur tour, 
^attention de ces militaires fanatiques était tellement fixée sur 
les mystères de Tautre monde, que la mort ne leur inspirait aucune 
terrenr , et que la valeur impétueuse des Cavaliers ne surpassait 
pas celle de ces hommes qiii combattaient pour Içurs propres idées 
de religion avec autant d'ardeur que leurs ennemis combattaient 
pour l'honneur et la loyauté. L'esprit des sectaires indépendans s'é- 
tendit bientôt 'dans toute l'armée, et lé parlement ne posséda ja- 
mais de meilleures troupes que celles qui suivaient les nouvelles 
doctrines. 

La grande différence entre les Presbytériens et les Indépendans 
consistait, comme je vous l'ai dit, dans le désir qu'éprouvaient les 
premiers d'établir leur forme de rehgion et de faire adopter par 
la force leurs articles de foi. A cet effet, une convention des plus 
savans et dçs plus habiles théologiens fut assemblée à Westminster, 
pour fixer la croyance religieuse de l'Eglise suivant toute la sévé- 
rité de l'Eglise presbytérienne. La prétention d'un pouvoir ex- 
clusif sur la conscience alarma les Indépendans, et, dans la con- 
testation qui s'ensuivit, la conviction que leurs intérêts étaient 
d'accord avec celui de l'armée leur donna un nouveau courage et 
de nouvelles prétentions. 

D'abord, les sectaires indépendans avaient consTenti à laisser 
les Presbytériens d'Anglet^jFe , corps nombreux et 'puissant, 
prendre le maniement des affaires publiques; mais, à mesure que 
leur propre nombre augmenta et que leurs cheSs devinrent formi- 
dables par leur influence sur l'armée, ils résistèrent aii désir que 
témoignaient les Presbytériens d'établir leur croyance' en Angle- 
terre aussi bien qu'en Ecosse.. Sir Henry Vane leiir persuada de 
temporiser encore, puisque résister aux Presbytériens serait dé- 
plaire aux auxiliaires écossais , enchantés , comme chacun le se- 
rait, de leur système national. Nous ne pouvons nous passer des 
Ecossais , dit-il , les fils de Zerniah sont encore trop nombreux 
pour nous. Mais les progrès de la guerre diminuèrent {^éu à peu 
la force du parti presbytérien et alimentèrent celui des Indépen- 
dans. Les comtes d'Essex et de Manchester, généraux choisis par 
le premier parti, avaient essuyé plusieurs pertes dont on accustdt 
leur incapacité; on leur reprochait de n'avoir pas profité des 

9 



130 msToms i^ecossb. 

ayantages qui s'étaient offerts , et cela faisait supposer qa'Us 
ayaient l'intention de ménager le roi. Le peuple commença à se 
plaindre qup les places supérieures dans l'armée et dans FÉtat ne 
uissent occupées que par des membres du parlement presque tous 
presbytériens, et la prolongation des hostilités fut iipputée an 
désir ^'éprouTaieiit les che& de conserver le plus long-temps 
possible l'autorité que la guerre leur donnait. 

Le parlement s'aperçut qu'il courait le danger de perdre la po- 
(lularité qu'il avait acquise, et avisa aux moyens de la recouvrer. 
Tandis qu^il était tourmenté par ces inquiétudes^ Gromwell sug- 
géra une proposition artifi^cieuse. Pour recouvrer la conàance du 
peuple, dit-ily les membres du parlement doivent se démettre de 
toutes les places qu'ils possèdent^ et s'en tenir exclusivem^at aux 
devoirs de leur charge législative. Le parlement tomba dans le 
piège; il fit un acte nommé l'ordonnance du renoncement a soU 
même. Afin de prouver leur patriotisme désintéressé , les membres 
du parlement <]û>nnèrent la démission de leurs emplois civils et mi" 
litaires« Cette ordonnance leur otait aussi les moyens de les re- 
prendre. Cet acte de renoncement à soi-même frappa d'un coup 
mortel la puissance des Presbytériens. Les places qui étaient si 
candidement abandonnées furent aussitôt remplies par les hoonmes 
les pins distingués du parti des Indépendans. 

Néanmoins deux memï>res du parlement eurent la permission 
de garder le commandement , sir Thomas Fairfax , presbytérien 
dont les talens militaires avaient été distingués pendant Ift guerre, 
mais sur lequel Olivier Cromwellf^i^édait une grande influence; 
l'autre était OUvier Gromwell lui-même, qui n'avait que le simple 
titre de lieutenantpgénéral, mais qui, par son potivoir sur Tes* 
prit du soldat, jouissait de tous les avantages ilu commanditent 
suprâme. 

Lçs succès de Gromwell ds^ns cette mesure importante le con- 
daisirent à recomposer l'armée d'après son pro|>re plan; il prit 
aoin q^ue le nombre en fik augmenté , la discipline améliorée, et, 
pardessus tout, que les rangs fussent formés d' Indépendans. L' in- 
fluence de cea cbangemens fut bientôt sentie dans le cours de la 
guerre* Les troiq^du r<M é[»*-ouvèrent de grands revers, et enfin 
une défaite complète dans la bataille de Naseby, dont les affaires 
de Charles ne purent jamais se relever. Des pertes succédèrent 
anx pertes. Lés places forteâ que ks royalistes possédaient forent 
pris^ ks unes après les antres, et la cause du roi à jamais 



- BBinClEME SERIE. tXl 

méiirtie. lies «neeès^ Montrôse Avaient feit luire tm ^iiyoïi'd^ès- 
péranœ qvn «'^anoiHl >a|^ès tia délaite à Philtpha^if^. -Etifin «kl 
rase ¥k ebfermë 4aii60)£ferd,'Cfui ^'ëttfH dévoué a sa eâtase a«nNi 
laplBB ^wÀte loyamév 8a dernière armée Venait d^^redétrtti^ 
et 'il -n'imnc d'autre 8rttci«»tiaKiir^'4iie de^rest^r à*Oicfdrd jtiMttt^an 
mmem où ^ ^Mrmt Mt priftohnSer , de ae renfli'è à séb «aifttttiia', 
OB de «e aaaver dMft l'étraiig<efr. 

Sun dea «hneoiMtafioeB «i dësesf^érées il était difficile de faire 
m eiwîflL. Se rendre fNitioheiiiefit au iiarletnent , eli paa'der diMa 
\kNaager^ eAtpeàt>étre été te tedRear. fVlais le parlement et «M 
armée d'Indépetidaiis étaient aur le point d'en venir à'ane *nipMîfe 
oaTerte. L'établmemeiit dHineC^Use presbytérienne avait été i^ 
8rioyi]iioiqne«enlea»ent pont* un temps, et dans wie forme-mitigée ; 
et kadeuK partis dtaient également mécontens, les Preid»ytél(ielia 
zélés, paroe ^Éé oette^nst^UHien donnait aux eonrs spirttndlles^eil 
de poavoiis ies laAépendans parce que cette église avait une aute» 
liié ée eenamre smc tons les îndîvidas d^nne différente eommunion, 
km mffiea desdiqptMes de ses adversaires^ le roi espéra de teeoft* 
foérir son tt^ine. 

Dans ce deaseift > et ponf se placer dans nne position o& 3 'pût 
aégidcier en sùsteté^ ^Charles résolot de se rendre à l'afmée écoa* 
saise^, q«i aMât -été -envoyée 'en Angleterre sons les ordres dn 
comte de Leven, comme auxiliaire du parlement anglais. Lei*of 
sapposa ^'M pouvait «spérer une protection per^onnélte , siifon 
des «aoears i «dans nne armée composée de ses propres compa* 
triotas. Outre H)e9 mâsens , Tarmée écossaise était depuis tjnd^tlé 
teaips «aaefe 4feml avec T Angleterre. Les troupes dés indépendtfns; 
qui maintenant égalaient ^t métne surpassaient cette arottée en 
iisoipline/^ft'ifnideplns étafieùt sons l'influence d'un enthôusiaséie 
qae ha Seosilds M possédaient pas, regardaient d'un mauvais œil 
aae aftaéecMaposée d'étrangers et de Presbytérien^. 

En 'générai , tens les Anglais , aussitôt que l'assistance dé^ vittîSr 
iisùrestae ht plas nécessaire, connhencèrent k considérer lenk^H 
frèfes dVœsae comme un embaArras ; et tandis que le parlement 
fonmsaak Cbérislettient an^ fndépendans de Vargènft 'et deë j)rd^ 
visions , il négligea les Ecossais dans ces d^j^ points èsséfùtiels , 
oe qm jMessiàt'égalemtedt leur honnent et leurs intéi^. Chapes 
oMnanaait tent le mécMtentemënrt de l^rmée d'Éeo^se, et ce 
fat ce (^ le ^temina dans aon malhelàr % se mettre sôuà aa pài^ 

tVCKÎOlK 



132 HISTOIRE D'EGOS^B. • 

. Il quitta Oxford, dégaisé, le 27 avril, accompagné seiilement de 
deox personnes de sa* petite. Neuf jours après, il remplit d'étonne- 
meht le vieux, comte de Ileven et l'armée écossaise, qui faisaient le 
siège de Newàrk, en se. livrant entre leurs mains. Les Ecossais 
reçurent, l'infortuné monarque avec de grandes démonstrations de 
re$pect,'mais gardèrent sa personne avec une extrême vigilance. 
Ils ^andonnèreht immédiatement le siège, et marchèrent en hâte 
vers le nord, traînaoït le roi à leur j^iite, et observant pendant 
leur retraité la plus sévère discipline. Lorsqu'ils arrivèrent i 
Tilewcastle, ville forte qu'ils avaient déjà prise, et dans laquelle ils 
avaient laissé une garnison , ils firent halte pour attendre les ié« 
soltats d'une négociation dans cette crise singulière. . 

En se rendant à l'armée écossaise, le roi Charles avait dépécbé 
un message au.parlemejit , déclarant qu'il avait agi ainsi parce 
qu'il désirait que le parlement lui envoyât les articles de pacifica- 
tion dont ils conviendraient ensenable, offrant de rendre Oxford, 
Newark, et les autres garnisons ou places fortes qu'il possédait en- 
coré^ et d'ordonner aux troupes qu^il avait sur pied de poser les 
annes. Des conditions honorables ayant été accordées, les places 
fortes furent rendues; et l'armée de Montrose dans les Highlaûds, 
sjmfd qw les troupes que les royalistes entretenaient encore dans 
tonte l'Angleterre, furent congédiées par ordre du roi, comme je 
vous Fai déjà raconté. 

Le. parlement montra une grande modération , .et la guerre ci- 
vile parût terminée. Les articles de pacification qu'il offrait n'é- 
trient pas plus rigoureux que la situation désespérée du roi n'avait 
dû le lui faire espérer. Mais des questions religieuses furent agi* 
téçs» et empêchèrent la conclusion du traité. 

Charles était zélé pour Tépiscopat autant que Jla majeure partie 
des membres du parlement étaient attachés au preabytériaiiisnie. 
Il se croyait lié par le serment proféré à son courolanement, de 
soutenir l'EgUse d'Angleterre, et il n'eût pas voulu le violer, même 
pour reconquérir son trône. La liégociation entre le roi et le par* 
lement fut donc rompue ; mais il s'en outrit une autre eptre fe 
parlement anglais et l'armée écossaise sur ce qui concernait la 
j^rsonne du monarque. 

, Si Charles avait pu consentir à adopter la Ligue Solennelle et 
le Covenant, il est -probable qu'il aurait eu toute l'Ecosse pour loi* 
Mais , par cette conduite , il eût accordé à l'Ecosse ce qu'il arait 
refusé au parlement ; car le principal but de l'invasion de^ ^^^ 



V 



DEUXIEME SERIE. 233 

sais était de soutenir le presbytérianisme. D'an antre cMé, on pou- 
vait difficilement espérer que la convention des étatç d^Ëcosse pût 
renoncer à la chose pour laquelle elle avait commencé et continué 
la guerre. L^Eglise d'Ecosse envoya Tavertissement solennel que 
tout arrangement pris avec le roi serait illégal. Il restait à savoir 
ce qu'on ferait de la personne de Charles. 

La générosité indiquait de permettre au roi de quitter Tarmée 
écossaise aussi librement qu'il y était venu. Dans ce cas^ il aurait 
pu s'embarquer à Tynemouth, et chercher un refuge dans les pays 
étrangers, ou bien si les Ecossais jugeaient fpie les circonstances, 
la nécessité de conserver la paix entre l'^gleterre et l'Ecosse , 
ainsi que leurs engagemens avec le parlement anglais , leur fai- 
saient une loi d'abandonner à ce corps la personne du roi, Thon- 
near de l'Ecosse exigeait expressément que la transaction se fit de 
manière à prouver que ce n'était point par de sordides ayant^^es 
que les Ecossais avaient été guidés. J'ai presque honte d'éoriïe 
qoe ces considérations honorables n'eurent aucun poids. 

Il était dû à l'armée écossaise de longs arrérages sur sa paie, 
par le parlement d'Angleterre, qui refusait ou dujnoins différait 
sans cesse de solder. Un traité pour le règlement de ces arrérages 
^tlieu, et l'on convint que l'arniée écossaise rentrerait dans ses 
propres foyers, en recevant le paiement de deux cent mille livres 
sterling, ce qui était la moitié de la dette qui avait été reconnue, 
n est vrai qjie les deux traités , concernant l'abandon de la per- 
sonne du roi à l'Angleterre et le paiement des arrérages, farcit 
faits séparément, par un reste de pudeur; mais il est certaju^ que 
non-seaalement ils coïncidèrent ensemble, mais qu'ils s'influencè- 
rent l'un et l'autre. Aucun historien sincère ne peut croire que le 
parloBieût d'Angleterre eût jamais payé une somme aus^i ponsi,-^ 
dérabfe, à moins que ce ^ fût pour faciliter l'abandoa 4^ la per- 
sonne du roi , et cette transaction basse et sordide, .quoique s^e- 
ment l'ouvrage d'une armë.e me^rcenaire , couvrit la nation entière 
d'infamîe, Oiaus les paysi étrangers» on reprocha aux Ecossais la 
honte d'îivoi)? lait de leiur mdnarque confiant et malheureux un 
^^^age dont la liberté ou l'ejsclavage dépendait d'une vile spmuMi 
d'argent ; les Anglais eux-mêmes leur reprochèrent leur avarice 
et leur frakisoa , dans ce refrain populaire : 



L'kéatsais traftM à st foi , ' 
Pour uQ Ii*i^ vendit «o« roi- 



13* HISTOIRE D'BGOSSE. 

., L'amiaée éoosaftiae rtndit la permune de Charles, lax comBua- 
aaiiraa du pariBmcnt aDglaia^ en pèçlB^ani la garantie dea arrérages 
^ ktt étaient dna; les trouiMs é^aouàfeab ^ mteie teaips New* 
4»fitle^ eMe dixigàMiiit Yotai L'ficQafle« 



»i 



•> - 



€»AHTftB XîlL 



fiCMviîflitlkit pA*bniii«f p«i> l^innée anglâfse , îlettctfnfeifmé' dans Ir psiafi» dl'Vbmpton'Coari.*- 

Traité 9Mfifi,lff Ecossais , connuLsQus le nom de V Engaffement. — Les Eogagisles entrant en Aa* 
' 'fletérre àvk:^iie armée, et sc^^déftiits. — Cour à» bâute justice convoquée pour jngetUni, 



-■ flovMderiiîisrdiapitfc^stotaifn^^ 

loquellis raiwéa éeoé8|&ia&- senit Cbavles 1^ enlise 'Isa 'ii)«)i»âp 
parlement d^Ai^gletavré) envéeevant eue gaeamiepMr la sonw 
dl^aerséragea qpi liii:étaîent dus. 

Les eoaiitikMâpe^ du perèetnatit ^eondfttkèreiiï la- roi eonfBa pn-» 
ewnier «PEaatâ ipMsabj^IfDiifie, daneté KortllaMftteii-Shâe^ qà 
a'tail écé4é«igeé pocir sa résidence t«mpora[ipe;' ûaia «a «itrc 
fieevai^ qo^ie- leur devait bûsn^ rearetifi^. 
• liëft' Indépèndaea, comnieje'Fài dé^dinî, i^peinleii* t)fi>ann.e 
YjfW^sfMïitm Al prefilijtériatiissie, métnie 'prOfrisnaîU^e ,^ modifia 
éeers'k fepiie d^aeâvËglîsenatMi^eç'ib n-'étaîimtpaa mm»v^ 
eeÉUM que l^^rînéé, èoUt^ les- ra^gs étaieiKr usaiptls da saiqtanâi' 
taireB-; ^uiTant leur expression , et menacée, en» et» cpiéla p«i 
eAc Hèa, eèmme cela semblait probable, d^à«re rcAUMuyéaea irtaode 
on liêeaciée. Le mécoB4en(!et9en« devint général pamn ïe^aMs^ 
anglais Rs Tfreni que la récompense des vicDeè^ea anxçiirifci ib 
avaient contribué serait d^étre réduits et déBfitrméâ^, ou' bis» qa>^ 
enyerràtt hors èa royaume ceux qui auraient I» pern^êsioii de con- 
server leurs armes et leur profession , outre la pertre> de ïeur p»«y 
de leur état et de leur' importance. Les seetaiirefr apprébeiïdaiw* 
encorelejoug presbytérien, commente appefeâ'eiit- ladîso^lia** 
PEglise presbytérienne. • ' 

Ces dispositions àlarél^e étaient see rèt j e a ft ani mtém^^f^ 
par Gromweli , Ireion et Fleetwôod, officiers supérieurs et possé- 
dant une grande influence^ et auxquels 1er parlement avait confie la 
tâche de les pacifier. Bientôt l'armée forma un corps séparé de 



DEUXIEME SERIE. 1 U 

VBUktf dont les afbires étaient condiiitëB par un conaeH d'ofMcrars 
saféanMrs , assistés d'an eonûlé de membres appelés agilateors, 
et dont ebaqoe ceoipagiiie foornissail dtmx ; ces kemmes hardis et 
sans sempnle résebreot de s'onparer de la personne da r^f. et de 
l'arracber an pooiFoir da parlement. 

Poor accomplir cette résolution , Joice, ancien tdSkWyalore 
cemette^ et avocat foribood de la casse de J^armée, parut' tout à 
ceiip^ le 4 juin 1647, à miamt, devant iUdeiiby*He«so. Les 
trospea aoxipielles les commissaires avaient confié la garde êm 
roi 9 kiAectées da même esprit de recette ^m Carnée, n# imit 
attcnnerésistfnoe. Joice sHntrodaiait, sansbeaaconpdecérémofllr 
et anné dé ses pistolets , dans la chambre à eoacher da moBar;a«| 
et \m apprit qa'U ^vait avcûr la bonté de le saivre.-^ 01k sest voe 
ordres? demanda te malbeareox Charles. ^ Là«bas , répondît lo 
greesier soldat , montrant sa compagnie de caTaleriey qofos voyait 
à la lamière de Tainrore dans la eoor dn palais. ~* Ils sont écrit» 
en caractères intelligibles , reprit Charles ; — et sans frire diantre 
réflexion lise prépara à suivre l'escorte. 

Le roî fat conduit à New-Market, et de là avpstaift d^Huaptov 
Georty et qnoique dans les mains d'nn corps de troupes qoi n*» 
vai| m antorité légale, ni responsabilité, il fait d'abord traité avee 
plus de respect et même de douceur qu'il n'en avait obtentr del'ar^ 
mée écossaise ou des;poramissaires anglais. Les officiers cra^ni- 
r«at peut-être le peu de durée de leur propre pouvoir, car ilaoSrik 
rentune pacification à des conditions peu sévères. Ils demandèrent 
une égale représentation nationale, librement élae, stipnlèreDt qoe 
les deiu: chambres jouiraient du commandement des nûHces pen- 
dant l'espace de quatorze ans, et coi»éntirent même qw Pordre 
des évêques fût rétabli, mais sans aucun pouvoir temporel o« jn* 
ridiction co^rcitive. Ces conditions étaient ph» modérée» qne le 
roi ne pouvait Pespérer de pai^its hommes et dan» un sam* 
blable moment. Mais sur un point le conseil des officiers se montra 
intraitable i il exigea que sept d'entre les partisans de Ohatles> 
choisis parmi cen;s qui , avec le plus de prudence et de valeur, 
avaient soutenu la cause chancelante de la royauté, seraient dé- 
clarés hors la loi. Charles montra la même fermeté k i^sAner cette 
demailde ; sa conscience avait trop profondément souffert à Tépoque 
de Pexécntion de StraSord , à laquelle il avait consenti on com- 
mencement des trpubles, pour lui permettre d^tre jamais leiàt# 
d'abandonner ^core un ami. 



m HISTOIRE D'ECOSSE. 

Dans le même temps le parlement se préparait à exercer son 
autorité en s'opposant au pouvoir inconstitutionnel que l'armée 
s'était arrogé, et la yille de Londres, principalement composée de 
Presbytériens , montrait une disposition générale à soutenir les 
deux chambres; mais, lorsque cette armée formidable approcha 
de la capitale, le parlement et les citoyens furent intimidés, le 
parlement chassa de leurs sièges les membres presbytériens , et 
souffrit que les Indépendans dictassent toutes les mesures qui leur 
sonblaient nécessaires. Aumilieu de ce concours de circonstances, 
la pnidence recommandait à Charles.de s'arranger avec Farmée* 
Mais les Presbytériens d'Angleterre n'ayaient pas perdu l'eàpé- 
rance ; car tout le royaume d'Ecosse, irrité du triomphe des sectaire» 
et du mépris que la chambre des communes avait manifesté poùrpa 
Ligue Solennelle et le Covenant si souvent offerts, et qu'on trai- 
tait comme un vieil almanach qui n'indique plus les dates , faisait 
secrètement par ses commissaires-dés offres libérales pour réta- 
blir le roi par la force des armes. En écoutant ces propositions, 
Charles se flatta qu'il serait capable de tenir la balance entre les 
]^esbytériens et les Ind^ndans; mais il méconnut l'esprit du 
dernier parti, pour lequel cette négociation secrète ne resta pas 
long-temps un secret , et qui fut profondément offensé de cette 
découverte. 

Les Presbytériens avaient entrepris cette guerre en professant 
un grand respect envers la personne et la dignité du^roi. Ils pro* 
' testaient sans cesse qu'ils faisaient la guerre aux mauvais con- 
seillers du monarque, et non pas au monarque lui-même; et leurs 
ordonnances dirigées, contre tes 7nalignans , comme ils appelaient 
les royalistes., étaient faites au nom du roi, aussi bien qu'au nom 
des deux ohaj^res , qui cependant étaient les seules qui les diri- 
geaient. Les indépendans an contraire se déclarèrent hardiment 
en guerre avec Photnme Charles , comme ayant abusé du pouvoir 
royal.et opprimé les saints. Cromwell lui-même soutint de sem- 
blables «doctrines au milieu du parlement; il dit que c'était un en- 
. fantillage de prétendre ne point être en guerre avec le roi , lorsque 

' Charles paraissait couvert d'une armure à la tête de ses troupes 

sur le champ de bataille, et qi^e, pour lui , il se sentait si peu de 
scrupule sur ce sujet, qu'il tirerait un coup de pistolet aùr roi aussi 
prpmptement qu'à aucun de ses partisans, s'il le rencontrait au 
milieu du qombat. . 

Après la découverte du traité de Charle$ ayec les commissaires 



jMUXIEaiIE SERIE. IST 

écossaià.^ Gromwell , admettant que le roi avait le pbuyoir d'agir,, . 
led&onça coQime on homme coupable de la plu^ profonde dissi' ^ 
mnlation,, qui avait manque à ses sermens en professant une en- 
tière confiance dans la sagesse da parlement^ tandis qoe, par une 
négociation secrète avec les commissaires écoss^s, il essayait de » 
rallumer le foyer de la. guerre civile entre les deux royaumes ; il 
exigea et il obtint, par l'influence irrésistible de$ Indépendans , 
une déclaration de la chambre, qui statuait que le parlement ne 
recevrait plus aucune demande de Charles, et ne lui ferait plus 
d'adresse à l'avenir. 

Tandis que Tinfortui^é monarquei se trouvait entre les mains de 
cette puissante faction, par laquelle son autorité semblait »us- 
pendue, sinon abolie, il aurait dû être convaincu que pour réussir 
dans une négociation avec elle, il fallait accepter sans délai et 
saos hésitation 1|bs conditions qu'elle était disposée à lui accorder.... 
SHl avait pu parvenir à séduire leurs principaux officiers, en leur 
promettant des richesses, un rang , des distinctions libéral^ent 
offertes, il est probable que leur influence aurait pu persuader aux 
troupes de concourir à sa restauratioii, surtout en la leur faisant 
entrevoir comme le moyen de renverser les plans des Pre Ayté^ 
riens. Mais Charles aurait dû réfléchir en même temps que de 
sa part l'apparence d'un délai donnait lieu à soupçonner sa sincé- 
rité, et que les Indépehdans ayant une fois adopté l'idée qu'il se 
jouait d'eux et lestroinpait, n'avaient plus ce respect sacré pour sa. 
personne qui aurait pu prévenir la plus cruelle rigueur. 

Les Indépendans ^ leur conseil militaire, doutant de la sincé- 
rité de Charles, et j convaincus que leur propre pouvoir augmen- 
tait chaque jour, commencèrent à songer d'étabUr ce pouvoir sur 
des bases entièrement différentes de celles d'une monarchie. Us 
retirèrent au roi ces marques solennelles de respectqu' on lui avait 
accordées jusqu'alors, le traitèrent avec négligencie et incivilité, 
Renfermèrent plus étroitement, et ne permirent à aucun individu 
de l'approcher, excepté ceux qui avaient leur confiance. 

Alarmé de cette sévérité de mauvais présagé, Charles résolut de 
prendre la fuite> et quitta Hampton-Court. Malheureusement, 
abusé par les personnes de sa suite ou par sa ypre imprudence, 
il se.réfugia dans l'île de Wight ; mais le gouverneur de Carisbrook- . 
Castle était Tami de Cromwell, et un Indépendant furieux. Là. 
Tinfortun^ Charles tomba dans une nouvelle captivité, plus sévère 
et plus solitaire que les autres. Il montra lui-même à sir Philip^ 



13a HISTOIM lySCOSffi. 

Warwiofc, un viens dome$tifae à cheveux Uanea , qoi apporta^ 
da bois pe«r le (en , et liri fit chêBtwet que la eoQ¥6rsati<m fte ce 
servitear était la plqs agréaUe dont il eftt jeni pendant plttsienrs 
mois. On a des raisonsde penser qne déjà on en vonlait à sa yie, 
et qu'il fiit eneonregé à s'échapper par nne fenêtre dn chfiteaa, 
près de làqaeHe me personne était apostée pour le tuer s'il cédait 
à cette tentation. 

Le conseil de gnerre refasa 4e commmiqiier ph» lon^-temps 
avec Charles. Le parlement, entièrement sons le jong des Indé- 
pendanSy envoya des commissaires pour traiter, mats à des oon- 
dhione pins dnres qne edles qni Ini avaient Jamais été offertes. 
Dena res s o n r ce s restaient à Charles : les services des troupes dis- 
persées, et qne ses fidèles partisans pourraient de nouveau appe- 
1er aux armes ; mais eUes Paient loin , désarmées et découragées : 
on l'assistance des Ecossais ; ils étaient plus loin encore et désunis. 
Cependant Charles résolut de confier sa foftune à ce périllenx 
hasard , plntAt que de traiter avec'le parloBient , inihiencé comme 
il était par rarmée. 

La présence des deux commissaires écossais qui Pavaient saivi 
à Gdrisbrook , avee ceux du parlement, lui procura les moyens 
de faire un traité avec eux, par lequel il sVnçageait à reconnsubne 
la Liçne Solennelle et le Covenant> à établir lé presbytérianisnie, 
du moins pouîr un temps , et à concourir à extirper les sectaires* 
Ces articles ^ s41s avaient été accordés lorsque Charles était i 
Newcastle, auraient peut-être été suffisans pour empêcher Farméo 
écossaise de le rendre au pariement. Mais, dans toutes les occa< 
fiions , te sort malheurftix dn roi fat de céder lorsque déjà if était 
trop tard. 

Lorsque ce traité (qu\m appelait engagement , parce qne les 
commissaires Rengageaient à rétablir le roi par la force des ar- 
mes) fut présenté an parlement écossais, il Ait approuvé par h. 
partie la plnsmodéréedes presbytériens, que guidaient le duc d'flà- 
milton et son firère le comte de Lanarck, le brd chancelier Loadon 
et le comte de Lauderdale ; ce dernier était destiné à j[0uer un rdle 
remarquable dans le règne suivant. Mais la majorité du clergé' 
presbytérien, souligne par les plus zélés de lenrs^disoiples, déclara 
que les concessions du roi étaient insuffisantes pour engager PE« 
cosse dftns une guerre nouvelle, comme ne fournissant aucune 
cause plàùsiUe pour se brouillèr avec P An^terre. Ce parti étaft 
cenduit par le marquis d^Argyle. 



DfiUXIEMK ISERIE. tS9 

Je 4ms mentionii^ iei que ce seigneiir, knrsqiie Famiéede Mon- 
trosè fat congédiée i tira «ne vengeance éetatante des Mac-Do- 
aalds et antres élans foi avaient aidé à détester KArgyle-Shire. 
Senlf nn |fcar David Leily, âvee «a corps de trovpes régulières, il 
s^mipafra sneœssivemeat de phisienrs léns dans lesqaeh Alaster 
Mac^BoofiM ( Oo&kto) avait mis gamisoSy et fit passer les prison- 
mcn an ffl de Fépée^ Les Mac-Donatds iBretit presfpie tons exter- 
annaadMis wit elifoyaUe nassaepey et les Lamonts forent mis à 
mort dans ni| a«tre earpage. Stp James Tumer, ofiftcier qui ser- 
vait sons Lesiy , attvikiie tant le Mâne de ces inhnmanités à nn 
ecelésîaatsqae dte cœur dnr, nommé Nearres. David Lesly en fht 
digoAté^ et on îonr, après aiie de ees korrAles eKécntions, voyant 
son èkapelafai dont les soidiers étaient pleins de sang , fl lai dît 
d'mi ton de raproohe i En avez-vom assez maintenant y maftre 
Min9 

Oss atvocitéi, cpiels 4fae soient eeox qvi les commirent, ne fc- 
vent exereéesqve pe«r venger Argyle et son clan. Nens devons y 
ajenier la mert da viera Goikilto, ^, fait prisonnier dans nn d^ 
flms des haates-terresi f«t j ogé par tn jnry assemblé par les ordres 
dt» George 6ampbeli; le skertf-sobstitntd' Argyle, anx sentences 
doqael on bous assors qne bien pea échappaient, Mao^Donald fut 
exéenté. 

Tontes ees eraantéi à Fégard des royalisffes s^^tant passées dans 
me partie da royaume oà la vengeance étdt considérée comme an 
devoir et nne vsrta , il a^ést pas étonnant <pf Argyle se fût opposé 
fertenMntàl*Engagen»ent, entreprise parlaqnene lès intérêts da 
wÀ devaient être défendus avec moins de précaution contre les 
royalistes cpr^â ne semblait convenable à la sûreté de cenx qni 
venaient de les offenser si mortellement. La plupart des meiBeurs 
«iSoiers de l'ancienne armée refusèrent de' servir avec les non- 
tdies levées, jusqu'à ce que Tégiise approuvât le renouvellement 
im IlostifHtés. Cependant le parlement , touché de compassion 
peur «n monarque né en Ecosse, et déshnaînt couvrir ta honte de 
l^ction infttrae commise à Newcastle, ordonna qu'ime armée serait 
levée. Le royaume fut bouleversé par les différentes fections des 
Bu^gistes et de leurs adversaires. Lès magistrats civils, obéissant 
aux ordres du parlement, copimandèrent aux Ecossais de prendre 
les armès sous peine de punitions temporelles, tandis que le clciçé, 
Ai ba«t de la chaire , dénonçait à ht vengeance du çief ceux quf 
eecyraient a ceaordirei). 



140 HISTOIRE D'ECOSSE. 

Les Engagitfes,r^a8$irent à leyer une armée tnmakueiiseet mal 
disciplinée, d^environ quinze npUe hommes, et commandée parle 
duc d'Hamilton. Ce midheareox seigneur méritait Féloge d'avoir 
été .modéré pendant tous les désordres qui avaient ea lien précé- 
demment ; et, quoiqu'il aimât le roi, il avait toujours essayé de 
concilier son administration avec les droits de ses /compatriotes; 
mais il avait peu de fermeté dans le caractère , et moins encore de 
talens militaires. Tandis que les Ecossais préparaient seulement 
leurs secours , les GavaUers anglais, inquiets des périls et delà 
captivité du roi, prirent les armes ; mais leur insiirrection fat si 
mal concertée, qu'ils furent écrasés successivement, excepté dans 
deux occasions où les insurgés se rendirent maîtres de Golchester 
et de Pembroke, villes, dans lesquelles ils furent ausàitftt assiéf^ës. 

Hamilton aurait dû avancer avec promptitude , pour âdre lever 
le siège de ces places ; mais au lieu d'agir, il s'amusa dans ÏB Lan- 
cashire pendant pins de quarante jours, jusqu'au moment où 
Cromwell vint le joindre près de Warrington. Le âucd'Hamiltoii 
sembla perdre à la fois le courage et la tête; sans tenter de ré- 
sister, il abandonna son entreprise , fit .une retrûte en dés<Nrdre et 
en laissant son artillerie et ses bagages. Saillie, UTec son infan- 
terie, étant abandonné par le général en chef, se rendit à l'ennemi 
à Uttoxeter; Hamilton lui-même prit ce parti déplorable avec la 
cavalerie. Nul n'échappa , excepté, un corps d'hommesrésolns , 
commandé par le comte de Galender : il se fit jour à travers 
l'ennemi, et retourna avec eux dans leur propre pays. 

La nouvelle de ce désastre parvint promptement en Ecosse. Le 
clergé réfractaire se fit un mérite d'avoir prophétisé la chute des 
EngagisteSy et excita les plus zélés Presbytériens à saisir les rênes 
du gouvernement. Argyle prit les armes dans les huntes-terres; 
pendant ce temps les paysajnsde l'ouest s'assemblèrent, et> conduits 
par leurs ministres , se rendirent à Edimbourg. Cette insurrection 
fut appelée V excursion ou raid des Whigamores, du mot tf^A^» 
whig , c'est-à-dire avance , avance , dont les paysans de l'ouest font 
usage en conduisant leurs chevaux; nom destiné à devenir]^ dis- 
tinction d'un parti puissant dws l'histpire de la Grande-Bretagne. 

Le comte de Lanark était à la tête de quelques troupes du parti 
de l'Engagement; mais, craignant.de mécontenter les Anglais 
entre les mains desquels son frère le duc d'Hamilton, était prison- 
nier, il ne fit pas une forte opposition^ Argyle. devint une seconde 
fois le chef du gouTemement. Ge fut d'après cette résobitiim (pe 



DEUXIEME SERIE. Ui 

GromweU s'avan^ vers les frontières ; mais an lien de tfOaVer des 
ennemis prêts à le combattre , il fat reça par les Whigamores tîc- 
torienx comme un ami et an frère. Lear horreur pour une armée 
de sectaires était surpassée par leur répugnance plus violente 
encore de s'unir avec les Cavaliers et les Malignants. Dans cette 
occasion y Gromwell entretint une correspondance intime avec 
Ârgyle; ce qui fait croire généralement que le marquis acquiesça 
aux violentes mesures qui devaient être adoptées par le général 
victorieux contre le roi captif, dont le sort était alors décidé. 

Durant ces transactions militaires , Charles était engagé dans 
un nouveau traité avec le parlement, et dont la négociation se 
conduisait à Newport. Il fut commencé en conséquence de l'absence 
de Cromwell et de son armée , ce qui donnait au parlement un peu 
plus de liberté dans ses débats, et rendait aux membres presbyté- 
riens une partie de leur influence. Si quelque chose avait pu sauver 
le prince infortuné , c'était un arrangement avec la chambre des 
communes, tandis que Tarmée d'Hamilton n'avait point encore été 
entamée , et avant que l'insurrection des royalistes eût été apaisée. 
Mais il attendit pour terminer le traité le moment oii l'armée revint 
e;caltée par sa victoire sur, les Cavaliers anglais et les Engagistes 
d'Ecosse, en appelant la vengeance sur la tâte du roi , qu'ils ac- 
cusaient d'être Tunique auteur de la guerre civile , et méritant 
d'en être puni. Tel devint le langage de tout le parti. La chaire 
résonnait des exhortations des prédicateurs militaires, deman-^ 
dant que lé roi fût soumis coiiime ennemi public à un jugement 
public. ^ ■ 

Ce fttten> vain que Charles, toujours avec répugnance, con* 
Sjcntit enfin à toutes les demandes que le parlement lui avait faites. 
Ce fut en.vain aussi que le parlement déclara publiquement que les 
concessions accordées par le roi étaient suffisantes pour former les 
bases d'une paix satisfaisante. L'armée, excitée par des officiers 
ambitieux et des prédicateurs fanatiques, avait résolu que Charles 
subirait une mort ignominieuse, et des troupes nombreuses furlmt 
postées dans les environs de Londres, afin de rendre la résis- 
tance impossible, soit xLe la part des royalistes, soit de celle des 
presbytériens. 

Afin d'assurer la majorité dans la chambre des communes , le 
colonel Pride, ancien brasseur, rangea son régiment à la porte du 
parlement et dans les rues adjacentes, et arrêta environ cent cin- 
quante membres qu'on supposait être favorables à une réconci- 



H2 HIST<MnB D'EG08S& 

liation ayec le roi» et (pi furent jetés eo prison* Cet acte 4e vio* 
lence lat appelé Pnd'spurge ^ Au même m^omeat la chambre dfis 
pairs Tut iFermée. Les membires qui restaient dans la chambre des 
communes eurent seuls la permission de siéger et de voter; ik ap* 
partenaient tOlus au parti ind^eudant, et tous étaient .prêts à foire 
ce qo^eiùgeraient Ifs's soldats. Cette ombre de parlement^ sous l'in- 
fluence au sabre de ses propres troupes, nomma ce i|tti fut appelé 
une haut&«onr de justice « pour jiiger le roi Charles., accusé de 
trahison contre le peuple anglais. La cour était compaséedeeeiit 
trente personnes , choisies dans Tarmée, le parlement, et parmi 
les citoyensde Londresqui approuvaient leschangemens quâétaieal 
proposés. Là plupart des juges ainsi nommés refusèrent cependant 
d^agir en vertu de tels ordres^ Dans le même temps ia Huyeue 
partie de la nation anglaise contemplait «v#c cb«^rin «t cerreaT 
ces étranges préparatifs. , 

Mais l'armée écossaise^ détruite .par la défaite d'Hamilten eC les 
succès des Whigamores> ne laissait plnaa^ciuie espér^Bee de se- 
cours. Ceux qui se chargèrent de cette procédure étaient de diffi' 
rentes classes , et conduits par des motils différeaa. 

Les officiers supérieurs de Farmée, CromwelL, IrejtenetMtfei# 

voyant qu'ils ne pouiraient s'élever en traitant avec Gharleii 

avaient résolu de le détrôner et de le mettre à mort, afin d'éiaUir 

un gouvernement militaire dont ils seraient les chefs. Ces homvtfi 

avaient un but distinct , et ils Tatteignirent en quelque sorte. H f 

en avait d'autres, dans le parti indépendant, qui pensaient qo0 

lenrs offenses env^slè roi étaient du nombre de celles qu'on ne 

peut pardonner, et que la déposition on la mort de Charles était 

nécessaire à leur propre sûreté. JMais parmi les membres indépci^ 

dans, il y avait aussi des hommes d'un noUe caractère» C'étaient 

des hommes d'Ëtat qui s'étaknt égarés par des théories ionies spé* 

culativés, jusqu'à s'imaginer qu'ils pouvaient créw un aystème de 

gouvernement républicain «nr les bases de l'aneienne moMrdiîei 

d'Angleterre. Ces hommes éU6uis par «n i^ve briUaot , mais it^ 

possible à réaliser, pensaient que la violence «dont l'armée «sait 

envere le parlement, et la mort du roi ioraqu'elle «oraôt Mes» 

étaient nécessaires pour rétablissement de lenr gouvemanent iUi^ 

soire, comme la démolition d'u<i vieil édifice «st iiéoessàire p^ 

faire place à de nouveau batiiiiças. Apsès'oeltBcliaeeidepoi^ 



X. L'épuration d« Pride. 



npuxiEiR ssuœ* 143 

tiques en théoria ^ yeuaient des enthousiastes^ d'ane eq>èce plus 
^ossière , influencés par les harangues incohérentes de leurs pré- 
dicateurs à cerveau exalté» qiii voyaient en Charles non-seulement 
le chef des ennemià contre lesquels ils ayaient combattu quatre 
ans avec des succès divers, mais un mauvais roi des Amalécites 
qui leur était ahàndonné pour être mis en pièces au nom du ciel. 
Tels furent les différens motifs qui firent agir les acteurs cbms 
cette scène extraordinaire. 

Ils coiorèi^nt cette actiod inbme du prétexte que It roi avait 
fait la guerre à son peuple pour étendre une illégale autorité^ Si 
ce fait eût été vrai, il n'y eût point eu matière à un jugement, car 
la constitution d'Angleterre déclare qne le roi nepeiu mal faire 
( the king caiCt do wron§ ) ; xî'e&t-à-dire qu'il n'est pas responsable 
da mal ^% fait. 

La vengeance des lois, lorsque le mal est commis ^ est dirigée 
avec justice contre les mauvais ministres, quîmrésentent des me- 
sures coupables, et oontre les agensqui les ex Mutent. La consti- 
tution d'Angleterre est fondée sur la sage croyanee qne , si les 
conseillers ou instrumens des volontés du prince sont asservis à 
la letTeax salutaire des lois, il n'est point à craindra que le mo«t 
narque dépassé, du consentenient de ses ministres, les limiites der 
son autorité. 

Mais, dans le fait, le roi n'avait pas pris les armes contre le 

fiarlemeat pour gagner aucune étendue 4e pouvoir extraordinaire. 
1 est certain que lé parlement, lorsqu'il iut asseml^é, avait de 
justes sujets de plaintes. Mais ce n'était point des innovations de 
CSiarles qu'on pouvait se plaindre; l'abus du pouvoir était dégé-< 
aéré en coutume depuis les quatre derniers règnes i au moment où 
la couronne d'Angleterre .avait été dégagée de la contrainte que 
imi ioiposaient les barons , sans être soumise assez suffisaounenli 
au contrôle de la chambre des communes, représentant le peuple 
en général. C'étaient cep^dantde mauvais précédens, et puisque 
le roi s^Qoblait porté à suivre l'exemple de ses prédécesseurs , le 
parlement avait le droit de résister à ces vieilles usurpations sur 
la liberté du peuple.^ Mais avant le commencement de la guerre^ 
le roi avait acquiescé en.fayeur des oonununés à tiMit ce qm lui 
avait été demandé* Le dernier sujet de quereUe entre les deux: 
partie était le commandement des milices oi^ forces publiques du 
royaume^ que l'un et l'autre se di^pjitaî^Nstt. C'était «ne Aos pré^^ 
rofatives «imstitutt^uieU^s du r<H ; car k pouvok exéoutif né 



\ 



144 HISTOIRE D'EGOSSfi. 

peut existeri s^il n'est nni au pouvoir militaire. De chaqfue c6téla 
'iriolence détruisit la confiance. Le parlement ^ comme on Padéjà 
TU y mit garnison, dans la Tille de Hdll, qu'il défendit contre 
dharles , et le roi Tiola le priTilége des communes en Tenant avec 
la force armée arrêter cinq de leurs membres pendant qu'ik sié- 
geaient au parlement. Ainsi la guerre peut être justement impu- 
tée à de longues querdles , dans lesquelles ni Tun ni Tautre parti 
n'aTait entièrement raison » et moins encore entièrement tort, 
mais qui firent éclore tant de jalousies des deux côtés, qu'elles 
pouTaient difficilement se terminer autrement que par la guerre 
eiTile. 

Cependant la haute-cour de justice fut oùTerte , et le foi amené 
àla barre le 19 janTier 1649. Les soldats, qui encombraient les 
avenues , avaient l'ordre de demander justice du royal prisonnier. 
Un spectateur affecté par le contraste qu'offrait la situation pré* 
-sente du roi av|^ sa grandeur passée , ne put s'empêcher de s'é- 
t^rier : Que Dieu protège Votre Majesté 1 II fut maltraité par les 
gardes qui l'entouraient. Sévère châtiment, dit le roi , pour nne 
■si légère offense ! Pendant tout le jugement Charles se conduisit 
nvec la plus grande dignité. Il supporta sans se plaindre les re- 
proches d'assassin et de tyran qui lui étaient prodigués par une 
soldatesque en débauche, et lorsqu'on misérable lui cracha an 
Tisage, le monarque captif s'essuya avec son mouchoir et dit seu- 
lement : Pauvres créatuféis ! pour une demi-couronne elles insul- 
teraient leur propre père 1 Quand on lut l'acte d'accusation, au 
nom du peuple anglais , on entendit une voix des galeries quis'é- 
•criait : Non pas de la dixièkne partie. Lorsque le nom des juges fat 
-appelé , et qu'oii prononça celui du général Fairfax , la même Yoix 
répliqua : Il a trop de bon sens pour être ici. L'officier qui com- 
mandait la garde donna l'ordre aux soldats de faire feu dans la 
galerie d'où venaient les interruptions; on découvrit que la^oix 
était celle de lady Fairfax, la femme de sir Thomas, général de 
la force armée , et une des filles de la noble maison de Vere, (pà 
déclarait ainsi le ressentiment que lui causait cette scène extraor- 
dinaire. 

Lorsque le roi lut placé a la barre, il regarda autour de laî> 
contemplant les tristes préparatifs du jugement et les hancs rem- 
plis d'ennemis avoués, parmi lesquels il éprouva le;chagrin plos 
pénible de distinguer quelques amis ingrats. Lorsque Taccnsateur 
public voolutparler, ilie toucha avec fta canne^ et, d'un airtriste; 



DEUXIEME SERIE. 145 

A le pria de s'arrêter ; ensuite il déploya autant de talent que de 
hardiesse dans sa propre défense. Il désavoua Tautoriié de la cour 
nouvelle et incompétente devant laquelle il était placé, et rappela 
à ceux qm siégeaient comme ses juges, qu'il éiait leur légiiime 
souverain, responsable devant Dieu, sans doute, de Tusage de 
son pouvoir , mais déclaré par la constitution du royaume inia' 
pabû (F avoir tort; et même si l'autorité du peuple était nécessaire 
pour l'amener devant une cour de justice, il niait que cette auto- 
rité eût été obtenue. Cet acte de violence, comme il le remarqua 
justement, était l'ouvrage de quelques hommes audacieux qui 
avaient violé, par la force militaire , la liberté de la chambre des 
communes et détruit la chambre des pairs. II déclara qu'il ne par- 
lait pas pour lui-même, mais par égard pour les lois et les libertés 
de l'Angleterre. 

Quoique interrompu à chaque instant par Bradshaw , avocat , 
président de la prétendue haute-cour de justice, Charles prononça 
sa défense avec autant de fermeté que de modération. Eiaut inter- 
pellé trois fois pour répondre aux accusations intentées contre lui, 
il récusa trois fois la juridiction de la cour. La sentence de mort 
fut alors prononcée , comme devant être exécutée en face du palais 
dont il était jadis possesseur. 

Le 30 janvier 1649, Charles P^ fut amené par l'une des fenêtres 
de la salie dite des banquets, faisant partie de Whitehall, sur 
un immense échafaud tendu de noir et entouré de gardes. Deux 
exécuteurs masqués, dont l'un portait une longue barbe grise, 
étaient placés à coté d'un, billot et d'un coussin. Juxon, évèque 
d'Angleterre, assistait le roi dans ses dévotions. Au moment oii 
Charles posa sa tête sur le billot, il s'adressa à l'évéque, lui dit 
d'un ton solennel, Souvenovous, et donna lui-même le signal du 
coup fatal. Un des exécuteurs détacha lu tête des épaules d'un 
seul coup; l'autre Téleva aux yeux du peuple en proclamant que 
c'était la tête d'un traître. Les soldats firent entendre une accla- 
laation de triomphe, mais en général la multitude versa des larmes 
et se répandit en lamentations. 

Ce spectacle tragique était loin d'accomplir le vœu de ceux qui 
lavaient ordonné. Au contraire, la conduite calme et religieuse 
du roi , pendant son jugement et à son exécution , excita les regrets 
et la douleur de ceux qui avaient été ses ennemis lorsqu'il était au 
faite des grandeurs. Les injustices et les grossièretés qu'il sup- 
porta avec tant de dignité l'emportèrent sur le souvenir des er« 

lO 



1 



146 HISTOIRE D*1C0SSB. 

reurs dont il s'était rendu coupable, et la conyiction presqut onT 
Terselle de l'iniquité de son jugement fiit une des causes principales 
de la restauration de sa famille. 



CHAPITRE Xm. 



ttMtMM dtw i néjlanB lit %«BtM«terrM; il «ttMt prfMaaier et €%écu\é. — Charles II étant décloi 
xoit arrive en Ecosse. •— Invasioo de Crocnwell en Ecosse. —• Bataille de Diinbar. — Couronne* 
ment de Charles II. .— Il prend le cominaiideineat de rarnsée, marche en AD|;>eierrc, est défait h 
VorteMBret«««aMiecbM Tctruiyer. — Gaevre en Ec<M5i« sons le général Monki«-Cr<>iBwellw 
fait déclarer Lord-Protecteur des républiq«es de la Grande-Bretagne et de l'Irlande. •— Soalère- 
meM de Glencairn. — * Exploits d'Eran Otho de Lochiel » «faef des CattéroBS. 



La mort de Charles P** ne causa nulle part un plus profond cha» 
grin qu'en Ecosse son pays natal. La fierté nationale des Ecossais 
fat d'autant plus blessée qu'il leur était impossible de ne pas s'a- 
Touer que leur abandon de la personne du roià Newcastle avait con* 
tribué plus que toute autre circonstance à le faire tomber entre les 
mains de ses eimemis. 

Le gouvernement d'Ecosse , depuis le soulèvement des Vf higa* 
mores^ était ^esté dans les mains d'Argyle et des plus rigides Pres-^ 
bytérîens ; mais eux-mêmes qui n* étaient point amis de la maison 
des Stuarts, se trouvaient forcés par le Govenant , qui était hnt 
règle dans tout ce qu'ils entreprenaient, de reconnaître les desccn* 
dans héréditaires de leurs anciens rois ; ils appellèrent au tr&ne 
Charles, f3s aîné du défunt monarque, à condition qu'il se join* 
drait à ses sujets en adoptant la Ligue Solennelle et le Govenant, 
pour le soutien du presbytérianisme, à Fexcluàion d'aucune autre 
religion. Le parlement d^Ecosse s'assembla et résolut de proclamer 
Charles II souverain légitime , mais en même temps de ne point 
lui confier le pouvoir royal avant qu'il eût donné des garanties 
pour la religion , pour Tunion et la paix des deux royaumes. On en* 
voya des commissaires à Charles, qui s'était retiré sur le conti* 
nent , afin de lui offrir le trône aux conditions mentionnées. 

Le jeune prince avait déjà autour de lui des conseillers dNin ca- 
ractère différent. Le célèbre marquis de Montrose et d^autrés 
nobles écossais en petit nombre , mais animés par le zèle et le con- 
rage de leur chef, lui conseillèrent de rejeter les propositions des 
Presbytériens ipii l'appelaient à ta d%nit^ royale k de celtes con- 



DEUXIEME BURm. Ul 

ëûvï&f et kû elErirent leurs épées et leurs ^es |ionr<le itflactr 
sur le tr^ie.par la force des armes. 

Il paraît>que Charles II, ,^i u'evt jwnaisuneintégrité'faiettscni- 
puleose, désirait iraîteremnÂmelempsia^ee ohaquet parti, et qu'il 
donna .des ordres au ttanfoisde Mentroaepeur.leatar jone^e»- 
oeate.en£co6se , afin de. oouvinle» dianeesde ^œ^qui pommât être 
accompli par la hardiesse de oette entreprise et. la réputation dai 
général , ta&dis qa^il«Bti»leBait nue néfoeiatîm UTee les connu» 
saires presbytériens , en cas que Montroso échouât. 

Cet intrépide et téméraire enthousiaste s'embarqua à Hambourg 
avec quelques armes et de Taisent qui lui aweut été foinmis par 
les cours du uord. Sa réputation réunit autour de lui plusieurs 
ânigrés rayaUsteSy presque tous écossais, et il recruta environ 
tàx cents mercenaires allemands. Il descendit d'abord dans 1« 
Orcades, où il força quelques centaines de pauvres pêcbenre à 
prendre les armes. Il débarquaensuite sur le continent, mais'les 
nalufels du pays s'enfuirent à son approche , se rappelant les an- 
ciens excès oommis par son armée. Strachan , officier qui senraît 
sons Lesly^ surprit le marquis de Monirose près d'un chemin 
JUMuniié Invercharron , sur les confins du Ross-Shire. Leshabitans 
des Orcades firent pen de résistanee : les Allemands se réfugièrent 
dans on bois et se rendirent : le petit nombre d'Ecossais compa*- 
|[nensde Montrose le défendirent vaillamment , maisceiaten vain. 
Un grand nombre de braves Cavaliers furent faits prisonniers. 
Montrose y lorsque la bataille fut irrévocablement perdaè, jeta son 
manteau qui portait la croix de SaintrAndré , et changea ses habits 
«outre- ceux d'un paysan montagnard, afin de pouvoir «e sawrcr 
pins aisément. Epuisé. par la iaim et par la fatigue, il finit par 
tMabcfTreatre. les mains d'un Chef^da Ross-Shire, Mac-Leod cHAs- 
^» qai par hasard ^tait serti anrec quelqiiLesHDiis de sosgensar- 
Biés^ Lemanquis 9etdécoi»rrit à cet hooma , se eroyant en sûreté;, 
car Assiut avait! servi sous loi-: mais ,. tenté par une récompense 
Ac quatre cents UMsuresdetfamne , le misérable la»rd livra sonan- 
<i^ commandant à son ami David Lesly. 

Les Covena ai a i r es , lorsqu'ils eurent entre les mains celai ipû 
l^s avait fait tremUer si souvent , (lélébrèrent leur victoire avec 
toute l'esak^ion etParroganoe des esprits petits ^et timides qui 
60Dttoat*àrcoiq) délivrés de la craint&d'un grand daogw. Le mar- 
quis de Montrose fut traîné de ville en ville comme en triomphe, 
ssm lespauvres vêlemansdoat il a'élak oauvertamut sa iake. On 

JO. 



148 HISTOIRE D'ECOSSE. 

^oit dire à l'iionnear de la ville de Dundee i qui aTaît été en partie 
pillée et en partie brûlée par les troupes de Montrose, que ce furent 
les citoyens de cette yille qui les premiers procurèrent à leur en- 
nemi vaincu des habits convenables à son rang , de l'argent, et tout 
ce qui lui était nécessaire. Cette généreuse conduite doit avoir été 
pour le marquis un sévère reproche de ses dévastations. Mais c'était 
an reproche plus énergique encore adressé aux indignes vain- 
queurs , qui triomphaient d'un héroïque ennemi coname ils l'au- 
raient fait d'un vil criminel. 

Montrose fut enfermé dans la maison du laird de Grange ; il fat 
sur le point de recouvrer sa liberté par le hardi stratagème de la 
fenune du laird, qui descendait de la maison de Somer ville. Cette 
dame était parvenue à enivrer les gardes avec des liqueurs fortes, 
et le marquis , déguisé Sous 4es habits de femme qu'elle lui avait 
procurés , avait déjà passé devant les sentinelles endormies, quand 
il fut arrêté par un soldat à moitié ivre , qui errait dans la maison 
sans message et sans but. L'alarme étant donnée , Montrose fut de 
nouveau renfermé. La femme du laird ne fut pas punie , grâce aux 
liaisons de son mari avec les chefs du parti triomphant. 

Avant que Montrose eût atteint Edimbourg , il était déjà con- 
damné à la mort des traîtres. La sentence fut prononcée sans de 
plus amples informations, sur un act of attainder^ ^ passé taudis 
qu'il pillait le comté d'Argyle en 1644. L'on ajouta à la condam- 
nation toutes les humiliations qu'on put imaginer. Le marquis, 
suivant l'ordre spécial du parlement , fut reçu aux portes de la 
ville par les magistrats, accompagnés du bourreau , qui portait ce 
jour-là sa propre livrée; il fut condamné à être pendu à un gibet 
de trente pieds de hauteur, mode d'exécution le plus infamant. Sa 
tête devait être exposée sur le Tolbooth ou prison d'Edimbourg, 
son porps écartelé , et ses membres placés aux portes des princi- 
pales viUes d'Ecosse. Suivant la sentence , il fut conduit an cachot 
dans une charrette, lié et la tête découverte, le cheval conduit 
par le bourreau portant le chapeau du marquis, et le noble pri- 
sonnier exposé au ^lépris du peuple, qui devait, suivant l'espoir 
des Covenantaires , huer et insulter le nîalheureux. Mais la foule 
.qui se précipita sur ses pas dans le dessein de l'accabler d'in- 
jures, s^apaisa lorsqu'elle vit la dignité du marquis de Montrose; 
et le silence ou les soupirs et les larmes accompagnèrent le cor- 

X. Acte par leqael an homme est dédarëconTain«n dehaate traUson sur de fortes présomptloQs* 



DEUXIEME SÉRIE. 149 

tége , qai devait en apparence exciter des sensations si différentes. 
La seule observaiion que fit Montrose fut que « le cérémonial de 
son entrée avait été passablement fatigant. et ennuyeux. » 

Il parut devant le parlement, pour entendre la lecture de sa sen- 
tence , avec une indifférence pleine de firarmeté. Il regarda ses 
ennemis assemblés autour de lui avec le même sang-froid que s'il 
eût été un spectateur désintéressé ; il écouta Loudon, le chancelier, 
lui reprocher, dans une longue et violente déclamation , d'avoir 
violé le premier et le second Govenant. Loudon pi ta ses guerres 
craelles, à la tête des sauvages Irlandais et des monUgnards, et 
Jes meurtres, les trahisons, les incendies qu'elles avaient occa- 
sionés. Quand le chancelier eut terminé sa lecture, Montrose 
obtint avec difficulté la permission de parler. Il dit au parlement 
avec sa hardiesse ordinaire, que s'il paraissait devant lui la tête 
découverte, et s'il s'exprimait en sa présence avec respect, c'était 
seulement parce que le roi avait reconnu ses assemblées en trai- 
tant avec lui» Il convint qu'il avait approuvé le premier Govenant 
ou Govenant national, et qu'il agit' en conséquenj:e aussi long- 
temps qu'on se renferma dans ses vrais principes ; mais qu'il s'était 
opposé à ceux qui s'en servirent pour attaquer l'autorité royale. 
II n'était jamais entré, ajouta-t-il, dans le second Govenant ou 
Ligne Solennelle, par conséquent il ne se croyait pas lié par lui. 
Il avait fait la guerre pour obéir aux ordres spéciaux du roi; et 
quoiqu'il fût impossible , dans le cours des hostilités , de prévenir 
tous les actes de violence, il les. avait toujours arrêtés et punis. 
Jamais, dit-il , il ne versa le sang d'un prisonnier, même en repré- 
sailles d'un assassinat commis sur la personne de ses officiers et 
de ses amis ; il avait même souvent épargné la vie de bien des 
milliers d'hommes pendant le feu du combat. Sa dernière entre- 
prise, ajouta-t-il, avait été commandée par Gharles II lui-même, 
qu'ils avaient proclamé leur souverain et avec lequel ils traitaient 
comme tel. Ainsi il espérait qu'on se conduirait avec lui cpmme 
avec un homme et un chrétien, auquel un grand nombre de ceux 
qui l'écoutaient devaient la vie et la conservation de leurs biens, 
que jadis les chances de la guerre avaient placés en son pouvoir. 
Il termina en demandant qu'on agît avec lui suivant les lois de la 
nature et celles des nations, mais particulièrement suivant celles 
■ de l'Ecosse, et avec la justice que ses juges espéraient pour eux- 
mêmes lorsqu'ils paraîtraient devant le tribunal du Tout-Puissant. 
La sentence déjà mentionnée fut alors lue devant l'intrépide 



KO ' HBf OmB B'SSDSSI. 

prisonnier ; il obterra qu^en considérant la oaMae pottriagaaRe il 
mourait, il> sie «ro^wU plusiiowaré de miroir (fue sa tét« serait 
placée sur le hanli'de la prison que d^a^r son portrait dans la 
chambra à Goneher da poi'; par rappertà-la distrilmtion de ses 
membres, il ajooffiai'qaffl iKsîrevait «voir assez de chair'poar en 
enroyer'un menBea» à.ohaqne'viUe «RBurope, en mémoire de lin 
csluse pour laquelle A^muuHsak.* Ii:piis8ft la* nqit à espvi&ier ses 
pensées ^envers. 

De bonne heare'dansilainmtsnée>dB jour snirsant» Moatrose ftit 
éveillé par le' son des tamfaonrsietdes trompelte» qui appelaient^ 
par ordre* da^parltoient ,. les i^rdes qui davaicot saryeiller l'eKéeu- 
tion. — Hélas I dit-iè^ j^ai donné à ces .braves» gens bien de l'em^ 
barras pendant ma vie, snis^je enoeoremn objet^de terremrpovTeiK 
le jour où jevais^mottriB? 

Le clergé rimporumw dé ses exfcmrtaliona au sepentiry et Im 
offrit, s'il e» exprimait sa vcomponoticins de le rdever de la sen* 
teneetl'exeemmunioatiiin^qv avait été kmaéecontnalnl, ikrépondit 
Bveo cafaBeque, quoique reoLcomamnication' eût été prononcée 
a^ec trop de pnédpilaiion^ oependanS elle le diagrinait; q&'il 
désirait en dtre relevé sii ralnolntinai«pouMait éire obtenue en ex- 
primant on sinoèreregvet dbe sfiS!£aales»commehomme; man qitfil 
n'en avait oomiàis aucune contre sar patrâe en remplissant ses 
devoirsenvers sen^ane^ ainsi qulilneipouva^m les secomudtre 
m s'en reipentir. 

Johnsten<'â6 Wariston:^^ un> éaûnent Govcnaffrtmre ^ s^introdwsit 
*pràs du nebtepmonnisv, mu' moment où; il peignait les longs. obe- 
veux bouclé» qé'il pertnit eommen Cavalier. Weriston, seml^ 
fenatique , laissa^ ennennir que o^^Àait une «eeupotioai. hieit furïb 
dans un nmment si sokinpiel.— «Aujourd'bui, lépondît Moptnaag, 
^tandis qocmatète^est eneorr à moi ,. je l'aivangB osoMne il me 
plaît; demaîn^e vous^appartkndvai et voa&0»&rea ceqnevons 
veudpeïv 

Le marquis se rendit: à pied de. la^ prison h la phee de Grass- 
^m»icet , Ifêud'exéGOtion pour ks plus vils^oriminek, ou mi gibet 
•d'une hauteur ^prodigieuse était élevé aiveo un échafiand tende de 
drap noir. LÀ il fut encore pressé d'avouer ses crimes par las 
membres du clergé presbytérien. Leur impcurtumié offreienae et 
cruelle ne put détruire la sérénité de son maintien^ Pour augmenter 
Finfaniie (]b son supplice, ou platôtcomme preuve de lahaineetde 
la jalousie de ses ennemis, un livre contenant Fhistme impsamée 



DEUXUBHE SJEEIE. 151 

4e ses exploits fat attaché auiôar de son con par le boarreao. Il 
reçut ceUe dernière insulte avec dédain, disant qa'il regardait 
eette récompense de ses serTices envers son prince comke une 
-décoiration aussi honorable pour lui que Tordre de la Jarretière 
que le voi lui avait accordé. Dans toutes les autres particularités 
qui précédèrent sa mort, il se comporta avec le même calme et la 
même dignité, et se soumit enfin à son sort avec un si noble courage, 
que plusieurs- de ses ennemis les plus acharnés ne purent s'empâ- 
ter de yerser des larmes. Le marquis de Montrose fut exécuté 
le 21 mai 1650. 

Argyle, Tennemi mortel de Montrose, triompha en secret lors 
de la condamnalion du marquis, mais il s'abstint de paraître au 
parlement le jour où la sentence fut prononcée , et ne fut pas 
témoin de Texécution ; on dit même qu^il versa des pleurs lors- 
qu'on lui fit le récit de la mort de Montrose. Son fils, lord Lorn, 
-eut moins- de scrupule ; il contempla les derniers momens de f an- 
cien ennemi de sa maison, et il guettait avec impatience le coup de 
la hache du boarreau à Tinstant où elle séparait la tête du corps. 
Cette cruauté eut sa punition dans le règne suivant. 

Le ciel prit soin de rendre manifestes la folie aussi bien que le 
<irime qui coûièrent la vie à ce célèbre général dans un temps où 
les approches de la guerre auraient rendu ses talens inappréciables 
et d'un grand secours à sa patrie. 

Dans le même temps le sang d'autres nobles écossais fut versé, 
tsmt dans leiur pays ^u'e» Angleterre. Le marquis d'Huntly, qui 
avait toujours été partisan de la cause du roi , quoiqu'il eût nui à 
ses affaires en hésitant de se joindre à Montrose, eut la tête tranchée 
à Edimbourg. Urry, qui avait été alternativement Fennemi et le 
oompagnoQ de Montrose, fut exécuté avec d'autres nobles qui 
appartenaient à la suite du marquis. 

Le malheureux duc d'HamUton, homme d'un caractère doux, 
maïs indécisr, fut pris, comme je l'ai dit, en tentant de faire une 
iufvasion e» Angleterre pour délivrer le roi , qu^ semble avoir 
tooj.oiirs servi avec fidélité , quoiqu'il ait encouru les soupçons de 
Charles, et même été retenu long-temps en prison par ses ordres. 
Tandis qu'il était enfermé à Windsor, Charles, immédiatement 
aiwnt son jugement, y fut amené par les soldats. Le roi détr&ié 
obtint la permission d'avoir une entrevue avec son sujet, qui avait 
perda dans sa cause sa fortune et sa liberté. Hamilton fondit en 
larmes, et se précipita aux pieds du roi en s'écriant : — Mon cher 



152 HISTOIRE D'EGOSSB. 

maître ! — Ea effet, répondit Charles en le relevant avec bonté, je 
fus pour vous un maître bien cher. Après la mort du roi , Hamilton, 
le comte de HoUand, lord Gapel, et d'autres qui avaient causé le 
soulèvement des royalistes sur plusieurs points du royaume, furent 
condamnés à avoir la tête tranchée. Un vieux et robuste Cavalier, 
sir John Owen, était du nombre. Quand la sentence fut prononcée, 
il s'écria que c'était un grand honneur pour un pauvre chevalier 
gallois d'avoir la tête tranchée avec de si grands seigneurs ; ajou- 
tant avec un serment : — Je pensais qu'ils m'auraient pendu. La 
vie de ce brave vieillard fut épargnée, lorsque ses compagnons 
furent exécutés. 

Pendant que ces scènes sanglantes avaient lieu, les commis- 
saires écossais continuaient de traiter avec le roi Charles. 11 fut 
sur le point de tout rompre lorsqu'on lui apprit la mort de Mont- 
rose ; mais le souvenir de sa propre duplicité, en entretenant une 
négociation avec le parlement, en même temps qu'il donnait à 
Montrose l'ordre de lui faire la guerre , adoucit ses plaintes sur ce 
sujet. Enfin, ne voyant point d'autre ressource, Charles consentit 
à accepter la couronne d'Ecosse aux conditions offertes, celles 
d'un assentiment absolu aux volontés du parlement dans les 
affaires civiles, et de l'assemblée générale de TEglise dans les ma- 
tières religieuses. Par-dessus tout, le jeune roi promit de se sou- 
mettra aux obligations de la Ligue Solennelle du Covenant^ et de 
les propager par tous les moyens qui seraient en son pouvoir. A 
ces conditions, le traité fut conclu; Charles s'embarqua en Hol- 
lande, arriva sur les côtes d'Ecosse, débarqua près de l'embou- 
chure de la rivière de Spey, et s'avança vers Stirlîng. 

A cette époque, l'Ecosse était divisée en trois partis, ouverte- 
ment opposés les uns aux autres. Premièrement, celui des rigides 
presbytériens , dont Argyle était le chef. Cette faction , depuis le 
soulèvement des Whîgamores, était en possession du suprême 
pouvoir dans le gouvernement, et ce fut avec ses chefs que le roi 
traita lorsqu'il était en Hollande. Secondement, les Presbytériens 
modérés, appelés les Engagistes, qui se joignirent à Hamilton 
dans son excursion en Angleterre. Ce parti était conduit par le 
comte Lanark, qui succéda au duché d'Hamilton après l'exécution 
de son frère; par Làuderdale, homme d'un talent supérieur, Dun- 
fermline, et autres. Troisièmement, les Loyalistes absolus , amis 
et compagnons de Montrose ^ comme le marquis d'Huntly, lord 
Ogilvy, et quelques autres seigneurs et gentilshommes i et peut* 



DEUXIEME SERIE. 15S 

être encore quelques chefs montagnards , trop ignorans et trop 
éloignés pour avoir quelque influence dans les affaires de l'Etat. 

Comme ces trois factions reconnurent avec plus ou moins de 
chaleur la souveraineté du roi Charles , il semblerait qu'il n'eût 
pas été difficile de les réunir dans le dessein patriotique de main- 
tenir l'indépendance du royaume. Mais résister avec succès à l'An- 
gleterre était une tâche dont le parti tout -puissant se croyait 
suffisamment capable, dans sa confiance présomptueuse en ses 
propres forces, et le clergé lui assurait que l'assistance des Enga- 
^tes et des Malignans, loin d'être profitable à la défense com- 
mune, attirerait la miilédiction du ciel sur une cause qui, soutenue 
seulement par les vrais Covenantaires , ne pouvait manquer de 
prospérer. 

Argyle et ses amis reçurent le jeune roi avec toute l'apparence 
d'un profond respect; mais ils prirent soin de mettre des entraves 
à tontes ses volontés. Ils exclurent tous les Anglais attachés à sa 
personne, soupçonnant leur attachement à Tépiscopat et aux opi» 
nions des Malignans. Les ministres presbytériens Faccablèrent 
d^exhortatîons et de sermons d'une longueur démesurée, qu'ib 
plaçaient dans toutes les occasions, fatiguant l'attention d'un jeune 
prince qui, par son aptitude à saisir le ridicule, et par l'impatience 
que lui causait tout ce qui était sérieux , était porté à recevoir avec 
mépris et dégoût la grossière éloquence, des zélés orateurs. Les 
prédicateurs le blessaient souvent aussi, en choisissant pour texte 
les fautes de son père, Fidolâtrie de sa mère, qui était catholique, 
et ses propres dispositions mal déguisées à la Malignité. Ils rap- 
pelaient les malheurs que ces fautes avaient attirée vat la maison 
de son père, et priaient pour que de semblables punitions ne retom- 
bassent pas sur Charles II lui-même. Ces réprimandes inconve- 
nantes étaient si souvent répétées et les occasions si mal choisies, 
qu'elles laissèrent dans l'esprit du jeune prince une impression de 
mécontentement et de dégoût qui accompagnèrent pendant toute 
• sa vie le souvenir des prédicateurs presbytériens. 

Quelquefois le fanatisme et le manque de jugement cx)nduisent 
à des scènes ridicules. On dit qu'un jour une dame dévote, qui 
demeurait en face des appartemens du roi, vit par sa fenêtre le 
jeune Charles occupé à jouer aux cartes, ou à quelques autres 
amusemens frivoles, que la rigueur du Covenant condamnait. La 
dame communiqua cette importante découverte à son ministre, et 
elle parvint jusqu'à la commission de l'Eglise, qui nomma un de 



tu HISTORB D^EGOaiB. 

W9 nembr«s ^nérable» pour répriinrader fermmoàkmfsat It 
monarque de Qet aoift d'apostaûe. L'ecdéeUstiqtte aaqiud oette 
oommiseion délicat^ fut canfiée était on adroit Tieillard, qui ne 
Tajaitpas unefrandesagasse dans le ppoaédédaaea^eoIlfsèl1€fl; il 
«ftécula leurs- ordres a^ae If habileté d'un côiutisaii, et ttrmÎDa aa 
véprimande spirituelle aa demandant à Sa Majesté qnelorsqWeUe 
ae permettrait de seoftUablas^réaréatîons» elle pvît la^préeamîfMi 
ée ferm^ la fenâu^. Le mû. rit beauoaop, et>fiu enchanté, d'anaîr 
échappé si heaveosemeiit à nn neuveaa sermon» Ittais*das<émaa* 
«ans plas sérieux étaient snr lepoint d*a¥oir lien* 

L'Angl^erre, vers laqnaile irons davas^ maimenaat tonrair 
^olre attention 9 ayait eniaèn^nent changé les f#mes daisa eaa- 
stitution, depuis la mort du roi. Gromwell, qui s'était ser^ de 
l'armée victmrianse comme 4'an iaslrameat atile, possédait en 
réalité le paavrâr soprime; maïs il lia restait aaeora plas d'ime 
iâehe à remplir avant dTofMn* ea prendre les ma^qoes «itérioares ; 
il soalûrit donc <|ae la diambre matilée èes oonuttunaa exiatât pea- 
-dant un temps y et les philosophes républicains da parti déolars- 
rent que la monarehia ne serait jamais rétablie an/ Ai^latanis, 
^pe le pouvoir du gea^evnaaieat exécutif serait entia les mains 
4'ttn conseil d'Ebat, et q|M lacfaaaoJiredespairs^saFaitahalia. 

Aeetteépo(fDei CFem^Ueandntsiten peraMwwnaa partie de sen 
armée victwienseett Irlande, qni avait été le théâtre^de déaosdres 
yks affreux que ceux d^Angl^oveat mémad'Eoosse» lias tresiUes 
avaient commaneé par le saqlèiiemaas des. eatfaaUqnas eantve les 
]protestatts>; plusiaurB de eca damiers furent massaarés- : c-ast se 
^'oa appeUe le Massacre Irlandais» Une.gaerve générale eatpa les 
partisansdeoeadenxreUgienasTeaéfeaitSttivia; maiaenfiaradseeBe 
dm duc d'Ormoady aussi dévooé rajahsta que Montsose, pM^iat 
a attirer une grande paitîa das^coûiolifaes dn Of&té de Charles; 
-dèslœs rirlaadadevint le refuge M taoeles Cavaliars^rCl Us rastes 
4a. parti royaUsta commancàrent va paandre une «Atirnde impo- 
sante. L'arrivée darCnaivfvtelichangeaibiaBtfttceTagFOikdaifioa^^ 
•an nuages etaa^tempdtas. Partont aà^pagsii saît^ag/inéral- fayori 
4n sort, il était i4elepieux. E% Irlandais peut-être poorrépaadre 
la terreur parmi ce pai^)lebellicpie«x, Olkner CFOUMvell^ ^i n^é* 
iaitpaa sanguinaire par caractère^ fit un eavnagaajEfraupasiài les 
"aaineus , partionliàrement à la prise de Droghada, où ses- trompes 
n'épargnèrent ni Tâge m le^eaw.Crouwell itetoarBa.en Aagletenre 
avec a» nom pins formidable quejaiaais.. 



BICXIIMB SBIOL 155 

Le pmplët angkis'n» p«nvait consemîr fiie le fib 4b voi fftMl 
«rait mis à mère â^éurblit paitâlleflwnt dans le reyaime voisia 
HEcosÊe, clM w i T A t te poiivog d*ap|ieler aux avnMs, lorsque l'oa- 
easîen s^en pvéBenteMRt, ses noaubrrax pertisaiis d'Anfleterre, 
«I tvoidUât o».f«Bt^tre t^trmsil lear Boa^«Ue répuàdiqne. Il 
jmt doue la.résohilien.y.|Mnir préi«iiîr es dangev, de-^mrter la 
fnerre en Ecosse, : taBdia4ptt.ce royaume était aCEaîUi par ses dâ- 
SKDskns ioÈeslMDtB^tt de 1» faeeer dPadopter la <ooutftkntisn d'une 
s^HÉilîqne cenlâiérée a^ec^la leur. Celte propsokîon. fat liautie- 
it rejeléBfMur ks fëossais^puiiqufeUeeaâgcailen même temps 
remmeiatrai au^rcu et k lIBglne, et une altévàtie» tetale des 
ÎBStitntîonséeMsaises, aussi Uendaus lergouyemeBieDt eirvil que 
dans le^^ewrersemcnt ecolésiaBlBqne* Les paytiapussans-des deux 
nadoDsse pré pSRWcnt donc- à la guerre. 

Les rigiàes Pralarftérieiis d'ficessese mentvèrent alais dedde- 
ment jalisax dfe&dnre de leuravmée tous ceux dont & soupçon* 
uaîeDt lus prâMÎpea religienxy quoique capables par leurs talens 
4e les auiwifti daus une telle crise^ tant les MaÛgnane absolus , 
que ceux qui ne prufaisaient qu? un utS atJwiu ent tuIéBaufrefc m ed rfi é 
peur le presb^térÎBDÎsme. 

Cependast, sues Fassistansu des partis exclue,, la sou^eutieiL 
•àts états assembla une anuie t^omlireBse » remplie d'ftommes eu- 
tiieosiaste» peur la causa qu'ils allatent défiendre les armes à la 
main, et-nafeutanttQuSfs les impnliisna>qm< pouvaient leur âtte 
données par l'austère ëioqoeuce de leurs ministres^fa^tiris» Mal- 
he ugeue e ut enàilespréflliMaegrs n'étaienè pas- diip ea ë s^à s'inqioser 
seulement la «âsbû dPiiinmer le eeuntge de» aoldats^ ilsa^uaieut 
eueoruila pvésonqpPtson4euantfMraTi».plaDsdstgëiiéiâHA les umu- 



Lestrwipesf dfiiugteteiTe étai«itpresqu«entièfemeut «ompdsées 
d'Inèépendanu^. parmù leaiush le paemserfcewmequi le^désiraît 
poiNnùteKureQr^la& iauMûms de unniiftQ. Ges tseopes avaient un 
psiat Aa TinuruifcliHiiri aiiec; ceHea dJlucise» en ce qweleaddux 
aiinieS'«a appelaient au:«iel du la jnstiee de leur cause» et icpie 
toutes les deux idsmeut e nte u d i e deu p pu u mfw , deapriàreai des 
exhoriutions, etpeatiqaaieutdes exentsccs veU^eux» pourceu- 
firmerleur foi etamuMrBs Bèledes.soièats; Teuteales deux ie ser- 
vent du mâ»e langage dans lénra prodanuitisM l'inie eontve 
Ifaotiv, et dauBiaieut pintftt l'idée d'une guerve de religion que 
d?aus iotsu peue dus intéràai tempuula. Les paudiama^ous^éces* 



156 HISTOIRB D^EGOSSE. 

saiaes dénoncent rarmée commandée par Cromwelly comme la 
réanioo des sectes hérétiques les plus perverses » de différente 
croyance y d'accord entre elles seulement dans le désir de détruire 
l'unité et la discipline de l'église chrétienne, et le GoTenant auquel 
plusieurs de ses chefs avaient juré iidélité. L'armée de Gromwell 
répliquait dans le même style. Elle déclarait qu'elle estimait les 
églises chrétiennes dix mille fois plus que sa propre vie. EUe pro- 
testait qu'elle n'était pas seulement une verge de fer pour frapper 
les ennemis communs , mais une .barrière de défense, quoique in- 
digne, pour protéger la vigne du Seigneur. Quant à ce qui regardait 
le Covenant , les soldats de Gromwell juraient , si ce n'était point 
faire un acte d'idolâtrie, de consentir, en se mesurant avec les 
Ecossais , à placer le 'Covenant sur lappinte de leurs piques , et de 
laisser Dieu juger qui d'eux ou de leurs adversaires avaient mieux 
rempli les obligations de cet engagement national. 

Quoique les deux nations en guerre se ressemblassent dans leurs 
idées et dans leur langage, il y avait entre les soldats anglais et 
les soldats écossais une différence qui devint importante. Dans 
l'armée anglaise , les officiers insistaient pour être prédicateurs ; 
mais, bien que leurs doctrines fussent étranges , leur ignorance 

^n théologie n'eut point d'influence sur les évènemens militaires. 
Parmi les Ecossais , les membres du clergé furent' saisis de la rage 
opposée, et voulurent agir comme officiers et généraux, et leur 

' habileté dans leur profession sacrée ne pouvait racheter les fautes 

• qu'ils commettaient dans l'art de la guerre. 

Fairfax ayant refusé le commandement de l'armée anglaise, sa 
conscience (car il était presbytérien) ne lui permettant pas d*eQ* 

- treprendre cette guerre, Gromwell accepta avec joie la suprême 
autorité militaire, et se prépara à faire une invasion en Ecosse. 
La guerre entre les royaumes voisins était donc sur le point 
d'être rallumée après un intervalle de deux tiers de siècle; et 
malgré le pouvoir supérieur de l'Angleterre/ ce pays ne pouvait 
placer une confiance absolue dans ses derniers succès. Les. Ecos- 
sais, quoique divisés en deux partis, en tout ce qui concernait la 
religion, reconnaissaient unanimement les droits du rpi Charles, 
tandis que les Anglais étaient loin de faire cause commune avec 

' lui. Au contraire, si la sombre armée des sectaires, sur le point 
d'ouvrir la campagne, éprouvait quelque grand désastre , les Ca- 
Taliers d'Auf^leterre, avec une grande partie des Presbytériens 
de ce pays, étaient également disposés à replacer le roi à la tête 



DEUXnaiB SBRIE. 157 

dû gowernement. De cette manière , non-seulement le «oit de 
^Angleterre, mais celui de l'Ecosse , étaient soumis aux chances 
de cette guerre. 

Les armées et les généraux opposés les uns aux autres n'étaient 
pas indignes de se mesurer ensemble. Si l'armée de Gromwell con- 
sistait en vieux soldats, habitués, à la YÎcloire, Tarmée d'Ecosse 
était nouvelle, nombreuse, et maîtresse du pays qui devait être le 
théâtre de la guerre. Si Gromwell avait défiait les généraux les plus 
célèbres des Cavaliers, David Lesly, le commandant en chef de 
l'armée d'Ecosse, avait vaincu Moutrose, plus renommé peui*être 
qu'aucun d'eux. Si Gromwell était un général du caractère le plus 
hardi , célèbre par les victoires qu'il avait remportées, Lesly, par 
son éducation première, était un soldat expérimenté, plus habile 
que son antagoniste à choisir une position, à défendre un déiiié, à 
former le plan d'une campagne. Avec ces avantages des deux 
côtés différons , la lutte hasardeuse commença enfin. 

Dans les premiers mois de l'été de 16ôO, Gromwell s'avança en 
Ecosse , à la tété de ses vétérans ; mais en traversant le Berwick- 
Shire et le Lothian de l'est , il trouva que le pays était abandonné 
et dépourvu de tout ce qui était nécessaire à son armée. On ne 
voyait aucune créature-humaine, excepté quelques vieilles femmes 
couvertes de flanelle blanche et ressemblant à des spectres , qui 
apprirent aux officiers anglais que tous les hommes avaient pris 
les armes, sous le commandement dés barons. Les troupes an- 
glaises subsistèrent principalement sur les provisions d'une flotte 
qui faisait voile le long des cotes et accompagnait ses mou^vemens. 
Enfin Gromwell approcha de la capitale, où Lesly avait établi 
son quartier-général. L'aile droite de l'armée écossaise était postée 
sur .une hauteur au penchant d'Arthur's Seat, et l'aile gauche 
était placée à Leith , où la chaussée appelée autrefois l'allée de 
Leith formait une partie de ses retrançhemens , défendus par une 
artillerie considérable qui protégeait entièrement la métropole. Il 
y eut une escarmouche entre Gromwell et lesavant-postes écossais 
près de Restalrig ; mais les cuirassiers anglais furent reçus avec 
tant de vigueur, qu'ils ne gagnèrent aucun avantage, et leur gé- 
néral fut obligé de se retirer à Musselburgh. 11 tourna alors ses 
vues vers Foccident. 

L'armée anglaise fitun. circuit à Collinton, Kedhall et autres 
lieux , près de l^extrémité 'orientale des montagnes de Pentland, 
d'où :Gromwell espérait arriver à Edimbourg ; mais Lesly était sur 



fM iinioaiawBCOSBE. 

M5 gardes* Il cpiiéu sa fiositîon eotre Eéhnbour^'et Lâlli>«t «t 
frit une amre qui oonvrsit la yiUe 4ii cteé de l'-occident , et qui 
était protégée par le ruisseau de Leith et par les fossés, tranehéi» 
et eanaoK diécîuse deSaiightoiif CUdfeliradge, «tMiiqiie.far fes mai- 
sons lÉt Triages de ces envîroaa* Qromw^ timma de bobtcsu ki 
Ecossaift an ordre de bataille ,. et faticaicore oUigé 4e s'éloigner 
après ies'amr oanonnés de Ion. 

La nécessité de relxMtmeridaEDS leiwsiiiage^e'sa flotie ^iget 
GromweH à seTendre à sanfiaiiipdeliasseUNirgh. Il ne lui lut pu 
permis d'y rester traoMpiîUe. A la fhr de la nsh , nue troupe nom* 
breuse de cavalerie, ajq^eléele régimeDt deTEglisa, bien arméet 
bien équipé , se précipita svr les ligves angfansesien s- écriant a?ec 
bruit : a Dieu et l'Eglise, tout est à. nous i » Gafint aweo quelque 
difficulté qae Cromwell rallia ses soldats a|irès cette brastp» 
alarme, qui lui fit éproui^er «ne perte considétaUe qasiqaeles 
assaillans aient étéàia fiiiiobltgé8>de*6enelirer. 

La situation de l'armée anglaise de^tcritiqae'^sesprorâions 
étaient sur le point d'être épuisées; les ccvnnMiHeationB.aTec la 
flotte devenaient de jour en jour plus difficiles^ tandÎBqueLedy, 
avec la prudence qui avait déjà guidé sa défense, aonfendait tons 
les plans du chef anglais, sans exposer son Hméeanxcbances 
d'une stetiùa générale. GromweH enfin, complètement vainoo 
par l'adresse de son ennemi, fut obligé de^seireplîer versTin* 
gleterre. 

De son cftié Lesly quitta ses lignes sanstdélai, afia:d!intefoep* 
ter la*retraîte aux Anglais* Marobi^nt «ir unifrDmfiihiSfélvoity il 
prit possession avec son armée des collines de;Lamineinnosr, dont 
la chainese termine an bord de la mier, piès lasvme'âe^Duabar, 
et qui sont remplies de défilés dangereux devt iii â'feaipara. Là, 
il se^ proposa ^attcmdre TatlaqvM des Anglais^ .et. de courir les 
chances d'one^batatUe , avec la certitude de^en|ipoiler.«ae vktoire 
décisive. 

GromweH était rédait à une grande perplexité. Pmnr^aiiViBner 
son chemin , il était obligé de finrcer on défilé .teriible , appelé le 
Pas de Gockbura, oè, suivant la propre desariptéen du général 
afnglais , un homme pouvait plutôt se défendre que dix esêayer de 
passer. S'il s'engageait dans cette entreprise désespérée^ ils'sï' 
posait à être attaqué par les forces nombreuses» de Leslj surdon 
ftanc et ses derrières. Il vît tout le danger, et conçut le projet 
'd'eaafanrquer 9%m ânfMi«erse sur ses vaisseaux, et de selrayer 



DEVKiBME SSHIE. 1&» 

on chemin comme il le poorrait à la tftte de sa cavalerie. 

A cette époque y Teiitremise des prédicateprs presbytériens et 
Finfiuence qn^ils possédaient sur l-armée écossaise et snr le gêné* 
rai , détruisirent son espérance de succès. En dépit dés prudentes^ 
remontrances de Lesly, îk- insistèrent pour que rarmée écossaise 
quittât sa ^rte position » et combattît les Anglais sur un terrain 
^1. Ils appelaient cela , dans le langage de rScriture > descendre 
contre les Philistins à Gilgal. 

Cromf^l avait couché dans la maison du duc de Roxbnrgh, 
appelée Brosmouth , et son armée était stationnée dons Iç parc , 
lorsqu'il apprit qne les Ecossais quittaient leur forteresse pour 
hasarder une bataille. Il s-écria que Dieu les avait livrés entreses^ 
mains y et, demandant son cheval , il se mit à la tête de ses 
troupes. Arrivant près d'un régiment du Lancashire, il trouva un 
des officiers qui , pendant qu'on marchait , saisi d'un soudain en-^ 
thonsiasmOy prêchait les soldats. Gromwell l'éconta et lyirut tou- 
ché de son sermon. Au même moment , le soleil montra son large 
disque sur la surface unie de la .mer, non loin du lien du combat» 
Que le Seigneur lBe lève , dit-il, et que ses ennemis soient écrasésl 
JPuis un moment après y regardant le Ueu où la bataille était com» 
mencécy il ajouta: — Je proteste qu'ils fuient. 

Les espérances de Gromwell ne furent point trompées; les 
troupes d'Ecosse levées à la hâte ne purent soutenir le choc des 
vieux soldats anglais. Deux, régimens combattirent avec bravoure, ' 
et furent presque taillés en pièces, mais la plus grande partie de 
l'armée de Lesly fut mise en désordre sans faire beaucoup de ré* 
sistance. Un horrible massacre suivit , et on fit plus^urs prison- 
mers-auxquels la cruauté du gouvernement anglais réservait un 
sort jttsqu^alors inconnu dans les guerres entre chrétiens ; il fit 
transporter dans les établissemens anglais , en Amérique , ces in* 
fortunés captifs , sujets d'un royaume indépendant, et qui por- 
taient les armes par ordre légal de leur gouvernement : là il les 
vendit comme esclaves. 

La victoire décisive de Dunbar ouvrit tout le sud de TEcosseà 
Gromwell. Les Indépendans trouvèrent parmi la bourgeoisie quel*^ 
qnes amin et frères en reKgion, qui jasqu^alors n'avaient pas osé 
avouer pnbtiquemeht leurs opinions, dans la crainte que leur in- 
spiraient le0 Presbytériens. 

Presque toutes les places fortes, sur la rive méridionale du 
Ferih*; {ttFent'OOtiqoiies par les armes de Gromwell, ou rendues 



i60 HISTOIRE D'EGOÇSÉ. 

par la timidité de leurs défeasears. Le châteaa d'Edimboarg se 
soumit, mais non pas sans qu'on soupçonnât qa'il avait été rendu 
par trahison. Tantallon , Hume , Roslin , Borthwich , et autres for- 
teresses y tombèrent entre les mains de Cromwell. 

Des dissensions intestines ajoutaient aux malheurs.de TEcosse. 
Le comité des états, le roi, et les restes de Tarmée de Lesly, se 
retirèrent à Stirling , où ils espéraient tenir en défendant les dé- 
filés du Forth. Ua parlement assemblé à Perth était disposé, 
dans cette extrémité, à se relâcher de son excessive rigueur, et à 
admettre dans l'armée qu'il travaillait à réorganiser, les Presby; 
tériens modérés, les Eagagistes, et même les Royalistes et Mali- 
gnans qui seraient disposés à renoncer formellement à leurs an- 
ciennes erreurs. Les Royalistes acquiescèrent promptement à cette 
demande; mais leur prétendu repentir fut regardé en général 
comme une plaisanterie , faite à dessein d'obtenir la permission 
de porter les armes pour le roi ; les plus stricts Presbytériens con- 
sidérèrent cette, transaction avec les Malignans comme un crime: 
c'était, suivant leur expression, aller chercher des secours en 
Egypte. Les Presbytériens des contrées de l'ouest, en particulier; 
portèrent cette opinion si loin, qu'ils pensèrent que cette époque 
de détresse nationale était un moment heureux pour désavouer les 
intérêts du roi et ses droits; refusant de reconnaître que la vic- 
toire de Dunbar était due à l'habileté de Cromwell et à la valeur 
disciplinée de ses troupes , ils prétendirent qu'elle était une puni- 
tion justement infligée à la nation écossaise pour avoir embrassé 
la cause du rois Une armée d'environ quatre mille hommes se ras* 
sembla sous cette nouvelle bannière ; elle était commandée par 
Kerr et Strachau. Ils étaient résolus de s'opposer en même temps 
à l'invasion des Anglais, de combattre contre les troupes du roi, 
et d'accabler ainsi le royaume d'une triple guerre. Ces chefs d'un 
troisième parti, qui furent appelés les Remonstmlors, attaquèrent 
vigoureusement un fort détachement de cavalerie anglaise, qui 
était stationné dans Hamilton et commandé par le général Lam- 
bert; ils eurent d'abord quelque avantage; mais le succès même 
fut cause de leur désordre, et ils finirent par être entièrement 
défaits. Kerr, un de leurs chefs, fut blessé et fait prisonnier; 
et bientôt après, Strachau se révçlta, et se joignit à l'armée 
anglaise. 

Pendant ce temps, Cromwell fit les plus belles promesses à tous 
ceux qui voufarent l'écouter, et travailla, non pas tout^t- laiteu 



DEUXIEMB SERIE. (61 

yain» à persuader le rigide parti presbytérien , qu'il lui serait 
plus avantageux dese joindre aux indépendant, quoique différant 
entre eux d'opinidns religieu^s, et d'arriver ainsi à la paix et à une 
étroite union avec l'Angleterre , que d'adhérer à la cause du roi , 
qui y avec la famille de son père, avaient été si long-temps les per- 
turbateurs d'Israël. Je puis interrompre ici le cours des évène- 
mens publics pour raconter une anecdote qui n'est pas générale- 
ment connue : elle ne manque pas d'intérêt, et fait honneur au 
caractère de GromwelL 

Peu de temps après la victoire de Dunbar, Cromwell était à 
GlascoWy et assistait un dimanche au service presbytérien dans la 
principale église de cette ville. Le prédicateur / rigide presbyté- 
rien, ne fut nullement intimidé par la présence du général anglais ; 
et parlant franchement de l'état des affaires, qui étaient alors 
le texte ordinaire des sermons, il prêcha hardiment sur les erreurs 
et les hérésies des sectaires indépendans, insistant sur le devoir de 
résister à leurs doctrines, et traitant même avec peu de respect la 
personne de Cromwell. Un officier qui était assis derrière le gé- 
néral, lui parla plusieurs fois bas à l'oreille, et Cromwell chaque 
fois sembla lui imposer silence. La curiosité de la congrégation 
était vivement excitée. Enfin le service finit, et Cromwell allail 
quitter l'église , lorsqu'il jeta lés yeux sur un nommé Wilson , un 
ouvrier, qui demeurait depuis long-temps à Glascow , et l'appela 
par son nom. Cet homme s'enfuit aussitôt qu'il s'aperçut que le gé- 
néral faisait atten|tion à lui; CromweU ordonna qu'on le suivit, et 
qu'on le lui amenât, mais sans lui faire insulte. En même temps iV 
fit &ire ses complimens à l'ecclésiastique qui avait prêché, témoi- 
gnant le désir de le vjoir au quartier-général. Cette circonstance 
anginenta la curiosité du peuple , et lorsqu'on vit Wilson conduit 
comme prisonnier dans les appartemens de Cromwell , plusieurs 
habitans de Glascow if*estèrént à la porte pour attendre les résul- 
tats. Wilson reparut bienlât et montra à ses amis de l'argent que 
le général anglais lui avait donné pour boire à sa santé. Ses rela- 
tions avec Cromwell furent facilement expliquées. Cet homme 
était le fils d'un la |uais qui avait suivi Jacques YI en. Angleterre.. 
Par hasard Wilson avait été en apprentisf^age chez un cordonnier 
dans la même ville où vivait le père de Cromwell , et avait sou- 
vent joué avec maître Olivier, lorsqu'ils étaient en fans l'un et 
l'autre; il l'avait même obligé en faisant ponr lui des balles et 
autres joujoux. Lorsque Wilson s'était aperçu que cet ancien conir 

n 



|«2 aiS1«9RB VIOOSBE. 

pagnon le reconnaissait, il prit la fake, parce qne, se rappelant 
que son père avait été domestique dans la faniUe rojale, il pen- 
sait que ptobabletnent CromwelL, qui avait condoit le dériner roi à 
Péehafiud, persécutait tons ocvue qui lui avaient été attachés. Mais 
Gromwell 4e reçut airec bonté , lui parla de cette liaison d' enfance, 
et lui dotma de l'argent, -La fomiliarilé avec laquelle le général 
traita Wilsou engagea ce dernier à demander à son ancien ami ce 
qui s'était passéentre lui et Tofficier tandis que le prédicateur ton- 
nait contre les sectaires et leur général : Cet officier appelait le 
mimstre uti insolent coquiti, répondit-Cromwell qui n'était peut- 
étrepas fâché que son indulgente patience fût connue du pubËc; 
il me demandait la permission d'arracher le ministre de sa chaire 
par les oreilles; mais je lui ai commandé de se tenir tranquille, 
ajoutant que le ministre était un sot et lui aussi. Cette anecdote 
*flert à montrer le souvenir que Gromwell conservait des personnes 
et des visages. Il donna audience au prédicateur , et les argu- 
mens dont il se servit avec lui ne sont point parvenus à la con- 
naissance du public; mais ils étaient si eonvaincans, que le soir 
même le' prédicateur prononça un second discours, et ses expres- 
sions étaient bien adoucies à l'égard des Ind^endans et de 

leur chef. 

Quoique le sud de l'Ecosse fût snlijugué , et les remonstratùrs de 
Fouest dispersés par Gromwell, le parlement écossais, bien que 
retiré au-delà du Fprth, montrait une opposition décidée. Il ré- 
solut de couronner Gharlesll, cérémonie qui jusqu'alors avait été 
différée , mais qu'il se détermina à accomplir- comme pour donner 
un gage solennel de sa volonté à soutenir jusqu'au dernier mo- 
ment la cause dé la religion et de la constitution. 

Mais cette triste cérémonie fut sur le point de manquer par ^ab- 
sence du principal personnage. Gharles, dégoûté des invectives 
du clergé presbytérien , et peut-être se rappelant le sort de son 
père à Newcastle , forma une résolution précipitée de s'échapper 
du camp presbytérien. Il ne connaissait pas toute la faiblesse des 
royalistes* qui lui çonseillaieut cette démarche imprudente, et il 
se sauva dans les montagnes. Mais il ne < trouva qu'un petit 
nombre de montagnards à Glora , et qui n'arvaiem pas Tapparence 
de l'armée qu'il espérait- rencontrer; il se laissa facilement per- 
suader de retourner au uamp avec les gens qu'on avait envoyés à 
sa poursuite. 

Cette excarsioii j qu'on appela le stafi, ne tendit pas à augmen- 



SEUXIBWE SERIE. )6S 

ter la confiance entre le jeune roi et ses copiseillers presbytériens. 
La cérémonie da conronnemeat s'accomplit avec autant de solen- 
nité que. les circonstances le permettaient, mais elle fut mêlée 
d'incidens qui durent accroître les dégoûts de Charles. La confir- 
mation du Govenant fut présentée comme une partie essentielle 
de la cérémonie^ et le couronnement fut précédé d'un jeûne na- 
tional et d'une humiliation, ordonnés principalement en expiation 
des péchés de la famille royale. Une main suspecte , celle du mar- 
-qois d'Ârgyle , plaça n^e couronne peu solide sur la tête du fik 
d'un roi qu'il avait puissamment contribué à détrôner. 

C'était sans doute un mauvais présage , mais, d'un antre cdté, 
le roi poit d'une plus grande liberté qu'auparavant; là plupart 
des Engagistes reprirent l^wr siège au parlement, et plusieurs offi- 
ciers royalistes furent reçus dans l'armée. 

Déterminé à ne point tenter les chances d'une bataille décisive, 
le roi, qui commandait l'armée en personne, disposa ses troupes 
devant SUrlii^i ayant sur son frontj la rivière de Carron. 
Cromvrell approcha; mat^ il ne pouvait prudemment ni attaquer 
les Ecossais dans leurs retranchemens, ni trouver les moyens de 
les forcer m combat , à moins de leur présenter de grands avan- 
tages* Les armées ennemies restèrent en présence pendant plus 
4'un mois, et Cromwell dépécha le colonel Overton dans le comté 
•de Fifo, pour tourner le flanc gauche de l'armée écossaise et lui 
inte(rcepter leç vivres% Il fut joint, près de la ville d'Inverkeithing, 
par les Ecossais, comms^idés par Holborn et Brown. Le premier 
de ces officiers se conduisit avec lâcheté , peut-être mên^ avec 
perfidie. Brown combaUit vaillamment; mais il finit par être en- 
tièrement défai^, fut (ait prisonnier, et quelc^ue temps après mourut 
de chagrin. 

La situation de la.prix^c^^ale armée ^d'Ecosse sous Charles en 
personne devint hasardeuse «près cette défaite, et fut rendue pré- 
caire par les positions que 1^ Anglais obtinrent dans les comtés 
de Fife et de KinrQsç, ce qui leur procurait les moyens de couper 
les vtvHs à l'armée dp rni^ et d'intercepter ses communications 
avec le nord. Dans .ceit|e détresse, Charles adopta un plan liardi 
et décisif. Il résolut de changer le théâtre de la guerre et de le 
porter en Angleterre. Il décampa subitement; se dirigea à mai:ches 
forcées vers le sud-ouest, espérant que ses amis d'Angleterre au- 
rfâ«nt en le temps de prendre les armes ^vant que Gromwell 
l'attei^U* Mais les Cayaliers d'Angleterre étaient détruits en 

II. 



161 HISTOIRE D'£COSSE. 

partie , abattus par les revers , et par-dessus tout peu préparés à 
cette brusque inyasiouy qui semblait plutôt l'effet du désespoir que 
le résultat d'une mûre délibération. Les Presbytériens anglais, 
quoique disposés favorablement pour la cause royale, étaient ce- 
pendant moins enclins que les Cavaliers à se joindre au parti da 
roi y avant qu'un accommodement mutuel eût été réglé, ils étaient 
divisés et incertains , tandis que les républicains se montraient 
actifs et résplus. 

Les milices anglaises s'assemblèrent sous Lambert pour s'op- 
poser à l'armée de Charles, tandis que Cromwell le suivait de près 
par-derrière afin de profiter des avantages qui pourraient s'offrir. 
Les Ecossais atteignirent, sans beaucoup de difficulté, la ville 
àe Worcester, où, le 3 septembre 1651, la milice commandée par 
Lambert et les forcés régulières de Cromwell, attaquèrent les 
royalistes avec des forces moitié plus nombreuses que celles de 
ces derniers. 

Clarendon et d'autres auteurs anglais prétendent que l'armée 
écossaise fit peu de résistance. Cromwell au contraire, parlant de 
la bataille de Worcester dans son style particulier, dit « que c'é- 
tait une rude affaire , une glorieuse merci du ciel , le plus rude 
combat qu'il eût jamais soutenu. » Mais bien ou mal disputée , la 
journée fut entièrement perdue pour les Ecossais; trois mille 
hommes restèrent sur le champ de bataille; dix mille furent pris, 
et ceux qui survécurent à leurs blessutes et aux horreurs des pri- 
sons où ils étaient entassés , furent embarqués et vendus comme 
esclaves dans les plantations d'Amérique. ^ 

Echappé du champ de bataille, Charles se cacha dans d'obscures 
retraites sous différeiis déguisemens. Un jour il fut obligé de cher- 
cher un refuge parmiles rameaux touffus d'un chêne, qu'on ap- 
pela depuis ce moment le chêne royal. Une autre fois il galopa devant 
la voiture d'une dame, mistress Lane, comme son valet, et passa 
ainsi déguisé à travers une partie des forces du parlement. Après 
des fatigues sans nombre, beaucoup d'aventures rom^esques, et 
le contiquel danger d'être découvert, Charles se salR^a^nfin par 
mer , et , penîlant huit ans , erra d'une cour étrangère dans 
une autre , négligé , insulté quelquefois' comme un pauvre a;ven- 
turier, et réclamant un royaume qu'il semblait destiné à ne jamais 
posséder. * 

La défaite dé Worcester fut^un coup mortel pour le parti du roi 
en Ecosse. Le parlement , chassé de Stirling dans les montagnes, 



DEUXIEME SERIE. i6$ 

€8saya en Tain d'assembler de nouvelles forces. Les troi^>e8 an- 
glaisesy après le départ de Cromwell , furent placées sous le corn* 
mandement du ^général Monk , qui commençait à se faire con- 
naître d'une manière distinguée. C'était un gentilhomme de 
bonne naissance ; il avait servi le roi , mais ayant été fait prison- 
nier, il embrassa la cause du parlement, et combattit pour lui en 
Irlande. Il était brave et habile commandant, exempt de ce fo- 
natisme généralement répandu dans Tarméede Cromwell; c'était 
xm homnîe dont la sagacité était profonde, et le caractère froid et 
réservé. Les armes de Monk, secondées par Overton, Alured et 
antres officiers du parlement , parvinrent à réduire les unes après 
les autres les villes, les châteaux et les forteresses d'Ecosse. La' 
résistance partielle du riche port de Dundee fut punie par le feu et 
Tépée, et les autres villes, frappées d'épouvante, se rendirent sanis 
opposition. 

Le château deDunottar, dans le Kincardine-Shire , forteresse 
héréditaire des comtes-maréchaux d'Ecosse, fit une honorable ré- 
sistance, sous les ordres de John Ogilvy de Barras. Dunottar est 
situé sur un roc , presque séparé du sol par un profond ravin, et 
de l'autre côié suspendu sur Tocéan. C'était dans cette forte cita- 
delle que les A (^nTt^urr de F Ecosse t comme on les appelaii, c'est-à- 
dire la couronne , le sceptre , l'épée de l'Etat , symbole de la royauté 
écossaise, qui étaient en grande vénération parmi la nation, 
avaient été déposés après la bataille de Dunbar. On redoutait que 
ces gages si intimement liés à l'honneur national ne tombassent 
entre les mains d'étrangers schisma tiques et républicains. D'un 
antre c6té , les Anglais , qui désiraient ardemment posséder ces 
trophées (surtout parce qu'ils se forniaient une fausse idée de leilr 
valeur intrinsèque) , assiégèrent le château, et le bloquèrent par 
tore et par mer. Comme les provisions commençaiçiit à manquer, 
le gouverneur, prévoyant qu'une plus longue défense allait devenir 
impossible, conçut avec le secours de M. Granger, ministre de 
Kinneff, un stratagème pour sauver du déshonneur qui les mena- 
çait les anciens et vénérables regalia. La première précaution fut 
défaire courir le bruit que ces trésors nationaux avaient été con- 
duits dans l'étranger par sir John Kçith , le plus jeune fils du 
comte-maréchal, tige de la famille de Kintore. Mistress Granger, 
la femme du ministre > fut le principal agent dans ce qui suivit. 
Ayant obtenu du général anglais la permission d'emporter hors du 
cbâteau quelques hards ou paquets de lin, qui, disait-elle, étaient 



166 HISlt^lRE fi'ECOSSË. 

sa propriétë , elle eut le courage et l'adresse de cacher les ngaUa 
dans les paquets de liû ; et de les porter hardiment à travers le 
camp anglais 9 au risque de tout ce qui aurait pu lui arriver s'il 
avait été découvert qu^elle arrachait aux soldats la proie dont ils 
étaient avides. Elle joua son rôle avec tant de fermeté qu'elle 
trompa le générariui-mémè, qui la salua avec politesse , l'aida à 
mouter à cheval; ne se doutant pas qu'elle emportait la paitie la 
plus précieuse de son butin. Arrivée à Kinneff, le mibistre enterra 
ces reliques de la rpyauté sous la chaire de l'élise, et il les visitait 
de temps en temps afin de les envelopper de nouveau et de les em- 
pêcher de se détériorer. On soupçonna le gouverneur de Dunottar^ 
et lorsqiie le château finit par se rendre, faute de provisions , on le 
traita rigoureusement. Il fut emprisonné , et même appliqué à lator* 
ture, pour lui faire avouer Pendroit où les regalia étaient cachés. La 
femme du gouverneur, qui avait pris part à ce stratagème, fût sou- 
mise à de semblables rigueurs, ainsi que le ministre de Kmneff 
et sa courageuse moitié. Tous persistèrent à garder leur secret. 
Des récompenses furent distribuées après la restauration à cenX 
qui avaient concouru à sauver les honneurs y mais il ne paraît pas 
qu'elles aient été réparties suivant le mérité. Sir John Keith, du 
nom duquel on s'était servi, fut simplement créé comte deKiii» 
tore , et Ogilvy fut fait baronnet. Le courageux ministre et sa 
femnie ne reçurent qu'une pension. 

Les villes et châteaux d'Ecosse s^étant rendus , la résistance des 
Ecossais se borna à une guerre de peu d'importance, continuée par 
de petites bandes cachées dans les montagnes et les marais , qui 
saisissaient toutes les occasions de harceler les troupes anglaises 
et de détruire les bandes de soldats traîneurs. On les appela les 
Hoss-Troopers, ou soldats des Marais, d'un mot qui désignait au- 
trefois les maraudeurs des frontières. Sïais les Anglais , "qui ob- 
servaient la plus stricte discipline, ne souffraient pas beaucoup de 
ces efforU. passagers ; et comme ils épargnaient rarement les pri- 
sonâiers faits dans des escarmouches, les Ecossais se trouvèrent 
obligés de se soumettre, pour la première fois, à un usurpateur 
plus heureux que ne l'avaient été jusqu'alors tous les souverains 
^'Angleterre^ Leur résistance cessa, mais leur haine guettait une 
pluç sûre occasion de vengeance. Les montagnards , cependant, 
forts de la position de leur pays et du caractère des habitans, con- 
tinuèrent à narguer l'autorité anglaise, et si les soldats s'aventu^ 
raient seuls ou en petit nombre du côté des montagnes, ils étaient 



IWJXIfiME SEftlS. 167 

certaÎM d'écre sarpmet tués sans qu'on pût àécowvm les moteurs 
de leur mort. Legcifieiers anglais essayèrent d'obtenir des cbetÎB 
Yoisin^, qui prétendaient ignorer eaûèreBifint ce qui se passait 
près dfeaxy qu'ils punissent ces actions cofiune elles le méritaient , 
mais cette coniBlissioA fut en général ifigéoieusemeat éliidée* 

Par exemple, une garnison anglaise avak perdu des bestiaux, 
descbevaiix et même des. hommes, par TinYasion d'uii. clan dea 
luHite84erreSy qui habitait dana* les montagnes voisines. Le gou* 
yeraear, ofimsé, demanda que les auteur& de oes déprédations loi 
fussent livrés pour être punis. Le Cbsf n'était point en position de 
résister, mais il n'eu avait pas davantage l'intentiou de livrer les 
lisnmes complices du creagh.^ qui étaient {Hrohablement les plus 
hardis, pu, comme on le disait almrs , ks plnsya&> hommes de soa 
nos. Pour sortir facifement de cet embarras , on dit qu'il ramassa 
deux ou Urois YÎeiUards qui n'étaient plus bous à rien , et qu'il lea 
envoya au commandant an^is , comme s'ils eussent été les ca» 
temnimi {âUards qu'ildemandait. L'officier anglaiaordoniia^iu'oii 
les pen^i SAisaitût, in Urrommf ce qui fut exécuté sans fair« at- 
temàoQ à leurs protestations d'innocence et même sans les com^ 
pmBdm. U bat penser que les auj^res Chefs réfractaires. Uirouvè*' 
reutdts Hboyena pkis hoùarablea de conserver leur aulXNrité. 

Buis le méuM temps, Olivier Cromwell accomplissait en Au^ 
gleterre une résolution extraordinaire, que je ne fèr-ai qu'indiquer 
itt. Aidé de son conseil d'officiers , qui avait si souvent porté ia 
^iakase dans le parlement en empêchant à» siéger les membres 
qa'il craignait, il rÀokit de détruine lesxealeade.ee coiys. Dan^ 
ce dessein, le général vint à la cbambse des. eomuumes au mo- 
iMnt où elle était assemblée ; U dit aux menées d'^un ton insolent 
qu'ils ne composaient plus un parlement, et en inaulta{Uusieurs «a 
lear dmmant des nema injurieu?:^ U appela ensuil£ un. oorps-dev 
sûUaig^ ei; lonr cooMnanda d'emfKMrter oe hochet^ désignant la> 
ii^awed'wr^ntqui estremblème de l'autorité des chaudires. Et 
^^^assa^tde faipce les membres hoirs de la salle, il ferma la porte à 
^f et cassa aiusi le corps mémorablequi avait &it la guerre an 
ou, amtit détruit aou «nuée, l'avait déti^daé et condw»^^ n»ort^ 
tt ^ai Gepeadant tombait sous l>utoFité d'un de ses probes mem^ 
l>res. L'un des officiers de son^ propre choix, qui dans le commen- 
<^ttent des'trooblea'était pegai^oomme nahomniie4le jpieude 
OMsidàr^iîuu, Olivier GfomweU, s^M^td'mie main ferme leau- 
P^e pouvoir, et se dcAiH^ Je ttee de Proteptenr des r^uUiifies^ 



1«8 HISTOIRE D'ECQSSB. 

de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, titre sous1e((Qel llgoarenia 
ces lies, jusqu'à sa mort, avec une autorité plus étendue que celle 
que possédèrent jamais ses monarques légitimes. 

•La pensée que l'usurpation de Gromwell occasionerait des 
troubles en Angleterre détermina l^s royalistes à tenter un sou- 
lèvement général, dans lequel ils espéraient ôtre soutenus par une 
partie des Chefs des hautes-terres. On se rappelait les succès de 
Montrose, quoiqu'on semblât oublier que c'était plutôt son propre 
génie que ses ressources qui les avait obtenus. Le.comte de Glen- 
cairn fut placé par une commission du roi à la tête de l'insurrec- 
tion ; il fut joint par le comte d'Athole, par le fils de Théroïtine 
Montrose, par lord Lorn, le fils du marquis d'Argyle, et d'autres 
seigneurs. Un jeune et romanesque Cavalier anglais , nommé Wo- 
gan, rejoignit l'armée des insurgés, à la tête d'un corps de quatre- 
vingts chevaux , qu'il amena par-une marche fatigante et daqge- 
reuse à travers l'Angleterre et les basses-terres d'Ecosse. Cette 
brave troupe combattit souvent contrôles forces de la république, 
et particulièrement contre un régiment de cavalerie appelé le 
Mur-d'airain parce qu'il n'avait jamais été enfoncé. Wogan défit 
cependant une partie de ces invincibles, mais reçut plusieurs bles- 
sures qui, n'étant pas mortelles, le devinrent faute des soins d'un 
bon chirurgien; c'est ainsi que dans une obscure ^escarmouche se 
termina la carrière d'un royaliste enthousiaste. 

L'armée commandée par Glencairn s'augmenta de cinq mille 
bbmmes ; c'était un nombre beaucoup plus considérable que celui 
dont MoQtrose disposait ordinairement. Mais Glencairn , quoique 
brave et gentilhomme accompli , semble avoir manqué de talens 
militaires, ou plutôt de l'art de s'assurer la bonùe volôiité et l'o- 
béissance des différeus Chefs et nobles quiconimandaient sous loi- 
Ce fut en vain que pour les réconcilier et terminer leurs querelles, 
Charles nomma pour commandant en chef le général Middleton, 
qui , après avoir combattu contre Montrose pour la cause du Go- 
venant , était enfin devenu tout-à-fait royaliste, et comme tel pos- 
sédait la confiance de Charles. Mais ses talens militaires n'étaient 
pas assez bt illans pour faire taire les réflexions qu'on se permettait 
sur son obscure origine, et pour surmonter les difficuli;és de sa 
position. 

Le général Middleton n'eut pas sujet de se féciliter de sa ré- 
ception dans l'armée des hautes-terres ; la scène suivante eut lieu 
à la fête qu'il donna lorsqu'il en prit le commandement. GlenCairu 



DEUXIEME SERIE. 169 

parlait avec éloge des hommes qu'il a^ait rassemblés pour le ser- 
yice du roi, et jparticulièremeut des montagnards; sir George 
Munroy qui ayait servi dans les guerres d'Allemagne, et qui mé- 
prisait tomes les troupes irrégulières, ré|iliqaa vivement, et jura 
que les hommes dont le comi^ faisait Téloge étaient un amas de 
bandits et de voleurs, qu'il espérait remplacer par des, soldats en- 
tièrement différens. Gleugarry, Chef montagnard qui était présent, 
se leva pour punir cet insolent langage ; mais Glencairn le pré- 
vint, et dit à Munro : — Vous êtes un vil menteur 1 Ces hommes 
ne sont ni de& bandits ni des voleurs, m^iis de vaillans gentils- 
hommes et de braves soldats. 

En dépit dets efforts de Middléton pour ramener la paix , cette 
altercation fut suivie d'un duel ; et les deux adversaires combatti- 
rent à cheval, d'abord avec des pistolets, puis ensuite avec des 
sabres. Sir George Munro ayant reçu une blessure à la main qui 
tenait la bride, dit au comte qu'il lui devenait impossible de con- 
duire son cheval et qu'il désirait continuer le combat à pied. — 
Vil paysan, répondit Glencairn, je puis me mesurer avec toi aiissi 
bien à pied qu'à cheval. Tous les deux descendirent et s'attaque^ 
rent fièrement avec leurs sabres. Munro reçut une blessure qui lui 
traversa le front ; le sang coulait avec tant d'abondance dans ses 
yeux qu'il n'y voyait plus pour continuer le combat. Glencairn 
allait passer son sabre à travers le corps dç son ennemi, lorsque 
son doibestique détourna la pointe dé son sabre en disant : Vous 
avez assez de lui , Milord , la victoire est à vous. Glencairn, tou- 
jours en colère, frappa de son arme les épaules de l'importun paci- 
ficateur, retourna à ses quartiers , et peu de temps après fitt mis 
aux arrêts par l'ordre de son général. 

Avant que cette querelle fût apaisée, un capitaine Livingstone , 
ami de Munro, discuta si chaudement sur cette affaire avec un 
gentilhomme nommé Lindsay , que la contestation finit par un dueL 
Lindsay tua Livingstone sur la place. Le général Middléton, malgré 
Tintercession de Glencairn , ordonna que Lindsay fût exécuté en 
vertu de la loi martiale; alors Glencairn quitta l'armée avec sa 
suite, et quelque temps après ,. retournant dans les basses*terrès, 
fit sa paix avec les Anglais. Son exemple fut suivi de prc^^ue tous 
les nobles des plaines, qui commençaient à être las des longues 
marches, des quartiers des hautes-terres, et des obscures escar- 
mouches sans résultat important. 

Middléton essaya de continuer la guerre > quoique Gromwell 



110' HISIOO» DVCOSSB.. 

eiiToyâlrdeiioiivelles forées dans les moatagnes. Enfin il fut dâaît 
à Loch«Gaiy le26}oiUet 1654; aprè^quoi sonaraifeiiitdisperëée, 
et bormâne obligé é» sé retiver dan» rétranger. Les trempes an* 
glaiges-map ch èp o nt aloTB à travers les hantesrMiTes, et forcèrent 
les principan dans à se soumettre à- l'aiHorité dii Proteotenr. 

Je YMâÊ Tonsfiarkr ki d'an Chef fort célèbre à cette-époqne ; car 
Tons ooniiaîtrez mieux cette race d'hommes sans cubâre par des 
anecdotes personnelles , que par des détails de condMUs qni se pas- 
sèrent dans des lie«& dent on peot à peine pronencer le nonu 

Evmk Ciameren de Locfaiel , chef da clan puissant de Cameron^ 
était né en 1629. Il fut appelé Mac-Connoill Bba (lefikde Donald 
leDMr )y du nom de€amiUe qui indiquait son exiraotMo, et Ëvan 
Dha^ on Evan le Neir, à- cause' de son tekit basané. Le jeune 
Leebiel fut éler^é par les Boîns du marqcnsi d' Argyle , et faisait 
partie de la «uite de oe sngneur, q«i le gardait ooniflie otage eu 
comme garantie de la paisible conduiie de ssn dnnv On dit que 
dans lagficrre eÎTile , le jeune chef fiit eaftraîaé dans la canse da 
roi p» les«xliortaliiMM de sir Robert SpotMweod^ alors en prison 
à Sant-A^ndréy et qtà fttt eséomé peu de temps après, comme nous 
aiwmsdqadit. 

fivan: Dha, ayant embrasséoes principes, fiit on des premiersà 
se jaindreà IHnsnrrectton de 1*6^2, dmat je vidhsde faire un court, 
récit. Pendent près de deaK,.anS) il fut tcsjoovs en aTant, et 9t 
cendoisitaiviee une grande bra?iFonre dan&les«diltérentes esoarmoa- 
ches qm eurent lieu; 11 fat cependant une Ibbs foroé de quitter fe 
corps d'année y ajqirenant que lies Anglais. s'approchaient du Lo* 
cbidier dans fe dessôn de dérae^ le pays da LoobleL; il se bka 
donc d'aller protéger ses proprerpoaseesietiset cellësde«aiidan. 

En retenant dana aes-domanies , Loehiel ent la rnsn-ûfication de 
troa^9«r que lea Anglais an^kotoBis^amiaon à Inverfecfay^ dansle 
b«t de fenmr à la sooiimsien les clans royattsies da vetaÏAage^ 
panîeafièremeBt fe* sien , ^ les Mac-Oonaids de Glengsurry et 
ISppoK^. n prk la résnliition de surveiller de porèsilenr oonduitev 
et renToyant le reste de sa siMle^ qaf^ n^ànr-ait pu g«rder sans, 
atlîrer l'al!tentfen smr ses actions , il ee caeiia dana le» bois avec, 
environ cinquante i|OBMnes>choÎ6ifr, àquelqneBaiiUflsd^tn^erlodiy* 

Cétail laprtitique e<nH«anitede CromufreH et de aes officiers^ 
tant en Mande qu'en Bcesse, d':abalitre tA de djélraire les flDréts^ 
dans lesquelles les naturels du pays trweroient un refiige etdas. 
mojftnsde le AHéndre, Cieidb>nnémeiil.à «e^tte ngfe :génénaiey le 



DEUXIEHK SERIE. ITt 

commandant f Inverlochy fit embarqner trois cent^ hommes snr 
de légers yaisseéux, a^ec ordre de prendre terre dans un Iie« 
nommé Achdalewy et de détruire Lochiel-Castle ainsi ^^pie ses bois. 
Lochiel, qui sàrreinait leurs monvemens, Titdd>aTqQerles soldats 
anglais ; la moitié de la tronpe portait des haches et d'antres ontH» 
comme nne compa^ie d'onrrierSy Pantre moitié était sons le» 
armes pour protéger les travailleurs. Malgré la (fiflérence da 
nombre y le chef jura que les soldats rouges ( on appelait ainsi 1er 
Anglais à cause de leur uniforme ), paieraient cher pour chaque 
bullock on arbre qu'ils détruiraient snr la propriété dn soUatnoir 
( faisant allusion à la couleur de son tartan , on peiit**étre à so» 
teint ). n demanda ensuite à ceux des gens de sa soite qui avaient 
servi sous Montrose, s'ils avaient jamais vn le grand marquis 
affronter un nombre si supérieur; ils répondirent qu'ils ne pcfû» 
vaient se rappeler aucun exemple d'une telle témérité. — Néan- 
moins nous combattrons, dit Evan Dhu , et si chacun de nous tue 
un homme, ce qui n'est pas une grande affaire, je réponds de 
l'événement. Afin que sa fkmille ne fût pas détruite dans une 
entreprise aussi hasardeuse , il ordonna que son frère AHan f&k 
attaché à un arbre, pour empêcher qu'il dé se joignît aux eom- 
battàns. Mais Allan gagna un petit garçon, qui avait été laissé 
pour le servir, et qui délia la corde : bientôt il fht an mflieu i&^ 
la mêlée, se battant aussi vaillamment qu'Evan lui-même. 

LesGamenms, cachés .par les arbres, avancèrent assez près 
de l'ennemi pour Itd envoyer une grêle inatl«ndîre de balles et de 
flèches, qui tua trente hommes. Avant que kes Anglais pussent 
revenir de leur surprise, les montagnards étaient au milieu d'eux, 
renversant tout avec une inconcevable furie, aidés de leurs pe* 
santés épées et de leurs haches. Après mie brave insistance, la 
masse des Anglais se retira vers les vaisseaux. Evan Dhn com» 
manda à un jouedr de cornemuse et à quelques hommes de péné» 
treîr entre les ennemis eileurs barques, et de faire entendre le 
pÔïTOch et le cri -de guerre, jusqu^à ce que le bruit fit présumer 
qu'il y avait un atitre corps de montagnards en embuscade pour 
leur couper la retraite. Les Anglais, furieux et réduits au déses^ 
poir par cette nouvelle alkrme , retournèrent sur leurs pas comme 
de braves gens, et se jetèrent de nouveau sur les premiers assafl*- * 
lans. Si lès ouvriers avaient eu des armes, peut-être Lochiel 
n'aurait guère «u raison de se fSliciter des résukats de cet auda* 
eieux 8trtftag%ttitt« 



172 HISTOIRE D'ECOSSE. 

■ 

Evan Dhu soatint lai-même an combat singulier qui nons semble 
bien caractériser la férocité de Tépoque. Ce Chef fut attaqué par 
un officier anglais de force athlétique ; comme ils étaient séparés 
-de la mêlée y ils se mesurèrent seuls pendant quelque temps. Lo- 
chiel fut assez adroit pour désarmer l'Anglais , mais son adver- 
saire gigantesque l'étreignit étroitement dans ses bras, et dans 
les efforts qui s'ensuivirent tous les deux tombèrent par terre, 
mais l'Anglais avait le dessjus. 11 allait saisir son épée, qui n'était 
qu'à la distance de sa main, et naturellement il tendait le cou 
dans la même direction, lorsque le chef montagnard saisit son 
ennemi par la nuque , et enfonçant ses dents aussi profondément 
qu^un chat sauvage aurait pu le faire, dans le cou découvert de 
l'Anglais , il lui arracha la trachée-artère ; l'officier mourut de 
cette étrange manière. Lochiel était si loin de désavouer cette 
singulière défense ou d'en éprouver quelque honte, qu'on l'en- 
tendit souvent dire depuis que c'était le meilleur morceau qu'il eût 
goûté de sa vie. 

Lorsque Lochiel se fut ainsi tiré du danger, et qu'il lui fut 
possible de rejoindre ses gens, il s'aperçut qu'ils n'avaient pas 
seulement poursuivi les Anglais jusque sur le rivage, mais jusque 
dans la mer, taillant en pièces tous ceux qu'ils pouvaient at- 
teindre. Il avança lui-même dans l'eau jusqu'au cou, et observant 
qu'un homme sur un des vaisseaux le couchait en joue avec son 
mousquet, il plongea sous l'eau , et la balle rasa sa tête. Un autre 
adroit tireur fut trompé dans son but par l'affection du frère de 
lait du Chef, qui se jeta entre l'Anglais et l'objet qu'il visait, et 
fut tué par la balle qui était destinée à son chef. 

Ayant détruit une seconde troupe qui s'était hasardée à. sortir 
du fort, et châtié suf^samment, suivant son opinion, la garnison 
d'Inverlochy, Lochiel rejoignit Middleton , mais fut promptement 
rappelé dans le Lochaber par de nouvelles dévastations. Laissant 
la plupart de se3 gens au général royaliste, Evan Dhu revint 
avec une telle hâte et un tel mystère, qu'il surprit de nouveau 
une forte troupe qui ^ s'occupait à abattre ses bois, et se précipi- 
tant sur elle tout à coup, il t^a sur la place pne centaine d'hommies 
et tous leâ officiers, chassant les autres jusque sous les mnts 
d'Inverlochy! 

L'armée de Middleton étant dissoute, il se passa bien du temps 
ayant que Lochiel pût se décider à accepter la paix que les Anglais 
lui offraient, \\ continua de les harceler en attaquant le^ corps 



DEUXIEME SEME. f7S 

détaches qui s'écartaient de la garnison ainsi qae les officiers qui 
allaient à la chasse dans les bois, ou les ingénieurs envoyés pour 
explorer les hautes-terfes, et dont il fit un grand nombre prison- 
niers; it enferma ces derniers dans une île désolée , sur un petit 
lac nommé Loch Ortnig. Par de tels exploits il se rendit si im* 
portun aux Anglais ^ qu^ils lui offirirent la paix à des conditions 
modérées. Ces offres furent d'abord repoussées ; Evan Dhu ré* 
pondit qu'il n^abjurerait jamais l'obéissance qu'il devait au roi, 
surtout avec Talternative d'être exilé ou mis hors la loi ; maia 
lorsqu'on lui fit entendre qu'on exigerait seulement qu'il vécât en 
paix sons le gouvernement reconnu , il fit sa soumission an pou«> 
voir existant, avec une grande solennité. 

Lochiel vint à la tête de son clan sous les armes à la garnisoo^ 
d'Inverlochy; les troupes anglaises étaient rangées sur une Ugne 
en face des Camerons ; ces derniers posèrent leurs armes au nom 
de Charles II , et les reprirent de nouveau au nom des états, sans 
mentionner Gromwell. Par ce traité honorable, le dernier Ec-os» 
sais qui soutenait encore la cause de Charles Stuart se soumit à 
l'autorité de la république. 

On rapporte que ce fut ce Chef célèbre qui tua de sa propre 
main le dernier loup qui ait paru dans les montagnes d'Ecosse» 
La tradition nous transmet une autre anecdote sur son compte» 
Etant surpris par la nuit en revenant soit d'un combat, soit d'une 
partie de chasse, il se coucha par terre,. ainsi que ses gens, pour 
dormir sur la neige. Comme il s'apprêtait à reposer, il aperçut 
un de ses fils ou un de ses neveux qui avait roulé une grosse 
boule de neige sur laquelle il posait sa tête; indigné de ce qu'il 
regardait comme une recherche efféminée, il se leva, donna un 
coup de pied à la boule de neige qui était sons la tête du dormeur, 
et s'écria : — Êtes-vous devenu si mou, que vous ne puissiez plua 
dormir sans oreiller ? 

Après l'avènement de Jacques II, Lochiel vint à la cour pour 
obtenir la grâce de quelques hommes de son clan qui par méprise 
avaient fait feu sur des gens d' Atholé et en avaient tué plusieurs. 
Il fut reçu avec la plus honorable distinction , et sa demandé lui 
fut accordée. Le roi, voulant le faire chevalier, demanda au Chef 
sa propre épée afin de donner à la cérémonie un caractère plus 
particulier : Lochiel. était venu d'Ecosse à cheval ( c'était alors la 
seule manière de voyager) ; une pluie continuelle avait rouillé sa 
fidèle épée, et dans ce mom^t personne n'aurait pu venir à bout 



m HoraoïMt VKxmsE. 

rde la tirer. HiuttUié de l'idée qve le§ cenitisa w po w»wt pcanser 
qu'il n'était paa capable de tirer sa i«ppce iépée^ il se vit à tondre 
en larmes. 

— Ne faites pmnt attentien. à ce petit acci4^itt.,aiaB fidèle 
amiy dit le roi Jaoqnea avec, autant de bmté q^ .de,ciMirtoûie; 
"votre épée eût quitté d'ieUtHnème le feiurre^a si la cause royale 
l'eût exigé. — ^Après aviMr prenoneé ces mots » il coaféraà Locbid 
•l'h^mnenr de la chi^yalèrie en se acnrant de sa pvo|Mre épée, qu'il 
4)ffrit au no«Kfea« cheTalier aacsilût .que la cérémMiie fat ac- 
ecmplie. 

Sir E^n Dbu défendit pourladetniàiiefinsla csMisckdcsStuarts 
à la bataille de KilUecrankie. Loraqne la guerre civile fut ter- 
aninée, il vieyUt dans la paix^ et^i^écut îu/iqu'en 1719. U était 
alors âgé d'enviren qiiatve-¥ingll4tiL ans, et tcUemem dépourvu 
de force et de faenltés» qne eegnecrier si formidibl^^t^it pourri 
et bercé comme, nn tnfani dana simbcarcean. 



CiHAiPITRE XIV. 



adiniaiitratlon de k jastice en Ecosse soas Cromwell. — Impôts établis par Ini. "- àffldics de 
. r Egiisa. -<« Bés*l«iio«i8t«t «t ftentastnilDit. -^ VmeH ^ iiimri|iiiim 



Maiktsnant Bons jetterons,]mtCQiip.d'œil géuéral.finr l'Ecosse, 
réduite à nne sf^nûssûontmomentAPée sous CromwQU, dont le 
pouToir, dans^ccipays et pai^tQot^am^Mjr^^ pétait fondé q^e sur 
Tusurpation nuUtaire. Il fitconstruire.de fortes citad^ILç^iLeith) 
Ayr, Invemess et Glascow. Dix-huit gardons f^reQtAl9Liute0ae8 
4ans le royaume , . et une aminée pernvapcute de di^. mille hommes 
assura la sonmissiû^.des Efios^is. Monk» dont on a ffi^lé $i cou- 
vent, commandait cctt^ armée,; il. était je^ .outre m/?wbre du con- 
aeil d'Etaty aujiuel lç,pauKoir<§^éi[;utif était confié. l^xàBvofJ^^^ 
«était président de ce coi:ps;Met des. neuf membres gui le compo- 
saient, il y en avait seulement dew^ Swingtoïi et JUpcldwir, qm 
étaient natifs d'Ecosse. \ 

Pour.régulariser l'administration de la justice publiquci quatre 
jqges anglais et trois juges écossaisiureat nommée afin d'^^^^ 



DSUniME SBIIII. 175 

les cansea, et-rwidre la justice dans les. dreuits ^« Im juges an» 
glais, on peut le supposer, étaient d'assez maiiTaîs jorisconsiilleSy 
mais ils admânistraient la justice avec une impartialité à laquelle 
la nation, écossaise n'avait point été habituée» et qui cessa lom^ue 
les juges écossais dirent rétablis » après la restauration. 

On parlait un jour, dans le commencement du siècle suivant,, à 
nn juge instruit, de l'impartialité des hommes enq>loyés par Crom- 
well ; Sa Seigneurie répondit avec calme: — Qoelediable les remer- 
cie de leur impartialité : c'était nue bande de coquins sans parens I 
pour ma part,. je ne pois jamaisdonner tort à un cousin on à un ami. 
La honteuse partialité des cours de justice d'Ecosse r^iMirut, 
comme nous l'avons dit, avec la restauration. Alors les juges 
n'étaient pas seulement gagnés par les sollicitations d'amis par- 
ticuliers et l'influence des parons, mais par l'intervention des 
personnes puissantes et par la séduction des présens. 

Sous le rapport des taxes, le gouvernement d'Olivier Grom- 
weU, en Ecosse, était oppressif à l'excès, puisqu'il .parait qn'U 
tira de ce pays une contributicm de cent mille livres par mois; et 
même quoiqu'elle fût gradueUement diminuée et ne se montât 
plus qu'à soixatite-douze.mille livres par an, on ne la paya ja- 
mais qu'avec la plus grande difficulté. 11 est vrai que quelque 
soulagement fut produit par la circulation de l'argent que l'Angle- 
terre payait à ses soldats et à ses établissemens civils, qui fut 
pendant un tempsévaluéà un demi-million par an, ^tne fut jamais 
an-dessous de cette somme. 

A l'égard de l'Eglise, .Oronxwell prévit ^prudiNlisient que Tim- 
pertance des prédicateurs diminuerait peu à peu, ;en les laissant 
s'insulter les uns les autres, mais en. leur défendant leurs.congré- 
^atians aux armes» Ils continuèrent de rester séparés par lesvdis- 
cordes ^qui s'étaient élevées .après la mort dn roi. La majorité 
était Résolutioniste; les.Résolutionistes reconnaissaient les droits 
dn roi, et ne voulaient pas renoncer à prier pour lui^ ma}gré le 
danger de.cea pvières. Les,Remonstrators, qui n'avaiieat jamais 
admis déraisons saffisantea pour.embrasser la cause al recon- 
naîtire las. droits de Charles II, rendaient obéissaiice:.«u,geuv^me- 
meiiX anglais, et ne bû&aientajiGune mention du roi dansileurs 
prières publiques. Les Indépeildans traitaient ces deux partis 
avec une dédaigneuse indifférence^ et leur imposaient «eulamfent la 
loi d'être tolérans Tua envers^ l'autre. 

V. Xft Grande-Bretagne fat de tetnps immémorial diTiAM-en tfrw/K oa eircofueripUont jndMains, 



176 HISTOiaB D*BGOSSE. 

Gependahty qomqae divisé «n différentes classes, le presbjtëria- 
uisme coaiiuaait à être la religion dcHninante, Le caractère de la 
nation écossaise ne semblait pas propre à admettre les diverses 
sectes qui avaient été si fertiles en Angleterre. Les paisibles et 
innocens Quakers fiireîit les senb sectaires qui gagnèrent quelques 
prosélytes de distinttion. Les Indépendans, portant une autre qua« 
lification, firent peu de progrès, vu la vigilance avec laquelle le 
clergé presbytérien maintint l'unité de l'Eglise, Cromiwell lai- 
méme fut obligé de montrer de la déférence aux opinions demi* 
nantesi 11 nomma une commission d'environ trente ministres de la 
classe des Remonstrators, et déclara que, sans un certificat de 
trois ou quatre de ces membres choisis, aucun ministre, quoiqu'il 
pût être appelé à l'église, ne jouirait d'un salaire. Cette décision 
remit les clés de l'Eglise (du moins en ce qui concernait les émo- 
lumens ) entièrement entre les mains des Presbytériens. On doit 
supposer que ceux qui se chargèrent des fonctions de commissaires 
(car beaucoup refusèrent d'en faire partie, pensant que les devoirs 
de cette commission ecclésiastique ressemblaient trop à Tépisco- 
pat), prirent soin de n'admettre aucun ministre dont les opinions 
ne fussent en harmonie avec les leurs. Les nectaires qui étaient 
employés dans les affaires civiles étaient méprisés et souvent tra- 
versés dans leurs desseins. En général , malgré les victoires des 
Indépendans sur le champ de bataille, leur doctrine fil peu de pro- 
sélytes en Ecosse. 

Pendant les quatre années qui succédèrent à la guerre civile, 
lorsque la tranquillité fut rétablie , l'armée royaliste ayant été dé- 
truite (années qui précédèrent la restauration de la monarchie), 
il n'arriva aucun événement digne d'attention. Le courage de 
la nation était abattu et comprimé. Les nobles , qui jadis n'avaient 
été soumis qu'imparfaitement à leurs monarques légitimes , ram- 
paient alors sous la verge de fer d'un usurpateur anglais. La plu- 
part se retirèrent dans leurs domaines ou châteaux, et vécurent 
dans robscurité , exerçant sur leurs vassaux le pouvoir limité 
que les garnisons du voisinage leur permettaient de conserver. 
Ces garnisons empêchaient , comme de raison , que le peuple ne 
fût appelé aux armes» et que les barons ne se fissent la guerre les 
uns aux autres. 

Jusque-là l'assnjettissement du paysétait à l'avantage des tenan- 
ciers et de la classe du peuple, qui jouisssiient de pins de pàîx et de 
tranquillité que pendant les guerres civiles. Mais le poids des im- 



DBCnOSME SERIE. 177 

pdtSy recueillis par des soldats étrangers, et l'hamiliation qu'il y 
avait à rester soumis à une puissance rivale, contre-balançaient 
l'absence de l'oppression féodale. * • 

A défaut d'autre matière, je puis mentionner un sujet qui est fort 
intéressant, parce qu'il caractérise particulièrement les usages 
d'Ecosse : je veux dire les fréquentes accusations de sorcellerie qui 
distinguent cette époque. 

L'£criture fait allusion plusieurs fois à l'existence des sorciers ; 
et^ quoique les théologiens aient eu. des doutes sur leur espèce et 
leur nature, cependant la plupart des nations européennes ont des 
lois fondées sur ce texte de FExode : Tu ne souffriras pas qu'un 
sorcier vive. Les réformés, quoique rejetant les miracles des catho- 
liques, conservèrent avec ténacité la croyance à l'existeucedes 
sorciers, et punirent avec toute la sévérité des lois les malheureuses 
créatures accusées de sorcellerie. 

Les progrès de la civilisation et du bon sens ont plus tard aboli 
ces lois cruelles dans presque toute TEurope. On a pensé judicieu- 
sement que depuis que Dieu a cessé de manifester son propre pou- 
vmr par la suspension directe et miraculeuse des lois ordinaires de 
la nature, il est déraisonnable de supposer que des esprits de 
ténèbres auraient la puissance de former une ligue avec de misé- 
rables mortels, et de leur donner un pouvoir surnaturel pour tour- 
menter leurs semblables. La vérité de ce raisonnement a été 
prouvée par un fait général, c'est que, lorsque les lois contre la 
sorcellerie ont été abolies , on a rarement entendu parler de sor- 
ciers, même parmi les classes du peuple. 

Mais, dans le dix-septième siècle, la croyance à ce crime ima- 
ginaire était générale, et les poursuites, particulièrement en 
Ecosse, étaient fréquentes. Jacques Vl/ qui souvent fit un usage 
bien ridicule du savofr qu'il avait acquis, se donna la peine d'écrire 
un traité contre la sorcellerie, comme il en composa un contre 
l'usage de fumer du tabac; et le clergé presbytérien, dont les sen* 
timens furent souvent en opposition avec ceux de ce. monarque, 
partagea cette fois entièrement son opinion sur ce point de doi^trine, 
et bien des malheureux furent mis à mort comme coupables du 
crime de sorcellerie. 

Je dois faire observer cependant que quelques-uns de ceux qui 
furent exécutés pour cause de sorcellerie méritaient leur sort. 
C'étaient souvent des imposteurs des deux sexes, qui trompaient 
les personnes crédules en prétendant correspondre avec des puis- 



178 msrOIRE D'ECOSSE, 

sauces surnaturelles , et qui leur procuraient des philtres {)Oûr 9é 
yengipr^de leurs enhemis. Ces philtres étaient pour l'ordinaire des 
compositions empoisonnées qui devenaient fatales à ceux qjû les 
prenaient, l^armi plusieurs faits, je puis citer une anecdote sur 
une dame de haut rang^, la seconde femme d'un comte écossaiSi 
qui» désirant faire mourir le fik BÏaé que son mari avait eu d*un 
premier mariage , afin que son propre fik succédât aux domaines et 
au titre de son père, se procura des drogues d*une femme des High* 
lands qui prétendait avoir des connaissances surnaturelles. Les 
fnaestes ingrédiens furent mis à part par la méchante comtesse, 
pour être présentés à sa victime à la première occasion. Mais le 
ciel trompa ses desseins, et lui infligea en même temps une horrible 
punition. Son propre fils, à l'avantage duquel elle méditait ce 
crime, revenant de la chasse, fatigué et altéré, aperçut par hasard 
la fatale coupe, but sans hésiter, et mourut empoisonné. 

Le coupable auteur de ce crime fut jugé et exécuté; et, qaoiqae 
personne ne pût être fiiché que celle qui avait servi d'agent dans 
cette affaire fût punie, il est cependant clair qu'elle ne méritait 
pas la mort comjne sorcièrei mais conune complice d'un assassinat 
par le poison. 

La plupart des pauvres créatures qui furent condamnées à mort 
pour sorcellerie étaient des personnes âgées, des femmes en géné- 
ral vivant seules, dans la misère, et disposées t par Taigreur que 
donnent quelquefois la vieillesse et les infirmités , à prédire et à 
désirer du mal aux voisins par lesquels elles étaient souyent 
insultées et méprisées. Lorsqu'une de ces femmes avait ipipra- 
demment donné carrière à une colère impuissante , exprimée par 
de mauvais souhaits et des imprécations, si par hasard un enfant 
tombait malade, si un cheval devenait boiteux, si un bœuf mou- 
rait, ou en^ qu'il arrivât tout autre malheur à la famille contre 
laquelle les imprécations avaient été proférées, la pauvre vieille 
iemmé était aussitôt accusée, et les juges et le jury la supposaient 
coupable des malheurs qu'on lui imputait. Et de plus, si la misé- 
rable créature, par la singularité de ses manières, Taigrear de 
son caractère, l'habitude de se parler à elle-même, on autres 
signes de radotage qui sont souvent le partagé de la vieillesse so- 
litaire et de la pauvreté, avait confirmé les soupçons de ses cré- 
dules voisins, elle était réputée sorcière, et rarement échappait- 
elle au poteau. . 

U était également dangereux pour une personne du peuple de 



DEUXIEM1S SERIE. 179 

prétendre posséder des recettes particulières ponr gnérii* des ma- 
ladies, soit par l'application de remèdes dont cette personne arait 
acquis le secret , soit en faisant usage de charmes auxquels la 
superstition du temps supposait la vertu de guérir les maux sur 
lesquels le talent des médecins n'avait point de puissance. 

Une telle personne était appelée sorcière blanche^ c'est-î^-dire 
nne sorcière qui emploie son art à faire du bien à l'humanité. Mais 
cependant elle était sorcière , et, conmie telle, exposée à être 
brûlée vive; le docteur femelle encourait assez ordinairement cette 
peine, soit que son malade mourût ou recouvrât la santé; et sui- 
vant les circonstances, elle était condamnée comme s' étant servie 
de sortilèges pour guérir ou pour tuer. On ne recevait point pour 
excuse Fallégation de tenir le secret de guérir d'une tradition 
de famille ou de n'importe quelle autre source , et la sorcière était 
condamnée à mort avec aussi peu d'hésitation, pour avoir tenté de 
gaérirpardes moyens mystérieux et illégaux^ que si elle était 
accusée, comme dans l'exemple que nous venons de citer, d'avoir 
aidé à commettre un meurtre. 

L'anecdote suivante, sur un pareil £ût, est digne d'attention. 
Nous devons cette anecdote à la tradition , mais il est probable 
qu'elle est vraie. Un Anglais, juge distingué, était en tournée 
dans son circuit; une vieille femme fut amenée devant lui; elle 
était accusée de se servir d'un charme pour guérir le mal d'yeux ; 
le charme consistait à pendre un peloton de laine autour du cou 
da malade^ Les témoins racontaient des cures merveilleuses qui 
d^aient été opérées par ce charme sur des malades que les médecins 
avaient abandonnés. La pauvre femme , pour toute défense , pro- 
testait qu'elle ignorait s'il y avait quelque sortilège dans le peloton 
de laine ; elle ajouta qu'il lui avait été donné trente ans avant dette 
époque, par un jeune étudiant d'Oxford, pour l'usagé de sa propre 
femitle, et que s'en étant servie avec avantage, elle ne voyait 
point de mal à le prêter à ceux qui souffraient de Finfirmité que 
ie peloton de laine pouvait guérir, ni à recevoir une petite rétri- 
bution pour agir ainsi. Le jury fit peu d'attention à cette défense, 
^ais le juge parut très agité. Il demanda à cette femme où elle re- 
ndait lorsqu'elle obtint la possession de cette précieuse relique. 
^^le donna le nom du village dans lequel elle avait tenu long-temps 
^'ïparavant un petit cabaret. Le juge regarda le peloton très atten- 
nvenaeijt, et s* adressant ensuite au jury,- Messieurs, dit-il, nous 
élûmes sur le point de commettre une grande injustice envers cette 



180 HISTOIRE D'ECOSSE, 

paayre femme ; et pour la prétenir, je dois confesser mie folie de 
ma première jeunesse qui ne me fait pas beaucoup d'honneur. A 
l'époque dont parle cette pauvre femme, j'étais au collège, menant 
mie yie oisive et inutile, et si le ciel ne m'avait pas accordé la 
grâce de 'me corriger, je n'occuperais pas là place que je remplis 
aujourd'hui. Je passai par hasard un jour et une nuit dans le ca- 
baret de cette femme, sans argent pour payer ma dépense. Ne sa* 
chant que faire , et la voyant fort occupée d'un enfant dont la vue 
était faible , j'eus la bassesse de prétendre que je pourrais écrire nn 
charme qui aurait la puissance de rendre la vue à sa fille, si elle 
voulait l'accepter en paiement de ce que je lui devais. La pauTre 
ignorante y consentit promptement ; je griffonnai quelques figures 
sur un morceau de parchemin, et j'y ajoutai deux mauvais vers, 
pour me moquer de sa crédulité ; je lui ordonnai de les renfermer 
dans ce peloton , qui a été sur le point de lui coûter la vie. Pour 
prouver la vérité de ce que j'avance, dévidez le peloton, et vous 
pourrez juger de l'efficacité du charme. Le peloton fut dévidé, et 
on trouva ces vers harmonieux sur le morceau de parchemin : 

Qa6 U griffe du diable arraehe te« deux yeoz» 
Bt qne de m salive il les frotte tous deux. 

n est évident qne ceux qui furent guéris par on tel charme 
furent redevables à la nature , aidée peut-être un peu par l'imagi- 
nation. Mais ceux qui se servaient de semblables sortilèges n'étaient 
pas toujours assez heureux pour retrouver ainsi à propos ceux qui 
les avaient composés, et plus d'une pauvre créature fut exécutée 
comme la vieille cabaretière l'eût été si elle n'avait pas rencontré 
dans son juge son ancienne pratique. 

Une autre vieille femme guérissait les bestiaux en répétant cer- 
tains vers. Elle exigeait pour salaire un pain et un sou d'argent; 
et lorsqu'on lui commanda de révéler les vers magiques par les- 
quels elle produisait de telles-merveilles, on trouva que c'était la 
plaisanterie suivante, par laquelle elle se jouait de la crédulité 
publique : 

Mon pain dans mon japon, mon sol en tirdire» 
Ta n'es pas mieux , et je ne sais pas pire. 

On ne croyait pas que la sorcellerie se mêlait seulement de la 
médecine , mais une habileté remarquable dans'un art ou dans on 
métier, soit qu'elle fût obtenue par l'adresse oa par Tindustrie, 



DEUXIEME SEIHE. 181 

exposait à des soupçons ceux qui la possédaient. Il était aussi fort 
dangereux d'avoir des vaches dans un état plus prospère que celles 
du voisinage, quoique leur supériorité fût due aux soins dont elles 
étaient l'objet, à une meilleure nourriture et à lai propreté. Sou- 
vent une fenune était soupçonnée de sorcellerie parce qu'elle avait 
filé plus de fil que ses voisines, moins industrieuses, ne pensaient 
qu'il pût en être filé par une activité ordinaire ; et pour compléter 
ces absurdités, nous raconterons qu'un paysan de la ville de Mai- 
ling, dans le comté de Kent, fut accusé, devant un juge de paix , 
comme sorcier, parce qu'il atteignait plus fréquemment le but qu'il 
visait. Cette adresse , et une histoire insignifiante sur Farcher, qui 
s'était amusé à laisser une mouche voler et bourdonner autour de 
loi, convainquirent le juge que le talent du pauvre homme était 
dû à l'assistance d'un émissaire de Satan. Il punit sévèrement le 
bon tireur; c'était donner un singulier encouragement à Tart de 
tirer de l'arc , et un sage exemple à tous les juges de paix i 

D'autres accusations plus ridicules et plus improbables encore 
forent portées contre ceux qui étaient soupçonnés de sorcellerie. 
On supposait qu'ils avaient le pouvoir, par quelque cérémonie ab- 
sarde et impie , de faire venir en leur présence Tautenr du mal , 
qui apparaissait sous quelque forme ridicule, et qtd, en retour de 
leur renonciation à leur salut, leur donnait le pouvoir de se venger 
de leurs ennemis. Le privilège de tourmenter leurs semblables 
était presque tout l'avantage qui résultait pour les sorciers de leur 
pacte avec leur nouveau maître ; quelquefois cependant ils obte- 
naient le pouvoir de voler sur un manche à balailorsque l'ennemi 
du genre humain tenait ses assemblées publiques. Les détails qu'on 
donne des cérémonies pratiquées dans de semblables occasions 
sont également dégoûtans et vulgaires, et totalement étrangers 
aux idées que nous nous sommesl créées d'une nature spirituelle. 
Us sont faits pour être crus et semblent avoir été inventés par 
les hommes les plus ignorons et les plus grossiers de l'espèce 
humaine. 

On supposait encore que les esprits de ténèbres pouvaient pai- 
raitre lorsqu'on les évoquait par certaines cérémonies profanes , 
comme de lire l'oraison dominicale à rebours, ou quelque chosede 
semblable ; et alors qu'ils dévoilaient l'avenir à ceux qui les avaient 
appelés, ou qu'ils les instruisaient de ce qu'étaient devenus dès 
objets perdus on volés; De graves auteurs ont raconté de pareilles 
merveJUeS; qui sont ausu ridicules et peut-être davantage que ce 



182 HISTPIRE D'ECOSSE. 

qu'on lit dans les contes de fées inyentés poar Famusement des 
enfans; et, pour toutes ces folies inconcevables , de malhearenses 
créatures étaient emprisonnées, appliquées à la torture, et enfin 
brûlées vives par la sentence de leurs juges! 

II est étonnant que la plupart des personnes accusées de ces 
crimes imaginaires aient travaillé elles-mêmes à leur propre con- 
damnation, en confessant et en admettant toutes les absurdités 
monstrueuses dont elles étaient chargées par leurs accusateurs. 
Ceci peut vous surprendre, et cependant on peut en comprendre 
In raison. 

La plupart de ces misérables créatures étaient vieilles , et in- 
firmes d'esprit aqssi bien que de corps ; s'entendant accuser d'aussi 
énormes folies par ceux qu'elles avaient Fhabitude de considérer 
coûime sages et instruits, elles devenaient à moitié persuadées de 
leurs tort^, et acquiesçaient à toutes les questions extravagantes 
qui leur étaient adressées. Ce n'est pas tout encore; beaucoup 
firent ces confessions, tourmentées par la question à laquelle elles 
étaient appliquées avec une grande sévérité. II est vrai que les 
cours de justice en Ecosse n'avaient pas le pouvoir d'interro- 
^r les criminels en les soumettant à la torture, le conseil privé 
en avait seul le droit; mais c'était une faible protection, car les 
sorciers étaient rarement jugés par les cours criminelles ordi- 
xiaires. Les légistes , quoiqu'ils ne pussent nier l'existence d'un 
crime pour lequel la loi avait établi un châtiment , montraient ce* 
pendant une certaine incrédulité sur la sorcellerie, et l'on supposa 
qu'ils favorisèrent fréquemment l'évasion des accusés, surtout 
lorsque leur crime avait rapport à la profession qu'ils exerçaient. 
Pour éviter la juridiction du justicier et autres juridictions crimi' 
nelliss régulières , les accusations de sorcellerie dans les provinces 
étaient ordinairement portées devant des commissaires nommés 
par le conseil privé. Ces commissaires étaient en général desgeav 
tilshommes campagnards et des ecclésiastiques, qui, par ignorance 
d'un côté , par un savoir mal dirigé de l'autre , et généralement par 
bigoterie, étaient aussi ardens dans la procédure que le peuple 
pouvait le désirer ; leur commission leur donnait le droit d appli- 
quer les accusés à la torture , ce qu'ils faisaient sans scrupule, se 
servant souvent de l'assistance d'un erouveur de $omer9 {wiuhr 
fimUr) , c'est-à-dire d'un homme qui se faisait un état de son pré- 
tendu talent à découvrir les sorciers, et qui quelquefois entrepre- 
nait de débarrasser une paroisse ou une ville de ces spr ciers à WA 



DEUXIEME SEMP. 183 

partétei comme s'il se fût agi de renards, de chats sauvages et 
d'autres animaux. Ces détestables imposteurs dirigeaient le pro- 
cès de la torture, qui consistait ordinairement à empêcher les ac- 
cusés de dormir, à les forcer de marcher en long et en large dalis 
leur prison , lorsqu'ils commençaient à fermer les yeux ; à leur 
enfoncer des aiguilles dans les chairs , sous prétexte de découvrir 
les marques que le witch-Jinder affirmait avoir été imprimées sur 
leur peau par le diable en signe de ce qu'ils étaient devenus ses 
sujets. 11 n'est pas étonnant que ces infortunés, rendus fbns par le 
ksoin de sommeil et par la souffrance, confessassent tout ce qu'on 
désirait pour obtenir un moment de repos, quoique ces aveux 
dussent causer leur mort. 

Mais outre l'état de faiblesse de ces victimes et la torture à 
laquelle elles étaient assujetties, la honte et l'ennui de leur vie 
étaient souvent la cause pour laquelle elles s'avouaient coupables 
de fautes, d'ailleurs absurdes et impossibles* Vous devez considé- 
rer que les personnes accusées de sorcellerie étaient presque tou- 
jours reconnues coupables par le public et leurs voisins; et si Ift 
justice se faisait scrupule de les condamner, la poptilace se char- 
geait ordinairement elle-même de l'exécution : elle les plongeait 
dans Teau jusqu'à ce que la mort s'ensuivît, ou trouvait d'autres 
moyens de les sacrifier à sa fureur. La crainte d'un pareil sort 
pouvait déterminer les accusés , quoiqu'ils fussent dans leur bon 
sens, à avouer leur crime et à sacrifier leur misérable vie à une 
sentence injuste, plutôt que de s'exposer à la perdre par la furie 
de la multitude. On raconte à ce sujet une singulière anecdote: 

Une vieille femme et sa fille furent jugées comme sorcières à 
Haddington. On donnait pour preuve de leur crime, que , bien que 
très pauvres, elles étaient restées fraîches et bien portantes pen- 
dant le cours d'une terrible famine; qui avait réduit même les plus 
hautes classes à la gêne, et mis les indigens à la veille de mourit 
de faim. Pendant ce temps ces deux femmes, sans se plaindre et 
s^s mendier, continuaient leur manière de vivre habituelle, et 
ne semblaient pas souffrir de la calamité générale. Le jury fut 
convaincu qu'elles avaient employé des moyens surnaturels; et 
comme une des accusées, em ressentant les coups de la discipline 
d'un witch'findery confessa tout ce qu'on lui demanda sur ses com- 
iQanications avec le diable , le jury les condamna sans hésiter. 

L'avocat du roi , à cette époque , s'appelait, je crois , sir George 
Hackeuzie, et il était incrédule en fait de sorcellerie. Il se rendit 



184 fflSTOIRE D'ECOSSE. 

en secret près des panures femmes, et les pressa délai avouer la 
vérité. Elles continuèrent d'abord à raconter Thiçtoire qu'elles 
ayaient donnée comme leur confession ; mais l'avocat, s'aperce^ 
vant qu'elles étaient des femmes supérieures à celles de leur classe, 
leur représenta le crime de travailler elles-mêmes à leur propre 
mort en persistant à s'accuser de fautes impossibles; il leurprO' 
mit la vie et sa protection si elles voulaient lui révéler le secret 
qu'elles avaient employé pour pourvoir à leur subsistance. Les 
pauvres feumies se regardèrent l'une l'autre avec anxiété; enfin 
la mère dit : — Vous êtes bien bon, Milord, et je sais que votre 
pouvoir est grand , mais vous ne pouvez rien pour ma fUle et po«r 
moi. Si vous nous renvoyez en liberté , vous ne noi^s empêcherez 
pas de passer pour sorcières. Aussitôt que nous retournerons dain» 
notre cabane , nous serons exposées aux violences et aux injures 
de tous nos voisins , qui , s'ils ne nous cassent pas la tête ou ne: 
nous noient à l'instant, nous accableront d'une haine qui se mon- 
trera dans toutes les occasions, et rendra notre vie si misérable, 
que nous préférons mourir tout d'un coup. 

— N'ayez point peur de vos voisins , dit Tavocat ; si vous vodcz 
me confier votre secret, je prendrai soin de vous pendant le reste 
de votre vie, je vous enverrai dans une de mes terres dans le 
nord , où personne ne pourra connaître votre histoire , et où d'ail' 
leurs les idées des peuples sont telles , que si Ton vous croyait sor* 
cières , on aurait pour vous plus de crainte que de haine. 

Ces femmes, touchées par les promesses de l'avocat, lui dirent 
que, s'il ordonnait de déranger un vieux coffre vide, qoiétaft 
dans un coin de leur cabane , et de creuser la terre dans un endroit 
où l'on s'apercevrait qu'elle avait été remuée, il connaîtrait le se- 
cret par le moyen duquel elles ne s'étaient pas ressenties delà 
famine ; en même temps elles attestèrent le ciel qu'elles étaient 
entièrement innocentes de l'acte criminel dont on les accusait. 
Sir George Mackenzie se hâta d'examiner le lieu; il trouva, ca* 
chés dans la terre , deux quartauts de limaçons salés, dont un était 
presque vide. Les pauvres femmes s'étaient nourries de cet étrange 
aliment pendant la famine. L'avocat tint sa parole , et l'anecdote 
prouve combien peu l'on doit attacher d'importance aux fréquentes 
confessions des accusés. 

Gomme cette histoire est basée seulement sur la tradition , j'en 
raconterai deux autres du même genre, dans lesquelles je puis 
préciser les dates. 



DEUXIEME SERIE. 18& 

La première concerne une dame d'an rang bien snpérieur à celui 
de ces femmes qui étaient ordinairement accusées de sorcellerie; 
elle était sœur de sir John Heuderson de Fordel , et femme du laird 
de PittardOy dans le comté de Fife : malgré sa naissance distin- 
guée, cette malheureuse dame, dans l'année 1649, fut enfermée 
dans la prison commune d'Ediinbourg , depuis le mois de juillet 
jusqu'au mois de décembre; à cette époque on la trouva morte, 
et, suivant tous les symptômes , elle s'était empoisonnée. Sans 
doute l'infamie de son accusation, et la certitude que sa réputa- 
tion était: perdue et sa famille déshonorée, était la cause qui l'a- 
vait portée à conunettre un suicide. 

Le même sentiment qui décida cette pauvre dame à se donner la 
mort, fut exprimé par une femme, jeune et belle, exécutée à 
Paisley, en 1697, dans cette réponse laconique qu'elle fit à des 
amis qui la blâmaient parce que pendant son procès elle se dé- 
fendait avec trop de négligence : — Ils ont détruit ma, réputation p 
dit-elle, et ma vie ne vaut pas la peine d'être sauvée. 

11 est remarquable que le nombre des sorciers supposés sembla 
accroître en proportion de la sévérité du châtiment. Le 22 mai 1650, 
le parlement écossais nomma un comité pour examiner les dépo- 
sitions qui s'élevaient contre cinquante-quatre sorciers, avec les 
pouvoirs que nous avons déjà mentionnés , c'est-à-dire de procéder 
au jugement, à la condamnation et à l'exécution. En supposant 
que ces êtres si redoutés existassent en aussi grand nombre, et 
qu'ils possédassent le pouvoir de faire le mal qui leur était imputé^ 
on aurait pu craindre, comme le dit Reginald Scott ^, qu'il n'y eût 
ni beurre dans la baratte, ni vache dans le clos , ni blé dans le 
champ, ni beau temps en pleine campagne, ni santé dans l'inté- 
rieur des maisons. En effet , l'extension que le peuple donnait à 
ses craintes et à ses soupçons était la plus grande preuve de leur 
invraisemblance. Si dans une petite province, et même dans une 
ville médiocre, il existait une multitude de gens doués de pouvoirs 
surnaturels , il en résulterait que les lois de la nature seraient as- 
sujetties à une constante interruption. 

Les juges anglais nommés en Ecosse du temps de Cromwell vi- 
rent la cruauté et l'absurdité des jugemens rendus contre la sor- 
cellerie, et tentèrent d'y mettre un terme ; mais le remerciement 
qu'ils en reçurent fut d'être blâmés sur tours principes tolérans, 

I. ikutenr d'un oatrage corieu sur U sorcellerie. 



186 HISTOIRE D'ECOSSE. 

dont la doQcear» sQiyant Popinion des Ecossais , ne s'étendait 
pas seulement sar les hérétiques de tonte espèce, mais également 
snr ceux qui adoraient le diable. Qaelqnes-nns allèrent plus loin, 
et accusèrent les sectaires de correspondre eux-mêmes avec les 
malins esprits dans leurs dévotions. On le crut particnlièreibent 
des Quakers I les sei&taires les plus simples et les plus moraux 
parmi les non-conformistes. 

A la An du dix-septième siècle, des Tues plus sages commencè- 
rent k prévaloir sur ce sujet , et les poursuites solennelles sur ce 
crime imaginaire détinrent plus rares. Le dernier exemple d'une 
exécution pour sorcellerie eut lien < ans la province éloignée de 
Sntherlandy en 1727, sous la direction d'un ignoraiitjuge de pro- 
vince, qui fut blâmé de sa conduite. La victime était une vieille 
femme avec toute la faiblesse d'esprit que donne un âge avancé, et 
si simple qu'on la vit se réjouir en chauffant ses mains ridées au 
feu qui devait la consumer. Tandis qu'on préparait tout pour son 
exécution , elle dit souvent qu'une si belle flamme et tant de voi- 
sins assemblés à l'entour présentaient le coup ^odl le plus gai 
qu'elle efit vu depuis bien des années. 

Les lois contre les sorciers furent abolies, tant en Angleterre 
qu'en Ecosse; et les personnes qui prétendent connaître l'avenir, 
celles qui font usage de charmes ou de quelque art mystérieux, 
sont maintenant punies comme les firipons ordinaires et les impos- 
teurs. Depuis cette nouvelle manière d'agir, on n'a plus entendu 
parler de sorciers et de sorcellerie, même parmi les classes les 
plus ignorantes ; le crime doit donc avoir été imaginaire, puisqu'il 
cessa d'exister aussitôt que les hommes cessèrent de le recher- 
cher pour k punir. 



CHAPITRE XV, 



Sytt^e de CromweU en fait de gonvernemeiit. i— • Su mort. «^ ▲▼^aonent de BIcbefd GioanMlt ma. 
Proteetorat. -^ Il abdique. —> Anecdotes. — Le général Monk s'approche de Londres. — Sissola- 
tion du Lougp>Parlement. -^ Entrerue de sir John Grenaille ayec Monk. ^- On propose de rappeler 
la fanpille des StoarU. *-> La resUnratioD. -• Arrivée de Ourles U à Dravres. 



Olivier Cromwell, qui s'éleva d'une manière si étrange à la 
souveraineté suprême de T Angleterre, de TEcosse et de l'Irlande, 



DEUXIEME SERIE. 187 

était un homme de grands talens, et dont le caractère, comme 
nous Tavons déjà dit , n'était pas naturellement sévère ni vindica- 
tif. Il rendit son pays formidable anx antres nations , et pent-étro 
aucun gouvernement ne lut jamais plus respecté dans Tétranger 
que celui du lord-protecteur. 

En Angleterre il eut une tâche bien difficile à remplir, pour 
maintenir son autorité usurpée. Il fut obligé constamment, comm^ 
Pont toujours fait avec succès les usurpateurs de sa classe, de con- 
voquer une espèce de sénat ou de parlement , composé de ses créa- 
tures, qui partageaient avec lui le pouvoir, du moins en apparence^ 
et loi sauvaient Todieux de gouverner par sa seule autorité. 
Mais tel était le caractère de la nation anglaise, que, dès que 
Cromwell convoquait un j>arlement, quoiqu'il fAt composé en, 
grande partie de ses partisans, et quoique le reste fftt choisi avec 
soin parmi des personnes ignorantes et de peu de moyens, aussitôt 
que ce parlement était assemblé il commençait à contester le9 
droits du Protecteur à Fautorité suprême, et à proposer des me^ 
sures qui tendaient à détruire cette même autorité. 

Le9 différentes factions qui divisaient l'Angleterre étaient tontes 
d'accord pour haïr l'autorité usurpée du Protecteur, et formaient 
tontes aussi des conspirations contre lui. Ces conspirations étaient 
conçues non-seulement par les Cavaliers et les Presbytériens; 
mais par des républicains, et même par les proprés soldats de 
Cromwell. Ainsi pressé de tout côté, le Protecteur montrait la 
plus grande sagacité dans sa manière de se défendre. Il est vrai 
^e dans deux ou trois occasions il tint ce qu'il appelait une haute- 
cour de justice, -par les arrêts de laquelle des Cavaliers et des 
Presbytériens furent condamnés à la peine capitale, pour avoir 
formé des complots contre son gouvernement. Mais c'était avec 
^pugnance que Cromwell avait recours à ces mesures sévères» 
Son système était de contre-balancer un parti par le poids d'un 
autre, et de leur faire désirer à tous la prolongation de son auto- 
nté, plutôt que de courir les risques de la voir changer en faveur 
d'un autre parti. Par de grandes dépenses et une surveillance con** 
Quelle il entretint des espions dans chaque faction de PEtat, et 
souvent les moins inspectés et les plus véhémens en apparence^ 
parmi lies mécontens , étaieat en secret les instrqmens mercenaires 
de Cromwell, 

I^ans la coqt errante de Charles U, un des Cavaliers les plus 
ïemftr^aWes, airïUphard Willia^ ^ avait l^ravOTWt p^wbatW 



188 HISTOIRE D'ECOSSE, 

et beaucoup souffert pour la cause de Charles V^ et de son fils, 
était ua espion de Cromwell. Il n'y avait aucun gentilhomme parmi 
les royalistes attachés à la personne de Charles , qui fût plus ho- 
noréy et dans lequel on plaçât une plus entière confiance. Cepen- 
dant sir Richard recevait une pension considérable de Cromwell, 
et loi révélait tous les plans qui étaient formés pour la restaura- 
tion du monarque exilé. Par cette correspondance secrète, et 
d'autres semblables y le Protecteur possédait les moyens dedéjoaer 
dans leurs principes les nombreuses conspirations dont il était l'ob- 
jet y et de s'opposer aux machinations d'un parti mécontent, en 
lui opposant un autre parti. 

On suppose cependant que, malgré tout son art, le Protecteur 
n'aurait pas été capable de maintenir encore sou autorité pendant 
plusieurs années. Un peuple habitué long-temps à un gouverne- 
ment libre devait se trouver offensé d'être soumis au pouvoir illi- 
mité d'un seul homme, et le mécontententent devenait universel. 
Il semblerait que, vers la fin de sa vie, Cromwell se trouvait ausa 
au terme de ses ruses ; il est du moins certain que sa propre con- 
duite dévoile une appréhension du danger, que jusqu'alors il n'a- 
Tait jamais montrée. Il devint morose et mélancolique ; il portait 
secrètement une armure sous ses vêtemens ordinaires, et changeait 

• 

continuellement de chambre à coucher pour prévenir un assassi- 
nat. Sa santé succomba sous le poids de ses craintes sinistres, et il 
mourut le 3 septembre 1658, à l'âge de soixante ans. Sa mort fat 
accompagnée d'une effroyable tempête, et Ton remarqua, par nne 
circonstance également frappante dans ces temps de superstition, 
qu'il mourut le même jour et le même mois où il gagna les victoires 
décisives de Dùnbar et de Worcester. 

Le sceptre qu'Olivier Cromwell avaitporté d'une main si ferme 
fut transmis à son fils Richard , pendant que les funérailles du dé- 
funt Protecteur étaient célébrées avec plus de pompe et de dépense 
que l'Angleterre n'en avait jamais vu aux obsèques d'aucun de ses 
rois. iVlÀis cette transmissionapparente de l'autorité d'Olivier a son 
fils se borna à la nomination de Richard. Le parlement, que ^ 
fils de Cromwell assembla pour lui voter des subsides, comnaenÇ» 
par discuter la nature des droits du nouveau Protecteur; un con- 
seil d'officiers qu'il convoqua devint réfractaire, et s'arrogea une 
autorité que Richard n'osa lui disputer. Ces despotes milit«J^^ 
obligèrent Richard à dissoudre le parlement , puis ensuite le JJ ^ 
Gèrent Iw-même à abdiquer Iq Protectorat. U descendit pai^^^* 



DEUXIEME SERIE. 189 

ment dans la vie priTée, accablé de ses dettes personnelles, ainsi 
que des demandes de ceox qui avaient pourra aux dépenses ex- 
orbitantes des funérailles de son père, dont TEtat avait l'indignité 
de le laisser chargé. 

Richard Cromwell^ arraché aux dangers et aux fautes du pon- 
Yoir, mena une vie longue et paisible, et mourut en 1712, à Tâge 
de qpiatre-yingt-six ans. Il y a sur lui deux anecdotes qui sont 
dignes d*être racontées. 

Lorsque Richard Cromwell fut forcé par ses dettes de se retirer 
dans l'étranger, la curiosité le conduisit à visiter Pézénas , jolie 
ville du Languedoc. Le prince de Conti s'y trouvait : apprenant 
qu'un voyageur anglais était arrivé, il éprouva le désir de le re- 
cevoir , afin d'apprendre les dernières nouvelles de TAngleterre, 
pays qui depuis long-temps étonnait l'Europe par ses changemens 
fréqnens de gouvernement. Le prince français parla d'Olivier 
Cromwell comme d'un méchant homme et d'un usurpateur déloyal, 
mais il rendit justice à sa profonde sagacité, à ses talens éminens^ 
à son courage dans le danger ; il admira l'adresse et la force avea 
laquelle il avait soumis les trois royaumes à son autorité person» 
nelle. < II savait conmiander, ajouta le prince, et méritait d'être 
obéi. Mais qu'est devenu le pauvre poltron de Richard, le lâche 
qui abandonna sans le défendre ce que son père avait gagné? 
Peut-on concevoir un pareil fou, irn homme aussi faible?» Le 
pauvre Richard désirant rester inconnu devant quelqu'un qui 
l'estimait si peu, répliqua seuleihenâ « que le Protecteur déchu 
avait été trompé par ceux dans lesquels il plaçait le plus de cou- 
fiancé, et auxquels son père avait montré le plus de bonté. » Alors 
il prit congé du prince, qui ne sut que deux jours plus tard qu'il 
avait prononcé un jugement aussi sévère de Richard en s'adr^ 
sant à Hichard lui-même. 

L'antre anecdote est d'une date plus récente, étant postérieure 
à 1705. Quelques procès importans exigèrent que Richard Crom- 
well comparût au banc du roi. Le juge qui présidait montra une 
généreuse déférence à la grandeur déchue et aux vicissitudes de la 
fortune. Il reçut avec respect l'homme qui avait été jadis souve- 
rain de l'Angleterre , ordonna qu'on lui donnât une chaise en-deçà 
de la barre, et le pria de se couvrir. Lorsque l'avocat de la partie 
adverse commença son discours et fit alldsion au père de Richard^ 
le criminel Olivier, le juge l'interrompit avec une généreuse har- 



IM HISTOIRE D'EGOSSB. 

dieade: -^ Je n'entendrai rien sur ce snjet, tionsienf, £t-il: par- 
lez dé Ift cause sur laquelle nous devons décider. Après avoir corn- 
l^aru an banc du roi, la cnriositë de Richard Gromwell le condtiisit 
à la chambre des pairs , où il se plaça au-dessons de la barre, re- 
gardant autour de lui 9 et faisant des observations sut les change- 
tnens dont il s'apercetatt. Une personne qui était près de loi, 
voyant un vieillai-d d'une honnête apparence faire ces observa- 
tions , dit à Richard avec politesse : -— * 11 y a probablement long- 
temps , Monsieur! q^c ^ous n'avez vu cette salle? — Pas depuis 
que j'occupai ce siège, répondit le vieuit gentilhomme en montrant 
le trdne sur lequel en efFet il s'était placé comme souverain lorsque, 
cinquante ans auparavant, il reçut les félicitations des deux cham- 
bres en succédant au suprême pouvoir de son père. 

Pour revenir aux affaires de Londres, où les changemensse 
succédaient en laissant aussi peu de traces que la réflexion des 
objets présentés dans un miroir , la tentative des officiers de Tar- 
mée, pour obtenir un gouvernement purement militaire, fat com- 
battue par le retour des membres républicains an parlement , 
qu'Olivier Gromwell en avait exclus , et auxquels le bas penple 
avait donné un surnom expressif, quoique vulgaire, en l'appelant 
le Croupion ( Riimp Parliamenl ). Cette assemblée, ainsi nommée 
parce que c'était le fondement ou la base de celle qui avait com- 
mencé la gue^e civiley fut encore violée par la force militaire, et 
dissoute par le général Lambert, homme qui se croyait sans doute 
destiné à jouer le rôle de (fromwell , quoiqu'il n'eût ni les talens 
ni la haute réputation du Protecteur. Mais une révolution avait 
eu lieu dans les sentimens de la nation. 

1-e peuple avait été patient, jusqu'à un certain degré, aouôte 
gouvernement d'Olivier , auquel il est impossible de refuser tons 
les éloges que méritent la fermeté et l'énergie : mais il ne pouvait 
voir sans dégoût ces faibles usurpateurs intriguer entre ^^*f^ 
Is'arrachér le gouvernail de l'Etat Sans consulter le peuple. 2» 
rappelant la tranquillité et k paix du royaume avant la guerre 
civile, quand leurs rois succédaient, par droit héréditaire, a ifl^ 
pouvoir limité, et lorsque les branches populaires et monarclU" 
ques de la constitution fondaient iin juste équihbre, tout le peup» 
anglads pensait à ce temps , comme à une époque de liberté, u 
faix et d'ordre. Comparant cet heureux état au moment pr^*^°J' 
où chaque faction saisissait successivement le pouvoir, lorsqn eu 



DEtrXtSMË SERIE. 191 

pouvait l'atteindre , et le laissait tombeftieiKaite entre les mains 
d'un parti plus puissant; le même peuple ne pouyait contenir son 
méconténtiement. 

En général y les pensées de toutes les personnes judicieuses se 
tournaient yérs le prince exilé ; il existait un désir universel de le 
rappeler à la tête du gouveinement; une armée fanatique compri- 
mait seule ce désir. Il était nécessaire de leyw quelques troupes, 
pour tenir tête à ces saints guerriers , surnom qu'ils se donnaient 
eux-mêmes y et afib que le vœu général du royaume eût la liberté 
de s'exprimer. 

Ce furent les troubles d'Ecosse qui ébranlèrent d'abord le trône 
de Charles P'' ; cHbt de la même contrée que naqnit la révolution 
qui rqplaça sur le trône son fils et son successeur. Nous avons 
déjà dit que le royaume d'Ecosse fut enfin entièrement sub- 
jugué par les efiorts du général Monk, et qu'il le gouverna pen- 
dant le Protectorat de Cromwell , conformément aux ordres du 
Protecteur, 

Monk était un homme rempli de sagacité , et d'un caractère 
grave et réservé, qui obtint une estime générale par la manière 
dont il conduisit les affaires d'Ecosse. II avait pris soin, dans ce 
royaume, d'habituer les vieux soldats à se soumettre à son auto- 
rité indépendante, et de retirer le commandement aux officiers qui 
étaient ou trop violons enthousiastes , Ou particulièrement atta- 
chés à Lambert et à son conseil militaire. Ayant ainsi sous son 
commandem^it immédiat une force disponible de sept à huit 
mille hommes, outre ceux qui étaient nécessaires pour les 
garnisons d'Ecosse , Monk surveillait avec attention les qnerelles 
des facti(Mis de Londreé, afin de saisir une occasion favorable 
pour agir. 

Cette occasion send3la se montrer lorsque l'anhée sous les 
ordres de Lambert chassa de nouveau le kump PariiamenC, et 
coilunença un nouveau gouvernement militaire, par le moyen 
d'an comité d'officiers, appelé le conseil de sûreté. Monk alors se 
dépouilla d'une indifférence affectée dq)uis si long-temps , as- 
sembla ses^ forces sur les frontières, et se déclara pour la liberté 
du parlement, contre les factions militaires qui l'avaient supprimé. 
On supposait partout dans la Grande-Bretagne que Monk, en s'ex- 
primant d'une façon aussi générale, tramait quelque chose de 
plus efficace que de rétablir l'autorité du Parlement-Croupion, 
qui était tombé dans lé mépris en se soumettant toujours à une 



m mSTOmB D'ECOSSE. 

violence si souvent e^^cée contre lai; mais le général Honk, 
laissant tous les differdlp partis supposer ce qui leur semblait le 
plus probable , continua de faire ses préparatifs pour marcher 
a'vec la plus grande promptitude, sans permettre que la plus légère 
indiscrétion laissât deviner l'objet précis de son expédition. Il as- 
sembla la convention des Etats écossais, il leur demanda et obtint 
jme avance de six mois de paie, pour Tentretien de ses tronpes. 
Xa confiance des Etats écossais dans les intentions de Monk était 
telle, qu'ils lui offrirent le secours d'une armée écossaise de vingt- 
quatre mille hommes; mais Monk refusa une assistance qu'on au- 
rait blâmée en Angleterre. Il continua à réorganiser son ar- 
mée sur un nouveau plan et avec plus de hardiesse que jamais, 
«congédia plusieurs officiers indépendans « et les remplaça par des 
Presbytériens et même par des officiers qui étaient royalistes en 
«ecret. 

La nouvelle de cette manière d'agir se répandit en Angleterre 
et y fut en général reçue avec joie. On refusa ouvertement de 
payer les impôts ; car le Parlement-Croupion avait , la veille de 
son expulsion par Lambert, déclaré que c'était un crime de hante 
trahison de lever des taxes sans le consentement du parlement, et 
les provinces où Lambert et son conseil militaire n'avaient pas la 
pnbsance d'exécuter leurs exactions illégales, refusèrent d'obéir. 
liO conseil de sûreté, ayant besoin d'argent et ne pouvant enobte- 
3iir , se trouvait dans une extrême perplexité. 

Lambert lui-même , hoomie brave et bon officier, vit la néces- 
:sité d'agir avec promptitude ; il se plaça à la tête de forces consi* 
dérables^ composées de vieux soldats, et marcha vers l'Ecosse. 
Ses forces étaient exagérées par les rapports des différons espions 
/et agens qui parcouraient l'armée de Monk sous la forme d'en- 
woyés, — Que voulez-vous faire ? dit un de ces espions en s'adres- 
:sant à une bande de soldats de Mônk; Lambert marche contre 
"VOUS avec des forces si nombreuses, que votre armée ne serapoor 
lui qu'un déjeuner. — 11 faht que le nord ait donné un bon ap 
petit à Lambert, répondit un des vétérans, s'il consent à mâcber 
des ballçs et à se nourrir de piques .et de canons de mousquets. 

Se défiant ainsi ^ lés deux armées marchèrent l'une contre 
l'autre. Lambert établit son quartier-général à Newcastle ; Monk 
plaça le sien à Coldstream, sur la Tweed, place qui commandait le 
meilleur passage sur cette rivière, après celui de Berwick,c[ni 
était déjà entre ses mains. Coldstream, aujourd'hui ville floris- 



DEUXIEHE SBRnL 19S 

santé 9 était alors si misérable, que Monk ne pnt y tronrer à soO'* 
per , même pour sa propre table, et qn'il fut obligé de nikftchar dà 
tabac ponr apaiser sa &im. Le jour saiyant on envoya des proTÎ- 
sions deBerwick. On conserre encore dans ' l'armée anglaise la 
mémoire dn camp de Goldstream , et le premier régiment des 
gardes, nn de oenx qni composaient TaTant-garde dé Monk, est 
appelé aujourd'hui le régiment de Goldstream. 

Les généranSL rivanx entrèrent d'abord en négociation, et 
Monk la prolongea pendant qnelqne temps» parce qu'il s'aperce- 
Tait qne les forces de Lambert étaient plus considérables qne les 
siennes ; mais il ^tait convaincn qne le besoin de paie et des com- 
modités de la vie, auxquelles les troupes de son riyal étaient 
habituées à Londres, les porterait promptement it déserter ses 
drapeaux.' 

En effet, les fatigues et le mécontentement diminuèrent bientôt 
les forces de Lambert, et les nouyellesque cette armée reçut do 
Londres achevèrent d'abattre son courage. Pendant l'absence de 
Lambert, la présidence du comité militaire et le commandement 
du peu de troupes qui restaient dans Londres ponr contenir celte 
ville, étaient échus au général Pleetwood, homme faible, et qui 
était réellement dominé par l'esprit de fanatisme que les autres 
affectaient. Incapable de la moindre fermeté , ce général souffrit 
qne ces troupes abandonnassent ses intérêts pour embrasser ceux 
du Rump ParUanunây qui ressaisit de nouveauJe pouvoir, mais 
pour la dernière fois. Ce^ nouvelles n'arrivèrent pas seules à 
Newcastle, en même temps- on en reçat d'autres d'une nature 
presque aussi alarmante. Le célèbre général Faii*fax avait pris les 
armes dans le York-Shire, et se trouvait à la tête d'une force con- 
sidérable, tant de Cavaliers que de Presbytériens, qui voulaient 
former un parlement libre, afin d'y considtér le vœa national de 
la manière la plus constitutionnelle, pour obtenir de nouveau le 
bonheur d'un gouvernement stable. Les soldats de Lambert; dé. 
concertés, par ces évènemens, et né receyant point de paie , com- 
mencèrent à déserter, et lorsque Lambert lui-même tenta de les 
reconduire à Londres, il fut abandonné par un si grand nombre 
d'entre eiix , que l'armée de ce général semblait se dissoudre tout 
exprès pour laisser h. route de la capitale ouverte à Monk et aux 
forces écossaises^ 

Le général Monk- marcha donc sans opposition, cachant soi- 
gneusement ses djMséilts , el recevant bvorablement toutes les 

<3 



iH HKTmRB D*1C0S8E. 

d«maii4ct qoi hii ^ifAt (ai«es d'appeler ua farl^meiit ^e, afin 
éb rigémàcBt là eMatktitton nationale» mais ne donnant ancune 
ti p 9mat Ifiii pAt fûre iénlier deâ «oiyectares anr «^ intentions* 
MoBk ubnrrÉ t» aiytlèiie > afin penè-étre de «6 réserver la {acuité 
éé 86 k i aae r g e i dar par les cireonstanees. Dans tous les cas, il 
savait UMi ifSL*fm. se déclarpint en iareor d'an parti» on en parla* 
géant les principes d'ime deé diverses Cactions qni divisaient l'Ëtat, 
les a«ttes se ï^énniraiient piMir s'epjposer à loi, ee qu'elles n'entre- 
preadrnaci|t fu'à regret tast qu'il mai&ttendrait chaconè d'dlei 
dana l'espérattce qu'il se déelarefuit eu sa faveur, 

Teulè lu uation uvak ka jreux fixés eur Monk : il a'avançajosqni 
Buruel, à dix milles de Londres, et de là il fit ent^idre au pariement 
qu'il ugmdt prudemment en renveyantkorsdela vitlelerestedc 
Tannée de Fleetwood, de crainte qne la discorde ne se mit entre 
ses troupes et «êellès qui eecupaielit la cefùtafei Le Sun^ n'avait 
d'autre aleerutaitive que d'obéir à cette insinuatîoa) à moins de se 
ffaeuAre à oomrir les lances d'une bataille contre les vétérans 
dea guerres de l'Ecosse» à la tête de ces troupes insubordonnées 
qui avàèeui; changé de parti plus d'unes fois entre Lamhen et Fleet- 
vrood d^'im lAté» et le pariemient de l'autre. L'ancienne armée de 
Fleetwoed^ execpté érâlL ^gimenS commandés par des konsntis 
Hukquelâ Monk pouvait entièrement se fier^ eut l'ordre de fàm 
la ^O) et le fénéral évoisais entra dans Ladres à la tête àe ses 
tteupei^ qui^ fatiguées par une mardiepéniblev et {Vert%ntd'sMitr« 

marques d'un aussi rôle service i avaient une af>pareuce moins 
iwillante^ mais pins maitiale que celles qm^ pendant si loag-t€»(»> 
«valent nmttrisé le peluple de Londres» 
- Le|;énéralMouketleBunmbresduparlerate*ts'àbérdè 
tm» ëpparence de polieesse^.mais avec mie grande méfiaaee des 
lieéflc ofiaés. Ou pk-opoisa au général le serment de l'aljiHution) 
uottMUe un Tuppelait, par lequel on risnouçait à toute obéissance a 
4A maiadn dèb Stuurts^ et à Jbute teuuiivepew r^laeer Charles H 
eur le tt^ne. Mais le général i^fiMa de prél«r ce serments ^-: Trop 
^ aormëns^ éyit^ilv ont étéémpoëésuu peuple, c'est pourquoi ils ont 
été ai mal tuans-. Qette cùroomtance jeta une certaine lumière stf 
les inteutinuè de Moûk > et tes citoyens de Londres, qui désiraiest 
«WC aubnl; d'an&iété la tntanration du rei Gharies qu'ils avai^t 
mis d'ardenr à rejeter son père, passèrent un voté ^ns le coDS^il 
ÎMiilieipal^ par lefquel ils dédarmel^ qé'ils nefàièraieul niiaxss ni 
'»b miib u l ions à éette oad>i« depaiieuaent^ jusqli'auinoiuenl o^i^ 



DBUXŒMB SBRIS. tH 

àég^ Tacans seraient remplis , et où les membres présenteraient 
le nombre exigé dans une véritable chambre des conunones. 

Le Bump crut avoir alors, une occasion de s-assorer des vérita- 
bles desseins de Monk, et de le forc^ à ^ne mesure décisive. A 
donna au général Ferdre eq>rès de marcher sur la Citéi de s^em« 
parer des grilles, d'abattre les herses , de détruire les portes, les 
chaînes et les autres moyens employés pour défendre les rues , et 
enfin d'enlever aux citoyens rebelles la faculté de protéger à Ta* 
venir rentrée delà capitateé 

Monk, augrandétonnementde la pli^MOt de ses propres officiers^ 
obéit aux ordres qui lui étaient intimés* Il désirait probablement 
conniutre les sentimens de ses soldats, et savoir s'ils considéraient 
cette tâche eçmme indigne d'eux* En effet, aussitôt qu'il entendit 
ses troupes se plaindre de la honte de devenir les instrumens de la 
vengeance du Èimp contre la cité de Londres^ il parut partager 
leurs sentimens et leur tokère, et, comme eux, il se plaignit» et se 
plaint tout haut, d'avdr été employé dans une oeuvre aussi 
injuste qo'impepaîairei et ^ lui avait M i^escrite dans le desseîti 
de le rendre odieux aux eitey ens« 

Dans cemomeni de (^ise , la témérité de la jante , car il serait 
absuprdede l'appeler un parlement^ d<niim au général » qu'elle amrait 
dû tacher de s'attacher si cela eût été possible, de nouvtsauxsiqetê 
de plaintes^ EUe'^WMsouvdgiea im parti des jdas fanatiques sectaires, 
sondnit par un ridicule p^sonnage^ appelé Louange^a^Dieu Bai^« 
hraes, à présenter une violente pétition à la ohaitok'è demandaitl 
gae pers^onne ne fii^adnlia dons aiLCuue charge qui nécessitait 1» 
eonfianee poUique^ méiff) à eelk de maître d'école^ avant d'avoiif 
prêté le èermènt d'abjuration, et proposant qmà lotite ouverture 
faite dans le piMrfemént jMmr la restanratien du rot fftt punie camaM 
erine de haute traîhisosi; 

Le e<»^«iu de cettd pétition^ et la mantère tavo^ablè êomt la 
pilitieftdlè^mâme fiit r^œ^ donnèrent à Monk «ne nouvelle eoeai^ 
sion de se idaindre du Qsmp^ ecpasiou que pept^éire il avait ré» 
4herehéei II rtfxam de retonnâst à White^^HalI^ où jusqu'alors ii 
mvukL demeuré, et prit uà logélseut dand là Citée Û lui fut àisfi 
û!emanatT l^s violenees qd'ii avait exercées sur hes mclyèiis de* dé- 
fense des citoyens, et de les expier en se déelârasit le ptotectéur et 
l'aUié dd peuple. Qe son quaftier^^néral dans le cœur de Londtes, 
Monk écrivit au piariemént «ne ^ttre remplie de plaintes , Faeou- 
jntitt4»Aetoeipi d'ariMr leslimati^piéé les^pltis idokM> et dfaffatar 

i3. 



m HISTOIRE D'ECOSSE. 

l'assistance de Fleetwood et de Lambert contre l'armée d'Ecosse. 
Il loi commanda d'un ton d'autorité de se dissoudre lui-même et de 
convoquer un nouveau parlement ouvert à tous les partis. Le 
Bumpf grandement alarmé de cette intimation, envoya deux de ses 
membres pour s'entendre avec le général; il leur dit simplement 
que le parlement ferait bien d'envoyer immédiatement une lettre 
circulaire pour les nouvelles élections , sinon qu'il se brouillerait 
probablement avec lui. 

L'assurance que le général Honk était en dispute ouverte ayec 
les chefo , et qu'il était disposé à insister pour avoir un parlement 
libre et compétent , fut rendue publique par l'impression de la 
lettre du général, qui fat aussitôt répandue. Cette nouvelle oeca- 
siona dans la Cité les plus extravagantes réjouissances. La populace 
sonna toutes les cloches, allumad'immenses feux de joie dans tontes 
les rues, et'santa alentour, en buvant à la santé du général, à celle 
des membres qui avaient été exclus du parlement, et même à celle 
du roit Mais le principal amusement des gens du people fut de faire 
rfttir des croupions de volailles, ou des firagmens de viande de bon- 
chérie coupés en forme de croupions, pour ridiculiser ceux qui les 
gouvernaient et dont ils prévoyaient que Tautorité allait cesser 
aussitôt qu'un nouveau parlement serait convoqué. Cette débancbe 
dura toute la nuit du 1 1 fé?rier 1 660. 

Monk, soutenu en même temps par la force militaire et la con- 
science de sa popularité, n'attendit pas que le nouveau parlement 
tlkt convoqué et l'ancien dissous , pour détruire autant qu'il était 
en son pouvoir l'influence de la junte sîégea||tà Westminster. B 
lui ordonna d'ouvrir les portes, et d'admettre aux délibérations 
et aux votes les membres qui avaient été exclus et chassés de leurs 
sièges par la violence militaire, comme cela fut d'abord pratiijné 
parx>rdre de Gromwell , événement qu'on appela la purgadon du 
colonel Pfide. Conformément à cet ordre , les membres exclus re- 
parurent au parlement, et leur nonibre établit une telle majorité 
dans la chambve , que les cinquante ou ïioixante personnes qoi 
^tai^it à la tête du gouvernement furent aussi^t réduil^s à la nul' 
lité comme parti, nullité dont elles n'étaient sorties que par la 
force qu'elles avaient exercée contre les membres qui venaient 
d'être rétablis' dans leur charge. 

Les premiers actes de cette chambre ainsi renouvelée fdrent de 
• congédier les réfractaires dej'armée, de renvoyer les officiers 

dinlentionnés , dont le apmbre était O0]iai(iérable f et de reiidre 



DEUXIEME SERIE. ISY 

au pays le calme et la tranquillité. Après quoi la chambre fut dis- 
soate, ayant d'abord publié une lettre circulaire pour convoquer 
un nouyeau parlement , qui devait s'assembler le 25 d'avril. Ainsi 
finit le Long-Parlement y <^lnme on l'avait nommé; il avait siégé 
pendant près de vingt ans , et à l'époque qui est peut-être la plus 
fertile en évènemens dans l'histoire de la Grande-Bretagne. 

T^dis qu'une importante révolution était sur le point d'avoir 
lieu, les affaires de Charles II semblaient presque plus déplo- 
rables qu'elles ne l'avaient jamais été auparavant. Une insurrec- 
tion générale des Cavaliers avait été réprimée quelques mois au- 
paravant par Lambert, et les mesures sévères qui furent prises 
continrent pour le moment et anéantirent presque lé parti 
royaliste. C'était en vain que Charles avait fait des avances à 
Monk , tandis que ce général était en Ecosse , tant par lé propre 
frère de Monk, que par sir John Grenville, un de ses plus proches 
parens et un de ses plus chers amis. Si Monk avait arrêté sa 
pensée sur le rôle qu'il voulait jouer, il était sans doute déterminé 
à garder ses desseins secrets renfermés dans son coeur , et il re- 
fusa, quoique avec une grande politesse, d'écouter aucune propo* 
sition de la part de la famille exilée. Les détails que la petite cour 
errante recevait sur l'arrivée de Monk en Aiigleterre étaient éga- 
lement désolans : toute correspondance avec les Cavaliers avait 
été soigneusement évitée par le discret et mystérieux soldat dans 
les mains duquel la fortune semblait avoir placé le sort des 
royaumes de la Grande-Bretagne. La croyance générale était que 
Monk voulait renouveler dans sa personne la tentative dans la- 
quelle Cromwell avait réussi et Lambert échoué , et qu'il pla- 
cerait encore un commandant militaire à la tête du gouverne- 
ment. Cette croyance semblait confirmée par sa conduite sévète 
dans la Cité. 

Tandis que Charles et ses courtisans étaient dans cet état d'a- 
battement, ils furent étonnés par l'arrivée d'un partisan nommé 
Baillie, royaliste irlandais, qui avait voyagé avec une rapidité ex- 
cessive^ pour apporter au prince la nouvelle de. la rupture dé- 
cidée dç Monk et du Long-Parlement, et de la joie* qui avait été 
montrée par la Cité de Londres, lorsque cette nouvelle était deve- 
nue publique. Charles et ses courtisans écoutaient le message 
conm^e s'ils étaient le jouet d'un songe. Accablé par la fatigue du 
voyage , et l'imagination exaltée par l'importance des nouvelles 
qt^'il apporuit, l'officier semblait lui-même plut&t un hopme sous 



198 HISTOIRE D'ECOSSE, 

rinflaehce d'une folie momentanée, ou d'an transport an c^^au, 
que le messager de nouvelles si importantes. II était benreuse- 
inent connu pour un gentilhomme d'un caractère ferme et fidèle, 
et l'on entendit avec étonnement quc^ondres brillait de feux de 
joie, jque le vœu de toute la nation , exprimé hardiment et libre* 
ment, demandait la restauration du roi, et que Monk avait insisté 
sur la nomination d^un parlement libre, auquel là junte ne pouvait 
pas s'opposer plus long-temps. Il produisit aussi une copie de la 
lettre de Monk au parlement , pour montrer que le général avait 
entièrement rompu avec ce corps. 

D'autres messagers confirmèrent bientôt ces heureuses nou- 
velles, et sir John Grenville fut dépéché à Londres en toute hâte, 
avec plein pouvoir d'offrir au général tout ce qui peut satis&ire 
l'ambition ou l'amour des richesses, si dans ce moment de crise 
voulait se déclarer en faveur de Charles. 

Ce royaliste actif et fidèle atteignit la capitale, et refusant pro* 
demment de confier son message à qui que ce fût , il obtint une 
entrevue du général discret. II lui communiqua ha.rdiment ses 
lettres de créance, et resta stupéfait lorsque Monk, reculant avec 
surprise, demanda à sir John avec émotion comment il osait être 
le porteur de telles propositions. Sir John répliqua avec fermeté 
que tons les dangers qu'il pouvait courir pour sou souverain Ini 
étaient devenus familiers par une longue habitude , et que le roi, 
d'après la conduite que Monk avait tenue , plaçait autant de con- 
fiance que d'espoir dans son loyal service. Alors le général Monk 
jeta de côté le masque qu'il avait porté jusqu'alors , ou bien il 
forma tout à coup une détermination sur ce qui , jusqu'à ce mo- 
ment,' avait été indéciis dans sa pensée. II accepta les offres qm 
lui étaient faites par le jeune prince , et depuis cet iti^taut, s'il n y 
avait pas songé jusquê-ià , il fit des intérêt^ de Charles. le prin- 
cipal objet de ses desseins. On a dit qu'il avait e;xpyimé^son dés\r 
de servir Charles avant de quitter l'Ecosse, mais quelles qu'aient 
été ses secrètes intentions, il ne semble pas probable qu'il lût fait 
quelques confidences à qui que ce fût. '. 

Lorsque le nouveau parlement s'assembla > la, chambre des 
pairs,' qui regagna dans ce nouvel ordre de choses les privilèges 
que Cromwell avait suspendus, reprit son rang cojnme une 
branche de la magistrature. Cependant les royalistes et les Pres- 
bytériens concouraient a^u même but , celui de rétablir le roi; e* 
comme ik possédaient la plus imposante majorité, sinon la totalité 



DSUXIEIIK SUUB. t»< 

des TOteSy éass ht scHiydie «hatekre des ceminiiss , anssîtAt fM 
le parlement fui nâolrmé tfÊ^ hrà GieniriU^ était à Londvi»» ft 
porteur de lettres du roi (Siarles > il fat re^ dans Ifs deas 
chambres arveelesjtes grandes dteonatratioiis de joie 9 et^ eei^ 
stitution d'Anglelerrey arep so» roi» ses kwds ef ses oom^Ames» 
qui aTait été suspendue pendant lingt ans, fas relevée touft d'un 
coup par acekmaiion. 

Charles Stuart y au Ken d^âtre m préteudaiit banni, dont le 
nom était dangereux à prononcer^ dont en ne pouvait embrassfr 
la cause sans courir le risque de perdre la vie, devint à la fcis mt 
prince légitime, aimé» presque adoté, dont l^absenee était dé- 
plorée par le peuple comme aurait pu l^étre celle du soleil. Ub 
nombre considérable de grands et d^amUtieux se vendirent piéei- 
pitamment en Hollande, où était Cliarles, quelques-uns pour fid^e 
valoir d'anciens services , d'autres pomr excuser d^aneiena délits, 
d^autres enfin peur rajqieler qu^s avaient exposé leur vie dans la 
*eause du roi, on pour enrichir le monarque en partageant avee h|â 
le butin qu'ils avaient amassé en combattant dans des vangs op- 
posés à sa cause. Quelques historiens ont dit que, par cette précipi- 
tation générale à replacer Cbarks l\ sur le tràne sans aucune con- 
dition pour l'avenir, on perchut tous les avantage^ qu*ett aurait pu 
retirer de la guerre civile, et qu'il eftt bien mieux valu rÀaUir le 
roi par un traité solennel , qui eût stipulé les prérogatives de ht 
couronne et les droits des sujets, et résoudre ainsi pour jamais 
ces grandes questions nationales qui avaient été disciitées entre 
Charles P*" et son parlement. Ces réflexions sont belles en théorie, 
mais en pratique il y a bien des choses ( et pieut*étre la restaura- 
tion en était une ) qui peuvent être exécutées aisément et sàfu- 
ment si Vonvn^e est comm«icé et adtevé dans renthousiaame 
d'un mouvement favorable, mais qui réussissent raremenl lors- 
qu'elles se prol<mgent au-delà de cet heureux moteent qu'il |Mit 
savoir saisir. L'ardeur en laveur de la monarchie , dont la imti#n 
anglaise était agitée , se serait probablement ralentie pendant Iss 
longueurs d'un traité , et peut-être tontes les question9 délioates 
sur lès institutions de l'Eglise et de l'Etat auraient renouVeté 
tontes les discussions qui avaient oocasioné la guerre ctriie» Bn 
supposant que l'incendie des anciennes discordes né se fik pas ral- 
lumé eh fSouiltant parmi ses cendres , on devait cependant se sou- 
venir qu'une grande partie de l'armée de Cromw^l^ efidstaîc en- 
eei^e", et qu'on ne potivait pas même se fier entièsiemeBtr uuék 



300 HISTOIRE D'BGOSSB. 

troupes de Monk. Ainsi la moindre af^Nirence de désunion , telk 
que les di^ussions qu'un traité propose auraient pu faire naitre, 
aurait peut-être donné à ces guerriers enthousiastes un prétexte 
pour s'assembler de nouveau, et pour rétablir le despotisme mili- 
taire, qu'il leur plaisait d'appeler U règne des saints. 
. Une circonstance montra combien le danger était pressant , çt 
combien il y aurait eu peu de sagesse à faire dépendre des chances 
d'un traité la restauration d'un gouvernement légal. Lambert, 
qu'on avait logé dans la Tour, conmie une personne dangereuse, 
s'échappa de cette prison d'Etat , courut à Davientry, et rassembla 
des troupes. L'activité du colonel Ingoldsby , qui avait , comme 
Lambert r servi sous Gromwell, mais qui alors était sincèrement 
attaché à Monk, étoufih que étincelle qui aurait pu produire m 
grand incendie. Jl réussit à persuader et à disperser les troupes 
qui s^étaient réunies sous Lambert, et faisant prisonnier de sa 
propre main son akicien conunandant , il le ramena en sûreté à ses 
quartiers de la Tour dé Londres. Mais comme la route était coqr 
verte de soldats ^e la vieille armée de Gromwell se hâtant de re- 
joindre Lambert, il était clair que le licenciemenÇ inmiédiat de ces 
troupes et la capture de la personne de Lambert prévenaient lè 
renouvellement général des hostilités. 

Dans dea circonstances aussi délicates, il était important que 
la restauration , qui était une mesure à laquelle tous les hommes 
sages devaient s'arrêter, comme le seul remède radical aux nu- 
sères et aux désordres du royaume , fût exécutée promptement, 
.laissant à l'avenir ou à la prudence mutuelle du roi et de ses ss* 
jets le soin d'éviter ces points de querelle qui avaient donné nais- 
sance à la guerre civile de 1641. Depuis ce temps, les royalistes 
ainsi que les parlementaires avaient souffert des maux ass^z yio* 
•kns pour que l'expérience eût enseigné aux uns combien il était 
imprudent de faire d'injustea tentatives pour étendre le pouvoir 
de la couronne, et aux autres à ne pas résister à ce pouvoir lors- 
qu'il ne dépasse pas ses limites constitutionpelles. 

Le roi débarqua à Douvres, le 29 mai 1660 , et fut reçu par le 
général M<mk, alors gratifié du duché d' Albemarle, de l'ordre delà 
Jarretière et du co^imandement de Tannée. Le roi amena avec loi 
ses deux firères, Jacques, duc d'York, dont nous aurons beaucoup 
à parler, et le duc de Glocester, qiii mourut jeune. Ils furent reçus 
avec des transports de joie si extravagans, que le roi dit à ceux ^i 
l'entouraient ; — . Il faut certainement que ce soit notre propre 



DEUXIEBffi SBIUE. 2Qt 

faate, si nous avons été aussi long'teipps alisens d'an pays où. l'on 
semble si joyeux de nous voir. 



CHAPITRE XVI. 



Cmetdra de Charles II. »— Middletoo envoyé comme grand^commissaire en BcouC' •— Mesures du 
parlement écossais pour rintrodaction de l'épiMopat. •— Procès et exécution do marquis d' Argyle. 
-— Procès du juge Swinton et autres* --acte d'uniformité.— ^Benvoi du dergé jion-«aiilbrmiste«— 
le eomte de Laudsrdale succède au pouvoir de Middlcton. 



Je ne puis vous parler très ayantageasement de Charles II, qtû, 
inopinément et presque comme par miracle , fat replacé sorte 
trftnede son père, en dépit des obstacles qni pende jours avant sa 
restauration semblaient la rendre impossQ)le. Ce prince avait xtat 
excellent jugement dont il fit peu d'usag'e, un extérieur gracieux, 
beaucoup d^esprit , et il ne manquait pas de courage. Malheureuse» 
ment il était passionné pour le plaisir^ et dans son ardeur à le 
poursuivre, il négligeait les intérêts de son royaume. Il ayait beau- 
coup d'égoïsmcy comme tous ceux qui ne pensent qu'à satisfaire 
leurs goûts ; il semblait s'inquiéter fort peu de ses amis et de ses 
ennemis, pourvu qu'il pût se maintenir sur le trône, obtenir de 
l'argent pour fournir au luxe d'une cour dispendieuse et dissolue, 
et jouir de plaisirs facile et dégradans. Il était naturellement bon, 
mais la moindre inqitiétude pour sa sûreté personnelle le portait 
aisément à devenir sévère et même cruel; car son amour de lui- 
même l^emportait sur ses idées dé justice et sur ses dispositions à 
la clémence. Il était toujours prêt à sacrifiejr la sincérité à ses in- 
térêts, et peut-être l'épitaphe satirique composée d'après son 
propre désir, par son spirituel favori le comte de Rochester, n'est 
pas plus sévère que juste : 

Gi-g!t notre bon roi Chariot , 
Dont la promesse était un pauvre gage : 
Quand il parlait c'était un sage; . , 
Quand il agissait , un vrai bçU 

Après cette esquisse du caractère du roi , il faut retourner en 
Ecosse , d'où nous sommes absens depuis l'instant où Monk quitta 
Goldstream pour accomplir l'œuvre de là restauration. 



202 HISTOIRB D'BGOSSS. 

Ce grand événement y fut célébré avec tes mêmes acclamations 
de joie que dans le royaume voisin» On peut dire atvec vérité que 
les Ecossais y pendant la guerre civile , n'avaient jamais renoncé 
entièremient à leurs sentimens en faveur de la monarchie. Ils corn* 
battirent contre Charles I*% d'fthord pour établir le presbytéria- 
nisme dans leur propre pays , puis pour l'étendre jusqu'en Angle- 
terre ; mais plus tard, les plus rigides Presbytériens même s'étaient 
unis à la réatstance contre FAngleterrey et avaient reconnu les 
droits de CShark» il. Us le prouvèrenl , et soutinrent sei^ droit» à la 
truste journée de Dunbar, qui leur ftit si fatale. Depuis cette mé- 
morable bataille , l'influence du clergé écossais snr le peuple en gé- 
néral diminua considérablement par les disputes que les ministres 
fkvaient antre eux » soit qu'ils adopussent des doctrines plqs rigides 
#a plus modérées, soit par les différens moyens dont la politique 
de Gromwell s'était servie pour avilir leur dignité et pour ren- 
verser leur pouvoir* Mais le parti presbyt^en était toajonrs 
très fort en Ecosse, Il dominait entièr^nent dans les contrées de 
l'oaest y avait tin grand crédit dans le midi et dans les provinces da 
milieu; ce n'était que dans les comtés du nord que la cause des 
^acopaux l'emportait. 

L'église presbytérienne veiÙait avec soin à ses intérêts f car elle 
ikvait envoyé un agent ou commissaire à l'armée de M<mk , avant 
qu'il fât atteint Londres , pour prendre soin des affaires de Téglise 
d'Scpsse» dans la révolution qui pourrait avoir lieu en cQnsé<{aence 
de l'expédition du général. 

Cet ageiit était James Sbarpe , dont la vie fot célèbre et U mort 
encore plus déplorable. A cette époque , c'était un homme d'on 
assez graiid savoiri hardi, actif et ambitieux, montrant beauoonp 
de sèle pour les intérêts 4e l'église, et ne négligeant nullement les 
aiena* Ce maître James Sbarpe yaper^ut facilement , tandis qu'il 
était à Londres , qu'il y avait peu de probabilité d^étaîblir la re- 
ligion presbytérienne en Ecosse. Il e^ vrai que le roi Charles, 
dansi sa dernière expédition dans ce royaume , avait accepté la 
Ligue Solennelle et le Govenant y et même avait prêté serment de 
les soutenir. Le pripcipal objet de cette ligue était l'établissement 
du presbytérianisme le pins àévère. 

Il était vrai aussi que le comte de Lauderdale , tant par ses ta- 
lons distingués que par lé long emprisonnement qu'il avait subi 
depuis la bataille de Worcester, avait le droit incontestable d'être 
consulté sur les affaires d'Ecosse, et qu'il conseilla fortement au 



J 



DBUIOBMB SERIE. 203 

roi de permettre qae ses sujets du nord conserrassént la forme de 
religion qui leur était si chère. Il essaya de donner cet avis de la 
manière la plus agréable an roi, se mbquant amèrement de la pé- 
danterie des ministres y et de l'nsage qu'on faisait du Covenaat; 
mai* tout en désirant plaire an roi et l'amuser» il perséyérait à 
soutenir que le Coveuant et la discipline presbytérienne ne devaient 
point être abolis en Ecosse tant que le peuple leur conseryerait une 
aussi ^ande partialité. On devait traiter les Ecossais , disait-il, 
comme des enfàns opiniâtres que leurs gouverneurs craignent 
d'exaspérer en leur arrachant un jouet qui ne leur convient pas, 
attendant avec patience le moâient de leur somn^eil, oa celui où la 
satiété le leur rend indifférent. 

Cependant le respect que le roi devait à $es engagiemens per- 
sonnels, aussi bien qu'aux sages avis du comte de Lauderdale, était 
fortement balancé par Fopinion des Cavaliers, qui professaient un 
dévouement absolu au roi, et affectaient de baser leur politique 
sur celle de Montrose. Ils faisaient retomber sur l'église presbyté- 
rienne tout le blâme de la dernière rébellion, et prétendaient que 
Hlnfibne transaction par laquelle on avait l|vré CSiarles F^ à l' An- 
^letçrre était Pacte ^une armée guidée par les conseils des Pres- 
bytériens. 

En somme, ils imputaient au dergé d'Ecosse les torts primitif 
qui avalent causé la guerre, et cpiolqu'il fAt certain que le clergé 
avait fini par se joindre à la cause royale, on assurait que ce chan- 
gement n'avait eu lieu que lorsque les ministres presbytériens crai- 
gnirent d'être privés de leur influence sur la conscience de leurs 
compatriotes , par CSroniwell et ses Indépendans schismatiques. On 
rappelait aussi au roi qu'Uayait été reçu par les Presbytériens 
Xboins comme leur prince que comme un instrument passif auquel 
ils ne vaulaîentrien permettre , sinon de s'appeler Içûr souvetaiii, 
et que , krsqu^l s'engagea dans le Covenant , il était tenu dans un 
degré de contrainte morale qui le déliait de cet engagement , au- 
tant que s'il lui avait été imposé par une violence personnelle. 
Enfin on lui représentait que le peuple d'Ecosse montrant une joie 
extrême de son heureuse restauration , le moment était on ne peut 
pins favorable popr toute innovation, soit dans l'Eglise, soit dans 
rStat , qui pourrait assurer la couronné sur sa tête. On ajoutak 
qu'aucun changement rie pouvait être plus important que celui oe 
substituer Fépisçopat au presbytérianisme; et qu'une fois l'occasion 
perdue , elle ne se retrouverak peut-être jamaia. 



20i HISTOIRB D'BGOSSB. 

Le roi Iqi-méme avait des raisons personnelles > quoiqu'elles 
n'eussent pas dû entrer dans une telle détermination , pour se res- 
flouyenir avec dégoût des affronts et des traitemens rigoureux qu'il 
ayait reçus des chefs presbytériens ayant que la bataille de Dunbar 
eût aboli leur pouvoir. Il avait alors conçiT l'idée que le pres- 
bytérianisme n'était point une religion faite pour un gentilhomme, 
et il transmit à lord Middleton, qui devait être son grand-com- 
missaire et son représentant au parlement écosssais, des pleins 
pouvoirs pour substituer l'épiscopat à la religion nationale d'E- 
cosse aussitôt qu'il le jugerait à propos. 

Cette détermination était l'an^t de mort du presbytérianisme , 
autant qu'il était au pouvoir de Charles de le prononcer, car 
Middleton, quoique jadis au service du parlement covenantaire, 
et comme tel opposé à Montrose, par lequel il fut battu an pont 
de la Dee, avait ensuite été major-général dans l'armée malheu- 
reuse du dbc d'HamiltoUy qui fut détruite à Uttoxeter en 1648 ; et 
depuis cette époque , il avait combattu bravement , quoique sans 
succès y pour la cause de Charles. Middleton, disons-nous, profes- 
sait les principes du plus extravagant royalisme. C'était un bon 
soldat, mais, sous d'autres rapports , un homme de talens infé- 
rieurs, qui avait mené la vie d'un aventurier, et qui, au faîte de 
la fortune où il était parvenu, était déterminé à donner pleine 
carrière à ses penchans favoris. Ces penchans étaient malheureu- 
sement grossiers et scandaleux. Les Covenantaires avaient, da 
moins en apparence, une conduite aussi moriale que sévère, et les 
Cavaliers, afin de leur être opposés en tout, s'abandonnaient aux 
excès du viii et de la débauche, et pensaient qu'en se conduisant 
ainsi, ils montraient leur fidélité au roi et leur mépris pour ce 
qu'ils appelaient l'hypocrisie étudiée de ses ennemis. Lorsque leur 
parlement s'assemblait , il y avait en général un grand nombre de 
CavaUers pris de vin ; et plus d'une fois on fut obligé d'àjouriier la 
séance, parce que le conmiissaire royal était trop ivre pour se 
tenir décemment sur son siège. 

Lorsque le pal*lement était dans cette joyeuse humeur, il ne 
manquait pas d'approuver les plan» du commissaire Middleton et 
des plus, violens royalistes, avec un zèle qui était également im- 
j[>mdent et impolitique. Par un coup d^état violent, il détruisit et 
abolit les, statuts et le^ ordonnances qui avaient été décrétés par 
ceux qui jouissaient en Ecosse du suprême pouvoir dq[>uis le com- 
mencement de la guerre civile. En agissant ainsi p les royalistes ren- 



DEUXIEME SERIE. èÔ& 

Tersèrent plasiéurs lois utiles, plusieurs qui avaient reçu la sanction 
du souverain y quelques-unes même qui ftirent créëes absolument 
pour sa défense, et pour reconnaître et protéger ses droits. Par un 
acte subséquent, le gouvernement de l'Eglise presbytérienne fat 
entièrement détruit ; et les institutions de Tépiscopat , pour les- 
quelles la nation avait manifesté tant d'aversion, furent établies avec 
autant de précipitation que de témérités M. James Shàrpe, cédant 
aux tentations brillantes qui lui étaient offertes, fut nommé lord- 
évêqne de Saint- André et primat d'Ecosse. D'autres personnages, 
soit des anciens membres de l'Eglise épiscopale, soit de nouveaux 
convertis' aux doctrines qui semblaient une route sûre pour l'avan- 
cement , furent nommés prélats, et obtinrent un siège an parlement, 
ainsi qu'une grande influence dans les conseils de la nation. 

11 peut sembler étonnant que de si grands changemens, et dans 
une matière si importante, aient pu s'opérer sans une plus violente 
opposition : mais la joie générale qu'éprouvaient les Ecossais d'être 
délivrés du joug de l'Angleterre ; la retraite des troupes qui aban- 
donnaient les citadelles dont Gromwell s'était servi pour les contenir 
par la force, comme un conquérant étranger gouverne un pays 
subjugué; le plaisir de voir un parlement national agissant sous 
Pautorité d'un prince qui était leur compatriote, étaient d'un grand 
poids dans les premiers transports , pour réconcilier les esprits 
même au cbangement des formes de la religion, lorsque ces chan- 
gemens étaient présentés comme la conséquence ( préte^dait-on } 
de la restauration du pouvoir royal. 

La noblesse écossaise, principalement parmi les jeunes gens, 
était depuis long-temps offensée de la liberté des prédicateurs pres- 
bytériens qui poursuivaient les faiblesses et les fautes jusque dans 
le sein des familles; et ce droit, que le clergé réclamait et exer- 
çait, devenait de plus en plus intolérable à ceux qui se sentaient 
disposés à adc^ter les mœurs libres et dissolues qui distinguaient 
les Cavaliers d'Angleterre , et qui recevaient avec ressentiment 
les réprimandes dont le clergé presbytérien prétendait avoir le 
droit d'n$er pour entraver leur carrière de plaisir. 

La populace des villes était amusée par les processions, les 
largesses et les distributions gratuites de liqueurs, et par ces 
réjouissances publiques an moyen desquelles elle est ordinaire- 
ment sédtrite. Je ne puis ici m'empêcher de citer comme un 
fait remarquable, que le 20 avril 1661, JennyGeddes, la même 
femme qui donna le prMdejr élan à U guerre civile en jetant son 



2oa msTonB. vegossi. 

tabouret à la tête da doyen d'Edimbourg pendant qu'il lisait le Eyre 
de la liturgie, cette même femme» le jour mémorable du 23 juil- 
let 1637y montra sa conversion au royalisme en donnant les ma- 
tériaux qui formaient sa petite boutique de mardiande de légumes, 
paniers, tablettes, bancs, et même sa propre chaise d'osier, pour 
augmentâr un feu de joie allumé en honneur du couronnement de 
Sa Majesté et des arrêts de son parlement. 

Cependant il y avait en Ecosse bien des gens qui étaient diffé- 
remment affectés des brusques procédés de Middleton et de son 
joyeux parlement, sur les sentimens duquel j^aurai beaucoup à dire« 

Le plus grand mal qu'on pouvait appréhender du retour du roi , 
était la probabilité qu'il ne serait pas disposé à pardonner à ses 
plus grands ennemis , non plus qu'à ceux de son père, et qu'il per* 
pétuerait le souvenir des anciens torts et des anciennes querelles 
en exerçant sa vengeance. Il avait publié, il est vrai , une'prot&essa 
d'oubli et d'amnistie peur toutes les offenses commises contre lui et 
contre son père pendant la guerre civile ; mais cette proclamatii»! 
portait exception des personnes que le parlement désignerait par« 
ticulièrement comme méritant punition. En conséquence, ceux 
qui avaient puissamment contribué à la mort» ou, comme on 

Sent le dire, à l'assassinat de C3iarles l*"*, furent, avec une ou 
eux autres personnes dont la conduite avait été d'une extrême 
violence dans lés derniers temps, exceptés du pardon général ( el 
quoiqu'il n'y eût qu'un petit nombre de gens oondamnés à mort^ 
il eût peut-être mieux valu enoore en épargner pln^îenrsi même 
parmi les plus coupables. Mais cette question aiqpartient à l'his- 
toire d'Angleterre, et afin que FËçosse pât être témoin de sembla- 
bles exemples de sévérité, on résqlut de faire le procès aux grands 
comiiables de ce pays^ 

Farmi eux, le inarquis d'Argyle, dont qous avons $oavait parlée 
était incontestablement le plus reD|arqttable« Il avain paru à Lon- 
dres au moment de la restauration^ espérani». s'i^rramger av:éc k 
roi ; mais U fut ausjsitôt arrêté, enfermé dans U Tour^ el plus t«ed 
renvoyé en Ecosse pour y être jugé Suivant les lois deeO pay^^ 
Dans 1& parti de$ Cavaliers, on désirait avec ardeiur qu'Argylé f&t 
mis à iQort , ep représailles de réxéeution de M^mirose ^ deas ei 
doit se rappeler qu'il avait été le fdns persévéràul et le plus «lortel 
ennemi* Il avait saoïs doute été coupable de grandes ef nantëa^en 
détruisant le parti royaliste dans les hautes-terres , il avait ansaî 
probaUwientaoBi^iM.ansprttrâgiqpiedel^lflil^ qsoifiE'ilsfc 



DSUXOqiB SERIE. 207 

fiit toqonrs éloi^é des conseils qui se tinrent à ce siget. Mais 
cependant ce n'était plas le moment de le condamner pour ses 
crimes* Le roi, lorsqu'il yint en Ecosse après Pexécntion de Mont* 
trose, approuva tout ce qui ayait été fait contre lui , comme si on 
eût agi pour le mieux; il était entré par la porte d'Edimbourg sur 
laquelle le crâne de son fidèle génâral était noirci par le soleO. 
Dans ces circonstances , il ayùt reçu les soins et les serrices du 
marquis d'Argyk comme sujet fidèle. En outre , les offenses du 
ma)rqnts étaient effacées , et il se trouvait protégé par un acte de 
remission générale accordé par Charles , en li651 , pour tous les 
crimes d'Etat commis avant cette époque. 

Convaincus du poids que cette dernière circonstance pourrait 
avoir dans la défense d'Argylei le conseil de la couronne et les juges 
recherchèrent avec ardeur ai le marquis d'Argyle avait eu des 
communications avec l'armée anglaise d^uis 1651. Le procès s6 
prolongea^ et l'accusé était sur le point d'être acquitté, par défaut 
de témoignages pour des faits d'une plus grande importance que 
ceite sonmissioa forcée que les Anglais victorieux avaient exigée 
de tous^ et que personne n'avait eu la faculté de leur refuser. 
Mais au moioent où le marquis d'Argyle allait être mis en liberté, 
on entendit frapper à la porte du tribun^» et une dépêche qu^on 
venait d'apporter de Londres fut remise au lord-avocat. Lorsqu'on 
sut que le nom du messager était Campbell, on supposa qu'il ap^ 
portait le pardon du n^rquis accusé; mads la dépêche était bien 
différente 9 elle contenait plusieurs lettres qui avaient été écrites 
par le marq«is d'Argyle au général Monk, lorsque ce dernier 
combattait sonsGromweU , et dans lesquelles il essayait naturelle- 
ment de gagner les bennes grâces du général , en exprimant l'in- 
térêt ^'il portait aux affaires d'Angletorre/ alors conduites en 
partie p^r son corre^ondant. Il semblerait que Monk n'aurait 
point eu l'intention de produire ces lettres , si l'on avait trouvé 
d'autres. témoignages pour assurer la Condamnation d'Açgyle, 
désirant Bans doute éviter i' ignominie dont le couvrirait une action 
anssi perfide;- cependant il se décida à les envoyer, afin qu'elles 
fussent produites au tribunal , plutôt que de laisser acquitter l^ac- 
fiusé. Cette action laisse une grande tache sur le caractère dil 
restaurateur de la monarchie anglaise. 

Ces lettres y dont le secret était, dévoilé avec tant de perfidie i 
furenl reçu^ comme une preuve convaincante de l'intelligence du 
màictgm avec l'enaenii anglais. Etant trouvé coupable pour une 



208 HISTOIRE D'ECOSSE. 

action à laquelle aucun homme en Ecosse n'aurait pn.se refuser 
à cette époque, il fut condamné à avoir la tête tranchée. 

Au moment où Argyle se releva, car il avait reçu sa sentence à 
gepoux, il dit : Ceci me rappelle que je fus le premier à parer la 
tête de Sa Majesté d'une couronne royale (faisant allusion au cou- 
ronnement à Scone), en voici la récompense -Cependant, queDiea 
lui donne une couronne de gloire ! 

Argyle affronta la mort avec un courage qu'on n'aurait pas 
attendu de lui en le jugeant par quelques actions de sa vie, car 
on le croyait généralement d'un caractère timide. Sur l'écha- 
faud il dit à un de ses amis qu'il se sentait capable de braver la 
mort comme un Romain, mais qu'il préférait s'y soumettre avecla 
patience d'un chrétien. Sa conduite jusqu'à ses derniers momens 
prouva la vérité de ces paroles. Ainsi mourut le célèbre marquis 
d'Ar^le, qui joua un rôle si important pendant cette époque mé- 
morable. Il était appelé par les habitans des hautes-terres Gilles- 
pie Grumach , ou Argyle le Sombre , parce qu'une obliquité dans 
ses yeux donnait quelque chose de sinistre à sa physionomie. La 
tête du marquis d' Argyle remplaça sur la tour de la prison celle 
de Montrôse, son ennemi formidable , dont les membres dispersés 
étaient alors réunis , et avaient été transportés avec une grande 
pompe .dans un honorsdrle tombeau. 

John Swinton de Swinton , représentant d'une famille dont il 
est sans cesse fait mention dans la première série de cet ouvrage, 
était destiné à partager le sort d' Argyle. Il avait eimbrassé la cause 
4e Cromwell peu de temps après la bataille de Dunbar, et ce fat 
par ses conseils et ceux de Lockart de Lee que l'usurpateur diri- 
geait principalement les affaires d'Ecosse. Il était ainsi bien pins 
profondément engagé dans les intérêts de Cromwell que le mar- 
quis d' Argyle, quoique moins coupable sous d'autres rapports. 
Swintoii était un hoinme d'un jugement fin et pénétrant , et dont 
l'esprit avait une grande activité. Se voyant menacé de tout côté 
et envoyé en Ecosse sur le même vaisseau qu' Argyle , il lui pritla 
fantaisie, soit par conviction, soit pour éviter le ds^nger qui le 
poursuivait, de se faire Quakenr^ Comme il avait résolu que tonte 
sa famille embrasserait la même religion, son fils aîné fut fort sur* 
pris , en s'éveillant un matin , devoir son habit écarlate galonné, 
sa rapière et les autres parties à' la mode.de l'habillement d'un 
jeune gentilhomitne de cette époque , changés contre un siinple 
vêtement de drap gris, avec im. chapeau rabattu» sans ganse ni 



JNEUXIEMB SERIE. 209 

JMontonSy le tout placé à côté de son lit. Ce fat a^ec bien de U peine 
^a'on pat le déterminer à se yêtir de ces simples habits. 

Son père , au d^ntraire, semblait entièrement habitué à l'humble 
condition qu'il avait adoptée , et lorsqu'il parut à la barre dans le 
-simple costume de sa nouvelle secte , ilrefasa de se servir pour sa 
défense des excuses légales accordées par l'acte d'amnistie , ou 
d'aucune autre excuse : mais il répondit suivant les principes de 
mon^résistance^t sa nouvelle religion ; disant qu'il était vrai qu'il 
avait été coupable des critnesdont on l'accusait et de bien d'autres 
encore , mais qu'il était alors dans le fiel de la méchanceté et dans 
les liens de l'iniqpité ; que maintenant/ rappelé à la lumière ^ il 
reconnaissait ses erreurs passées, et ne réfusait pas de les rache- 
ter par |e sacrifice de sa vie. Sa manière de se défendre était à la 
fois si digne et si modeste « et la vue d'une personne qui avait joui 
d'un grand pouvoir, placée dans des circonstances si différentes, 
parut affecter à un tel point le parleknent devaùt lequel Swinton 
comparaissait, que la vie de cet accusé fiit épargnée; mais il fut 
Téduit k la pauvreté^ar des amendes et par la confiscation de ses 
l:>iens. Les habitans du pays dé Swinton disaient que s'iPn'eût pas 
tremblé il ne fût pas devenu trembleur^. Mais, mal^é ce Jeu de 
mots, sa conversion paraît avoir été parfaitement sincère. On rap. 
porte que ce fut principalement lui ^ui contribua à convertir aux 
opinions àesAmisle célèbre Robert Barclay; ce dernier défendit 
plus tard leur cause , dans V Apologie en faveur des gens appelés 
Quakers par mépris. Swinton resta jusqu'à sa mort membre de 
cette congrégation , et il s'y fit généralement estimer. 

La délivrance du juge Swinton peut être presque regardée 
comme miraculeuse, puisque ceux qui suivirent la même con- 
duite que lui pendant les troubles, quoique inférieurs à lui et 
moins dignes d'attention, ne purent obtenir grâce; Johnston de 
Wariston, exécuté pour crime de haute trahison, était,. il est 
vrai, un homme bien né, et un avocat qui avait trempé dans 
toutes lés niesures de Cromwell et celles qui furent prises dans 
les temps qui suivirent; mais ce fqt ùn« puérile vengeance que 
celle qui choisit'comme méritant un châtiment capital SI. Guthrie, 
ecclésiastique qui avait écrit un livre où il attribuait la colère du 
ciel contre l'Ecosse aqx fautes de Charles V'^ et de sa maison , et 
un homme nommé Govan, principalement parce qu'il avait été le 

I- AHofion aamot de QnoAcri qui signifie littéralement Tçfmhlwur, 

i4 



210 mSTCMRB D'EGOSSB. 

premier à apporter en Ecosse la noayelle de la mort de Charles, 

et eti avait parlé ayec approÎNitioB. 

Un acU a oubli jfut enfin publié i mais il contrait une clause fa- 
tale : ceux qui par leur conduite passée avaient le droit de s'en 
{prévaloir, étaient assiljettis à des amendes en proportion de leur 
brtun^. L imposition de ces amendes était conéée à un comité 
coinposé de membres du parlement , qui acceptaient secrètement 
des présens considérables de ceux qui étaient les plus coupables, 
et infligeaient souvent les peines les plus sévères à ceux qui 
étaient les plus innocèns». 

Une transaction plus hardie encore montre sous leur plus grand 
jour la rapacité et Teffrontefie du commissaire Middleton. 

Le marquis d'Argylé, comme je l'di déjà dit, fut exécuté, et 
son tiis hérita seulement de son titre de comte. Il s^était rendu à 
Londres, a6n de se faire quelques protections à la cour. On lui 
persuada que les mignons de lord Clarendon , alors à la tête des 
affaires, s^engageraient pour mille livres sterling à lui procurer 
le patronage et la faveur de ce ministre. E|j^ conséquence , Argyle 
écrivit une lettre confidentielle à lord Duffus, dans laquelle il di- 
sait que s'il pouvait lever mille livres Sterling, il lui Serait^ facile 
d'obtenir la protection du ministre anglais; et qu'en pareil cas, il 
espérait que les difficultés de sa position présente ne seraient 
qu'une tempête de gowk^ ; puis après quelques expression^ mépri- 
santes sur lé parti qUi l'emportait .dans le parlement écossais, il 
ajoutait que < le roi verrait dé ses tours.» . 

Cette lettre tomba entre les mains de Middletoh , qui décida, stir 
des expressions faibles et innocentes , assez naturelles à un conr- 
tisan jaloux, qu'Ârgjrle serait arrêté et jugé pour Leasing Àfaiing, 
crime qui consistait à répandre des rapports mensongers, tendant 
a semer la dissension entfe le roi et le peuple. Pat cette loi tyran- 
nique, qu^on avait remise en vigueur à dessein , mais qui dans son 
origiile ne pouvait être applicable au secret d^unë lettlre, Àrgyle 
jfut dé{)ouilIé de ses domaines et condamné à perdre la tête, Jtfais 
les détails d^un sembl^le procès et d'une telle sentence pour une 
vtigue expression de mauvaise humeur , frappèrent Charles d'é- 
tonnement ainsi que son conseil privé , lorsque ces détails par- 
vinrent en Angleterre. Le chancelier Clarendon s^écria le premier 
. éd la présence du roi, que s'il pensait vivre dans un pays pu une 

1. Une ooarta tempête comme il Tient dans le ptintempt, la seitoa da ooaooQf qae les BtsouêU 
•ppeUeat gowL 



DE0XIBHB SnUB^ SU 

oppression ai tyramrifne était peraûsey il s'ealnlùl dw Etcté de 
Sa llilajesté aussi vite que sa goutte te lu perflietflrnl* Cb ordre fet 
envoyé pour arrêter l'exécution d'Argyley qm fat nésamioltts rei> 
tenit prisonnier tant que Middleton eons^rya son pontoîr : chàdh 
ment sévère ponr avoir imputé ane petite fraude an ministère dii 
roi. On lai rendit dans la suite ses doteainetf et sa liberté ^ qn^il 
perdiit encore plus tard par une semblable perséentioà. 

Middleton espérait regagner dans la faveur de Oliarles et dans 
Topinion de Glarendon la confiance qtk'û avut perdnepar son ex- 
cessive sévérité , en pressant les^ çhangemens du ffouvernemeat 
de FEglise en Ecosse. — Un acie général d'uniformité fat pnbiié 
poar assujettir aux observances de TEglise épiscôpale, et cet acte 
fat suivi d'un ordre du conseil , de la plus grande violence^ et cfui, 
&t-on, avait été tracé à Glaseow pendant la chaleur de Pivresse 
et de la débauche. Cet ordre , d'une sévérité outrée, porti^ que 
tous les ministres qui n'auraient point été présentés comme candi* 
dats par leurs jpatrons laifqaes , et qui n'amraient pas pris posses- 
sion de leur bénééoe devant les prélats , seraient chassés par la 
force militaire si eela devenait nécessaire ; il était déiènda à ioas 
les parcnssiens de reconnaître le ministère de ces non-o6nfar- 
mistes, et de les considérer contae ecclésiastiques. C'était d'un 
seul ooup chasser tous les ministres preabytérien9 qm se feraient 
scrupule de devenir épiseopaiix.' 

Il semblerait^ par cè^ aete téméraire^ que Middleton sv^posait 
que les minisires, tout attachés qu'ils éui^it au pres^térianisme^ 
se soumettraient à l'épiseepat j^ntftt que de p^dre leurs émohi^ 
mens , qui chez la plupart étaient les seuls moyens d'e!s^tencé 
pour eux. et leur famille/. Mps, à la grande surprise dtà oômmtis- 
8aipe^,> environ trois den)^ élnquânte mimstr es quittèrent leur curé 
sans hésiter un insteaty* déterafaiës à se sonmiett^ aiut dernières 
extrémités dé k mis^ ,; phitftt ^e' de j^uir d'Anne aismôé qài se* 
rait l» prÎM, de léwt apostasie aux dogme» de léut égHse. Dans iè^ 
parties dn nord dd TEcî^te , dans le» eouerées da iSttAte , et le 
bng des frotttière»dtf cÀté de* Pest y la pi«ipart des eocl&iastiqirM 
se spunttfenl;; mai» le^ comtés' de Foueàt^ 06 k préAyiéfiéxàÂmé 
avait tMjoiffs été le plus florissant, fareiM; presque tons ptrv^ dé 
kars jMOmtSi H ëa résutta* qnfénrnrim un tkrsd^ DbMétresdeaf 
psrmsses en Ecosse tvopém Umd d'un coup chasÉé^dfe leurs béné^ 
fiees^ et le peuple seftréde leurs krstruotions. 

Im eensréfatiM» è» prédient^mf tualéÈt Mteia 

14. 



213 HISTOIRE B^BGOSSE. 

fectées par ce brusque changement et par le sort de lenrs pas- 
teurs; plusieurs de ces derniers avaient, par leur naissance et par 
leurs mariages , des relations et des liaisons dans la paroisse dont 
ils étaient bannis avec tant de précipitation, et ils avaient tous été 
les instituteurs zélés du peuple dans les matières de religion, et 
souvent ses conseillers dans les affaires temporelles; Il n'eût 
donc pas été naturel que les paroissiens eussent vu avec indiffé- 
rence leurs ministres descendri^B d'une aisance décente à la pau- 
vreté, et se soumettant avec patience , plutât que de sacrifier les 
scrupules de leur conscience à leurs intérêts. Ils montrèrent dans 
toutes les circonstances la plus touchante sympathie pour leur 
détresse. , 

La cause pour laquelle on persécutait ledergé n'était pas non 
plus indifférente aux laïques. Il est vrai que les conséquences de 
la Ligue Solennelle et du Govenant avaient été si fatales, qu'à 
l'époque de la restauration il n'y aurait eu que quelques Pres- 
bytérien^ rigides et hyperboliques qui eussent pu désirer la réor- 
ganisation de cet engagement célèbre; La cour, avec de la douceur 
et de la modération, ajorait pu réduire ce qui avait été autrefois 
l'idole de tout vrai Presbytérien à l'insignifiance d'un vieil alma- 
nach, suivant l'expression des Indépendans. Mais il y avait une 
grande différence-entre souffrir que le Govenant toïnbât en désué- 
tude, comme contenant des doctrines trop élevées et trop suscep- 
tibles d'être mal comprises et mal mteiprétées, ou être d'accord 
avec le gouvernement pour ridiculiser cpmme absurde et aban- 
donner comme odieux un pacte qui pendant un temps avait été 
si hautement respecté. 

. Cependant le patlement ordonna que la Ligue Solennelle et le 
Covepant fussent brûlés à la croix d'Edimbourg et dans d'autres 
lieux , avec. tous les signes du déshonneur; tandis que des figures 
arrangées de manière à offrir la ressemblance des lîVhigamôres de 
l'ouest , cpmme on les nonunait , ét^ent aussi jetées aux flanmies, 
ppur représenter le presbytérianismé brûlé en effigie. Mais comme 
les témoins de ces mesures ne pouvaient s'empêcher de se sou- 
venir en même temps qu'à sa première formation le Govenant 
avait été accueilli par l'Ecosse presque tout entière avec des yeux 
en pleurs et des mains élevées au ciel; que le roi Ini-inême lui 
avait prêté un serment solennel , ainsi qu'une grandepartie de la 
noblesse, dans laquelle on pouvait comprendre les ministres ac« 
^nelsi il était naturel que ces personnes ressisntiss^t on respect 



DEUXIEME SERIE. 213 

involontaire pour ce qai jadis avait paru sacré à eux on à leurs 
pères, et pensassent que les insultes inutiles dirigées contre le 
Covenant étaient une espèce de sacrilège. 

Les sermens qui imposaient à chacrue personne remplissant 
une charge publique le devoir de. renoncer au Covenant comme 
à au engagement contraire aiux lois, coûtaient à la conscience de 
plusieurs 9 particulièrement dans les classest les moins élevée^. En 
général, les efforts pour rendre le Coyenant odieux et méprisable 
ranimèrent parmi le peuple écossais une passion qui commençait à 
s'éteindre. . 

Il y eut une autre conséquence fâcheuse de Texpulsion du clergé 
presbytérien. Tant de bénéfices devinrent vàcans tout d'un coup» 
qu'il fut impossible aux prélats de trouver un assez grand nombre 
de personnes qui par leurs talens et leur mérite auraient pu rem* 
placer convenablement les prédicateurs exilés. Une multitude de 
jeunes ge&s dont l'éducation ét^t à moitié achevée furent envoyés 
précipitammentdesdistrictsdunord, pour devenir Çum^^^ ^ : c'est 
le terme employé dans l'Eglise épiscopaled^Ecossepour un prêtre 
de paroisse, quoiqu'on s'en serve ordinair^nent en Angleterre 
pour désigner un ecclésiastique payé pour remplir la charge d'un 
autre. Par cette précipitation inévitable à remplir les places va- 
cantes dans le clergé, ces jeunes étudians, placés avec tant de 
hâte dans la vijgne spirituelle, avaient, suivant les historiens de 
l'époque, aussi peu de morale que de science, et encore moins de 
religion que de science et de morale. Un gentilhomme campagnard 
du nord maudissait , à ce qu'on prétend, les scrupules des membres 
du clergé presbytérien, parce que, disait-il, depuis qu'ils avaient 
abandonné leurs bénéfices, il était impossible de trouver un garçon 
poar mener paître les vaches.- Us étaient tous partis pour être 
curés dans les comtés de l'ouest. 

Les congrégations presbytériennes quittèrent en grand nombre 
les églises de paroisse, et c'était une conséquence naturelle des 
malheureuses circonstances. Les Presbytériens négligeaient les 
nouveaux curés, les traitaient sans respect, cherchaient leurs an- 
ciens prédicateurs dans l'obscurité où ils s'étaient retirés, 'et de- 
mandaient et recevaient leurs instructions religieuses^ Les ecclé- 
siastiques renvoyés croyaient qu'il était encore de leur devoir 
d'mstruire ceux qui en avaient besoin et qui le désiraient, malgré 

I. GéQénileiii«Qt Us Qtrutts sont des dessenrans. 



3t4 mSTOIlUB IVEGOSSB. 

les noaveUes fiëvérités dont cette conduite les rendait Fobjet de la 
part da çonvernement. ' 

Les cours spirituelles > on cours par commission , comme on les 
appdaiit > tientèrent de trpi|yer un remède contre la défection occa- 
sionée pav les scrupules du peuple. Neuf prélats et trente-cinq com- 
BMSsaires, parmi les laïques, dont un éréque avec quatre assis- 
tans , formant un comité , eurent le pouvoir de faire èKécuter les 
lois cré^ pour la conservation de rfiglise épiscopale. Ces cours 
ecclésiastiques oppressives étaient tenues dans tous fes Ueux où il 
y avait des plaintes de non-conformité , et elles employaient toutes 
les rigueurs desemprisonnemens, des amendes et châtimens cor- 
porels contre ceux qui abandonnaient le service de leurs propres 
paroisses pow aHer écouter les doctrines des ministres presbyte- 
riens. Ces assemblées religieuses et secrètes ftirent appelées cw^- 
tenUeuks. 

Ces conventicnles se tinrent d'abord dans des maisons particu- 
lièreé , dans des granges et d'autres bfttimens , comme c^était le 
cas en àngleteire, où (quoique à un degré plus modéré) la c^on- 
fcrmité générale de l'Ëglise était aussi forcée. Mais comme ces as- 
semblées , surtout lorsqu'elles furent nombreuses , étaient sujettes 
à être découvertes et interrompues par les juges de paix [peace offi- 
€ers)^\e% soldats qui lies dispersaient avec grossièreté , quelquefois 
volant aux hommes leur bourse, et aux femmes leurs manteaux et 
leur plaid, les Presbytériens écossais eurent recours , pour leur 
sûreté, à un expédient qui leur fut suggéré par le caractère sau- 
vage de leur pays. Us tenaient ces assemblées défendues en plein 
air, loin de tous les yeux et loin des distractions , dans des lieux 
montagneux et solitaires où il n'était ni facile de les découvrir, ni 
prudent de lès troubler, à moins que la force qui les attaquait ne 
fût considérable. 

De son côté , le conseil privé redoublait d'efforts pour ré- 
primer ou plutôt détruire les noh-confornwstes. Mai^ la" violence 
de ses poursuites avait attiré l'attention des ministres anglais. 
Middleton commençait à tomber dans la disgrâce ie Gharies , et 
fut envoyé comme gouverneur à Tanger. C'était une espèce de 
bannissement honorable; il y perdit la vie, qu'il avait si souvent 
exposée dans les dangers des batailles, en tombant d'un escalier. 

Lauderdale, qui succéda à son pouvoir, avait bien plus de ta- 
lons; Son physique était disgracieux ; il avait une haute taille , 
des cheveux rodges fort épais, des traits rudes; et une langue qui 



DEUXIEME SERIE. 215 

paraissait trop lai^e pour ^ bouclie. Mais il possédait beancorâ 
de jugement^ de saToir et d'espît. Il fut, dans l'ongiiie, zélé ppçr 
le CoYçnant, et les ennemis qu'il avait à la oonr prenaient les sêr- 
mens par lesquels on devait vénoncer à cet engagement , avec d'au- 
tant plus d'ardeur qu'ils espéraient que Lauderdale se, ferait un 
scrapule de les prononcer ; mais il ne fit que rire de leur idée de se 
croire capables de l^rréter dans son ambition par un seârment^ 
quelconque. < * 

Dès ^u'il eut le ppuvtiir en main^ il s'aperçut facilement que 
les mesures violentes qu^n avsùt adoptées étalent plutôt faîtes 
pour rainer l'Ecosse que pour établir T'épiscopat. Mfiis il comprit 
aussi quHl ne pourrait pas conserver le pouvoir qu'il avait obtenu^ 
à. moins qu'il ne restât d'accord avec Sharpe^ le priiQat d'Eeosse, 
et les autres évéques à IHnstigajtion desquels ces mesurés étaiei^t 
adoptées et mises à exécution. D'après VégoVsmè et le caractère 
rnsé de Laàderdale, on peut supposer qu'il leur conseilla même 
des excès plus violefis, afin que lorsque les conséquences de leur 
coi|dnite auraient détruit leur réputation,, il pût obtenir une en- 
tière puissance y en succédant à ce)le qi|e les prélats partageaient 
ayec lui. Ainsi / on exerça toujours les mêmes sévérités contre les 
non-conformistes, et les amendes ruineuses ^mxquelles ils etaieiit 
condamnés étaient levées en envoyant dès garnisaires chez Jes dé- 
linquans. Ces soldats avieiifeiit drqit de loger, ipanger et boire dans 
les maisons des condainnés , et d^en exiger du fourrage poUr leurs 
chevaux, jusqu'à ce que l'amende fût payée. Ces gens, sachant 
qu'ils étaient places comm^ ehâtimenê dans le» familles où ils se 
trouvaient en quatrli^r , étaiçpt ^ussi inspl0i<$. qp'ayjde§, et pQijr 
se débarrasser d'hôtes aussi incommodes, le malheureux pro- 
priétaire vendait avec plaisir, quoique à perte, tous les objets de 
valeur qui pouvaient lui procurer quelque argent. 

Les principaux agens dans cette espèce de croisade contre le 
calvinismie étaient les soldats des gardes à cheval ^u. roi, ^ corps 
établi depuis la restauration sur le modèle des troupes françaises 
de la maison du roi. Ces soldats , considérés comme gentilshommes^, 
étaient assez ordinairement les plus jetines fils d'hommes qtii 
avaient des prétentions à la naissance; Cavali^s par prbfessipn , 
ils s'adonnaient à tontes les débauches familières à la jeunesse dis- 
solue de cette époque , et devaient être probablement par leurà 
habitudes et leurs goûts un tourment et un Véritable fléau pour les 
maisons paisibles où ils étaient en quartier. D'autres régnn^ss de 



^316 HISTOIRE D'ECOSSE, 

cavalerie 9 établis fimyant l'usage ordinaire, forent levés dans. le 
même dessein. 

L'ouest de l'Ecosse, et particulièrement le Dumfries-Shire» 
l' Ayr-Shire et le Galloway , furent les plus surchargés , étant plus 
réfractaires et plus obstinés que les autres comtés. Sir James Tut* 
ner fot envoyé dans cette partie du royaume avec un nombre de 
JliMpes considérable et un plein pouvoir du conseil privé pour 
imposer des amendes et infliger d'autres peines à ceux qui refuse- 
raient la conformité générale. ,Sir James était un soldat de for- 
tune, qui avait servi sous Lesly, puis ensuite dansTarmée des Ba- 
gagistes , sous le dnc d^Hamilton. Il était homine de lettres, ayant 
écrit un traité sur l'Art delà guerre, et d'autres ouvrages outre 
ses propres Mémoires. Néanmoins il parut, par les détails. qu'il 
donne; sur lui-même dans ses mémoires, qu'il pilla sans scrupule. 
D'autres autorités rapportent que son caractère était cruel et dis- 
solu. Dans de telles mains, il n'était pas probable que lé ppnvxnr as- 
signé par la commission sommeillât , quoique sir James assure ses 
lecteurs qu'il ne levait j amais qu'environ la moitié de Tamende i^- 
po$ée. Mais un concours de circonstances avait rendu l'exercice 
d'une telle commission moins sûr qu'il ne l'avait été jusq«'alorSi 



CHAPITRE XVIL . 

ConventicalM. — Lp Pentlimd se soalère. «^ B«Uill« de Rallion-Graen. *— Tbiéranee aocordét: — 
Betirée. — Les Coveninlaireà proscrits. -^ Conventicales armés. -— Superstition de» CovensB* 
Uires4 —Persécution des CoTenantaires» — Are^Hires da capitaine Creichtoa. 



Lorsque l'habitude de tenir des conventicules dans les champs 
fut' adoptée, elle exalta jusqu'au plus haut degré d'enthousiasme 
lets esprits.de ceux qui les fréquentaient. Les personnes âgées et 
timides pouvaient difficilement s'engager dans des expéditions loin- 
taines, au milieu de montagnes'sauvages et dans des marais; aussi 
la plupart de ceux qui assistaient au service divin dans de sembla- 
bles occassions , étaient robustes de corps et hardis d'esprit , ou du 
moins étaient des hommes dont le manque de forces et de courage 
était plus que compensé par le zèle religieux. La vue des rocs et 
des montagnes qw Ic^ entonraiei^t donnait de la solennité à leurs 



DBUXIBME SERIE. 217 

actes de dëyotioii , et les encoaragçait dans la pensée de- se dé- 
fendre parmi les forteresses construites par les taiains de la natiire^ 
et dans lesquelles ils 3'étaient réfugiés pour adorer Dieu suivant 
les formes que leurs habitudes leur dictaient et 4ue leur conscience 
approayait. Le souvenir que leurs pères avaient souvent trouvé 
dans ces retraites fortméesiin refuge inaccesssible contre les vain* 
queurs étrangers , devait augmenter leur confiance naturelle, 
et elle était confirmée par le succès avec lequel ils avaient quel- 
quefois attendu de pied ferme de petits corps de troupes qui furoit 
dans quelques occasions repoussés par ces mêmes Whigs qu'ils 
étaient venus pour disperser. Dans les <;irconstànces de ce genre^ 
les Covenantaires se conduisirent avec modération , n^ipfligeant 
d'autre pdne aux prisonniers qui avaient pu tomber entre leurs 
mains que de les garder pour les faire jouir du bienfait d'un long 
sermon. Le fanatisme ajouta des merveilles pour encourager ce 
nqayel esprit de résistance. Les Govenantaires se crurent sous la 
protection immédiate du pouvoir qu'ils adoraient , et leur imagir 
nation délirante espérait même une intervention miraculeuse 
Dans un conventicule tenu sur nne des montagnes de Lomond 
dans le comté de Fifo, on racpnta et l'on crut «qu'une figure ange- 
lique se montrait dans les airs, planant au-dessus de la congréga- 
tion assemblée» avec un pied en avant » et comme occupée de 
veiller à sa sûreté. 

En général 9 l'idée dé repousser la force par la^force et de se dé- 
fendre contre les soldats et contre les autres personnes qui le. atta- 
quaient lorsqu'ils étaient occupés à servir le Seigneur, devint plus 
commune parmi les non-conformistes » fatigués de persécutions. 
Dans ce dessein, la plupart des membres de la congrégation s'as- 
semblaient en armes , et je dois la description suivante d'une pa- 
reille scène , à une dame dont la mère avait été bien souvent pré- 
sente à de telles assemblées. 

-^- Le conventicule était tenu sur les montagnes de Eildon , au 
milieu de deux des trois sommets en cône qui forment la cime delà 
montagne. Des sentinelles vigilantes étaient placées sur les avant- 
postes , tout autour /de manière à dominer sur tout le pays qui était 
à leurs pieds , et à donner promptement l'alerte lors de l'approche 
d'un parti ennemi. Le ministre occupait une chaire élevée ; il 
avait le dos tourné du côté du vent. Il y avait peu, ou, pour 
mieux dire , il n'y avait aucun homme de qualité ou de distinction ; 
car de tels hommes n'auraient pu manquer d'être découverts , et 



318 mSTOIllS D^IGOSfl». 

avraleiit peiéa leor foitune s eepeadafit beaocottp de femtnes de 
bonne naissant , el qû tMaient le ranj^ de dames , aimaient à se 
trenyer ans: assemblées défendaes ; il leur était permis de s'as- 
seoir à la tête de la congrégation. Lears selles étaient placées' par 
terre en guise de sièges^ et leurs cberaii^ attachés à un piqoet 
derrière l'assemblée. Devant les femmes , et dans Pespace qui les 
séparait de la tente , on ^airé temporaire , les armes des hommes , 
les piques 9 les épées et les mousquets étaient placés dans le même 
ordre qui est mis en usage par les soldats , afin que chaque homme 
pftt ep un instant se saisir de eelles qui lui appartenaient. Loi^que 
les scènes de ee genre ont lieu fréquemment «dans différentes par- 
ties d^un royaume , et que le gouvernement ne se relâche. pas de 
la rigueur qui a jeté la nation dans un tel état de révolte , il est 
(^air que la guerre civile n'est pas loin. 

Ce fat dans l'automne de 1666 que les persécutions de sir James 
Turner, dont nous, avens déjà parlé , semblent avoir réduit tes 
Presbvtériens de l'ouest à une espèce de désespoir qui produisit 
bientôt une insurrection. On dit que les paysans ayant usé de 
violence pour délivrer un vieillard qu'une troupe de soldats em- 
menait de force eu prison afin de le contraindre à payer une 
amende de PEglise, les paysans , réfléchissant ensuite aux peines 
qu'ils avaient encourues par un tel exploit , résolurent de rester 
armés et de défier le gouveïiiement. D'ailtres assurent que le bas 
peuple fat encouragé à prendre les armes par une personne incon* 
nue , se donnant le nom de capitaine Gray et prétendant avoir 
Fordre de leur parler ainsi au nom de personnages d^'nn rang su- 
périeur^ mais qu'il ne voulait pas noihmer. N'importe par quel 
moyen la première révolte eut lieu^ un grand nombre de paysans 
fat bientôt assemblé , et marcha vers Dumfries avec une telle ra- 
pidité , qu'ils surprireiit sir James Tnrner dans sa maison et se 
saisirent de ses papiers et de sa caisse. Le capitaine Gray s'empara 
de Fargent , quitta la troupe de paysans , qui ne le revit jamais , 
ayant probablement achevé sa tâche lorsqu'il eut entraîné ces 
' pauvres ignorans dans une aussi dangereuse révolte. Fut-îî em- 
ployé par quelque Presbytérien exaspéré, qui pensait que le mo- 
ment était favorable pour une insurrection contre les prélats , QU 
plutôt parle gouvernement lui-même^ dans le dessein d'encoura- 
ger une entente qyi, lorsqu'elle serait apaisée^ pourrait produire 
de nombreuses am^^des et des confiscation^ ? c'est cp qu'on ne 
peut pas savoir. 



J 



BEUXHMB SJSMS. 219 

Les gentildionimeft des' campagnes fie tinrent sur lemti gardes ^ 
et aucun d'eux ne se Joignit aux insurgés. Hais ^elcp^es-uns des 
plus violens pamd les ^linistres presbytériens se ré^nif ent à 
eux. Deux omçiers de basse naissance fjirenf phoisis pour com- 
mander une si grande entr^rijS^ j leurs nqms étaient Wallace et 
Learmont. Ils tinrent conseil ensemble ç'il follidt mettre ^ir James 
Turner k mort ou non. Sir liâmes leur représf^nta gue , bien ^'il 
leur eftt paru tirés sévèr^ , i) ne l'avait pas encore été autant qap ^ 
commission et ses intruc^ons Vj autorisaient. Ei^ ctwninant se^ 
papiers , on trouva qu^i! avait dit la yérité ; il eut 1^ vi^ sauve ; cer 
pendant il fut emmené comme nrisop^ier ou ota^e. Etant un sol- 
dat e^périmenti^y il s'étonnjdt de vgjr Pebéiss^ce de ces pai|vre2( 
paysapf , l'excpUent ordr.ç dans leouel ils marchaient^ ^ie^ctitude 
de'lears ' . * .» « . ^^^t 




paysan en 
mititaire 

réfléchir cpe c'est seulement pa^ une coopération mutuelle e^ une 
grande ^jimission auif^ ordres des chefs, que le grand nombre con- 
serve ^s avantages. 

La force des insni^s ^ lorsqu'ils eurent atteint I^ai^ark ^ aprè^ 
deux ou trois jours d'une marche indécise, pouvait moi^ter à trois 
mille hommpSf Dans pette ville ^ ils pubhèrent une déclaratipn 
portant qu'ils Reconnaissaient l'autorité du roi , ^t m'ils né se ser- 
vaient' dés annes qu'ils av^iept prises qup pqur*\eûr propre dé- 
fense ; Qiais comme en même temps ils ren^uyjelaient le Co venant j^ 
dont le principal but était non-^ulemept d'obtenir que le presby- 
térianisme fât toléré , mais qu'il devînt le culte prédominant, ils 
auraient probablement^ comme il est d'usage e^ pareil caif, 
éten^j^il restreint leurs desseins ^ si^ivant les sjiccèsdi^ les désas- 
tres !^eur entreprise. 

Pendant ce tep[ips, le général D^l^l^ cpmmiipéinent appelé 
Tom Dalziely, persoi^nage remarquable de c/ette époque. ^ avait 
quitté Edimbourg à 1^ tête d'un faible corps de troupes f'égulières, 
sommant tous les seî^enrs de sejo^ndre à lui $pps peine d'être 
déclaré traîtres. Dalziel avait été au service de RussijB après fivpir 
servi sous ]lfQp|:rose. C'était un royaliste enthousiaste. Il ne vjqu- 
Int jamais couper sa bar|)e après laî niort du ro^. Son habiQement 
était si différent de ceux que la mode avait adoptés à cette époque ^ 
4me Charles }l l'accusait onjinairement 4'ameuter avec inteqtfpii' 
une foule d'enfans , et de les faire s'étouffer les uns les autres pour 



220 HISTOIRE D'ECOSSE. 

contempler ses manières singulières et ses vétemenS'. C'était im 
homme d'un caractère cruel et colère , comme on peut en juger 
par sa conduite envers un prisonnier qu'il fra^ppa au visage avec 
la garde de son po^nard jusqu'à ce que le sang coulât ; action in- 
humaine , quoiqu'elle eût été provoquée par le langage de cet 
homme , qui appelait le général Dalziel une bête moscovite qui 
avait l'habitude de faire rôtir des hommes.. 

* Ce commandant féroce s'avançait de Glascow à Lanark , lors- 
qu'il apprit^ut à coup que les insurgés l'avaient évité, et mar- 
chaient à grands pas vers la capitale. Ces pauvres gens étaient 
abusés par l'espérance que le Lothian de l'ouest ét^it prêt à se sou- 
lever en leur faveur, et qu'ils avaient un grand nombre^ d'amis 
dans la métropole elle-même. Dans ce faux espoir ils s'avancèrent 
jusqu'à ColÙngton, qui est à quatre milles d'Edimbourg. Là > ils 
apprirent que la ville était fortifiée, et qu'on avait placé des ca- 
nons devant le$ portes ; que le collège de justice , qui peut toujours 
fournir un corps considérable d'hommes propres au service , était 
sous les armes, et que, suivant J'expression de la personne qui 
leur faisait ce rapport, chaque avocat avait sa bandoulière. Ils 
apprirent en même temps que leur propre parti , opprimé dans 
l'intérieur de la ville, ne pourrait trouver les moyens de se sou- 
lever, et n'en avait pas même l'intention. 

Découragés par ces nouvelles et pa^ la défection de leur armée, 
Learmont et Wallace ramenèrent leurs forces diminuées vers les 
montagnes de Pentland, du côté de l'est, et caippèrent sur une 
éminence opposée à RuUion Green. Ils se reposaient depuis quel- 
ques heures, lorsque vers le soir ils aperçurent un corps de cava- 
lerie venant à travers les montagnes par un chemin qui conduisait 
^à l'occideut. D'abord les Covenantaires se flattèrent de la sédni- 
santé pensée que c'était lé renfort qu'ils attendaient du Lothi^bcci- 
dental, mais les drapeaux et les timbales les convainquirent bien- 
tôt que c'était l'avant-garde de l'armée de Dalziel qui avait suivi 
les confins opposés des sommets du Pentland, jusqu'au village de 
Currie, et là , ayant appris la situation dans laquelle se trouvaient 
les insurgés , s'était mise à leur recherche par une route à tra- 
vers les montagnes. 

Dalziel, au même instant, conduisit ses troupes à l'attaque. Les 
insurgés se comportèrent avec courage ; ils repoussèrent deux fois 
les royalistes; mais cette attaque fut renouvelée, par une forte 

troupe de cavalerie , sur raile droite des insurgés ; elle dispersa et 



DEUXIEME SERIE. ^Hi 

renversa qfaelques chevaux fatigaés qui y étaient placés , et en- 
fonça les rangs de l'infanterie. Le massacre sur le champ de ba- 
taille et 'dans la poarsnite ne fut pas gcand; on ne tua pas plus de 
cinquante liommes , et il n'y eut pas plus de cent trente prison- 
niers. La cavalerie du roi était principalement composée de gen- 
tilshommes qui eurent pitié de leurs malheureux compatriotes et 
les épargnèrent dans la poursuite ; mais un grand nombre d'insur- 
gés furent tirés par les gens de la campagne du voisinage , qui ne 
partageaient pas leurs opinions. 

Environ vingt hommes parmi les prisonniers furent exécutés 
comme rebelles , et plusieurs d'entre eux appliqués à la question. 
Cette question consistait en diverses tortures; quelquefois on ser- 
rait les doigts avec des vis af fêlées poucettes ; quelquefois on ap- 
pliquait la boêCe, espèce de torture particulière à l'Ecosse. Elle 
consistait à placer la jambe des patiens dans une forte caisse de 
bois appelée botté , et à introduire des coins entre les genoux et 
la forme, procédé par lequel la jambe était souvent écrasée et 
brisée. 

Cependant ces horribles cruautés déchiraient les chairs et bri- 
saient les os de ces infortunés sans abattre leur courage ; ils triom- 
phaient dans la cause pour laquelle ils mouraient. On les voyait 
sur le lieu de Texécution se disputer à qui serait la première vic- 
time 9 tandis que celui qui obtenait cette triste préférence faisait 
éclater des transports de joie. La plupart de ces condamnés» 
quoique très ignôrans , s'exprimaient avec une telle énergie sur 
les principes de la cause pour laquelle ils mouraient, qu'ils produi* 
saient une profonde impression sur la multitude. Un j|^ne homme , 
nommé HughMackail, d'un physique agréable , ayant reçu une 
bonne éducation, et d'un caractère enthousiaste, joua dans toute 
son étendue le rôle d'un martyr. Il avait pris peu de part à l'insur- 
rection , mais il était coupable d'un sermon dans lequel il avait dit 
« que le peupte de Dieu était persécuté par un Pharaon ou un 
Achab sur le trftne, un Aman dans l'Etat et un Judas dans TEglise; » 
paroles qui ne furent ni pardonnées ni oubliées. On le soumit ft 
une horrible torture afin de lui arracher quelque information con- 
cernant les causes et le but de la rébelKon; mais sa jambe fut 
écrasée cruellement dans la botte , sans qu'il proférât une plainte 
et sans qu'il fit entendre tin soupir. Etant ensuite condamné à 
mort , il parla du sort qui l'attendait avec un sentiment de délices , 
et fit ses adieux aux nombreux spectateurs avec la confiance d'un 



222 HISTOIRE D'BCOSSB. 

saint qui méprise la yje pr^ente et place toates ses espéranees 
à&as rimmôrtalit^. 

— Je îiê parlerai pîds aux créatures terrestres , dït'il , mafs je 
jdalfàl dé 1 aspect ineffable clo Créateur ïui-métaie. Àdlea, mon 

i^rèy ma inère, mes amis I A^eu, soleil, lune, étoiles! 

AâiètL f dëticés périssables Aé ce monde ! Salât , iK>nhear, qui 

ébittfki toujours ; salât , gloire , vie étemelle ; saint , mort !....« 
f 6ns les spectateurs de Texécniion de ce jeune homme ne parent 
S'empédEér dé répandre de larmes ; et led auteurà de ces cruautés 
s'aperçurent que les dernières paroles et la eondmte ferme de 
tiugh Mackait mourant avaient produit sur la populace une impres- 
sion tôttt-à-fàit contraire à celte qu'ils espà*aient. I)epuis cette 
exécution y on eut recours à Texpédient cruel qui ayait été prati- 
qué lorsque léà royalistes compagifoms c(e Montrose lurent mis a 
mdtt \ où o'fdônnâ aux taml)6urs de battre, aox ti^ompettes de don- 
ner, pûùf' couvrir les dernières ][>aroles des condamnés* 

' La vengeance qu'on tira de la révolte du t'^entland ne ste borna 
{>'às à Ces elécuiions dans la capitale. Les comtés de Gallowa/i 
d'Ayr et de Dumfries furent livrés aux violences militaires^ et 
tons cetil qtli prirent la moindre part à la rébellion lurent accablés. 
Pluàieu^s g€fâtiIshommes de fAyr-Shire s'étaient réunis dans le 
but de se joindf e âûx insurgés , mais on les empecba d'acoomplrr 
ce dessein. Ils âe sauvèrent , craignant les conséquences de leur 
dénfatcfaé ilÀpfudente ; cependant ils ne furent pas seulement jugés, 
etCôAdàmnés, quoique absèns, à perdre leuris biens» mais, en 
dépit dé totit tîéagé légal, la sentence fut mise à exécution sans 
^ils eussent été entendus pour leur défense \ leurs propriétés 
ittttrA dotfifm éh partie au général Ùaizièl et ^u général Drum* 
liidnd; èh jiàHie confisquées au profit du fisc. 

ttàil» P'éfJoqiicf que Laudérdalé attendait avec impatience était 
àiYfyéé. Léi$ tiolences commises en Ecosse attiraient enàn Ùatten* 
tidn dé là t6ttt d'^Anglétérre , qui les trouva trop fortes pour pon- 
VC&r lès toiéfeY'plûs lôiïg-temps. Le primat Sîiarpe eut l'ordre' de 
^iiitter f stdbtttliiâtfâtiôn. Làùdèrdale, avec ïwéeddale, sir ftobert 
%tbtf«j et le éônité de Kincardiné , furent placés à la tête des a^ 
t^H ^ m ^ àéléf itnxk^ à accorder quelque repos aux ]^resbyt^ 
iiénâ ôpptiffiiés y et i essayer ce que la douceur produirait sur eux. 

Les membf es dû cler^ supprimés qui n'avaient point commis 
^élqd^ offensé pàkUculîère eu^nt la permission de précber dans 
Vsa {JâûMl^àâl t>ii totk ilianquait de ministres ^ et redorait vàa^ 



quelque enoonragement de la part da f oayeitieBieBt. Gela ftit ap- 
pelé l'Indulgence. Si ces mesures tolérantes avaient éti adoptées 
au moment où le preshytériianisme fut détruit | elles auraient pu 
prévenir, la multitude dés e<pntiYenticules i mais lorsqu'on les 
adopta en désespoir de cause et parée qu'on s'aperçut qu'on ne 
pouvait réduire les Presbytériens pat la violence ^ la niasse des 
mécontens regarda la soumission aux nouvelles mesures comme 
un accord déshonorant avec le gouvememeilt qui les avait oppri* 
mes. Il est vrai que la haute bourgeoisie et un grand nombre de 
ceux qui préférèrent d'abord le presbjrtérianisme , mais qui crai- 
gnaient de perdre leurs biens par suite de leur attachement pour 
des dogmes persécutés y saisirent cette oceasion de suivre de nou« 
veau leur culte favori, sans courir le danger des amendes et des 
mprisonnemens. «Les membres du clergé qui participèrent à Fin- 
dulgénce étaient pour la plupart des hommes sages et instruits , 
qui y se voyant incapables de soutenir la liberté et la souveraineté 
de leur Eglise , étaient satisfaits de pouvoir prêcha et instruire 
leur congrégation , et de remplir leurs devoirs comme ecclésia^ 
tiques 9 sinon dans toute l'étendue de ces devoirs ^ du moins aûâsi 
loin que ces temps xle calamité pouvaient le permettre» 

Mais ce degré de zèle mitigé ne satisfaisait en aucune manière les 
plus ardens Covenantaires, qui pensaient que profiter de l'Indul- 
gence c'était se compromettre l^sement avec les Malignans, c'é^ 
tait accepter une espèce de culte intolérable j tiède» ressemblant au 
sel quia perdu sa^saveur. Beaucoup en eonséqneneê considéraient 
presque comme des curés du roi les membres du elergé toléré; et 
plutôt que d'assister à leurs sermons » qu'ils auraient pu entetidre 
sans danger^ ils suivaient danskë solitudes sauvages ces témé» 
raires prédicateurs dont les voix tonnaient avec énergie et dé- 
fiaient toutes les puissances delà terre* I^e elergé toléré fut accusé 
d'adopter servilement les opinions d'&aste, et de reeonuaître U 
dépendance de l'Eglise et sa subordination àvoL itiagistrats civils s 
doctrine teut-à-fait contraire atuk priiieâpes de la i^ligidn pres^ 
bytérienne. Le. noble désir de suivre là religion de leur choix ^ 
nîalgré le danger et la crainte, leur animosité contre le gouver* 
n^nent ]^ar lequel ils avaient été p^v^utés» porterait les plus 
aélés Presbytériens à préférer un eOnvèntieule à leur église de 
paréisse, et une assemblée où les auditeurs étaient sens les armes^ 
à ces assemblées paisibles, coinposéës de gens qui se proposaienl, 
mi eaa de ûtajfm^p de mAtut lemr Uèèrté pi|r la fiomàmm ou 



2U HISTOIRE D'ECOSSE. 

par la faitô. Ainsi les conventicûlés auxquels les auditeurs assis- 
taient emarmes devinrent firéquens. Le caractère romanesque et 
dangereux' de cette espèce de culte séduisait ceux à qui la nature 
avait donné une imagination exaltée et beaucoup de hardiesse ; il 
y en avait d'autres qui, par Toisivété où se laisse quelquefois en- 
truner la jeunesse, aimaient mieux errer dans la contrée, comme 
les gardes-dn-corps de quelques prédicateurs proscrits, que de 
passer les six jours de la semaine dans le travail ordinaire et se 
rendre le septième à leur église de paroisse pour écouter les tièdes 
doctrines d'un ministre toléré. 

Par ces différentes raisons , il arriva que le nombre des conven- 
ticules armés augmenta, et que Lauderdale, outré d'avoir si mal 
rénsd, redoubla de sévérité. L'Indulgence fut retirée, comme 
une mesure insuffisante dans le dessein qu'on s'était proposé: 
peut-être ne lui manqua-t-il pour réussir qu'un peu plus de persé- 
Térance de la part du gouvei^nement. 

Comme si Satan lui-même lui eût suggéré les moyens d'oppres- 
sion', Lauderdale tira de l'oubli de vieilles et cruelles lois qui 
avaient été adoptées dans les temps les plus barbares, et les diri- 
gea contre les non-conformistes , particulièremeiit contre ceux qui 
assistaient aux conventicules. Une de ces loisiofligeait la peine ca- 
pitale aui personnes qai étaient intervotnnmnéeSf c'est-àKliremises 
hors la loi par sentence légale, pétait dépendu aux plus proches 
parensde s'assister, de se soigner les uns les autres, la femme son 
mari, le frère son frère, le père son fils, si celui qiii réclamait des 
soins était intertomrûuné. Le gouvernement, à cette époque cruelle, 
appliqua ces anciennes lois barbares aux Presbytériens, et les 
chassa ainsi tous ensemble de la société hun^aine. Dans un danger 
continuel, manquant de tout ce qui était nécessaire à la vie, ha- 
bitant des solitudes affreuses , exclus de toute protection civile, 
les malheureux ainsi ^rsécutés soutinrent des principes et des 
doctrines contraires au gouvernement qui les opprimait, et pous- 
sèrent la résistance au-delà des bornés d'une rimple défense. On 
ne peut en être surpris. Il y eut des cas, quoique moins nombreux 
qu'on n'aurait pu le supposer, où ils vinrent attaquer les maisons 
des curés ou d'autres personnes par les dénonciations desquelles 
ils avaient été accusés de non-conformité. Ces entreprises ne se 
terminaient jamais sans qu'il y eût quelqu'un de ttié, ainsi que 
dans les escarmouches avec les militaires. 
. Des notions superstitieuses, conséquence. natiqrdle d'une ^'e 



DEUXIEME SERIE. 225 

soIitaiTeet mélancolique au milieu de Talions désolés et parmi les 
montagnes , se mêlaient avec l'enthousiasme exalté de la secte per- 
sécutée. Leurs succès accidentels sur leurs oppresseurs ,, et leurs 
fréquentes courses pour éviter les poursuites du soldat quand les 
tireurs manquaient leur but, ou lorsqu'un brouillard subit cachait 
les fugitifs, , étaiejit attribués, non pas aux opérations de ces 
causes naturelles par les moyens desquelles il plaît à la divinité 
de gouverner le monde, et qui sont les instrumens de son pouvoir, 
mais à l'interposition directe d'une protection miraculeuse, maî- 
trisant et suspendant lès lois de la natUre, comme dans Thistoire 
des Hébreux. 

Un grand nombre de prédicateurs, égarés par leur enthou- 
siasme religieux, se considérèrent eux-mêmes comme des instru- 
mens de prophétie, et lancèrent des révélations effrayantes de 
guerres à venir et de misères plus affreuses encore que celles qu'ils 
supportaient eux-mêmes. Comme ils s'imaginaient être sous la 
protection particulière des intelligences célestes, ils se croyaient 
aussi, jusqu'à un certain point, exposés à Tenvie et à la persécu- 
tion des esprits de ténèbres, qui estropiaient leurs chevaux lois- 
qu'ils étaient poursuivis, dévoilaient à leurs ennemis la trace de 
leurs pas, ou les sacrifiaient par des apparitions hideuses dans les 
cavernes obscures et dans les tristes retraites où ils étaient sou- 
vent obligés de se réfugier. 

Les Covenantaires dispersés croyaient surtout fermement que 
les principaux d'entre leurs persécuteurs avaient reçu du malin 
esprit le don d'être à l'épreuve contre les balles de plomb, c'est- 
à-dire un charme pour empêcher d'en être percé ou blessé. On 
supposait qu'un grand nombre parmi les persécuteurs avaient été 
favorisés de ce privilège nécromantique. A la bataille de Rùllion- 
Green, dans les montagnes du Pentland, bien des Pj esby tériens 
étaient persuadés qu'on avait vu les balles repoussées comme des 
grains de grêlé par le buffetin de Tom Dalziel et par ses bottes. Des 
l)alles d'argent ne pouvaient être ainsi neutralisées par le même 
charme ; mais comme ce métal était fort rare parmi les Covenan- 
taires persécutés , cette circonstance ne pouvait leur être d'un 
grand secours. 

On raconte cependant qu'un officier anglais fut tué par un métal 
moins noble. Il attaquait une petite maison qui était défendue par 
quelques-uns des fugitifs; on faisait feu des deux côtés, lorsque 
par la rareté des munitions, un des défenséïir3 chargea son fiisil 



226 mSTOIRB DfEGOSSE. 

à'ane balle de fer qui formait la partie supérieure d'une paire^de 
pihcettesy et yisant l^officier, il blessa mortellement celui sur le- 
quel le plomb n'avait point eu de prisé. On ajouta que le mourant 
demanda à connaître le nom du Heu où il perdait la vie; on lui.ré- 

i)ondit que c'était Caldens ou Caldons; alors il s'emporta contre 
e malin esprit, qui lui avait dit qu'il serait tué parmi les Chal- 
déensy et qui, suivant toute apparence, l'avait trompé en le reti- 
rant de la vie au moment où il s'y attendait le moins. 

Le malin esprit semble avoir été encore plus libéral envers 
Jobn Craham de Claverhouse, officier écossais de haute naissance 
et sévère exécuteur des ordres du conseil privé contre les non- 
conformistes, qu'il ne le fut envers Dalziel et Tofficier anglais 
qui mourut à Caldons. Il n'obtint pas seulement une épreuve contre 
le plomb, mais encore on dit que le diable lui fit présent d'un che- 
tal noir qui n'aVait pas un seul crin blanc. Ce cheval, ajoute-t-on, 
avait été arraché du ventre de sa mère, au lieu d'être né de la ma- 
t&ète ordinaire. On supposait que sur cet animal Claverhonse 
pouvait faire preuve de la plus inconcevable agilité, volant presque 
cômine un oiseau sur les bords escarpés des montagnes et au mi- 
liei^ des marais , où un cheval ordinaire aurait été étouffé ou dé- 
chiré en pièces. On croit même encore aujourd'hui que, monté 
sur ce cheval, Claverhonse Çou Clavers , comme on l'appelle com- 
munément) poursuivit un Uèvre sur une montagne nommée le 
Brandlaw, jusqu'à la cime de Moffatdale, où aucun autre cheval 
il^avait pu tenir ses pieds. Mais il faisait ordinairement usage de 
tfèttt adï'essé extraordinaire dans la poursuite contre les Presbyté- 
riens, cotnnie étant l'œuvre qui plaisait particulièrc^ment à Satan. 

Ces superstitions étaient, comme nous l'avons déjà dit , lacon- 
BéqùenCé haturellé de l'existence triste et précaire à laquelle les 
îj^àùvi^è^ fugitifs se trouvaient condamnés, et qui les portait à con- 
isidérér coikmle mii^àculeux tout ce qui était extraordinaire. Les 
'pei*st)hnes qu'on supposait à l'épreuve des balles étaient seulement 
des hommes haf dis qui avaient le bonheur d'échapper aux dan- 
gers auxquels ils s'exposaient tém^airement; et les exploits 
équestreé de Claverhonse^ dépourvus d'exagération , étaient sim- 
plettiént ceux qui pouvaient être exécutés par un excellent cava- 
lier et un des meilleurs chevaux de course, à la grande surprise de 
teul qui ne sont point habitués à être témoins d'évolutions de ce 
genre. 

On peut aisément comprendre le caractère et les préjugés des 



niUXIBME SBRIE. Sîl 

GoTënailtaiFes; mais fo!rsqtt'on considère qn'iih si jgnmA nombre 
de snjets écossais furent enveloppés dans ces proscriptions bar- 
bares (et ce nombre, dit-on , se monte à dii^hnit on vingt mille 
perso&nes), il semble snf prenant que le gonTemem^nt ait pti 
trouver dans le royaume un parti capable d'approuver et de faire 
exécuter des mesures aiissi impolitiques que cruelles. Mais ôutte 
l'immense autorité que le gouvernement possédera toujours sui^ 
ceux qui recherchent dés faveurs , ces violences eufeht lieu ( ne 
Toublions pas) peu de temps après Tépoque où les royalistes, 
qui formaient alors le parti triomphant, avaient été eux-mêmes 
soumis aux proscriptions, àPéxil, aux exécutions judiciaires, 
aniL massacres sur le champ de bataille. Le sort de Montrose 
et de ses compagnons , le carnage de Dunuavertle et celui dé 
PhîUphaugh, et, par dessuç tout, le supplice du roi Charles, 
avaient eu lieu pendant le règne des Presbytériens en Ecosse,- et 
étaient imputés, quoique injustement, à leurs principes religieux. 
Ces principes, suivant Topinion des Cavaliers, n'étaiebtpas com- 
patibles' avec les lofe, le bon ordre et la royauté. Ces sentimeUà 
erronés portèrent un grand nombre de royalistes à reprendt^e leurs 
armes avec arde«lr, pouk* réduire les âdhérens d'une secte à la pré- 
éminence de laquelle ils attribuaient les malheurs généraux de là 
guerre civile et leurs infortunes particulières. 

Aussi voyons^ous làdy Methven ( de la maison de Màrischal ht 
femme de Patrick Smythe tde Methven ) interrompre elle-même 
un GOBvendcnle. Une assemblée considérable de cette espèce s'é- 
tait réunie sur les terres de son mari, alors en voyage à Londres ; 
elle s'avança vers eux , à la tête d'environ soixante personnes dé 
sa suite, et aHiés ; elle conduisait elle-même sa troupe, tenant 
d'une main une cnsirabine de cavalier, et une épée dé Pautte. La 
congrégalion envoya un détachement d'environ cent honmiesar^ 
mes, dematfder à lady Methven quel était son dessein; et l'ama- 
zone leur protesta que s'ils nt quittaient pas les domaines de son 
mari, la journée serait sanglante. Ib répliquèrent qu'ils étaient 
résolus à prêcher, qu'elle te permît ou non. Cependant sa ferme 
détermination refroidit leur enthousiasme et les obligea ie se reti- 
rer. Après cette affaire, lady Methven écrivit à son mari qu'elle 
faisait une provision d'armes , parmi lesquelles deux pièces de 
canon , ayant entendu dire que les Whigs avaient juré de se ven- 
ger de l'insulte qu'elle leur avait faite. Si les fanatique^ me 
lueiit> ajoutait-t^e en terminant sa lettre, consolez-votts, je 

i5. 



228 HISTOIRE D'ECOSSE, 

serai morte pour une belle cause. Je fus blessée une fois pour notre 
gracieux souverain , et maintenant , contiante dans le secours du 
ciel, je hasarderai ma vie et celle des gens que je<;ommaade, 
plutôt que de souffrir que ces rebelles séjournent sur les terres qui 
TOUS appartiennent. 

Il n'y a point de doutte que lady Methven agissait contre ces 
Bohémiens vagabonds , comme elle les appelait , dans un but aussi 
honorable et avec autant de sincérité que les rebelles en mettaient 
éux-mémes à lui résibter. 

Riais les principaux agens, dans la persécution contre ce malheu- 
reux peuple y éiaient les soldats auxquels (en dépit de la règle ob- 
servée dans tous les pays civilisés , à moins qu'on, ne soit en éiat 
de guerre) on avait donné le pouvoir d'arrêter , d'examiner,. de 
détenir y d'emprisonner leg personnes qu'ils trouvaient errantes 
dans les bois et dans les montagnes. Us les parcouraient journelle- 
ment pour découvrir des coupables, qu'ils dévalisaient ou condam- 
naient à payer une amende. Un de ces apôtres bottés, c'est ainsi 
que les Presbytériens appelaient les dragons , et dont le nom était 
Greichton , a laissé des mémoires dans lesquels il célèbre -plutôt 
qu'il ne regrette les scènes de rapine et de violence dont il avait 
été témoin , et le butin qu'il avait amassé. L'anecdote suivante 
loi appartient. 

Etant alors dans les gardes à cheval, et en quartier à Bathgate, 
il se rendit dans les marécages avec son camarade Grant, afin 
d'essayer s'ils pourraient découvrir quelques fugitifs. Ils étaient 
déguisés comme des gens de la campagne , et portaient des habits 
gris et des bonnets. Après une course de huit ou dix milles, ils 
aperçurent sur le haut d'une, montagne trois hommes qu'ils ju- 
gèrent avoir été placés là comme sentinelles. Us étaient armés de 
longues perches. Le capitaine arracha une peiche des mains d'un 
de ces hommes, et lui demandant quel usage il avait l'intention d'en 
tàXTje le jour du Seigneur, il le terrassa au même instant. Grant 
s'empara d'un autre. Le troisième prit la faite pour donner l'a- 
larme ; mais Crtjichton le rattrapa et s'en rendit mattre, quoiqu'il 
eût un pistolet à sa ceinture. Us furent alors guidés jusqu'au con- 
Tenticulepar la voix du prédicateur, maître John King (qui fut 
depuis exécuté), voix si éclatante, que Greichton assure l'avoir 
entendu distinctement à une distance d'un quart de mille; le vent 
favorisait, il est vrai, la force des poumons du ministre. 

L'alssemblée était fort nombreuse; néanmoins les deux Gava- 



DEUXIEME SERIE. 229 

liers eurent la témérité d'approcher, et, au nom du roi, ordon* 
nèrent aux Covenantaires de se séparer. Au même moment qua- 
rante membres de la congrégation se levèrent pour se défendre » 
et s'avancèrent vers les deux gardes. Greichton apercevant un 
joli cheval qui paissait près de lui , et sur lequel une selle de femme 
était posée, s'élança sur son dos, lé dirigea à travers les marais, 
et puis laissa Tanimàl choisir son propre chemin; Grant, quoique 
à pied y suivit son camarade pendant environ un mille , et Tassem* 
blée entière les poursuivit en criant, voulant recouvrer le palefroi 
qui appartenait à une dame de distinction. Lorsque Grant fut fati- 
guée, Greichton lui donna le cheval, et étant Tun et l'autre armés 
d'une épée et de pistolets, ils continuèrent d'avancer malgré les 
efforts des Goyenantaires , qui essayaient de leur barrer le che- 
min ; ils arrivèrent enfin dans la maison d'un gentilhomme que 
Greichton appelle le laird de Poddishaw. Là , ils rencontrèrent nn 
autre riche gentilhomme, le laird de Polkemmet, qui , à son grand 
mécontentement, reconnut dans le cheval que les gardes ame- 
naient , le palefroi de sa femme , sur lequel , à son insu, elle avait 
pris la liberté d'aller au conventicule. Le gentilhomme se trouvait 
alors à la merci des deux militaires, exposé à payer une amende 
considérable pour le délit de sa femme , outre la perte du bidet. 
Dans cette perplexité ^ M. Baillie de Polkemmet invita les gardes 
à cheval à dîner avec lui le lendemain , et leur offrit le diràtrier 
tout harnaché, comme une juste rétribution. Mais Greichton , s'a- 
percevant que la dame versait des larmes, abandonna avec-beau- 
coup de galanterie les droits qu'il pouvait avoir sur le cheval, à 
condition qu'elle promettrait de ne plus aller aux conventicules. 
Les deux militaires ne perdirent point à cette libéralité, car la 
dame ayant fait mention des noms de quelques personnes riches 
qni étaient présentes à l'assemblée défendue, son mari fit entendre 
à ces personnes qu'elles devaient se réunir et offrir une somme 
d'argent à Greichton et à son camarade , pour leur fermer la 
boache. Ges deux militaires vécurent grassement pendant une an- 
née sur la somme ainsi obtenue. 

Cette anecdote, quoiqu'elle révèle la permission donnée aux 
soldats de battre et piller les personnes réunies en pleine cam- 
pagne pour célébrer leur service religieux, est plutôt comique 
qae sérieusCé Mais les rencontres qui avaient lieu ordinairement 
entre les Govenantaires et les soldats étaient d'uiie .espèce bien 
différente. Il y a environ quarante ou cinquante ans, des histoires 



230 HISTOIRB D'ECOSSE, 

mélancolique 9 de singulières éyasions, des rencontres san- 
glantes, et les exécutions cruelles de cette époque, étaient les 
sujets des conversations ordinaires au coin du feu de chaque chau- 
mière; et les paysans, en montrant les cavernes et les antres soa- 
terrains daAS lesquels les fugitifs se cachaient, récapitulaient 
coipbien d'e^tre eux moururent les armes à la main, combien 
d'autrea furent exécutés suivant les formes judiciaires , copibien 
furent tués à coups de fusil, sans la plus légère forme de juge- 
ment» Les peuples de la campagne ont conservé u¥ie impression 
.profonde da Tii^ustice dont on usa à l'égard de lec^ra ancêtres , et 
elle se manifeste pi^r un singulier pr^ngé. Ils éprouvent h pln3 
grande aversion pour ce bel oiseau i le pluvier yert, que les Ëcoa- 
sais appellent le Pease-fjTeep. Us en donnent pour raûaon que ces 
oiseaux , qui , par une sorte d'instinct , accompagnent et surveillent 
les créatures humaines qui troublent leur désert natal, guidaient 
fouvent les soldats à la poursuite des fugitifs , qui peut-être an- 
r^ent pu sans cela échapper à leurs recherches, en voltigeant 
sans cesse autour du même point. Par cette raison « les bergers 
détruisent souvent les nids de ces oiseaux lorsquils en rencontrent. 

Un souvenir plus triste de ces jours calamiteux était la multi- 
tpde de pierres funéraires et d'autres simples montmena » V^» 
fprès la révoli]|Uon, furent érigés sur la tombe des victimes» ^ 
qui ordimiirement offraient avec quelques vers d'une poésie gr<>s- 
sière un récit de la manière dont elles avaient été sdcrifiées. 

G^ lieux de repos des victimes de la persécution étaî^ltl A M« 
çrés, qu'environ quarante ^s après, un vieillard ocmiaera s9^ ^e 
à voyager à travers l'Ecosse, dans le dessein de réparer et d'en* 
^retenir ces tombes. Il voyageait sur un petit cheval blanc, ^ 
4'après cette circonstance, jointe à la singularité de son appar^<% 
^ainsi qu'à ^n occupation , on lui donna le surnom de CUd MarlaUff, 
ou le Vieillard des Tombeaux ^ Plus tard , les évèuemona de notre 
temp9 ont eu un caractère si remarquable, que ces anciennes bit' 
foires, ducs à la tradition, sont à peu près oubliées, et on lai^ie 
généralement la mousse et les plantes sauvages cacher les lombes 
des martyr^. 

I. Qui a 4oaiié son noai à la première série des Contés tk mon H6l«,% ts^^ no«« f«|ro«voat ici 
Vintrodu9tion.X» titre anglais de Otd Mortaiitj^ été, dès l'origine, changé en celui , ififfoa tout* 
it-fût pom)l«ira fn Vrvim, des PvrUmnâ fMcossê. -. 



CHAPITRE XVIII. 



I>esceDt0 d'âne armée des hantes-terres. » Loi des Lawburrows en farenr du roi , invo^néf contre 
ka frantilshommea de l'ouest. ^>* Ingénient et ezéention de Ifttchell , coupable d'aasassinat sur la 
personne d'Honyman , évéqae des Oreades. — Assassinat de l'archcTéque Sharpn. ««r Vm 9911^ 
conformistes de l'ouest prennent les anqes. — « Défaite de Claverhoose à Drnmclog. •— Le di|e de 
VouBoatli envoyé en Ecosse ponr étonfTer l'inaurrection. •— Bataille de Bothweli*Bridge. 



Nous avons dit précédemment que Landerdale, a^ors premieir 
ministre d'Ecosse , n'avait pas approuvé dans Forig^ne l^s vio- 
lente!» mesures prises contre les non-cQnformisteSy et avait méipe 
conseillé d'employer des moyens plus doux , en accordant une io- 
térance ou indulgence , comme on l'appela , pour le libre exercice 
de la religion presbytérienne. Mais trop impatient pour attendre 
l'issue de l'expérience qu'il avait voulu tenter, et craignant qii'oii 
ne le tk^ouvât tiède dans le service du roi, iFfinit par imiter Midd- 
leton, et même par le surpasser dans son extrême sévérité envers 
les non-conformistes. 

Le duc de Lauderdale» car il avait été élevé à ce rang lorsque 
le gouvernement d'Ecosse lui avait été confié, épousa lady Dysart^ 
femme de grands talens , mais d'une ambition démesurée, d'une 
prodigalité sans bornes dai^s ses dépenses, et 4'^ne avidité 
éhontée. Elle exerça la plus grande influence sur \e^ actions de 
son mari , et malheureusement l'encouragea^ dans ses fautes les 
plus funestes. Afin de soutenir le luxé extravagant de sa fenmie, 
Lauderdale eut recours aux aiùendes pour la non-conformité ^ et 
aux punitions ecclésiastiques, persécutions qui, jointes aux autres 
mesures violentes dont nous avons déjà parlé, furent poussées à 
une telle extrémité , qu'on en conclut généralement ^ue Lauder- 
dale avait l'intention de porter l'Ecosse entière à la révplte, afin 
de profiter des confiscation^ qui auraient lieu lorsqu'elle aurait 
été soumise. 

La noblesse d'Ecosse était trop sage ponr se laisser prendre 
dans ce piège ; mais quoiqu'ils exprimassent la plus grande fidélité 
au roi y un grand nombre de nobles, ayant à leur tête le duc d'H^- 
^lilton, le premier pair d'Ecosse^ firent des remontrance^ cpntre 
une manière d'agir qui réduisait les tenanciers à la mendicité , 



232 HISTOIRE D*BGOSSS. 

appauvrissait la noblesse et la hante bourgeoisie , et minait leurs 
propriétés. En réponse à ces représentations» les propriétaires de 
l'ouest furent requis de prendre l'engagement ( sous les mêmes 
peines qui étaient infligées aux délinquans réels) que ni leur 
famille^ ni leurs vassaux» ni leurs tenanciers ou autres personnes 
résidant sur leurs terres» ne s'écarteraient de l'Eglise» n'assiste- 
raient aux eonyenticules» ou ne secourraient les personnes inUt^ 
communtes* 

« 

La noblesse et les propriétaires refusèrent de prendre cet enga* 
gement. Ils convinrent que les conventicules étaient devenus trop 
fréquens» et parlèrent de l'empressement qu'ils mettraient à aider 
les officiers légaux à les supprimer. Mais comme ces propriétaires 
ne pouvaient pas exercer un pouvoir arbitiaire sur leurs tenan- 
ciers et leurs serviteurs » ils refusèrent de se rendre responsables 
de leur non-conformité. Enfin » ils recommandèrent une indul- 
gence générale» comme le seul moyen de rétablir la tranquillité. 

Les deux partis» à cette époque malheureuse (1678)» avaient 
l'habitude d'imputer les mesures de leurs ennemis aux suggestions 
de Satan ; mais celle qui fat adoptée par Lauderdale à l'égard des 
gentilshommes de l'ouest qui refusèrent l'engagement, semblerait 
presque avoir été dictée par le malin esprit. Il résolut de consi- 
dérer tout le pays de l'ouest comme étant dans un état de révolte 
ouverte ; il ordonna non-seulement à un corps composé de gardes 
et de milice» avec de l'artillerie» de marcher contre les districts' 
voués à la destruction » mais encore il invita à concourir au même 
dessein les clans des hautes terres. Ces sauvages montagnards des- 
cendirent dans les basses terres sous la conduite de leurs différens 
Chefs » parlant un langage inconnu » et montrant aux habitans 
leur étrange accoutrement» leurs armes antiques et leurs mœurs 
singulières. 

Les clans forent surpris à leur tour. Ils étaient venus espérant 
combattre» et ils voyaient une contrée innocente» paisible, qni 
n'essayait pas la moindre résistance». et dans laquelle ils troa- 
vaient d'excellens quartiers, et une pleine liberté de piller. On 
doit supposer qu'une telle invitation , faite à des hommes chez qui la 
maraude était une habitude naturelle» offrait des occasions qui ne 
furent pas perdues» et les contrées de l'ouest eurent sujet de dé- 
plorer pendant long-temps l'invasion de l'armée des hautes terres. 
Un comité du conseil privé, dont la plupart des membres étaient 
chefs de dans ou comgiandans d^n^ l'armée » servait à assurer la 



DEUXIEME SERIE. 233 

sonmissioii de la noblesse, et à faire exécuter Yengagement. Mais 
comme la noblesse et la bourgeoisie refusèrent de s'iippéser des 
obligations qu'elles n'ayaient aucun moyen de remplir, le conseil 
privé donna l'ordre de désarmer tous les habitans de la contrée , 
prenant même leur épée aux gentilshommes , leurs chevaux de 
selle et leurs harnais, et agissant avec une rigueur si excessive , 
que le comte de, Cassilis, entre autres, pria qu'on lui accordât an 
moins la protection des soldats , ou qu'on lui rendît quelques-unes 
de ses armes pour défendre sa maison , sans quoi il serait exposé 
à l'insolence et aux outrages de la plus vile populace. 

Pour remplacer Y engage ment ^ auquel peu de gens souscrivi- 
rent , le misérable conseil privé s'arrêta à un plan qui dérivait 
d'un nouveau décret également oppressif. 11 y avait et-il y a en- 
core en Ecosse une loi, appelée Lawburrows, par laquelle un 
homme qui a conçu des craintes sur les intentions de son voisin, 
peut, en prêtant serment, après avoir expliqué les causes qui don- 
nent lieu à cette appréhension, forcer son ennemi à présenter une 
garantie qui réponde de sa conduite. On fit de cette loi utile la 
plus cmelle.application. On persuada au roi d'exiger un Lawbur- 
rows, dans certains districts de ses Etats, contre tous les gentils- 
hommes qui avaient refusé de signer l'Engagement. Alors on es- 
saya d'extorquer des garanties de tout homme qui se trouvait 
dans une semblable situation, comme un sujet contre lequel le roi 
avait le droit naturel d'entretenir des craintes bien fondées. 

L'application de cette multitude de lois extraordinaires semble 
avoir réduit non-seulement les Presbytériens, niais tout le pays 
de l'ouest, à un véritable désespoir. 

Ni les supplications ni les remontrances ne produisirent le 
moindre effet sur l'inflexible Lauderdale. Lorsqu'on lui dit que 
l'oppression exercée par les habitans des hautes terres et par les 
soldats arrêteraient entièrement les travaux de l'agriculture, il ré- 
pondit qu'il vaudrait mieux que l'ouest ne produisit rien que 
fjrifidlestraws et Sandy lave rocks ^ , que de produire des hommes 
rebelles au roi. Réduits au désespoir, les malheureux ainsi persé- 
cutés prirent la résolution de porter leurs plaintes contre le mi- 
nistre devant le roi en personne. Dans ce dessein , quatorze pairs 
et quinze gentilshommes, la plupart menacés de l'ordonnance de 
Lawburrows , se rendirent à Londres pour déposer leurs plaintes 
au pied du trône. Ce voyage fut entrepris et) dépit d'une loi arbi- 

I. Dr chiendent «t d«i alouflttes de mer* 



234 HISTOIRB D'BGOSSB. 

traire par laquelle il était défendu ^ an nom de Charles II, d'ap- 
procher de la personne da roi et de quitter le royaume d'Ecosse, 
comme si Ton avait eu le dessein de les enchaîner au pieu , ainsi 
que des ours apprivoisés, sans leur laisser la possibilité de deman- 
der justice et d'échapper à la misère générale. 

Lauderdale était assez bien en cour pour que son crédit pût 
résister à une semblable accusation. Il représenta au roi que son 
bat était d'entretenir une armée considérable en Ecosse , pour 
prêter main forte à Sa Majesté lorsqu'elle voudrait donner plus 
d'étendue à son autorité en Angleterre. Il conserva donc sa place, 
et les supplians forent renvoyés emportant la disgrâce de la cour. 
Cependant leur mission produisit un heureux résultat , car les me- 
sures concernant les Lawburrows et l'Engagement^ forent suspen- 
dues , et l'on donna des ordres pour débarrasser des montagnards 
les contrées de Touest et pour congédier les milices. 

Lorsque les habitans des hautes terres retournèrent dans leurs 
montagnes, dans le mois de février 1678, on eût dit qu'ils reve- 
naient du sac de quelques villes prises d'assaut. Ils emportaient 
avec eux de l'argenterie, des marchandises, des pièces de toile et 
de drap, une quantité de vêtemens, d'ustensiles de ménage , et en- 
levèrent un bon nombre de chevaux pour porter leur butin. Il faut 
cependant remarquer, et dire à la louange des montagnards, qu'ils 
ne se permirent aucune cruauté pendant une résidence de trois 
mois, quoique logés à discrétion, avides de pillage, et toujours 
prêts à saisir l'occasion d'extorquer de l'argent. Il semblerait 
même probable que les -sauvages habitans des hautes terres se 
seraient montrés plus humains que ne le supposaient , ou peut- 
être que ne le désiraient^ ceux qui les avaient employés. 

A cette époque , il arriva un événement important , et un des 
plus remarquables du temps, qui eut une grande influence sur les 
affaires publiques et sur les sentimens de la nation. Ce fat la mort 
de James Sharpe, archevêque de Saint-André et primat d'Ecosse. 
Cet homme, vous devez vous le rappeler, avait été l'agent des Pres- 
bytériens à l'époque de la restauration, et l'on pensa généralement 
qu'il avait trahi ceux qui l'avaient constitué. Du moins certaine- 
ment il changea de principes , en acceptant la plus haute charge 
du nouvel établissement épiscopal. On doit supposer facilement 
qu'une personne aussi détestée pour sa désertion de la vieille cause 
et les violences de la nouvelle , était un objet d'animosité générale, 
et que , parmi une secte aussi enthousiaste que celle ides non-con- 



DEUXIEME SERIE. 235 

formistes, qnelqae fanatique se croirait le droit Hexercetnnjuge* 
menifurhdf oa, en d'autres termes , d'attenter à sa vie. 

Cdni qui se crut appelé à remplir cettç tâche et à yenger s# re- 
ligion, fut un nommé Mitchell, prédicateur fanatique, de talens 
médiocres, mais d'une imagination exaltée. Il chargea un pistolet 
de trois balleflf, et le tira dans la Toiturè de l'archevêque^ mais il 
manqua son but , et cassa un bras à Honyman , évéquedes Orcade;^ 
qui était assis près de Sharpe dans le carrosse. Uétéque ne se ré- 
tablit jamais entièrement decette blessure, quoiqu'il languît encore 
pendant quelques années. L'assassin s'échappa pendant le tumulte 
qui s'ensuivit. C'était en 1668 , et en 1674 l'archevêque observa de 
nouveau un homme qui semblait surveiller ses mouvemens et dont 
les traits étaient restés gravés dans son esprit. L'alarme fut donnée, 
et l'on saisit Mitchell. Etant questionné sévèrement par les lords 
du conseil privé , il nia d'abord l'accusati%n qui était intentée 
eontre lui; niais ayant reçu du grand chancelier la promesse so- 
lennelle que sa vie serait épargnée, il lui confessa en partici^lier 
qu'à était Fauteur de la blessure de Févêque des Orcades. Après 
cet aveu, le procès de l'assassin fut remis d'époque en époque, 
eat on conservait toujours le projet de lui arracher la vie qu'on lui 
avait laissée. Afin de trouver quelque accusation contre Mitchell, 
on l'interrogea concernant la part qn';lav2|it prise M'insurrection 
du Pentland, et comme il refusait d'entrer dans aucun détail qui 
aurait pu le compromettre, on le condamna à souffrir le supplice 
de la èotêe. 

Il se conduisit avec un grand' courage. Lor$qi|e l'appareil 
effrayant fut produit devant ses yeux, ne sachant pas, dit-il, s'il 
ne perdrait pas la vie au milieu des tortures, il déclara qu'il par* 
donnait de tout son cœur aux personnes qui les lui infligeaient , à 
ceux qui étaient nommés pour les exécuter, et à ceux qui satisfai- 
saient leur malveillance en assistant comme spectateurs. Lorsque 
l'exéoiiteur demanda quelle jambe devait être enfermée dans la 
teirible botte, le prisonnier, avec la même assurance, avçinça s^ 
jambe droite en disant : Prenez la meilleure , je la sacrifie volon- 
tiers dans cette cause. Il endura huit coups de maillet avec un 
étonnant courage, chaque ôonp brisant Is^ jambe d'qne n[i2(pière 
plus affreuse. Au neuvième coup il s'évanouit, et Ait reconduit en 
prison. Plus tard, on Penvoya à Bfiss, qui est une île désolée, o^ 
plullk un roc dans le golfe de Forth , oàiï y avait alprs uj\ châteav 
fort qpii servait de prison d'état. 



236 HISTOIRE D'ECOSSE. 

Le 7 janvier 1 678 , dix ans après qu'il eut commis son crime, et 
après quatre années de prison, Mitchell fut enfin jugé. Sa propre 
confession au chancelier fut produite contre lui comme preuve , 
et Ton ne voulut pas lui permettre de rappeler la promesse solen- 
nelle qui Pavait décidé à faire l'aveu fatal. Il est honteux d'être 
obligé d'ajouter que le duc de Lauderc[ale ne voulut pas souffrir 
qu'on produisit les registres du conseil privé , et que quelques-uns 
des conseillers jurèrent qu'aucune garantie n'avait été donnée à 
Mitchell, quoiqu'on puisse la voir aujourd'hui dans les registres. 
En conséquence l'infortuné fut condamné. Lauderdale, dit*on, 
voulait lui sauver la vie, mais l'archevêque demanda sa mort, pour 
garantir à l'avenir l'existence des conseillers privés de pareib at- 
tentats. Le duc abandonna cette cause en faisant une plaisanterie 
profane et grossière, et le malheureux fut exécuté, au déshon- 
neur des juges plutôt qu'au sien , le souvenir de son crime étant 
oublié au milieu des manœuvres infêmes mises en usage pour sa 
condamnation. 

J'ai déjà dit que dans le commencement de l'administration de 
Lauderdale, l'archevêque Sharpe fut éloigné des affaires publiques; 
mais cette disgrâce n'eut point de durée, le duc s'apercevant qu'il 
ne pourrait conserver son crédit à la cour sans l'assistance du parti 
des épiscopaux. On suppose que le caractère violent du primat eut 
une grande influence dans les derniers temps du gouvernement de 
Lauderdale. Mais dans le comté de Fife, où était la résidence ar- 
chiépiscopale, on le ressentit encore plus cruellement ; et comme 
les non-conformistes de ce comté étaient fiers et enthousiastes en 
proportion de la persécution excessive qu'ils essuyaient , il y eut 
parmi eux des gens assez hardis pour faire parvenir hors de leur 
pays un placard anonyme, menaçant tous ceux qui interviendraient 
dans les persécutions dont on accablait les Whigs de ce comté, 
d'être punis par un parti assez fort pour résister ouvertement. 

La personne la plus remarquable parmi ces hommes désespérés, 
était David Hackston de Rathillet, gentilhomme riche et d'une 
bonne famille. Dans sa jeunesse, il avait mené une conduite dis- 
sipée ; mais dans son âge mûr il adopta des principes de religion 
solides et enthousiastes, qui le jetèrent dans les opinions extrêmes 
des Whigs les plus exaltés. John Balfourde Kinloch, appelé Bur- 
ley, et beau- frère de Hackston , est peint , par un auteur coyenan- 
taire, comme un homme petit , d'un aspect morne et au reg'ard 
louche. Ce n'était pas un des plus religieux, mais il était {Mrét à 



DEUXIEME SERIE. H^l 

s'engager dans toutes les batailles et toutes les querelles que ses 
camarades jugeraient nécessaires. 

Il était à cette époque en danger d'être poursuivi par \eé lois , 
en conséquence d'une émeute qui venait d'avoir lieu, et dans la* 
quelle il avait blessé un garde-du-corpsdu roi. On dit que ces deux 
personnes avaient une animosité particulière contre l'archevêque. 
Balfour avait été son agent ou facteur dané l'administration de 
quelques propriétés, et ne rendit point de compte de l'argent qu'il 
avait reçu. Hackstdn, ayant répondu pour sou beau-frère, fut jeté 
en prison jusqu'à ce que la somme îdt remboursée. Le reste du 
parti se composait de petits propriétaires, ou pofCioners, comme 
on les appelle en Ecosse, ou d'ouvriers, tels que des tisserands 
ou autres gens de cette espèce. 

Ces enthousiastes , au nombre de neuf, étaient sortis armés 
le 3 mai 1679, dans le dessein d'assaillir (suivant les termes de 
leur proclamation ) un nommé Carmichael , qui avait été nommé 
commissaire pour recevoir les amendes imposées aux non-coiifor* 
mistes. CetYiomme était allé en effet chasser le matin dans la cam^ 
pagne ; mais ayant entendu dire par hasard qu'il y avait un parti à 
sa recherche, il quitta la chasse et rentra chez lui. 

Au moment où Rathilletet ses amis étaient sur le point de se se-- 
parer, la femme d'un fermier à Baldinny envoya un jeune garçoa 
leur dire que la voiture de l'archevêque était sur la route, reve- 
nant de Ceres et allant à Saint-André. Les conspirateurs étaient 
en cette situation d'esprit bu les souhaits et lés pensées que nous 
avons nourris avec complaisance nous semblent une inspiration 
d'en-haut. Balfour de Bnrley aftirma qu'une impulsion surnaturelle 
l'avait porté à retourner à Fife , lorsque son dessein était de se 
rendre dans les hautes terres , et que , Se mettant à prier Dieu , il 
avait été conBrmé dans sa nouvelle intention par ce texte de 
l'Ecriture : « Va, ne t'ai-je |)as envoyé ? » Russel, un autre de la 
troupe, affirma aussi que depuis long-temps il était rempli de 
l'idée qu'un grand ennemi de la religion allait être renversé, et 
parla de quelques textes concernant Néron, qui assurément n'exis* 
tent pas dans l'Ecriture sainte. 

Ils convinrent tous enfin que l'occasion qui s'offrait était l'œuvre 
du x^iel ; qu'ils ne devaient pas reculer, mais avancer, et qu'au lieu 
dé l'agent iiriiérieur qu'ils avaient cherché en vain, il était de leur 
devoir de détruire la source première de la persécution, que le cjeï 
livrait entre leiurs mains. Cette détermiiiation prise ^ la troupe 



2S8 HISTOIRE I^EGOSSB. 

choisit Hackston pour son chef; mais il refusa cette offres alléguant 
que la querelle- connue qui avait eu lieu entre loi et Tarchevêque 
ternirait la gloire de cette action , qui pourrait être imputée à une 
vengeance particulière. Mais il ajouta, par une distinction déli- 
cate f qvL^il resterait avec eux , et qu'il n'essaierait pas d'empê- 
cher ce qu^ils se croyaient appelés à faire. Balfour dit alora : Mes- 
sieurs, suivez-moi. 

Us se mirent donc avec activité à la poursuite du carrosse, qui 
parcourait une bruyère déserte appelée Magus-Moor, à environ 
trois ou quatre milles de Saint- André. Fleming et Russel , deux des 
assassins , coururent dans la cour d'une ferme, et demandèrent à 
un tenancier si l'équipage qui était sur la route appartenait à l'ar- 
chevêque. Cet homme devina leur dessein , et la crainte l'empêcha 
de répondre ; tuais une servante sortit de la maison, et les assura 
avec une apparence de joie qu'ils étaient en effet sur la piste. Alors 
tous les hommes de la troupe jetèrent leurs manteaux , s'élancè- 
rent au grand galop sur la route ^ déchargeant leurs carabines 
sur le carrosse , et s' écriant : a Judas est pris 1 » Le coêher redou- 
bla d'ardeur , en voyant qu'ils étaient poursuivis par des gens 
armés ; mais une lourde voiture sur un chemin raboteux ne pouvait 
devancer des hommes à cheval. Les domestiques qui suivaient la 
Toiture firent quelque résistance , cependant ils furent désarmés 
et démontés par les assaillans. Ces derniers étai^it parvenus près 
de l'équipage , Tarrêtèrent en coupant les traits et en blessant le 
postillon , et alors ils envoyèrent une grêle de balles dans la voi- 
ture, où l'archevêque était assis près de sa fille. N'ayant pas 
réussi à le tuer, ils commandèrent au prélat de descendre ^ et de 
se préparer à la mort, au jugement et à Téternité. Le vieillard 
sortit de sa voiture, et, se traînant à genoux devant Hackston, il 
dit : >- Je sais que vous êtes un gentilhomme, vous me protégerez* 
•—Je ne mettrai jamais la main sur vous, répondit Hackston en 
se détournant du suppliant. Un des hoi^dmes de la troupe , touché 
de compassion , dit : — Epargnez ses cheveux blancs ; mais le 
reste des assassins ne fut point touché. Un ou deux coups de pis- 
tolet furent tirés sur Tafcbevêque prosterné , mais sans produire 
aucun effet. Alors, suivant leurs superstitions, s'imaginant que 
leur victime possédait un charme contre les balles de fusil, les 
assassins tirèrent leurs épées et tuèrent l'archevêque, après lui 
avoir fait plusieurs blessures ; ils mirent sa cervelle en pièces , et 
yidèrent même lé crâne. La fille de l'archevêque, qui fit de yàins 



DEUXipiE SERIE. iè9 

efforts pour se jeter entre ^on pare et les épëes de ses assassii» , 
recnt une ou deux blessures dans ce moment de confusion. Les 
meurtriers retirèrent de la voiture toutes les armes et les pafÂars 
qu'elle contenait. Ils y trouyèrent quelques bagatelles qu^ sup- 
posèrent être magiques ; il j avait même, dirent*ilsy une abeille 
dans une boite , et ils en conclurent que c'était un esprit familier. 
Tels furent les résultats d'une détetHiination violenté et cou- 
pable, à laquelle s'arrêtèrent des hommes aveuglés et réduits an 
désespoir. Cette action jeta quelque chose d'odieux sur les PreS« 
b jtériens . C était une injustice ; car les modérés de cette croyance f 
c'est-à-dire le plus grand nombre, désavouèrent unjpareil erime, 
quoique en même temps il leur fût permis de penser qne l'arche- 
vêque , qui avait été la cause de tant de morts violentes, méritait 
de terminer sa vie violemment. L'archevêque de Sain^André avait 
quelque mérite ; i\ était savant, sobre, et vivait avec la dignité 
qui convenait à son rang : mais son intolérance et ses rigueurs 
forent la cause de grandes calamités en Ecosse , ainsi que de sa 
fin sanglante et prématurée. 

Le gouvernement écossais , que la mort de l'archevèqne «vait 
alarmé et irrité an pins haut degré , rechercha ses meurtriers , et 
ne pouvant réussir à les prendre , résolut d'employer 'une sévérké 
plus excessive encore pour dissiper ou réduire toute assemblée 
armée des Covenantaires. Assister aux conveMicules en pleine ; 
campagne fut déclaré une trahison, de nouvelles troupe furent 
levées, et les ordres les plus stricts envoyés anx officiers corn* 
mandans, pour agir contre les nouiconformistes avec tonte la 
rigueur des lois. D'un autre coté, les personnes saspect^s, réduites 
au désespoir, s'assemblèrent en plus grand nombre et mieux ar- 
mées , et la plupart d'entre elles montrèrent le dessein de se ré* 
yolter. eontre le roi et de défier son autorité y quoique le parti 
presbytérien modéré continuât de la reconnaître cdmiae celle dif 
suprême magistrat civil. Ces évènemens proÀiisirent bientôt une 
crise. 

Quelques-uns des meurtriers de l'archeyêqi^v de Saint^André 
arrivèrent, après mille dijinger^, dans l'ouest de l'Ecosse, et leur 
propre intérêt les engagea à user de l'influence que leur denxière 
action leur avait acquise, pour exaspérer les mécontens et les 
porter à quelque ext;rémité. 

Hackston , Balfour et autres , semblent avoir tenu conseil avec 
Donald Cargill, un des plus céHèbres prédicâleûrs des oomewtà^ 



240 HISTOIRE IVECOSSB. 

cûlés, et particnlièremeut avec Robert Hamilton, frère dalaird 
de Prestonfield. En conséquence ils parurent à la tête de quatre- 
vingts cheyaiix , dans le petit bourg de Rutherglen, le 29 mai, 
jour qu'on célébrait comme une fête à cause de la restauration de 
Cliarles II. Ils éteignirent les feux de joie qu'on avait allumés pour 
cette solennité , et se rendirent en ordre près de la croix du mar- 
ché» et après avoir prié et chanté une partie d'un psaume, ils pro- 
testèrent solennellement, ou témoignèrent , suivant leur expres- 
sion, contre les actes qui avaient aboli le presbytérianisme et 
rétabli l'épiscôpat ; et contre les autres apostasies du temps. Après 
cette bravade, ils attachèrent à la croix. une copie de leur témoi- 
gnage, terminèrent cette cérémonie par une prière, puis évacua 
rent la ville à loisir ; les habitans rentrèrent dans leurs maisons, 
et Hamilton reçut les gentilshommes de Fife, c'est-à-dire les meor* 
triers de l'archevêque. 

'Nous avons déjà parlé de John Graham de Claverhouse comme 
d'un officier supérieur qui avait montré une activité particulière 
contre les non-conformistes. Il était alors en garnison à Glascow, 
et , le I®'' juin , il partit à la tête de ses dragons, avec les autres 
troupes de cavalerie qu'il put à la hâte joindre à la sienne , et se 
mit à la recfierche des insurgés , qui avaient fait un affront si 
public au gouvernement. 

A Hamilton, ils firent prisonnier John King, un prédicateur, 
et avec lui dix-sept paysans qui assistaient au prêche. Apprenant 
qu'une assemblée plus considérable d'iiisurgés était à Loudon- 
Hill, à une faible distance, Claverhouse se rendit dans ce lieu avec 
sa troupe. Là , il fut arrêté par un corps formidable, si l'on con- 
sidère le nombre, mais très mal approvisionné, quoiqu'il y eût à 
peu près cinquante chevaux assez bien équipés, autant de fantas- 
sins armés de fusils , et une multitude de gens armés de faux, de 
fourches , de piques et dé hallebardes. Le lieu sur lequel les partis 
*oppo$és se rencontrèrent était appelé Drumclog. C'est un endroit 
plein de fondrières , et qui n'était nullement convenable pour les 
manœuvres de la cavalerie; une large tranchée, on fossé, semble 
aussi avoir donné un avantage considérable aux insurgés. Un 
combat eut lieu, pendant lequel Balfour et William Clela^d, dont 
nohs parlerons dans la suite, traversèrent hardiment le fossé, 
attaquèrent les dragons en flanc , et les forcèrent à fuir. Environ 
treûté hommes du parti royaliste furent tués , ou moururent de 
leurs blessures. Un officier du nom de Graham , parent de Cla- 






DEUXIÈME SERIE. 24t 

TerhoQse, tomba parmi les morts ; son corps fat déchiré en pièces, 
en haine de son nom. Le propre cheval de ClaTerhouse fat blessé 
par nn coop de faux, et eut à peine la force de porter son maître 
hors da champ de bataille. Aa moment où Clayerhoase passa de- 
vant le lieu où il avait laissé ses prisonniers, King, le prédicateor, 
voyant l'état de celai qai Tavait fait captif, loi cria de s'arrêter 
pour prendre sa part da sermon de l'après-midi. On fit quartier à 
^elqaes royalistes prisonniers , et on les renvoya. Cette clémence 
de la part de ses, soldats mécontenta hautement M. Hamilton, qui 
avait pris le commandement des insargés. Pour montrer un bon 
exemple, il tua de sa propre main an des captifs sans défense. 
Faire grâce, c'était, selon lui, pardonner aux enfans de Baby- 
ione, qui leur étaient livrés pour être brisés contre les pierres. Les 
insargés perdirent seulement cinq ou six hommes, dont un>avait 
assisté aa meurtre de l'archevêque de Saint-André. 

Après avoir remporté cette victoire ,, les insurgés résolurent de 
tenir la campagne, et de saisir tontes les occasions heureuses que 
le ciel leur offrirait. Lorsque l'action fat terminée, ils se rendirent 
à Hamilton , et le jour suivant , voyant leurs forces augmentées 
par une multitude de personnes qui se joignirent à eux de tout 
côté, ik s'apprêtèrent à attaquer la ville de Glascow. 

Cette viUe était défendue par lord Ross et Claverhouse , avec 
peu de troupes , mais des troupes régulières. Les insurgés péné- 
trèrent dans la viUe par deux points différens; une colonne s'a- 
vançant vers la Gallowgate, l'autre entrant par le Collège et le 
Wyndhead. Mais Claverhouse, qui commandait la cavalerie du 
roi, avait formé des barricades aux environs de la Croix, de la 
maison de ville et de la prison ; et les Whigs , en marchant à l'at- 
taqae, furent reçus par un feu qu'ils ne purent supporter, d'autant 
plus qn'il venait d'un ennemi abrité. Mais quoique les insurgés 
fassent battus pour le moment, leur nombre augmentait avec une 
telle rapidité, que Ross et Claverhouse jugèrent nécessaire d'éva- 
cuer Glascow , et de marcher vers Test , laissant tout l'ouest de 
l'Ecosse à la merci des rebelles, dont les forces montèrent bientôt 
à cinq ou six mille hommes. Il y avait parmi eux , il est vrai , 
fort peu de gentilshommes, ou de personnages marquans, dont la 
présence aurait pu les empêcher de tomber dans l'état de désunion 
auquel, par cette cause, ils furent promjptement réduits. 

La discorde était à son plus haut dçgré entre les Presbytériens 
modérés , qui reconnaissaient le gouvernement du roi à la ccmdi- 

)6 



^ 



tm. d^otomÎT k liberté 4e eonacimoe» et k» exabéft, fin sa toi^ 
laîeiK Mtfelettir aï rèlatioM ni iAtûnité a^ec oeuL ^ racooiiaiif- 
saittH et 8o«leiiaieiit r^pîsoopftt. Ces fttriewx peiœaknfc fae ae sen- 
jneUre au goa^wiignient royal i et assister aux sermens des pré- 
dkateurs fui ayaieiMt iti sédoka par nndalgence^ c'était compre- 
oielta« îudigBeBie&t la cause da presbytérianisme. Ils déclaraient 
f«e leur priqek était de Isire luas réy^lutiaft cemplète dana.la reli- 
gloa et dans PEtat» etde rendre rBgMseanaaî trieiophantA ^dle 
l'ATait été en 1640. 

Les pvédkateura eux*nènes difiéraieiit eaixe eux. lUL John 
Welah» célèbre par son zèle pov le pres^térianisuiey étail; cepea* 
dant, ainsi fae M* DayidHume^ à la tête des modérés^ ou, cMnoe 
disaient leurs adi^vrsaireSi dn parti Erastien ; tandia^foe Donald 
GargiU , Thomas Denglaa et John Kîi^ adoptaient avec arde v 
les desseins les pk» extcaTagaas et qu'à moins d'un miracle ils 
n'auraient' jamais pu accomplir. Ges champions des deux partis 
pré6haientdtthantdelachaireles.uns contre les autres, et dans les 
conseils de (çuerre ils haranguaient et yotâient chacun d'un côlé^ 
opposé, sanaavoir le bon sens de s'aeoordor ou du moîna d'ajour- 
ner leur» dispuses, quand ils entendaient dune de tontcâté que les 
forces de PAngleterreetderficosse se rassemblaient pour marcher 
contre leur année indisciplinée, mal onprOTisiMinée d'armes, et 
d'opinion dillérente swr les canses pour lesquelles ila étaient en 
élatde réyoke. 

Pendant' que ko insurgés se fnerellaieBt ainsi, et se trauYaieat 
incapables de veiller «roc sein à la casse conunane, le conseil 
privé otdonna «nu mSices de se réunir , et appela aaix armes ks 
Tttssaux do la eonronne. La plupart étant portés pour le prefi- 
bytérianismer, obéirent avec une gnmde répugnance. Lee Chefs 
des hantea teeras, qui habitaient près du théâtre de l'actien, itçfk' 
jrentaHssftl'erdve die se joindre ài'armée du roi avec leur suite* 

MaisioraqBe feanoBTeHeede L'kisurrection parvinrent à L^idrcf , 
Charles Umetitra son jugement sain, qoi cédait trop souivent aux 
conseils d'anftruiy el sembla avoir fermé un plan pour <»ncilier ks 
rebelks, jiussâhicKque poor les réduire. Dans ce dessein, il en- 
toya en ficosset oemme eommsndant enebéf; son fils natuel, 
Jàfltta, d«c de Bbnmooth, à la tête d'fmeoff s omsidéraUo de la 
garde royale^ Ce jeaMMgnenr éttf t lie favedi dn roi, tant !par son 
mOafèmit beauté que par Taundiililé da son oataotère. Charles 
4MMt pris aept;dgfsniiiglm»<cn loi faïaanit é po uaer i'hériliiMrerde 



k.iiQ)ii€$femilk le:fiiicielracfc| Atnt l«s,piiQpraéléaiQNMiis(it«oiifr 
eofiwm CA jpofi£<Bs$ioo deieuni dQâecxidftns. Puisawit» pQpnkûre et 
favori du roi, le duc de Moumouth avait été eiio^iuragé à opposor 
son orédit ji la cour à celni du £i>èr& du roi , le duo d'York^ et 
coiBHie ce dernier s'éiait déclaré oaliioUqtte pomain^ MaosKiatb.i, 
par le fiea d'acooid qui 6xifitftiUimti:e «11&, teôt aafq^ofié iavosallUi^ 
ao prefbytériafttsme^ aussi bien qta'àtieus-ko no]HK>iifeijmstas do^ 
toute sodfi ; il était appelé pair le peoi^e le. Doc pnedeabuit* ^ de«< 
vaii naUii^llemeBt craire qa^ayaiit de teUes.diqpiQsitioii6y on Ihk 
ay ait confié des pouvoira est, faveur des insungé»* 

Les malbeareux Govenaalaires, a jaàt perdu beaaeoop deiempA 
à learadiacuaaioiia tbféologiqaea» au lieu de discipliner lear armées 
on de pourvoir à aoa approvisMwueaienty étaieBt encore dana lea 
Qirvicons de la ville d'tiaaiiltim, tandis qu'un grand nombre de 
lenra partisan^, désespérant da snecès, désertaient chaque joue 
lear canse, Le 21 join^ ils reçurent Talarinante nouvelle que le 
due de Moanouth s'avançait àîa tête d'une armée bien disci^inée» 
C^ triste itiqpipQrt ne les rappela point à eux-mêmes. Il est vrai 
qu'ils tinrent conseil, mai& ce fat pour s'engager danï le débat le 
plus farieu&y qui dura jusqu'au moHient où RathUlet déclara que 
son épée était tirée aussi bien contre les tièdés que centre lesmé^ 
<diaiis, el quitta le eonsdl api es cette espèce de défi,, suivi par 
amx. ifai professaient les mèoieis principes. 

Lé parti modéré , abandonné ainsià lui-m^ne, adressa une sap* 
pbqne au duc:de Monmonihi et aprèsiui avoir détaillé leurs sujets 
d6 plaintes, ils déclaraient qu'ils soumettaient toute conlrovezse 
à UH'paprtement libre et à une assemblée libre de l'Bglise. 

Leduc, dans sa réponse, exprima la compassion que lui inspî* 
rait la positioigi des CovenantaireSt eV son désir de les soulager, 
par son intercession auprès du roi; mais il déclara que jusqu'à ef 
jpMHMnt ils dçvaittit poser les armes* Lorsque les troupes iasur- 
gées reçi^rent ce mesEsage» eUe^ étaient dans le plus grand dé» 
ordre» le parti violent ayaal choisi ce moment malheureux pour 
casser les officiers qu'il avait choims quelque temps aupM:»v)ant» et 
pour eu nommer 'd'autres qui n'avaient anoune ieintie à^Erustùth 
nûme ou de Mulignitè^ ou qui en d'autres termes, ne reoonnasfr 
saient ni l'obéissamoe due au roi, ni la soumission an pouvoir e»* 
vil. Tandis ^e les insurgés étaient. ainsi occupés, les troupes de 
MonmoQth parnrtenJt. 
Les insurgés avaient une bomse posiiios poor se détenctea^ Ils 

16. 



244 HISTOIRE IVEGOSSK. 

araient en front la Clyde, liTière profonde qu'il est dif&cQe de 
. passer à gué, et qa'on ne peot traverser qae sar le pont de Both« 
well , qui a donné son nom à cette bataille. 

Ce pont était (on platftt est, car il existe encore quoiqu'il ait 
subi de grands changemens ) haut, étroit etraide, ayant un por- 
tail on gateway dans le centre, que les insurgés avaient fermé et 
barricadé. Environ trois cents hommes y étaient postés pour dé- 
fendre ce passage important ; ils étaient commandés par Radiilleti 
Balfour et autres. Ils se comportèrent bravement et firent une 
vigoureuse défense, jusqu'au moment où les soldats deMonmouth 
forcèrent le passage à la baïonnette. Alors, les insurgés lâchèrent 
pied^ et l'armée royale avança vers les corps de réserve des Go- 
venantaires , qui , suivant Thistorien Burnet , n'eurent ni la bonne 
grâce de se soumettre, ni le courage de se battre, ni l'esprit de 
fuir. Ils restèrent quelques minutes dans le doute ^ la confusion, 
leur bravoure naturelle et leur enthousiasme étant glacés par la 
certitude de la discorde qui régnait entre eux, et l'approche subite 
d'une armée mieux disciplinée que la leur. Enfin , cooune l'artil- 
lerie commençait à les atteindre, et que la cavalerie et les monta- 
gnards étaient sur le point de charger, ils lâchèrent pied sans ré- 
sistance, et se dispersèrent conune un troupeau de moutons. 

Le duc de Monmouth, dont le caractère était rempli de douceur 
et d'humanité, fit publier des ordres, sévères pour donner quartier 
à tous ceux qui le demanderaient, et épargner la vie des rebelles. 
Malgré ces ordres, un massacre épouvantable eut lieu ; il fut en 
partie causé par le caractère inflexible de Cla verbeuse, qui brû- 
lait d'obtenir vengeance de la défaite de Drumclog et de la mort 
de son parent , qui y fat tué ; en partie aussi par la foreur dés sol- 
dats anglais et des habitans des hautes terres, qui se distinguèrent 
par leur cruauté. 

Quatre cents honmies furent tués à la bataille de Bothweli* 
Bridgç,.et il y eut environ douzcf cents prisonniers; ces derniers 
furent conduits à Edimbourg et renfermés dans le cimetière de 
Grey-Friars , comme des bestiaux parqués. On choisit quelques 
ministres pour être exécutés avec quelques autres rebelles. Le 
reste de ces malheureux, après une longue détention , n'ayant 
point d'autre abri que celui qu'ils trouvaient dans la tombe, furent 
renvoyés , en donnant des garanties ^ur Tavenir ; les plus obsti- 
nés furent expédiés comme esclaves danàles plantations. Plusieurs 
de ces derniers périrent sur mer. Malgré ces désastres, les con* 



DBUXIBMB SEiŒ. 245 

séquences plus éloignées de la bataille de Bothwell furept encore 
plus désastreuses que celles qui en dérivèrent immédiatement^ 



CHAPITRE XIX. 



Le due d'Tark admialilre les afiains eo Reoese. ■— Penécationt contre les Geméronicns. 
Complgtt de Jerruwood et de Rye-House. — Mort de Cliarles II. 



Lms efforts du duc de Monmouth obtinrent une amnistie qui fut 
mal obserrée, et une indulgence limitée promptement retirée ; an 
lieu des moyens de douceur qu'on espérait , la conduite des pro- 
priétaires de Touest accusés d'avoir favorisé Tinsurrection fut 
soumise à la plils sévère inquisition, ainsi que celle des gentils- 
hommes qui avaient négligé de se joindre à l'armée du roi contre 
les rebelles. Les excuses alléguées par ces gentilshommes furent 
assez singulières; c'était, en général une franche confession de la 
part des coupables , sur la crainte de voir troubler la tranquillité 
de leurs ménages, par leurs femmes,, qui appelaient toutes les ma- 
lédictions du ciel sur la tête de leurs maris s'ils envoyaient un seul 
cheval on un seul homme contre les fanatiques qui avaient pris 
les armes. La.cour, sourde à ces excuses, accabla d'amendes ceux 
qui ne s'étaient pas joints à Tarmée, et même- les menaça de la 
confiscation de leurs propriétés. 

L'influence salutaire du duc de Monmouth dans les affaires 
d'Ecosse ne dura qu'un temps trop cou^t, et celle de Lauderdale, 
quoique ce seigneur fût accablé d'années iiussi bien que de jualé- 
dictions, reprit à peu près son empire, jusqu'à l'arrivée en Ecosse 
du frère du roi , héritier présomptif de la couronne, Jacques, duc 
d'York. 

Nous avons déjà dit que* ce prince était catholique, et c'était 
cette religion qui avait ocoasioné son exil, d'abord à Bruxelles,' 
puis ensuite en Ecosse. Le roi consentit à son bannissement comme 
à une mesure inéviti^ble^ la plu»grande haine ayant été excitée 
contre les catholiqiles par la prétendue découverte d'une conspi* 
rationpanni les papistes, qui ne tendait à ne\i moins qu'à massa* 
erer les protestais, déposer le roi, etn(kettre son frère sur le 
trdne. Il estniaintenant reconnu que toute la composition de cette 



i«6 BttT^RE VBOMBE. 

^MMdnBMfAit'gmMttfr «kMi^meiisMgtt»; mais, à^etteépoqve, 
il n'y 4 {MÉlftrde^otle ifa'eH^ impiratnitatit é*ii0nm» qiK k» pa- 
pistes eux-mêmes. La première fureur des préjugés natioDaox 
commençant à s'éteindre, Jacques fut rappelé de Bruxelles et en- 
voyé en Ecosse, afin 4'éli;e plus près de son frère, et cependant à 
une distance nécessaire pour ne point exciter de nouveau les 
craintes et la jalousie des irritables protestans. 

Le d«c ^York était d^n caractère bien différent de etlniée àon 
frère Charles : il n'avait ni l'esprit ni la légèreté de ce monarque; 
il aimait le travail, et il était susceptible de donner une grande at- 
tention aux affaires ; sans être avare, il était fort économe ; il avait 
poor sa taUgion aiialtachMtteiit sincère, qai lai fait honnattr cémme 
liomme, mais qui était btt malheur pour an ji^ince destiné à ré- 
gnar sar ^n peuple prat^Maat. Il était sétè^e jusqu'à la eraaui^, 
et avait sur le droit divki das rois et les det^irrb de soamissieh 
'Cdinplète 4e la paît de» sujets las laèaiès idéas ^fatent las pta- 
sidères eawies des iafbrtaaasda son pèra. y 

Ledacid'Yark, à-son 'ftririvée an Eeasse, fcftfaçaaVeedaft^Bidës 
ttiap^pMa c^honnaar at de jaia par les tioblas et 4rs p^i^rîéudris. 
il denaara au palaia d^Hoifroad» qui dèpsÀs bien long^tenps u'i 
■ tait plaa habité pat* desuMii ; il At %oas ses eiforts pour se eonciliir 
J-afiéetlan des- parsanaas distinguées d'Ecosse, et sas manières 
graves, hamaînas^ et 49epfe»éaat poKés, oMvanaient à nerveilte 
an aaraatèffe 4^ «a paaple ^ai, lai^iuéaie fier at réœtv^, aceoriB 
^olantiera héau^oap da fespeot au ^artig, paurr^ que ceax qui cat 
des droits à une telle déférence doaaem Wstésk m taiaor de la oMi- 

iAéérMicm^ teùti qui las appraahaat. 

On Ail t[;lié le due éTYôtitwpprit à c96viliattta la «aramère ^pai*- 
ifllaax^ela natian éaassai^a pai-titie re^f-tfia 4e ' Toift DaIxM, 
général si cotmn . Le duc ayant mvité ee vieuic Gavalver a dtner tti 
)»anicaiiei' -à'vec tai et la éaéheese Marie d^Eiiie, ftUa da duc de 
Modène, cette princesse crut que c'était déroger à son rang qtie 
d'admettre ata anjMÀ sa tabie, «ft relus* de s'asseoir hi Oafarîal res- 
tait eôttfiMe invité. -^M«rdanie> dit le vétéran sanssadéoaaearMrv 
§'ai dîné à %ine table où votre père aarait pa être ddsaat darrièft 
moi; — faisant allusiaa à ta taMadel'ainperettr d'AUewiagne,cèlè 
ûaé de Modène serait obligé, s'il en recevait l'^rdfe, de serrir 
oamaeie officiardn palais. La hauteur décatie tépaase^'^Ma) 
iaspira à Jacques pour les «oblas écossais «auta t'afftibilité ^>W 
éuii aataraSk) oa:^'tt pat^aTfeetnr* GataacMdaiia^ jai^ 



^ IMEHUiaiK tttBL Ht 

iM «ëKà k 4S^giàd 4e Bes aataièffes , lûdoiaia tiM|M9miileîÉftHHce 
panaâieeax'qmapiHWshatonréesaporiPiiB»^ UnjhKmgommmitLUiuâ» 
tkm psurtieaMèFe-aux Chefs de du» 4€ft hamei ternes » s^iÊaêtsmùt 
ée leurs ^^Ufférens usages et deleorir dMGfocM «anMtères, et «'«{'* 
fcrça 4e lesTéconcSiér et d^apûer leurs ^ereUes» Pasr làil>gafe 
Jwq aé m 'pgffgH ceiÀeraeepriiiiittimy «luft 8eii«Ueàla4oiiceaF:«Ci 
êXK 'égsfds qa'^He sain reasestir Knjave oa rosfali, qb si grmnd 
«sceadasl; , qoe la seoende génératÉMi de sa&miUe en toouvaei^ 
owe des traces. 

{je d«€ d*Y«rrk, ceiime prince^i «ouMMpeiJeBtholifae» devailisèkTO 
diiposé à nser de sévérké contre les âMÉOtiqoes. et contre les i»- 
4«rgë6 ; »fiâ sa présence et sen kitiepveiilisB^aBs les ^fiaioei 
dïcosse augmentèrent la ngnear desmesnes ceotrelesPresby» 
téiÉDiis de teus les partis et de tootes lesimanees. lUais^ae ne ^t 
qu'après son r^oar é*mk eettrt voyage à 'Lasidraa, pfadant leqad 
il se -eonrainqmt que l'affieeiion de son Anère pour loi n'était pas 
4mbmÊim, qn'H hasarda #en Tenir à dese&tipteîtés pe«r aréduÎDe 
les nen^eonisrBiistes. 

Les doctrines promulguées par les pfais- ftiriein: et les pins dé- 
rasonaaMes parmi les îiisiirgés , eonini«Beaîatt(à létiie ndopléea 
par nne secte de pin» en pins iMoalbirensey «t foi séparÉit «aiière- 
ment sa cause dé celle des uNKlérés Presbyténens. Oes henunes 
âésaYouaient en mène temps l-antarité da voi et ceMe iduigflurvier» 
Bentent , et refiisaicau le droit de prétendre )Mi trène à. tous cens, 
qui ne vonifaraient passeoserire à la Ligne Solennelle et an Gontà^ 
nant. Ces doctrines étaient surtotEt adoptées par4enx prédioatmira^ 
nommés CSargill «t£lameron« Les partisans de œ «dernier prirent 
-on ncquiresit le nom de CantérMiiens. 

Rftclispd €amenMi TécM et monmtd^emanîètfeiqm n^estpa^ 
indigne de ses hautes p^éteationfi eonnne ehef de sede rdigienae. 
Après la bàftailleée BoChWeH4hridge, il resU en «ppositioilion» 
fepteavec iefon^remement, «t le 22 join .16&0 oooqpa le petit 
iMnirg de ^nf q n harayecjnae ftronpepen nonthMuee de gens à 3Bhn>* 
"Val. H pnbliann-éonftotttéttaignage.pwrlequeiilr^jetaiaion 
mmtrnmovité'dn voi, etpmoHteait<qaeChalies^fMtr sonânju»* 
tîee^et par sa ty^ranniey s^étaitrendii indigne da 'tcâne. Apnée ee 
oonp hwKl», Cameren erradansieafieviclesplaBidéflens derfieosM 
avec quelques amis armés , ^«rmî lesqne}» HaiolLston âe^RaUiillet , 
laiMMiJL par la part qo^âl'4ns»t prise >à.Ja mortderwnihe^rAqne 
SàaifWy 4teit fe pnndpalperflmnageii 



248 mSTOIRB D'ECOSSE. 

Hais le 22 juillet 1680, tandis qae la petite troupe était campée 
dans un lieu désert appelé Airs Mou , elle reçut la noUYelle alar- 
mante que Bruce d'Earlshall arrivait sur elle avec une force supé- 
rieure composée de fantassins et de dragons. Les fugitifs résolu- 
rent de les attendre de pied ferme; et Gameron prononça une 
prière dans laquelle il répéta tnns fois ces mots pathétiques : — 
Seigneur, épargnez le fruit vert , et prenez celui qui est mûr* 
Alors, avec une grande fermeté, il s'adressa aux personnes de sa 
suite, les exhortant à combattre jusqu'au dernier. — Car je vois, 
ajouta«t-il, les portes du ciel s'ouvrir pour recevoir ceux quimonr> 
ront aujourd'hui. Rathillet divisa le peu de chevaux qu'ils possé- 
daient, et qui s'élevaient à«nviron ving^trois, sur les deux flancs 
d'une infanterie de, quarante hommes mal armés. Lej» soldatSi ap- 
prodièrent et chargèrent avec fureur. Gameron fut tué suc la 
place. Rathillet combattit avec bravoure, mais il fut à la fin dés- 
armé, renversé et fait prisonnier. Telle était la barbarie du siècle, 
que la capture d'Hackston fut célébrée comme une espèce de 
triomphe, et ce malheureux'fut accablé de toutes les insultes qu'on 
peut imaginer. Il fut amené à Edimbourg, monté' sur un cheval 
sans selle, ayant le visage tourné du côté de la queue. La tête et 
les mains de Richard Gameron étaient portées devant lui au bout 
de plusieurs piques. Hais de tels outrages élèvent plutôt qu'ils 
n'abattent le courage des hommes braves. Hackston se conduisit 
avec une grande fermeté devant leconsdl* Le chancdier l'ayant 
représenté comme un homme de mœurs dissolues , il répliqua : •— 
Quand je méritais ce titre, j'étais bien vu de Votre Seigneurie ; je 
n'ai perdu vos bonnes grâces que lorsque j'airenoncé à mes vices. 
La mort de l'archevêque étant alléguée contre lui comme.un assas- 
sinat , il répondit que le ciel déciderait quels étaient les plus grands 
assassins, de lui ou de ceux qui le jugeaient. Dans son supplice, on 
fit usage d'une cruauté raffinée. Ses deux mains furent coupées 
avant l'exécution , et son cœur arraché de sou sein avant qu'il eOt 
entièrement cessé de battre. Sa tête et celle de Gameron furent 
placées sur la porte de Netherbow, les mains du premier étant 
étendues comme s'il eût été en prières. Un des ennemis de Game» 
nm lui rendit dans cette oocaiion . cette espèce de témoignage : — 
Id sont les restes d'un homme <]ui vivait en priant et en prêchant, 
et qui mourut en priant et en se battant. 

Daniel ou Donald Cargill reçut l'étendard de la secte des mains 
mourantes de Gameron. n {Msoièsaa avec autant de hardiesse la 



DEUXIEME SBRIB. 24» 

mèmedoctrmeqae son prédéeessear. Aon nombreux conTenticale 
de Gamâroniens tenu dans le Torwood en septembre 1680 , il eut 
Faadace de pronoticer nne sentence d'excdbmnnication contre le 
roi y le duc d'York ^ les dacs de Monmouth, Laaderdale, et Rothies, 
k lord-aTocat et le général Dalziel. Ce procédé était tout*à-bit 
anti-canoniqne et contraire ans. règles de l'Egliise presbytérienne 
d'Ecosse ; mais il convenait parfaitement à Pesprit indépeiidant 
des hommes de la Montagne , ou Caméroniens^ qui ne désiraient 
ni donner des faveurs ni en recevoir de ceux qu'ils appelaient les. 
ennemis de Dieu. 

. Une récompense considérable ayant été promise à celui qui li- 
vrerait Cargill, il ne tarda pas à être pris par un gentilhomme du 
Dnmfrïes-Shire, et exécuté avec quatre autres qui niaient comme 
lui-i'antorité du roi. Le courage avec lequel ces hommes affron- 
tèrent la mort tendait à confirmer la bonne opinion qu'avai^it 
d'eux les spectateurs de leur exécution ; et quoique la doctrine des 
Caméroniens fut trop déraisonnable pour être adoptée par des 
hommes sensés et qui possédaient de l'instruction , cependant elle 
se répandit parmi les classes inférieures et produisit beaucoup 
de mal. 

• Ainsi une persécution de longue durée exercée avec une grande 
rigueur entraîna un grand nombre de paysans dans 4es doctrines 
incohérentes et coupables y dangereuses non*seulement pour la 
tyrannie de l'époque , mais pour toute espèce de gouvernement , 
fuelque modéré qu'il fiit. Il était surprenant, en considérsmt la 
folle sévérité dm conseil privé , qu'il n'eût pas éveillé plus tôt un 
esprit d'opposition ouverte et plus formidable encore que celle qui 
s^était élevée. Cependant , ne voulant point se rendre à Tévidence,. 
le duc d'York, qui avait alors entièrement supplanté Lauderdale 
dans le maniement des affaires d'Ecosse, continua à essayer d'ex-^ 
tÎTper la secte des Caméroniens par les mêmes moyens violons qui 
avaient été cause de sa formation. 

Tontes les formes de lois usitées, ces remparts par lesquels les 
sujets d'un royaume sont protégés contre les violences du pouvoir 
anné, furent tout d'un coup anéanties, et les officiers et les soldats 
reçurent la permission non-seulement de rechercher, mais d'in- 
terroger et de punir toute personne suspectée des principes des fa- 
natiques ; s'ils le jugeaient convenable , ils pouvaient les mettre à 
oiort.sur la place. La seule chose nécessaire à la condamnation, 
était que la person&e arrêtée montrât des scrupules de renoncer 



:/Mr:î;< 



zm HisroiiiK 

Ml €inP6nattty kMiit cTaéiaettre ^pie*U' mort dvâhaqie était «at 
amâèsînaty oaTefiidâi dé prier poiirler«i , ou mA^ét-Téjptaiixek 
qnelqfies <iae6^Ds iasidiefiêes eeaeemaHt -se» pnMctpes-relîgincK. 
Uiie «cène de ée genre «fit racontée a'vac une ^aaiâe>8Îiiqilîcitéy 
et cepeiidM)^ beauooop d^énef gie , par an éeii^otoora 4le Véf^oqiie. 
Je ^is facile qiieC!lav^rhoiiBe»'<iiie nous ^^e^nnsàorns le MntpsJde 
la ré^otioa joscr le rôle d^nn héros, soit le priB!Ctpiil;af^t4[e 
eet acte de cniaoté. En eenskiérant le «ang-freid «t«c fefvel Fao- 
lâon barbare fot commise, nous ne ponvons laitreo^vier «ne excase 
ni dans les ordres qai étaient donnés par le gouventement^^'âaHS 
les préj ogés dn temps, ni dans la situation de rebelle hora^ la lei^ù 
jBe tronTait la victime; rien ne peut diiaiiNier ItMxnrear^e'doîivmit 
iupirer de pareils faits . 

- Dansnn lien nommé Preshill eu Priest4iiH, te» le ijantfrk- 
Shire, vivait, à cette triste époque, un Kenrae «ommé Joim 
BrowB, voiturier de profession, et surnommé, d-'après stmiMé 
àans les principes religieux , le Vofttirier' Chrétien^ Cet lioiUBe 
avait accompagné les insurgés à Bothwell^nidge, (e^^rar dfMKreB 
misons encore é(a^ en contravention aux kns lanses cm vîgaear. 
Un matin, dans le mois de mai 1 685 , Peden , un des ministtvsca* 
Bftéroniràs, que Brown avait reçu dans sa maiseo , prit congé-de 
ifom hôte, dé safenrate, et répéta deux fois : — Pmivre feinaBel 
voilà une matfnèe effrayante ! une matinée «ombre et triste ! mots 
qu'on supposa depuis être une puaphéiie de ^eatamâléé iaorsqua 
Peden fut parti , Brewn quitta ^ miaisoti «vec nue I)ééhe4 la mA 
pour vaquer à ses travaux ordinaires : il fat tout dNanooup^iirrM 
et lentouré par une bsNfiéedlhotmnes à cheval, à la ^e desquels 
étakClaverhottse. Quoique ^le ^sonnier «et de la diificttlaé à 
parkr dans les oooasionaoïidiinÂres , ilifi^onditaiix ^uestien» qui 
lui firreat adressées dane <cei»e 'é&tr^sÉlé, - avec tMft ^VasearasMe 
et^ fermeté , qpeOaffwrliottseiaideniaiiéafsi'il étaifpiMiUatenr; 
Brown répondit par là négative : ^*^S^ti)&^a pas prèelié, 'dte C!la« 
terbousp , je «vois qu'il a ^é beami^oop dams sou^tempe* Mais 
maintenant faHes péellemetit vos ^liànes-^ur ^la derniàns Ms, 
ajoutà-t^l en s'aéressatlt à Brown, • oarr ^vtms allez ^luettirir. lia 
pauvre homme s'^genouifla et pria arvec ferveur, etkmsqti'iUoiieha 
l'était politique dn pays, priant Dieu d -épargner leresftede eee 
fiiè»*es, Cteiverhouse rinterrompit «t dit : ^ Je v^ile aûsdimné la 
pertuâssion dé {)ri^, <et'vett&préiilieè&k ^ Moiiêiear, ditle piwm-' 
vimy^m ^MàAum.^m»ê «nm ^iige et 4M)Mirs 4 '{mouft^, -mtoâm» 



myët lA ce ^ec'éift ^ehiptièfê, iit eeqoé c'flftt qu'on ftenmn, 
<st^o«s ïipp^ftez eeqtie je tiens d[e dife, prèefaer. Piiis il conthina 
!êâii5 intemipimi. Lin^qtie «es dérotions ftirent terminées, Cla- 
Verhevse lui orA>nna de di^e adieu à sa Ssttnie et à «ses enfcns. 
^làr^^tm mtxmtiUL Ters ecrx, et prehantsà femme par la main, hd 
Mt ipÈt rbeare ël«^ teiMe, deiit il loi -avait pàrïë en lai deman- 
dant de oousetitir à détenir sa femme. La malhearense époase té- 
{Mmdii aTec -feim^ : Ponr cette caasè, je comens à v<hy9 céder. 
«^ Alora jefi^ai ^hte ipifii mdnrfr, répondit le mari» et jeremereie 
Dieu de ce que depuis plusieurs années je snis préparé à la mott. 
11 fat taé ^r ane bande de ^soldats , près de sa propi^ maison , et 
qpÉoi^esa femme eàt an tempérameiit nerveux , et qu'elle ne pût 
«mis être malade supporter la vue du sanp , elle ent assez defforee 
^foùsr contempler ceife ^seène ^kffheiiBe aVec calme et sans perdre 
«oni|tissance ; MÉiIemeM: hb yeat éprouvèrent mi 'éUonîssaneÉt 
Ws^ les «ariiUneB firent «iMi. Tandifirque le coiips deBroum 
-étmt étendu k ses pieds , Olaverheuie demanda a la paaite vente 
^ce qv'eAe pensait mraiiatenafit de ^ohmari. *^ ï'ai leajemrseu une 
Imate^ittion de kd, dit^elle, ei matnfenatft'iJInB que jmnaia.^^ 
^ ne serait fckis qit^im acte de jnstice de vous tuer «nëiâ^ et ie 
l^&as laisser à côté dé lui , dit GlaTcrfaouse. -^ Je ne doute pas , 
irepritlalémme/(f»e ai cela vous^idt pemâs, votre «rtiauté ue 
^oua portfttàeètte eittrémlté. IMa comment répondreK^veua deée 
i|iie-vous a^2 ftit ce Matin? >— iFe pûk& ^sfei fendre ftasUmnent 
Asvam las liOMiaiéa , répondit Glaverhenée ; et^devmft lecidîepuis 
aussi Tentreprendre, cela ne regarde que moi. Après cesmota^il 

«aon«a à eHèvàl, et disparut , laisfi^m ia pàtftre femme prèb du 
idiidavre deson «nairi ^ ^ei «euaAt idans se«s bras l'enftmt ^ TOtudt 
4'âMe ^^é4e i^en père. Elle pla^a t^enfànt sur la terre, tKt k 
^Hdtvtitien avec 4a>simplfcité de l'Ecriture, exacte la^du^â- 
àatH, éiet^ 4es^memlrres, coatirït lé corps^<son plaid , ^c^s^aê- 
^«mt^uprtiSk/eHè plaura Mrla pcMei^ifelte menait de ftiil^. 

Oies' feimilqtteè €|)i|f)^rb^ da»s'%Mtesies occasfistts 

ie nfêmeeeurage iiiû^ide/les fettanes emnmelesliottmies. Deim 
#eiftt« e&es, eondamnées à mort , tarent tic^écs. On les «néliditfa 
il une poteneeau-delà'des limiceB deta marée, et elles feoisriten- 
poséea à k lireur des Ilots, ^i a'avtmçaieat pcaerica engloiitiv. 
Tamâfai'^ie fe bt^ik dès ^rafves^imigjsstdtà k^rs-^iréllfos, en 4emr 
«kifidt<lem^^fi^eM4Énese^ ee«â«meiit4vi^r Vive>lB 

M ! -«^ «MéAiiMi^/lICMiiesrt aatom^^MMi larpen»Nmii4ea9ltt 



252 HISTOIRE D'ECOSSE. 

bienvdllantes > qu'il est de votre devoir de prier même pour ka 
plas grands pécheurs 1 — Oui^ répondit l'aînée des deux femmes, 
.mais nous ne sommes pas obligées de le faire toutes les fois qu'il 
plaît au premier coquin de nous l'ordonner. La place ou cette 
femme était enchaînée étant la plus proche de la mer^ elle fat la 
première noyée ; et la plus jeune ayant dit quelque chose qui res- 
. semblait à ce qu'on demandait d'ellci les spectateurs voulurent la 
sauver. Mais lorsqu'elle fut retirée de l'eau à moitié étouffée, elle 
aima mieux y être replongée que d'abjurer le Covenant. Ce fat 
ainsi qu'elle mourut. 

Hais ce n'était pas seulement les classes inférieures qui étaient 
opprimées, et tourmentées par des sermons déraisonnables. Celles 
d'un rang élevé couraient un égal danger par le sermait du iest, 
d'une nature compliquée et ridicule^ et s'accordant si peu dans 
toutes ses parties , que tandis que la personne qui le prononçait^ 
attestait sa pleine croyance et soumission à la pirofessicm de foi qui 
fut adoptée par l'Eglise d'Ecosse dans le premier parlement assem- 
blé sous le règne de Jacques VI , dans une autre clause elle devait 
.reconnaître le roi comme chef suprême de l'Eglise, proposition 
mtièrement contradictoire à cette profession de foi à laquelle elle 
venut de se soumettre. Néanmoins ce serment du test était con- 
sidéré» comme un gage général de fidélité, qui devait être donné 
par tous ceux auxquels on le demandait,, sous peine d'amende, à» 
confiscation et même de mort. L'-affaire du comte d' Argyle se fait 
distinguer, quoique dans ces temps d'oppression, par soninjustice 
particulière. 

Ce seigneur était le fils du marqtiis qui eut la tête tranchée aa 
commencement de ce règne, et lui-même, comme nous l'avons 
d^à dit, courut le danger de perdre la vie et ses propriétés par is 
loi de Leasing Making, Il était alors menacé d'^n plus violent 
orage; Lorsque le serment lui fut présenté comme conseiller privé, 
il déclara qu'il s'y soumettait en tout ce que ce serment avait de 
conséquent avec lui-même et avec la religion protestante. On an* 
raitpu croire qu'une telle condition était tout-à-fait juste, etna* 
vait rien de blâmabloé Et cependant, pour avoir ajouté cette ex* 
.plication au serment qu'il était forcé de prononcer, Argyle fat jeté 
en prison et amené à la barre comme prévenu de trahison et de 
Leasing Making. On le déclara coupable, et la sentence de mort 
et de forfaiture fut prononcée contre lui comme traître. Ou ^ ^ 
4'une manière assez plausible que le gouvernement usa ^ ^ 



DEUXIEME SBIUB. 253 

procédéSy seulement pour engager l'infortimé comte à renoncer à 
ses juridictions ; mais très prademment ii ne se hasarda pas à 
sauver sa Vie par un moyen aussi précaire. Il était du petit nombre 
des pairs qui conservaient encore de l'attachement pour le pres« 
bytérianisme, et ceux qui avaient abusé si grossièrement des lois 
pour obtenir sa condamnation semblaient déterminés à user jus- 
qu'à l'extrémité de tous leurs avantages. Argyle se sauva du 
château d'Edimbourg sous les habits de sa sœur> et passa en 
Hollande. 

Cette extravagante mesure inspira une terreur générale^ar 
son audacieuse violation de tonte justice, tandis que la Ce^lUté 
sur laquelle eUe était basée était le sujet d'un mépris universel. 
Les enf ans élevés dans l'école de George Hériot (écolede charité sur 
le même plan que celle del'églisedu Christ à Londres), tournèrent 
eux-mêmes en ridicule l'iniquité de ce jugement. Ils votèrent que 
le chien de leur cour était un personnage auquel on ne pouvait se 
ûet, et qu'en conséquence le serment du test lui serait présenté. 
Le pauvre Watch, comme vous pouvez le croire, sëatit seulement 
le papier sUr lequel ce serment était imprimé, et puis il n'y fit 
plus aucune attention . En conséquence le papier lui fut présenté une 
seconde fois, ayant étéfrottéavec du beurre, ce qui in vitale mâtin à 
Favaler. On appela ce procédé se soumettre au serment avec con* 
dition, et le chien fut condamné à être pendu comme un Leasing' 
Maier en contravention avec les lois du royaume. 

La violence des mesures du gouvernement éveilla le re^^nti- 
ment aussi bien que la crainte; mais la crainte dominait d'abord. 
Plus de trente-six seigneurs attachés à la religion presbytérienne 
résolurent de vendre leurs propriétés en Ecosse, et de se réfugier 
en Amérique,|où ils pourraient vivre suivant les lois de leur con- 
science. Une députation , composée de lord MelviUe, sir John Co- 
chrane, Baillie de Jerviswood et autres, furent à Londres pour 
faire les préparatifs de cette émigration. Là, on leur confia le se- 
cret d'une entreprise formée par Monmouth , Shaftesbnry, lord 
Russellet Algernon Sydney, pour améliorer le gouvernement de 
Charles II, ou du moins, dans tons les cas, pour empçcher, par 
tous les moyens possibles, que le duc d'York montât sur le trône 
après la mort du roi. Les mécontens écossais abandonnèrent leur 
projet d'émigration , pour s'engager dans cette entreprise plus ha- 
sardeuse. Walter Scott, comte de Tarras, beau-frère du comte 
de Monmouth , essaya de faire une levée dans le sud de l'Ecosse ; 



nn grand nombre de ms ptrefts et d'antres graJilabaBunes des 
frontières Je l'Ecosse s'engagèrent dans ce complot. Un noble qw 
fut înTité à se joindre à enx s'excusa sur le son sinistre etitemaur 
Tais présage des noms de deux personnes dei'entreprise. ILn'ai* 
maitpasy disait-il, les mots de Gallowshiels et d'Hangingshaw. 

Outre le complot des Ecessais, et celui qui était dirigé pac 
Russell.et Sydney à LondreS|ily avait danscette ville des hommes 
désespérés , appartenant an& classes inférieures, qfà proposaient 
de simplifier le plan des deux principales conspirations ^ en assasp 
sinant le roi lorsqu'il passerait dans un lieu nommé la Rye-Honae. 
Ce Amier coBq>lot étant découvert. fit avorta les deux autres» 
Mais quonpie Campbell de Cessnock, Saillie de Jerviswood et 
quelques conspirateurs de moindre in^ortance fussent arrêtés, 
l'évasion delà plupart des personnes qui avaient pris part au comr 
plot déconcerta en partie les projets de vengeance du gouverne" 
ment. Les circonstances qui accompagnèrent quelques-unes de 
ces évasions sont singulières. 

Lord Melville étant sur le point d'arriver à Edimbeurg, de sa 
résidence, dans le comté de Fifo, il envoya son principal dômes* 
tique, qui était un montagnard nommé Mac» Arthur, pour faireiles 
préparatifs nécessaires à son arrivée en ville. Le grand-JHSticier 
était ami de lord Melville. Il avait donné, dès le matin ménieides 
ordres pour l'arrêter ;'il désirait le mettre sur. ses gardes , et n'o* 
sait rien entreprendre pour cela. Rencontrant par hasard dansb 
rue le valet de lord Melville, il arrêta ses, regards sur lui avec 
expression, et lui dit d'un ton significatif: — Que faites* vous ici? 
retournez sur vos pas , chien de montagnard ! Le domestiqua com» 
mençait à donner une explication annonçant qu^il étsât venu tsis^ 
des préparatifs pour l'arrivée de son maître en ville. Le jugerift* 
terrompit, et lui dit avec, colère : -^ Retournez au-logis, çhieo 
des hautes terres 1 et il passa soh chemin. ]lfec*ArdKur coonaiS" 
sait les dangers de cette époqne orageuse, et après avoir reçu d-aa 
tel homme cette espèce d'avertissement, tout léger, qu'il était, il 
résolut de retourner près de son maître. Au Ferry, il rit unf 
troupe de gardes qui s'embarquaient pour le même voy^gCf* Fai» 
sant tous les efforts possibles , il arriva assez à temps pour avertir 
son maître^ qui se cacha immédiatement, et pea après passa es 
Hollande. 

Sir Patrick Hume de Polwarth , dans la suite lerdJMarcbBioiitf 
courut de plus grands dangers encore. Les gourdes envoyés pour 



BBIIXIBHB SBB^iB^. 2â» 

Ilairêter ^^laieiit reposés dans la maison d'an partisan du goiif- 
Temementy pour y prendre des rafraîchisaemens, qui teur furent 
prodigués«n abondance. La dame de la maison favorisait secrète- 
ment la cause presbytérienne; devinant la. mission de ces soldats^ 
elle jngea, d'après qnelqœs informations^ concernant la route de 
Pidwarthoastle, q«'an grand danger menaçait sir Patrick Hume. 
N'osant Ini écrire pour le Ini apprendre, et moins encore eotifier 
à nninessager quelques communications verbales , elle enveloppa 
une plume dans un morceau de papier blanc , et l'envoya sur les 
montagnes par un jeune garçon, pendant qu'elle retenait les mili» 
taires aussi Icuig-temps qu'elle le pouvait sans exciter les soup- 
çons. Dans le même tanps air Patrick recevait le gage, et le sen- 
timent de la crainte devenant plus pénétrant encore par un pres- 
sentiment du danger, il comprit tout d'un coup que la plume l'in- 
vitait à fuir avec toute la rapidité de l'oiseau. Etant depuis long- 
temps suspect au goavernement , sir Patrick avait le droit de 
penser qu'aucune retiraile sur terre ne serait assez sûre ^ . Un ca- 
veau scnaerraÎA dans le cînietière de Polwarth, lien de la sépul- 
ture de ses ancêtres, lui sembla le seul refuge convenable. Il n'y 
avait dans cette affreuse deMeure d'autre lumière que celle qui 
penârait à travers une fenie. Un domestique fidèle parvint à 
l^anspcMrter dans ce triste lieu un lit et des couvertures, et là sir 
Patrick resta caché pendant les sévères recherches qu'on faisait 
de tous côtés. Sa fiUe, Grizell Hume, qui avait alors environ 
dixfhuît ans, eut la tâche de porter de la nourriture à son père; 
mais ce n'était qu'au milieu de la nuit qu'elle pouvait pénétrer 
dans te sonterrain. Elle avait étéélevée dans les superstitions or- 
dinairesde l'^ioque, et croyait aua. fantômes et aux apparitions,; 
mais le devoir qu'elle avait à remplir envers son père ban^t 
toutes ces craintes puériles. Lorsqu'elle revint de Son premier 
voyage , sa mère lui d«aanda si elle n'avait pas été effrayée en 
passant par le cimetière ; elle répondit qu'elle n'avait eu d'autre 
crainte que celle des cbieiis du ministre ( le presbytère étant près 
de l'église), qui avaient ahoyé si fort qu'elle avait eu peur d'être 
découverte. Sa mère^ le lendemain^ enivoya chercher le ministre, 
€t sotts préteadte qu''il y avait en une alarme causée par des chteas 
enragés^ rile l'engagea à tuer les siens ou à les enfermer. 
MaiS'Ce n'était point assez d'ayoîtf un fidèle messager^ heaueovp 



1 



356 mSTOIRE D'ECOSSE, 

de précautions devenaient nécessaires ponr se procurer, secrète* 
ment et à la dérobée , les provisions du malheureux redas. Si les 
mets avaient été pris ouvertement , les domestiques auraient pit> 
bablement deviné à qui ils étaient destinés. Grizell Hume essayait 
donc de détourner de dessus la table, aussi secrètement que cela 
loi était possible , une portion du dîner de la famille. Sir Patrick 
aimait particulièrement la tète de mouton ( étant sons tons les 
rapports un bon Ecossais ) , et Grizell , connaissant le goût de son 
père, avait fait tomber dans sa Serviette une partie de celle qu'on 
avait servie sur la table, lorsqu'un de ses frères , trop jeune ponr 
être dans la confidence du secret, s'écria, dans la surprise qn'3 
léprouva de la disparition de la tète de mouton : — Maman, regar- 
dez Grizzy ; tandis que nous avalons le bouillon de mouton, elle a 
déjà mangé toute la tête. 

Le principal amusement de sir Patrick Hume, pendant qn'3 
était caché dans son caveau funéraire, était de lire et de réciter 
la traduction des psaumes de Bnchanan. Après avoir été caché 
dans la tombe ie ses pères, et ensuite dans sa propre maison, il se 
hasarda de sortir; et en courant mill^ dangers, il parvint enfin à 
se sauver en Hollande, comme les autres fugitifs. 

A cette époque, Bàillie de Jerviswood, quoique dans un manyais 
état de santé, eut le sort que I^olwarth et quelques autres avaient 
évité si miraculeusement. On avait offert la vie à ce gentilhomme, 
4 condition qu'il porterait témoignage contre lord Russell. H re* 
jeta cette proposition avec dédain , disant que ceux qui la loi 
avaient faite ne le connaissaient pas plus que son pays. H ne pa- 
raît pas qu'il y eût la plus légère apparence que ce gentilhomme 
eût eu la ihoindre part dans le complot formé pour assassiner le 
roi ; mais il n'y a point de doute qu'il avait, ainsi que les antres 
seigneurs déjà nommés, médité une insurrection, comme le seul 
moyen d'échapper à la persécution continuelle du gouvernement. 

Lorsque Baillie reçut sa sentence de mort, il répondit seole- 
Tnènt : — Milords, la sentence est cruelle, et le temps que vous me 
laissez est bien court ; mais je remercie Dieu qui m'a mis aussi en 
état de mourir que vous Têtes de vivre. Il supporta la mort avec 
une aussi grande fermeté, et sa femme , avec la force d'une Ro- 
maine, eut le courage d'assister à l'exécution. Un fait digne d'être 
mentionné apprend que, dans la suite, l'héritier de ce gentil- 
homme épousa la jeune dame qui donna si tendrement ses soins 
à son père sir Patrick Hume lorsqu'il était caché dans la sépal* 



DEUXIEME SERIE. 257 

tatm dé ses ancêtres. Aucune autre personi^e ne fut exécutée pour 
avoir été complice de ce qùi.fu^appelé le complot de ferviswood, 
mais bien des gentilshommes fur.ent jugés par contumace, leurs, 
domaines confisqués, et donnés aux agens lés plus cruels du gon- 
Ternement. 

Plus de deux mille individus furent déclarés hors la loi , ou 
fuyant la justice.' D'autres personnes, suspectes àu^ Chefs, furent 
condamnées à des amendes considérables. Une d'elles était sir 
William Scott de Harden ; c'est de son troisièo^e fils que votre 
mère est descendue '.Ce gentilhomme, dans ses jeunes années» 
avait été ua membre actif du comité des états, mais il avait alors 
plus de soixante-dix ans, et il était entièrement retiré des affaires 
publiques. Mais son neveu, Walter, eomte deTarras, ayant 
trempédahs l^e qomplot de Jerviswood, plusieurs fils de la maison 
de Harden furent impliqués dans cette affaire, et depuis le vieillard 
devint suspect au gouvernement. H n'assistait qu'au service des 
prédicateurs graciés, c'est-à-dire qui a voient reçu une licence, et 
avait pris soin de ne commettre aucune imprudence qui pût dans 
la suite être intentée contre luv comme accusation. Le célèbre 
Richard Cameron avait été quelque temps son chapelain, mais il 
le congédia aussitôt que ce ministre se déclara contre VIndul' 
gence et fit éclater les violentes opinions,. de sa secte. Cependant 
le conseil privé avait résolu que les maris seraient responsables 
des peinçs etdes amendes encourues par leurs femmes; lady Scoti 
de Harden était devenue coupable de^si nombreuses transgressions, 
que la somme totale, pour ses délits, montait presque à deux mille 
livres sterling, qui, ayec de grandes difficultés, fut réduite à quinze 
cents livres, somme immense pour un gentilhomme écossais de 
cette époque, mais qui fut extorquée de ce vieillard en l'emprl* 
sonnant dans le château d'Edimbourg.. > 

Tandis que ces é vènemens se passaient en Ecosse, le duc d' Yor^ 
fut subitement rappelé à Londres par le roi, dont la santé com- 
mençait à décliner. Monmoutb, le fils favori de Charles, ayait été 
obligé de passer dans Tétranger » en conséquence du complot de 
Rye-Hôuse. On dit que le roi nourrissait toujours un dé$îr secret 
de rappeler son fils, et de renvoyer, le duc d'York en Ecosse. 
Mais s'il méditait. une résolution si étrange, ce qui paraîtrait près-* 
que improbable, le sort ne lui laissa pas le tetnps de Texécuter.. 

X. Tt est peàt'ètre inatilô de rappeler ici que c'est à son petit-fils que sir WalterScott adresse 
«die bialoire. 

ï7 



lU HISVOIllB VBOOBSÊ. 

Chtries IluMrvt d'une attaqve d'apoplexie qm PenleTa iFim 
faj» agité «t à ane «eu* lîceiieieBite, le t fémer 1686 . 



CHAPITRE XX. 



I^vatÎMi'ë* MoaaicNitk et A'Àrgyle. — BaMotioo de ces «kiui seifMvrs. •— Eséeotion de KanbeM , 
le principal oonspiratcvr ^ans le complot de Aye*House. — EmprUoiineroent d'un corpkde do» 
«onfwriaifttea daiw le ebàieau de Dunotlar. — Dittinclioos entre les deux partis des Whigi et des 
Toi^s. — Plaiu da 4aequo8 U poor U restauraiiott du pep'iaaw* 



Lb dae d'York , en. montant svr le trône après la mort desoa 
lrir« Charles \l, prit le titre de Ja^^qaesll d'Angleterre, et de 
laeqoes Vil d'Ecosse. Sa fiUe aîuée, Maçie, qu'il a^ait eue de sa 
première femme,, épousa Guillaume, prince d'Orang;e, stathoader 
•■ président des PvoviiK'e»-Uiiies de Hollande, prince d'une (grands 
aagesse, de beaucovpde jugement et dé coMràge, et eélèbf e par U 
yollr qa'd avait joué eu s'opposant à 1* ambition de la France, il 
était alors héritier de la couronne d'Angleterre, à moin» que le rsi 
aoa beàu-père n'eût eu un tiis de sa seconde femme, Marie d'Ëste. 
U est naturel de supposer ^qne le prince d'Orange surveillait aves 
le pluaTÏf intérêt lés diverses révolutions et les changemens qei 
eurent lieu daos le royaume qui , suivant tonte apparence , devait 
lui appartenir un. jour. Je ne dois pas oublier de mentionner que 
le duc de Monmouth, le comte d'Argy le et les nombreux niéconi- 
téns qui furent obligés de se sauver d'Angleterre ou d'Ecosse, 
trouvèrent dea secours aussi bien qu'un refuge en Hollande. A ce 
sujet, Jacques fit plusieurs renrioutrances à son gendre, que le 
prince éluda en alléguant qu'un Etat libif^e comme la réf^uMique de 
Holiandene pou vait. fermer ses portes aux fugitifs, quel que fât 
leur fiays; Jacques fat obligé de te contenter de ces excuse». M^tis 
les ennemis de ce monarqae étaient si complètement subjiiguës, 
tant en Angleterre qu'en^Ëcosse , qu'aucun prince eu £urope ne 
semblait plus ferme sur son trône. ' 

Cepetidaiit il n'y avait aucun adenoissement dans les mesures 
oppressives dont on faiaait usage en Ecosse. Les mêmes lois pour 
lea recherches et les exéci»ti<)ns en pleine campagne étaient loa* 
jonrs suivies avec une sévérité qui ne se ralentissait pas; et 
comme le refus de porter témoiguage contre ime personne fto« 



VBOJOÈtlBt flEUB; f 10 

«née de trafaiflon itmt compté comme mn crime égal i k trahi- 
son elle-même , la vie et les propriétés de chaque indiTida seal- 
Maient à la merci du ministre corrompu d'un prince arbitraire. 
Administrer o&recevoir le Covenant, ou sealement écrire poiir sa 
défense y était regardé comme «n crime , et beancoop d'antres 
actions étaient aussi soumises à la mâme peiné de mort et deced- 
iiseation. Ceux, que les lois déclaraient traîtres étaient de cetfe 
Bianière devenos si nombreux, ^ii était impossible» mènfe aoK 
plus pmdeiia, d^éviter cpielqaenMtaet sTee elles, et ils deTensrient 
ainsi soumis à de sévères cbâtimeiM ponr a^oir entretenu dies re- 
lations avec les délinqoans. Cette* oppression uniyerselle'deyait 
^eondtfire, comme on doit le sopposiary an désir de secouer le jong 
<de Jacques aussitôt qoe l'occasion s'en présenterait. 

CottVaineaes de ce mécontentement général^ les personnes de 
marque qui s'étaient réfugiées en HoUaade conçurent le projet 
d'une double invasion dans la Grande-Bretagne : l'one deraitétre 
dirigée en Angleterre sous le comman^ment dn pè>pn.lsire due dé 
Monmonth, dont les espérances de retour avaient été anéanties par 
la mort de son père Charles If ; et t'aittre en 'Ecosse ^ celle^ei lot 
confiée au comte d'Argyle ( qui avait été la victime d'une persé- 
cution si injuste) , de concert avec .sir Pifttrick* Hume, sir John 
Cochrane et autres, les plus remarqiYabies paîrmi les exilés écod» 
sais, qui devaient aider le comté d'Argyle et Fàssister de leurs 
conseils. 

Comme cet ouvrage a particulièrement mpport à l'histoire 
d'Ecosse, je ne ferai qne mentionner Fexpéditieli<de. Monraonth ; 
elle parut d'abord promettre des succès. Ayant débarquée Lyme, 
dans le Dorset-Shire, le dnc fat joint par un gtand nbmbrede per» 
sonnes qu'il eut les moyens d'armer, et ses progrès rapides cau- 
sèrent de grandes alarmes au gouvernement. Mais les partisans dé 
Monmomh étaient presque tonsdes hommes deselassesnCérièures^ 
sur le zèle et le courage diisquels on 'pouvait compter, mais qui 
n'avaient aucun des avantages que peuvent donner la richesse et 
l^éducation*. Enfin le malheilreux dnc hasarda une batafilleprèsde 
Sedge-Moor, dans laquelle sa caii||lérie, par la perfidie ou la 
Ificheté de son chef, lord Grey^ s'enfuit, et laissa, l'infanterie à 
découvert. Les vigoureux paysans combattirent atvee le plus grand 
courage, josqu^à ce que leur» rangs fussent enfoncés et éclaircûs 
avec un grand carnage. Mais le massacre des fugitifs çans défense 
ve p«t se comparer au affreuses ponranîtes jndidMres fftA funsnt 

17- 



260 HISTOIRE D'ECOSSE. 

■ ■ 

plus tard portées devant te jage Jefferies, homme dont là cruauté 
était i^ne honte pour sa profesfeionet pour Thi^ini^nité. 

Monmouth lui même n'eut pas un sort plud favorable que celui 
de sesmaHieureux partisans. 11 tomba entre les mains de ceux qui 
étaient à sa poursuite ^ et fut conduit comme prisonnier à la Toiur 
dfs Londres. Il demanda qu'il lui f&t permis d'avoir une entrevue 
avec son oncle, alléguant qu'il avait des choses importantes à loi 
communiquer ; mais lorsque enfin on satisfit ses désirs » le malheu- 
reux duc n'eut rien à dire , où plutôt ne dit rien , ne sachant qu'im- 
plorer sa grâce; mais Jacques avait pris la résolution de ne*pas 
raccorder. Monipouih fut exécuté à Towerhill, au milieu des la- 
mentations de là populace, à. laquelle il était cher par ses qualités 
aimables et la beauté de sa. personne , mérites qui le rendaient 
propre à être les délices et Tornement de la cour, mais non pas à 
être, le libérateur d'un peuple opprimé. 

Tandis que la courte tragédie de l'invasion^ de la défaite et de k 
mort de Monmouth se jouait en Angleterre , Tinvasion d'Argyleen 
Ecosse avait une aussi malheureuse conclusion. Les chefs , même 
avant de quitter leur vaisseau, différaient sur le plan qu^ils sui- 
vraient. Argyle, Chef puissant dans les hautes terres, était natu- 
rellement di;»po6é à tenter les principaux elforts dans le pays qui 
était habité par ses amis et par ses vassaux. Sir Patrick Hume et 
sir John Cochrane , tout en admettant qu'ils étaient certains de 
soulever le clan de Campbell, en suivaot les conseils du comte, 
soutenaient néanmoins que ce simple clan , quelque nombreux et 
brave qu'il fiit, ne pourrait le disputer aux forces unies de toutes 
les autres tribus de l'ouest, qui étaient ennemies d'^rgy le et atta- 
chées personnellement à Jacques IL Ils se plaignaient .qu'en dé- 
barquant dans leshaptes terres del'est ils s'exposeraient à être ren- 
fermés dans un coin duroyaume, où ils ne pourraient être joints ' 
par personne, excepté par les vassaux d'Àrgy le, et où ils seraient 
nécessairement séparés desprovinces de l'ouest, dans' lesquelles 
les Cbvenantaires opprimés s'étaient montrés prêts à. se soulever, 
même sans secours d'argent ou d'armes, et sans les conseils de 
bf aves gentilshommes pour Lss cbmmander et les conduire. Ces 
contestations augmentèrent lorsqu'en débarquant dans le Kintyre 
le comte d'Argyle arma son clan ^u nombre d'environ mille 
hommes. Ce clan, joint aux fugitifs qui s'étaient embarqués en 
Hollande, au nombre de trois cents, et à d'autres recrues, élevait 
l'armée des insurgés à quinze cents hommes i nombre suffisant 



DEUXIEME SERIE. 261 

ponr frapper on coup dangereux avant que les forces royales 
fassent rassemblées, si les révoltés avaient pu être d'accord entre 
enx sur le lien où il fallait porter la' guerre:. 

Argyle proposa de marcher vers Inverary pour attaquer lelaird 
de Ballechan, qui défendait cette ville pour le roi, attendant Tar» 
rivée du marquis d'Adiole, qui, à la tête de différens clans, se 
dirigeait vers l'Argyle-Shire. Mais sir John Cochrahe , ayant ea 
quelques .communications avec Toùest qui promettait un soulève- 
ment général dans cette partie du royaume , déclara que les prin- 
dpaax efforts devaient se faire à l'ouest. Il avait.aossi une lettre 
d'un gentilhomme du Lànark-Shire , nomjné William Cleland , 
qui assurait que si le marquis d' Argyle se déclarait pour l'oeuvre 
de réformation, entreprise depuis Tannée 1638 jusqu'en 1648 , il 
toraiiapjïuyé par tons les fidèles Presbytériens de celte contrée. 
Sir John demanda donc à Argyle un -secours d'hommes et de muni- 
tions, afin de soulever les comtés dé l'ouest; il mit beaucoup d^ar- 
deur à faire cette demande, ajolitant que si personne ne voulait 
l'aider, il partirait seul , une fourche à la main. 

Tous ces, projets étaient bons s'ils eussent été promptement 
exécutés, mais la perte du temps devint fatale. Enfin cfn se dé- 
termina pour une expédition dans les basses terres, et« Argyle, 
avec une armée augmenté^ de deux mille cinq cents* hommes, 
descendit dàHis le Lennox, se proposant de traverser la Clyde et 
de soulever les Cçvénantaires du pays de l'ouest. Mais les divers 
partis presbytériens étaient déjà retombés d&ns leurs querelles 
ordinaires, discutant s'ils reconnaîtraient ou non l'autorité d' Ar- 
gyle et s'uniraient sous don, étendard. Lorsque ce seigYieur malheu- 
reux, et l'on pourrait dire irrésolu, eut traversé la rivière Leven, 
prçs de Dumbarton , il trouva sa petite armée sans aucun espoir 
de renfort, presque ènloqrée p^r des forces supérieures qui s'étaient 
rassemblées de différens points, sous le marquis d'Athole, le duc 
de Gordon et le comte de Dumbarton. 

Argyl^, pressé de tQUs 'côtés, proposa délivrer bataille, mais la 
majorité dans le conseil de guerre qu'il convoqua fat an contraire 
d'avis dé donner le change à l'ennemi ,, et de quitter le camp an 
milieu de la nuit, ponr marcher sur Glascowon sur Bothwell- 
Bridge, afip de pénétrer dan» un pays ami et mettre, une rivière 
large et profonde entre eux et une armée supérieure. Allumant dés 
feax nombreux dansle camp, comme s'ils l'occupaient encore, Ar- 
gyle et aé& troupes commencèrent leur manœuvre projetée. Mais 



2m * HISTOIftB D^fiGOSBE. 

vue retraite e^t toiyours un mouvement iéc/wr^getoat^ et mm 
marche de puh eat ordinairement remplie de confusion ; le manque 
de discipline de ces troupes levées à la baie auf mentaitla défiance 
et le désordre général,. Les guides étaient ou ignoraiis ou ureiti'es, 
car. lorsque Fabrore éclaira les insurgés abattus, au lieu de se 
Couver, prèa deGlascoWy ils s'aperçurent qu'ils étaient beaucoup 
plus bas, sur les rives de la Clydê, près de Kilpatrick. Là les cbeb 
eu vinrent à une rupture ouverte , leurs troupes furent dissoutes 
et fié débandèfent; et lorsque le maUieuireux confie, resté ^presque 
seul, chercha unreft|g,e dans la maison d'un homme qui avait été 
jadis 9on serviteur, oh refusa de le recevoir, Aloré il traversa la 
Ciyde accompagné d'un seul ami., qui, s'aperce vant qu'ils étaient 
poursuivis, eut la générosité de -s'urré ter pour attirer sur lui Tat^ 
tention du parti qui les suivait : ceci se passait au gué d'iiichinnan^ 
sur la rivière de Cart) près de Blythswood-iJiouse. . . ' 

Mai^ .Argyle n'était pas plus en sûreté seul qu'avec aon ami; 
quelques soldats de la milice qui parcouraient toutes 1«^ directions 
observèrent que le fugitif laissait son cheval et pénétrait dans la 
rivière ii pied , ils en conclurent qu49 ce devait être. un pèrsoimâge 
imjportant , qui^ s'inquiétait. peu de perdre sa monture pourvu qu'il 
pût s'éol\,apper. Aussitôt que le comte eut atteint rauirô bord, 
ces hommes se jetèrent sur lui , et quoiqu'il fît qiuelqne défense 
ils parvinrent à lé terrasser. H s'écria en t^abant : Infortmé Ar* 
gyle ! apprenant ainsi à ses vainqueurs de quelle importance était 
leur prisonnier* Un large fragment 4e rocher , appelé encore au* 
jourd'hui la pierre d'Argyle , marque la place où le comte fut pris» 

Ainsi se termina ^elte malheurebae expédition, dai»s laquelle 
Argyle semblait s?étre engagé parce qu'il nourrissait de fausset 
idées sur sa. propre importance et aés talènç militaire», et dans 
laquelle aussi les gentilsbommes deis haulefi tcvrea se réunirent 
parce qu'ils n'avaient qu'une eonnaiesaoee imparbite de l'état ëe 
là contrée, connaissance qui leur avait été èoiuiée pa>* 4estgens.qai 
sentaieat profondément lea torts du gouveniement envers «ux, 
mais qui ne considéraient pas que la masséenlière de ieurs.com'* 
patriotes était, ailsat comprimée par la ctainte que mécaïklertte. 

Comme pour rappeler au malheureux .Ai^yte le» e^ruaiités 
espercées contre Moqtrose, dont on prétend qu'il avaitété le témoin 
triomphait, les méme^ indigniiés déshoporantes auaqnelles spa 
«nuemi avait été soumis forent «use» e» usage eirvm» Arg^fle? 
ilfut cmidiiiti99fii'M >MMit 4e Higb<8tfeét, nuHdie» monté sor 



BBxheTal çans ffelle, le bourreau le {irécédaiit jusqu'à la pirifion» 

Le ootiseil débattit Vil fierait exécuté diaprés la sentence extra* 
yagàute qui l'avait condaioiné comme traître et corrupteur des 
lois^ parce qti'iLavaû ajouté utie.coiiditioa au senuenidu test; oq 
s'il ii'était pas plus convenable de le J4iger de nouveau, pour U 
traiuson évidente dont il s'était rendu, coupable dans la dernière 
invasion. Il fut décidé que les juges suivraient la première route» 
et tiendraient Ârgyle pour un homme déjà condamné^ car, ei| 
agissant autrement, ils sembleraient admettrei'illégalité de la pre^ 
mière sentience. .Le malheureux comte lut condamné ai savoir la 
tête tranchée par \à jeune JUU {^Mfdden\ instrument ressemblant 
à laguitlotinede 1^ France moderne;.il monta sur l'échafaud avec 
on grand courage, embrassant. rinstru»ei»t par lequel il devait 
perdre la vi«, et4éclaraiit que c'était . la y£//^ la plus agréable qu'il 
eût jamais embrassée. Il conserva la méine fermeté au moment oà 
)a fatale sentence reçut aoaexéiHitioo. 

Si la mort de ce seigneur est c^m&idérée comme la, conséquence 
d'une sentence prononcée contre lui pour avoir oaé conàfla^fer et 
expliquer un serment en contradiction avec kû-méme, on ne peut 
donner à sa condamnation d'autre nom q4ie celui de meurtre judi* 
eîaire. Plus de vingt personnes parmi les gentilshommes les plua 
distingués du claod' Argyle furent exécutées pour Scètre réunées À 
loi. ,Ses domaines furent dévastés et 1 confisqués; son frère lord 
Niel CampbeU obligé de ftiir en Amérique, et soa nom condamna 
à êti*e aboli.; , . . 

Plusieurs partisans d' Argyle, dans les basses terres., ftireat 
aussi condamnés à mort. Parmi eux se tronvâit^ Richard Rumbold^ 
an^ Anglais, .le .prinicipal conspirateur ^ns TaffoiFe appelée le 
complot de Rye-Hoose. C'étaitiin républicain deia vieille rocbe^ 
fuf l'eût emporté sur ce point sur Oomwell lui-même. U avait 
été lepliis actif dans le projet d'assassiner le roi et son frère, crime 
§ui devait s'ei^éeeter à sa fermé nommée Rye-Hottsé par luie bande 
de coitjurés qui aoraieût fait feu sur les gardes, et «né autre q^ 
aurait dirigé ses coups dans le carrosse du t^. Rumbotd, qui de* 
vait être à l^ f^e de cette dernière bande, éprouvait quelques 
sera poles-de tuer rinnoéeBt postillon, miàis n^avait aucim remorda 
de projet d' assassiner le roi et le duc d^ York. ' . 

S'écAappjBmt d' Aâgléterfe aa moment oii ee eomplot Cat déooo- 
yert, œ répeblicaia dét^miiné troeva an refuge êR.iI<dlandeiua^ 
ipi'à l'époque 4[ji epi lui ^p0£setd^ de prendt a pa^t à l^ei^édétioa 



2(4 HISTOIRE D'ECOSSB. 

d'Argyle. Lorsque les Chef^ écossais ne s'entendirent plas entre 
eux et désertèrent la caàse coninliune, un étranger et nn Anglais 
ne pouvait s'attendre à beaucoup de secouts et à ))eaucoiip d'égards. 
Rumbold, obligé de pourvoir seul à sa «ûreté- au milieu de cette 
désertion générale , fui bientôt atteint par un parti de royalistes, 
et tandis qu'il se défendait coorageusement contre deux hommes 
qui l'attaquaient de front, un troisième vint par-derrière avec niie 
fourche, la mit derrière ses oreilles, et, enlevant son casque d'a- 
cier, laissa sa tété découverte. Rumbqld s'écria :. — crnel 
paysan! me traiter ainsi lorsque mon visage était en face de mon 
ennemi ! 

11 mourut de la mort des traîtres, etîl le mévtait pour la part 
qu'il avait prise dans le complot de Rye-House. Sur l'échafaud, 
Runibold conserva le même courage qu'il avait souvent montré 
sur le champ dé bataille. Une de ses dernières observations fat 
qu'il n'avait jamais cru que la plus grande partie du genre humain 
venait au monde bridée et sellée , et l'autre partie avec dels bottes 
et des éperons afin de monter à cheval sur la. preniière. 

La mort de cet Anglais fut daiis la suite vengée sur Mark Kerr, 
le chef de ceux qui avaient saisi le conspirateur. Qet homme fat 
assassiné devant sa propre porte par deux jeunes gens se disant 
les fils de Runibold, qui arrachèrent son coeur en représailles de 
ce que leur père avait souffert sur Téchafaud. Ainsi lé crime fait 
naître le criibe, et la cruauté engendre la cruauté. Les auteurs de 
cette action sanglante se saHyèrent, et pSLS mjème un chien n'aboya 
contre eux. • 

Avant dé quitter le sujet de là rébellion d'Argyle, je puis parler 
d'une espèce d^oppressiqp pratiquée à l'égard des non-conformistes, 
et d'une nature différente de celles que j'ai jusqu'ici mentionnées. 
Lorsque l'alarme de l'invasion fut donnée, lé conseil privé décida 
que toutes les personnes qui étaient en prison pour des motifs re- 
bgieux seraient envoyées dans le nord ^ afin que leur prison fût plus 
sOre. Après^ une marche fatigante, rendue plus pénible encore par 
le manque de nourriture et de logement , aussi bien que par les 
railleries des personnes qui' venaient les voir passer, et quiinsul* 
taiént, par des chansons bu des airs ridicules, unetroupe de sec- 
taires qui regardaient la musique profane comme un péché, la 
troupe errante , composée de cent soixante personnes , parmi les- 
quelles il y avait.plusieurs femmes et même, de» enfans, atteignit 
le lieu de sa destination; c'était le château de Dunottar, forte 



DEUXIEME SERIE. 265 

citadelle presque entourée par la mer du nord, le même dans le- 
quel je voué ai dit que les Révolta à* Ecosse avaient été cachés 
pendant quelque temps., Là , ces malheureut furent sans aucune 
distinction jetés dans' un immense cachot, ayant une fenêtre qui 
donnait sur la mer, mais âii bas de laquelle se trouvait un horrible 
précipice. Oii ne leur accorda d'autres lits et d'autres provisions 
que ce qu'ils avaient appbrté avec eux, et ils furent traités par les 
geôliers avec une rigueur excessive. Les murs de ce lien, appelé 
encore aujourd'hui le cachot des Whigs; portent les marques des 
tourmens. infligés à ces malheui^uses créatures. 11 y a particuliè- 
rement un grand nombre d'ouvertures pratiquées dans la muraille, 
et environ dé la fauteur d'un homme, et c'était la coutume, aa 
bon plaiisir du geôlier^, que tout prisonnier qui était jugé réfrac- 
taire se trouvât forcé de se tenir debout, le$ bras étendus et les 
doigts assujettis par des coins, dans les crevasses que j'ai décrites. 
Il paraît que quelques-unes de ces' ouverture^» on crevasse^ , qui 
soiit plus basses que les autres, étaient destinées aux femmes et 
même aux enfans. Beaucoup moururent an milieu de cette cruelle 
torture, d'autres furent privés de l'usage de leurs membres par des ' 
rhumatismes du d'autres maladies; plusieurs autres perdirent la 
vie en essayant de descendre du précipice sur lequel le châteaa 
était construit. Quelques autres , qui parvinrent à s'échapper en 
descendant le long des rocs, furent repris et horriblement torturés 
pour les punir de cette. évasion ; on allumait des mèches attachées 
entre leurs doigts ; plusieurs furent mutilés, d'autres moururent de 
l'inflammation qui sî'ensuivit. 

Ceux qui survécurent à cet emprisonnement , qui dana six se- 
maines ou deux mois, reçurent l'offre de leur liberté à la condiw 
tion qu'ils se soumettraient au serment du test. Quelques-uns, 
accablés par les wàux qu'ils avaient soufferts et la misère de lenc 
Gonditioii, ce soumirent et furent acquittés. On transporta les 
autreà dans les colonies. Une pierre funéraire , dans le cimetière 
du château de Dunpttar, conserve encbfe les noms de ceux qui 
moururent dans cette horrible captivité par les différens moyens 
gne nous avoirs mentionnés. 

Le souvenir de la non-réussite 4es invasions de Monmonth et 
d'Argyle, et celui de la vengeance exercée sur ces malheureux 
Chefs, tarent éternisés par Jacques sur deux médailles frap- 
pées, à cette occasion. Elles portent d'un côté deux têtès séparées 
du corps y et de l'autre cdté deux troncs sans tête, devise aussi in- 



2M HISTOIRE B'BOOSSC. 

iMmmfie qw» la conduite par laquelle cfiB. a vaotageB «raient été 
riiteniis et la^vengeance royale exécutée. Le parti qui «Rclinak à 
soutenir les intérêts da roi dans les discussioBs pe^itiques, obtint 
alors une iupériori^é complète aur ses adversaires. Ce parti était 
eaaiia sous le nom de Tory, surnom emprumié de rirlaoëe, où les 
bandes irrégalières et passagères qui soaiiiire»t «iiei gaeme d'es* 
earmouche, après que Grontwell eut réduit à ratiéantiseemeat les 
efforts nationaux, furent ainsi appelées. Aâtisi que le suràoni op- 
posé de Wbig, celui de Tory Ait d'abord empte^ par mépris et 
par ridiiAile, et dans la suite ils fureat adoptés pour distinguer les 
deux partis , à la place de ceux dout on. sMtak servi petidaac la 
guerre civile, le mot de Tory remplaçast celf4 de Cavaèier, et 
celui de Whig étant employé au lieu de Téies^Houdes. Les. méiues 
termes de distinction sont parvetausiusqu'à ndus, comme exprimant 
deux partis |)olitiques qui divisent les diainhrea, et comprenilent, 
poUtiiqueitieiH parlant, toute la masse delà soeiélé* Uit homme qui, 
dans les vues générales de la constitutioa , pcase qoele pouvoir 
monarchiqae court le danger d'être maîtrisé 'paar le parti popu- 
■laire, et qui soutient la eouYonncdans les discussions ordinaires, 
est un Tory ; tandis que celai qui trouve qu'il «et platèi probable 
^fue le pouvoir de la coitroufie empiétera sur les libertés du peo{^, 
et qui consacre son influence à servir la cause da peuple , est ap- 
pelé Wkig. Cies deux opinioos peuvent être niainteiiiies honora- 
blement et eonsdènoiensemcuit par 'oeux qui les ont adoptées, soit 
par féflexioQ , soit par les principes de leur éducation. L'existence 
de deux semblables partis , opposés Tan à f autre avec raison et 
BiodératioB, et seuleaiént.par des moyens eanstitotiini(riels , est la 
plus sûre méthode pour empêcher les agressioan , soit sur les droits 
dela<conrontie, soit sur les privilèges du peuple, et de;g»rder la 
osnatiiution elle«méme iimolabte ^ comme les étais et les agrès * 
d'un Taisseon , agissant les ans contre les auirus, eonoourent à 
tenâi" le mâé à sa plaoe. Mais, comme il est naturel aux hoinmes 
de porter jusqu'à Textréme leurs opinions favorites l il est souvent 
arrivé que les Whfigs', ou les plus violens* de cette 'foction , ont 
nourri des opinions qui tendaient à la démocratie , et que, d'na 
antre côté, les Torys , se laismift emporter ^r Aes préjugés op- 
posés, dut mis-en danger laconstitutioD, par leur tendance vers 
l'absolutisme. 

Ainsi, daas'la grande guerre civile, les amis de laliberté papa* 
laâre ern i ra w sèr ent lénr i>pjp9êiàçm $om -Ghavles 1^^ diMs hr 



MBexflBMG «nue. ta 

haakie iMeotMii â» reseaicar. la liberté cowtkMMNMiettB , ntatào* 
terminèrent là guerre qo6 lorsque ce oioiiarqiie {«t eatièremeat 
accablé.et.la .liberté eoglputie soos les mitte» de la nenarehie. De 
la raême inaaière^ les Torys du temps de Charles II et de Jae» 
q«eis II , se rapipelaat la fatale îssiiie des guerres civiles, adoptèrent 
l'^ibion opposée et é^leBient trompeuse y q«'aaci|n échec wtm 
pourrait être porté contre la volonté da soByerain, .jBan9 daji^er 
de reRyerser le trône. Par ce désir illimité d'augmei^ter les préro» 
gatives de là eoaronae ,- ils ne hasardèrent pas sealeinêat la liberté 
nationale , mais ils oondoisireiit à sa. mine k souverain abnsé*. 
AÎD^ , lorsque bous parlons de quelqoei meMires particulièrea 
ado]5tées par )es Wbigs et par lès Tor3rs , il serait ii»î«ste de crare 
qu'dyies méritent le blâme on les «éloges, simplement parée qu'elles 
o&t pris leur Origine dans Fnn ou 4' autre de des partis. Au con- 
traire, ,1e mérite -réel de ces nôesures ne peut être véritablenieiiÉ 
e^imé que lorsque nous âvoflis calculé avec atlealion leur InH et 
leurs effets^ comparé avec l'esprit général de^la constitution et 
avec l'exigenoe des temps dans lesquels ces mesures furent prises* 
Pendant le règne ^ktier de Chaiies il, une violenle lutte avait 
en lieu entre les Wbigs et les Torys, danâ le cours de laquelle tas 
deiui partis agirent avec une animosité furieuse qui n'admettait 
ancan scrupule dans Ikssnoyens qu'ilà employaient pour tenverJMfr 
lears adversaires. Le parti des Wbigs s^était prévalu de la déftcs* 
table imposture appelée le complot des papistes, pqur jeter «air les 
'Torys l'odieux d'an attentat contre la vie des protestans, et. ten* 
dant a raibener par l'épéè l' Angleterre à la foi catholique. Soas 
ce prétexte, bien du satiginnocent fut répandu. Les Torys repri« 
i^nt un ascendant dépidé par la découverte du complot de By6« 
HoQse^ entreprise hotrible, à, l'idée derlaquelle Fesprit des hooMàes 
se révolte, et dont la cour proèta avec art en confondant sur fat 
^me ligne les plans pkis modépésde Monmouth » lord Russéll et 
^tr^, dont l^ntentiour était seulémem d'obtenir quelque* adfpir 
ôiBemènt aux mesure&-0{^re9»veiâ et ioeonstitiitionneUeS'de Ift 
^^r, et le coiA[)lot sanglant contre la.persai»e du roi que Ràm«. 
bold et q^telqoes hommes désespérés avaient médité. La haiM 
générale inspirée par la dernière entreprise exeila une clameur, 
^▼arselle contre les conspirateurs ; et les Torys^ à leur tour^ 
&i^ skcrifièf» sous préteste d'utteconspiràtion qu'ils ignoraient» 
loriRaftidl: et Aigei^on Sydney^ déia hommes fié , par leurs 



268 mSTOIRB D*ËGOSSE. 

r 

seotimens de liberté et de courage, acquirent des noms qui vivront 
éterneliemeni dans l'histoire. 

Les préjugés contre les Whigs ne subsistaient plus lorsque 
Jacques monta sur le trône, et la sentence terrible qui punit Fin- 
yasion de Monmouth, en même ^emps qu'elle excita la compassion 
ponr ce malheureux prince, inspira une crainte générale du gon- 
Ternement. Dans ces circonstances , tous les pouvoirs de l'Etat 
aemblaient prêts à se soumettre au roi sans se rappeler le prix de 
la liberté nationale ni le s^ng qui avait été versé dans sa défense. 
Le danger était d'autant plus imminent que la plus grande partie du 
clergé était royaliste à l'excès , et avait adppt^ des maximes en* 
tièrement incompatibles avec la liberté du gouvernement et lés 
principes de la constitution d'Angleterre. Il affirmait que les droi^ 
des rois émanaient de Dieu , et qu'ils étaient responsables devant 
lui seul de la manière dont ils lès exerçaient; que leur mauvaise 
conduite, quelque évidente qiji'ellefAt, leur oppression, quoique 
ji^ liste, ne donnait pas aux sujets le droit de défendre leur personne 
contre la violence du souverain , et que toute .tentative de résis^ 
tance, quoique provoquée,, était également Contraire à la religion; 
aux lois , et digne de châtinient dans ce monde comme trahison oa 
sédition, et d'une éternelle condamnation dans l'autre vie comme 
«nnemie d*un prince qpe le ciel avait déclaré l'oint du Seigneur. 
Telles étaient les maxiAies basses et servtles adoptées par des 
hommes bons, sages et savans, qn^égarait le souvenir des faor« 
reurs de la guerre civile, de la mort de Charles 1*^'', et de lai des- 
truction de la hiérarchie. Ainsi les hommes essaient d'éviter la 
répétition, dé certains crimes et de certaines erreurs en se préci- 
pitant dans des e;xcès d'un ^enre différent.. 

Jacques II avait âans doute l'ambition du pouvoir; cependant, 
tdile était la promptitude avec laquelle' les. cours de justice pla- 
çaient à ses pieds les personnes et les propriétés de ses sujets , et 
le ^le avec lequel la plupart des meiùbres du clergé exaltaient 
son autorité comme ayant un caractère sacrée et responsable de 
ses action» au ciel seul , qu'il semblait impossible à Jacques de for^ 
mer aucune demande pour l'extension de son pouvoir qui ne luiifit 
concédée au plus léger signe.de son lion plaisir. Mais le prin- 
cipal malheur^e ce monarque fut de penser que le même sophisme 
par lequel les théologiens et les hommes de loi plaçs^ient les pro« 
priétés et la liberté personnelle de ses sujets à sa, disposition illi- 



DEUXIEME SERK. 269 

mitée; étendait aussi son pouvoir sar'la libei(té de lenr conscience. 

Nous ayons souvent répété que Jacques était catholique ro^ 
main y et /en sincère partisan de cette croyance, il n'éiait pas 
seulement disposé, maia il se croyait obligé, autant que possible, 
à ramener aes sujets dans le giron de TEglise hors de laquelle, 
suivant la foi catholique, il n'y à point de salut. Il pouvait aussi se 
flatter que Içs fautes de sa vie, qui sous quelques rapports n'avait 
pas été régulière, seraient atténuées eteffacées s'il rendait l'im- 
portant service d'extirper l'hérésie du nord. Les vives espérances 
de Jacques semblaient dans ce temps plus faciles à se réaliser qu'à 
toute. autre époque. Son pouvoir, s'il devait en croire les assu- 
rances du parti dominait dans l'Etat, était aussi étendu s^r tes 
personnes et les esprits de ses sujets, que celui de la famille des 
TttdorSy sous la dynastie desquels la religion d'Angleterre avait 
changé quatre fois de formes, docile à la voloi^té et au bon. plaisir 
du souverain. Jacques devait donc se flatter, puisque Henry VIII 
par son seul vouloir détaiéhaL l'Angleterre dn pape et conféra à sa 
propre personne l'office de chef de l'Eglise, qu'uii clergé soumis et 
un peuple complaisant pourraient ^ suivant un désir semblable de 
leur souveirain , teiourner sous l'autorité du Saint-Père, lorsqn'ib 
verraient leur prince lui remettre (comme une usurpation) le 
droit de suprématie qneses prédécesseurs lui avaient enlevé. 

Mais il y avait quelque chose de faux dans ce raisonnement. La 
réformation présentait à la nation anglaise des avantages, tant 
spirituelsvque temporels, qu on ne retrouvait plus dans une récon- 
ciliation avec Rome. La première révolution était un appel des 
ténèbres à la lumière, de l'ignorance au savoir, et de l'esclavage 
deis prêtres à la liberté, et un ordre 4e. kenry VIII, recommandant 
an changement si riche d'avantages., était sûr d'être obéi avec 
promptitude. Le but de 'Jacques, au contraire, était de rétablir 
l'ignorance des siècles de ténèbres, de priver les laïques de l'usage 
de l-Ecriture sainte, et de ramener dés observances et des articles 
de foi qui étaient le tribut d'une crédulité superstitieuse, et que les 
progrès des lumières, dèpviis plus d'un siècle, avaient enseigné'à 
mépriser. ^ 

Une réconciliation avec Rome n'aurait pas été plus favorable à 
ceux qui n'envisargeaient un chatigement de religion que comme 
le moyen d'obtenir des avantages temporels. L^acquiescement de la 
noblesse à la réformatiôn avait, été facilement obtenu par lé pil- 
lage àes biens de l'Eglise ; ndais leurs descendans/les possesseurs 



370 iBnoHiiiyEqmas. 

actuelade ceftUcDSy soient de grandes fiMMm âe^n&iaêt^^m 
retour à la rdigtea cotholkiae ne tùt cnnettté par la resf «toikm des 
terres de rSgliae qui avaient été confisquées à la rëforatutien. 

Ainsi le changement qne Jacqne^se proposai! d'accomplir dan 
la religion nalâoiinle était une iM«e ansei différente dd celle qui 
«▼ait été entreprise par Henry VlH > qu'il est dilTëpent de forcer 
nne pierre à remeafter une montagne, aalie» d'en aiiéerimsà 
enirreson impulsion nattureHe en ronlaï»! jusqu'en bas* Une foFee 
égale peut être emfdoyée dans ces deux eas, mais le résiikst ctes 
deux tentatives doit être matérieUement dillérent; laccpies ne fit 
point cette distinotion, persévéra dans see téméraires dessmus» et 
"voulut les accomplir, tentative fatale à son pouvoir, et heurease 
pour ses sujiets, qui, étiint appelés à lutter pour leur relt^oa, 
se ressaisirent d'une bberté à moitié sab}iiguée, cdnme' le seal 
moyen par leqnel ilspourraioit ehtenfr une résistance effieaoe* 



CHAPITRE XXI. 



TentatÎTiB de Jacqaes II ponr anauler l'acte dfatestet les lois pénales contré les catholiques hrniM* 
— Prodamattpn Atronlant lesnmreirt de snpréuiatié et le tœt. — BfToils protongfés pearélablir 
l'asceaddiit da eatholicisw» •— BuvabfBscnwn» evr Ice dpeiie de i'emveraii». -^ f^urtirile&coitre 
les évéqnes. — Vues àmbiticoHes du pri6c»d'0ran;e. -*• Elles sont modifiées par iaf noitsaiceda 

. prince (te Galles, r- io^asfoii du prince d*0ran(;e. — Puite de Jàc<|ùes. •— Guttraorne et Han« 
«ecnpent le tvAae d'Anglelerré. 



' LomsQu'tL tevta l'entreipriee té»#aire qui , sen^ aneini àsa% 
avait pour but le réiabtissement de la religion eatbeliqfie ^ns ^ 
Etats, Jacques II , dans son discours à la première assemblée des 
chambres aïprès la défaite de. Afonmoech , les instruisit de ses i» 
tentions par deux pantculaiitéségalenfent alarmantes^pourla nit' 
tien. Jacques représenta d'abon^ qee, s^élant aperen par l'exempt 
de k deruiëre rébellion qne la qrilice n*é»ait pas snfHsante pour 
aaaintenir la tranquillité dans le reyanme, son dessein , a Favenir^ 
était d'entretenir un corps de troupes régulières, au paiement^ 
quelles il désirait que la chambre des e^mmunes pomrvèt. Ee se- 
cond point n'était pas de moins mauvais présage. Le roi désirât 
qu^aiiean homme ne foirmat desobjeetieess^il employait dans ^â^ 
mée des officiers cpii n'eussent pas les qualités requises d'après 
l'acte en test. -^ Il f avait de» peinonnes , di{*il , bien eonnaes de 



SBirXIGliB SCIH!. STI 

lui, âont â aTaile» l'àMîstance an mometit da boBoittet im da»g«r; 
il éiatt résolu à ne p#int k» laisser dana la disgrâce, bb à se priv«r 
loi- inéttie de l««ra services à l'a venir. 

' Pour conopreudre ee qae cela signifiait , il bol ^c je voua m- 
fonse^fiie l'acte du test fll^aiii>4iééuU»li pour eaclore.des charges 
pubkcpies et militaires toate»lee personnes cp» ae se teraieiil pas 
sou niée», aTani de les^ exercer , auseruveHida tesc, par lequ^ 
elles se déclaraient protestantes suivant VE^lise d'Angleterre. Le 
discours que Jacques prononça du baiit de son trôna aniionçak 
donc que le roi désirait maintenir une force miflitaire permaneuie^ 
et soii dese«in de eiioisir la plupart des officiers pariai les eatho* 
}ii}fi«9, qu'il -devrait ef»(>toyer quoiqu'ila n'eussent pets prêté le 
sermettt du test. Les seuf çons des neMires blânàbles ^ae le, roi 
était à la Veilte deprendree^citèrent uue grande alarme. Lorsqu'il 
profiosa dàna la chambre dea pairs q«ie des remerciemena seraâenl 
exprimés pour lé diseours du roi , lord Halifax dit qu'on devait en 
effet des rpmerciemens an roi, maiS' seulement peur la francbiae 
avec laquelle il avait laissé veifr le hm auquel il visait, Dana la 
chambre des communes, le discours fi»t reçu avec dé phia grandes 
marques de désapprobation', et Ton y vota une adresse, repr^ 
sentant que les ôfKciers catholiques ne pouvaient être relevée de 
leur excUtsion des charges pnh4i(fHes q«fe par on^actiedwpairléneiiC. 
Cette adresse'fut à son tour mal reçue par le roi, fui se montra 
môcooiefit des soQf)coni&qi»'avait eicftés-sondiseoursi, Lesmemhres 
de la chambre gardèrent' pendant qaeli|ue» mioolîes )e plus pro* 
kkià »4ence,. jusif n's l'instaMtoo M. Cook se leva etdit : — J'ea» 
père que nous somme» tous Anglais , et que quelques parofea dures 
ne no.iiseffraieront pas au point de nouS:«ff»pècber de rempUr n<itre 
devoir. Ces mots furent considérés comme s.eLditievx, et le geotik 
homme qui les prononça fût envoyé à la Tour. Le roî, aussitôt 
aprèfl, prorogea le parlement', qui ne s'assembla plus pendant le 
eomtespâfce de temps. qae dura le iègfie de Jacques. 

Exaspéré et mécontent de If effet inattend» et défavorable cpif'a* 
vaient produit se^ propositipns en fai^ear des cacholifaeeremaiifcs 
dans le parlémefU anglais , .facqiiè» résolut que la magiatratnré 
d'Ecosse, qiii ju^jn'alors s'était éKudIiée à remplir et mâme à pré» 
venir tous ses désirs , montrât, dans cette circonsl^nee^ à sca 
V4)isitis du nord l'exem^pio de^Ia soumission. aus^ volontés du sou^ 
verain ; et , afin d'engager les Çeossâis , et particulièrement les 
représentans des bourgs^ à consentir Sans hésitation , Jacques 



1 



272 HISTOIRE D'EGOSSB. 

proa)it une libre correspondance commerciale avec l'Angleterre^ 
çt une amnistié entière pour les offenses passées; mesures qu'il 
regardait avec raison comme essentielles au bonheur de l'Ecosse, 
Mais ces faveurs si désirables étaient atténuées par la demande 
d'abolir la loi pénale et le test. Lé parlement d'Ecosse» jusqu'alors 
sisoumiSy fut alarmé de cette proposition, qui, commençant d'a- 
bord par inçttre seulement àe niveau le catholicisme avec la reli- 
gion établie^ finirait bientôt, suivant son opinion , par renverser 
les doctrines réformée^ et les remplacer par celles de T Eglise de 
Rome. 

Il est vrai qpejes lois pénales d'Ecosse, touchant les catholi- 
ques romains , étaient aussi sévères que dures. Les peines encou- 
rues pour assister à la célébration de' la messe étaient , pqur la 
première fois, la confiscation et un châtiment corporel; pour la 
seconde^ Pexil, et pour la troisièmen les mêmes qui punissaient la 
trahison. Ces Ibis tyranniques avaient été introduites à une époque 
violenté I lorsque, ceux qui venaient de secouer le joug du pape 
désiraient prévenir, pa^ tous les moyens possibles, la plus légère 
chance de se le voir imposer de nouveau, et lorsque, étant encore 
irrités par le souvenir des sévérités infligées par les catholiques 
romains sur ceux qu'ils appelaient hérétiques, les protestant 
étaient naturellement disposés k user de repriésailles envei:s la 
secte qui les avait opprimés. 

Hais quoique l'on tie puisse rien dire en faveur, dé ces lois, la 
plus grande partie des Ecossais désiraient. qu'on les conservât 
comme une protection pour la religion réformée , en cas que les 
catholiques essayassent de recouvrer leur ascendant. Ils allé- 
guaient que, depuis que les catholiques se tenaient tranquilles, il 
n'y avait aucun exemple récent que les lois pénales eussent été 
mises en vigueur contre. eux , et qu'ainsi, puisqii'ils avaient déjà 
obtenu de jouir d'une liberté absblue de conscience, lé seul fout de 
rabolition proposée des lois pénales devait être sans^ doute d'é- 
lever les catholiques aux charges publiques , comme Içs ministres 
favorisés du roi et professant la même religion que Sa Majesté. 

Eii ce qui avait rapport au serment du test , on se souvenait 
que Jacques s'en était servi lui-même, et que ce serment avait 
paru si sacré , qu^Argyle avait été condamné à mort pour ne l'a- 
voir pas prêté dans tonte sa ptrreté, et .qu'il avait été jugé si né- 
cessïiire à l'Ei^lise épiscopale d*Ecosse> qu'on avait forcé à la 
pointe de l'épée les Presbytériens de s'^y soùmetti^e^ 



DEtmEME SERIE. 27S 

Ainsi les protestons ^e tontes conditions étaient alarmés de yoir 
qne les catholiques romains tinssent dispensés du tost et sontenns, 
comme ils l'étaient , par la'Catenr du ro}. On les regardait juste- 
ment comme lés ennemis les pltfs formidables de ceux qu'ils appe- 
laient hérétiques. . • 

La conséquence de tontes ces réflexions fut que le parti épisoe* 
pal en Ecosse , qui jusqu'alors avait consenti à toutes les mesures 
•que Jacques avait proposées, renonça toiit-à-coup à cette complai- 
sance, et ne voulut pas plus long-temps satisfaire ses désirs. Il ne 
put obtenir d'autre réponse des membres du parlement écossais 
que Tassurance vague qu'ils feraient en faveur des catholiques 
tout ce que leur conscience leur permettrait de Hure. 
V Mais Jacques, quoiqu'il se fût en premier lieu adressé au parle- 
ment , avait formé secrètement le projet de détruire les effets des 
lois pénales et d'annuler le serment àvi test par les prérogatives de 
son autorité royale, n'étant point arrêté par la haine et les soup- 
çons qu'il était sûr' d'inspirer en attaquan)t^ en même temps les 
libertés de ses sujets et la religion réformée. 

Le prétexte sur lequel Jacques fondait son pouvoir d'user des 
prérogatives royales était bien flEÛble. Dans quelques occasions les 
rois d'Angleterre avaient réclamé et exercé le droit de dispenser 
des lois pénales, dans des cas qui faisaient exception ou qui méri- 
taient de l'hidulgence. Ce droit ressemblait en queltjue chose au 
pouvoir que possède le roi de gracier lès criminels que la loi a 
condamnés à mort. Mais, jBemblable au droit de faire grace> le prir 
vilége de dispenser ne devait êtr^ mis en usage- que dans les cas 
extraordinaires. Ainsi, lorsque le roi: prétendait suspendre l'effet 
des lois pénales dafis toutes les occasions sans exception , c'était 
absolument comme si le pouvoir qu'il avait de gracier un cri- 
minel hii donnait le droit de prononcer que dans aucun cas le 
meurtre ne serait considéré comme un crime capital. Ce raisonne- 
ment était inattaquable. Néanmoins , au risque du mécontente- 
ment qu'il était sûr d'exdter par une telle conduite, Jacques fut 
assez téméraire pour publier une proclamation dans laquelle , de 
sa propre autorité, il détruisait tout d'un coup les lois pénales qui 
avaient rapport aux. catholiques, et annulait le serment de supré- 
matie et le test. De cette manière un catholique devenait aussi ha- 
bile à remplir une charge {jubliquè qu'un protestant. En même 
temps, pour conserver quelque apparence d'impartialité, une in- 
dulgence jEut accordée aux Présbytérieiis modérés, tandis que les 

i8 



2T4 HU9T0IRB DIGOSSE. 

loiB contre 1m oonyeiitîicales armés et en pleine campajgne fiirent 
oepfimiëes et ^xécmées a^ec riguevr. 

JacqyBétateprind^ahpientdirigédaiig cette conduite arbitraiie 
91 incle]tf»par an petit nombre de conseillers catholiques, dont 
aacon n'avait une réputation de t^ent, et dont la plupart paient 
«ratés par on zèle mal entendu pour leurTeligibn et Pespérancede 
ia proolmîkie rostanration du papisme» On doit ajouter à ces con- 
«eillers deux oo trois hommes d^Elat qiû, dans l'iurigine , ê^ieot 
protestanSy et qui avamit adopté la reUgi<Hi catholiques par com- 
plldsanc^ ponr'les désirs dn roi. De ces hommes qui avaient sa- 
erifl^ lenr conscience et la décence aux laveurs de la cour, on de- 
vait craindre les oonsttls les plus vioiens , puisqu'il était certain 
qulb soutiendraient jnsqa'à l'extrémité une rdigion qu'ils avaient 
ftdopt^ dans le seul but de leurs intérêts personnels* Un de ces 
ninistret était le comte de Perth, chancelier d'Ecosse/et qui dans 
oe royaume émit asservi aux vdontés du roi. Tel était aussi le 
^mte de Staderland'> en Angleterre, bien plus habile , bien pïas 
dangereux que le prunier. Ce seigneur , sons le masque die la 
plus passive soumission aux désûns du roi ^ se faisait une étude de 
dicter à Jacqaes les mesures les plus extravagantes , avec l'in- 
tentixm secrète de déserter sa cause aussitôt qu'il le venrait en 
danger de périr par la tempête que de gaieté de cce^ il l'avait en- 
^gé à provoquer. 

La siincérité de tees convertis qui changent de religion- au mo- 
ment 06 la faveur et le pouvoir peuvent être obtenus par ce 
changement , 4oit toujours êd:*ë doiitense ; aucun caractère n'in- 
is^ire plus de Aiépris qne eelui d'un apostat qui abandonne sa 
trojatncë par ambition. Cependant, n'écoutant point ces sages 
^considérations , le roi semblait presser la conversion de ses sujets 
à Ik Ibi tallioliqne , ^ns observer qne chaque prosélyte» par k 
imA ieflet de. son «changement , était méprisé généralement et per 
allait rinflïïtelice <(èl*A avait auparavantposaédée. L'espèce de rage 
kfïe le. roi éprouvait de £aâFe.4es conversions était portée à un td 
etoèè , qu'tkn nègre igmNrant , le domisstique on l'esclave d'an 
noniméftead, charlatan, fut prisliquement baptisé, d'après les 
rites % VKglSse catliolique, s«kr un théâtre, dans High-Street i 
Edimbotirg, et nommé Jaccpes, en honneur, dit-on, dn lord chan- 
t^ier Jacques , comte de Peith , du roi J&oques lui-même, et de 
l*àpâtre saint Jacques. 

Tahdis qne te rd étaii sfcandMiié par ses vieux amû 



^ ;i 



SfiRIB. tu 

de FEglise épiscopale, il espérait probablement que sas-cm^mis 
les Presbytériens lui seraient conciliés par la douceur inattendue 
dont on usait à leur égard. Afin de réussir dans cet espoir» l'indal« 
gence fut graduellement étendue 9Jus.qu'à ce -qu'elle dttvîat un 
àbolissément presque total des lois oppressives contre les Eaoa* 
tiques et les conventicules. Les Gaméroniens, qui ne raconnaî»* 
saient pas l'autorité du roi, furent seuls exceptés dans l'indulgence; 
Mais le$ protestahs non-conformistes furent as^ez sages pour pë-^ 
nétrer les intentions secrètes du roi. et Testèrent résolus à ne 
point former d'union avec les catholiques, et à croire que le sonye» 
rain n'avait pojnt d'autre but que la destruction d& tous les pro« 
testans, quelle que fût leur secte. 

Quelques ministres, il est yraii reçurent cette indulgence avec 
des remerciiemens flatteurs ^et plusieurs Presbytériens distingués 
par leur rang acceptèrent des charges du gouvernement à la place 
d'épiscopâux qui avaient résigné les leurs plutftt que d'acquièscier 
à la dispensation des lois pénales. Mais, pour me. servir de leurs 
propres expressions, les plus clairvoyant Presbytériens s'aper* 
curent facilement qu'ils avaient été moins lésés par les plaies , les 
blessures et les coups que l'Eglise avait autrefdis reçus,, que par 
cette indulgence prétendue, qu^ils comparaient à la polite8se.de 
Joab qui fit un salut à Abner tandis qu'il lui donnait un coup de 
poignard sous la cinquième côte. Ces opinions étaient ouverte^ 
ment soutenues par un iiombreux parti de Presbytériens, tandis 
que les plus mc^érés admettaient qu^ la vérité le ciel avait fait 
du roi son instrument pour procurer quelque avantage à l'Eglise ; 
mais que, comme ils étaient convaincus que les faveurs qu'on leur 
accordait n'étaient pas sincères, mais ayaientseulement pour but 
de désunir les protestans, ils devaient peu de reoomiaissaaoe au 
roi de, ce qu'il leur accordait, non pas par intérêt pour eux, mais» 
pour favoriser ses. propres desseins. 

Cette discorde entre le roi et ses anciens anus d'Ecosse ocoasîona 
de grands cbangemens dans l'administration des affaires du 
royaume. Le duc de Queensberry, qui avait succédé à.Lauderdale 
dans son autorité illimitée, et qui mpntra une égale disposition à 
satisfaire les désirs du roi dans toutes les occasions précédentes , 
était alors disgracié par suite de sa répugnance à favoriser les me- 
sures, téméraires €a faveur des catholiques. Perth et Melfort (la 
dernier était aussi un converti a la foi Catholique) furent placés à 
la tête de Tadministration* D'nnuutre côté» sir George Mackenaîe» 

i8. 



£76^ HiSTOIRB D'ECOSSE. 

loBg-temps l'avocat dn roi , et si sévère contre les Govenantaires, 
qa'il avait été nommé le Sanglant Madiensie, refusa d^appnyer^la 
révocation des lois pénales , et fat ,- comme Qaeensben^, privé de 
sa charge. Sir James Stewart dé Goodtrees , nommé à sa place, 
était un Presbytérien des plus rigides , on de cenx qui ordinaire- 
ment étaient appelés fanatiques. On créa aussi des juges tirés de 
oe ttiégie parti autrefois opprimé. Mais nul paripi les non-confor- 
^Oûstes ainsi élevés , quelque satisfait qu'il fût de son propre avance- 
ment y n'oublia ni la sévérité avec laquelle on avait traité sa secte 
par l'influence immédiate de Jacques , ni ne crut à la sincérité de 
l'obstiné monarque dans son changement apparent en faveur des 
Presbytériens. 

Insensible à la désertion générale de ses amiis et de ses partisans, 
Jacques se pressa d'exercer son pouvoir discrétionnaire , par on 
nouvel ordre émané de la cour, le plus ridicule qui ait encore été 
imaginé. Toutes les personnes qui possédaient une charge civile, 
sans distinction , reçurent l'ordre de résigner leurs emplois , et de 
les ri^prendie une seconde fois par-devant une nouvelle commis- 
sien , sans prêter le serment du test : cet acte se trouvant con- 
traire auK lois existantes, ceux qui avaient prêté ce sernient étaient 
obligés à l'instant , pour effacer leur faute , de demander une ré- 
mission, de la cpuronné pour avoir obéi aux ordres du souverain 
lui-même , et il fut déclaré que ceux qui n'auraient pas obtenu une 
telle rémission seraient dans la suite indignes du pardon, et soumis 
aujt peines infligées aux personnes qui précédemment n'avaient 
point prêté le serment du test. Ainsi le roi imposait seâ ordres à 
aes-sujets, pour violer une desClois du royaume , et alors il était 
en mesure de leur appliquer les peines qu'ils avaient encourues 
(peines dues an souverain lui-même) à moins qu'ils ne consentissent 
à se garantir de ces peines en; acceptant le pardon du roi pour un 
crime qu'ib avaient commis par ses ordres, reconnaissant ainsi 
son pouvoir illégal de suspendre les. lois. De cette manière, on 
s'attendait que toute personne chargée d'un emploi serait bientôt 
appelée à reconnaître aussi le jpouvoir qu'avait le roi de s'écarter 
des règles de la constitution. 

^En Angleterre, la même route arbitraire était si ouvertement 
suivie, qu'il était impossible de ne pas sonptonner que Jacques 
avait le dessein d'imiter la conduite de son allié , Louis XIV de 
France, et d'usurper sur les personnes et. la conscience de ses 
si^ets un pouvoir despotique, C'était justement à cette époque que 



DEUXIEME SERIE. i277 

le monarque français venait de révoquer Inédit âeJVantes, qui 
avait été accordé par Henri lY aux protestans, et forçait plus d'un 
demi-million de ses sujets^ qui n'avaie];it commis d'autre offense que 
desservir Dieu selon le culte protestant, de- s'exiler de leur patrie. 
Plusieurs milliers dé ces malheureux trouvèrent un refuge dans la 
Grande-Bretagne, et parles détails qu'ils donnèrent sur l'injustice 
et la cruauté avec laquelle ils avaient été traités , .ils imgmen» 
tèrent la crainte et la baine qu'on portait à la religion catholique, 
et, par une conséquence naturelle, le mécontentement qu'on 
éprou'^ait pour, un prince attaché à ses principes jusqu'à la bi- 
goterie. 

Mais Jacques, dans son aveuglement, neToyaitpas le dangereux 
préçi))ice sur lequel ils'était placé, et s'imaginait que les murmures 
du peuple pourraient être apaisés p^r l'armée considérable et per* 
manente qu'il maintenait, et dont une grande partie, afiade tenir 
en bride la cité de Londres, était campée à Houhs-Low-'Heath. 

Pour être plus certain de la. fidélité de son armée» le roi dé» 
sirait d'introduire au milieu d'elle un certain nombre d'officiers 
catholiques, et en même iiemps de convertir à cette religioA autant 
de soldats que cela serait possible. Mais, même f^nsà les hommes 
qui par leurs habitudes sont le plus disposés à l'iobéissance, et 
peut-être les plus indifférens sur les distinctions rdigieuses , Te 
nom de papiste était odieux , et les soldats en petit nombre qui em- 
brassèrent le catholicisme furent ridiculisés par leurs camarades 
et traités avec, mépris. 

En un mot , tm prince moins' obstiné et moins bigot que Jacques 
se fût aperçu aisiémeht que l'armée ne voudrait point :devenir son 
instrument pour changer les lois du royaume. Mais ce roi continua 
avecla plus folle indifférence à provoquer une lutte .qui , sulyant 
tonte apparence , devait être entreprise Contre les àentiipens de 
tous ses sujets. Il eut non-seulement l'imprudence d'établir le ser- 
vice cathoUque dans sa^chapelle royale avec la plus grande ppm^e 
et lapins grande publicité, mais d'envoyer un ambassadeur, le^d 
Castlemaine, au pape, pour inviter sa sainteté à soutenir ses pro- 
jets , en lui accordant la pré3ence d'un nonce du saint-siége de 
Rome. Une telle demande était, suivant les lois dé la Grande- 
Bretagne , un crime dé haute trahison; elle excita le plus profond 
ressentiment en Angleterre, tandis que. dans ï'étra^Oger eUe fut 
plutôt tournée en ridicule qu'approuvée. Le pape lui-même ac- 
corda au monarque bigot peu de secours dans son entreprise; il 



278 mSTOIRB D'ECOSSE; 

ayait sans doute conçu Fopinion qne les mesures de Jacques étaient 
trop Violentes pour être sûres. Sa Sainteté entretenait aussi des re- 
lations assez froides avec Louis XIV, dont Jacques était le fidèle 
allié; et en général le papa était si peu disposé à seconder les 
efforts* du monarque anglais en faveur de la religion catholique, 
qu'il essaya d'éluder toutes les tentatives de lord Castlemaine pour 
entamer raffaire' dont il était chargé , en affectant un violent accès 
de toux , toutes les fois que la conversation retombait sur ce sujet. 
Mais la froideur même d^ celui qui nécessairement aurait dû ap- 
prouver les vues de Jacques, et qui était si intéressé à Tissae 
de cette tentative, n'ébrfmla pas le zèle insensé du monarque 
anglais. 

Pour obtenir du parlement une apparence de consentement à 
ses désirs, consentement qu'il affectait de mépriser, et qu'il dési- 
rait cependant, le roi se servit de moyens inconstitutionnels pour 
influencer les membres des deux chambres. Un de ces moyens était 
d^admettre ces membres à des. audiences particulières, appelées 
Closetings^ dans lesquelles il usait de tous les argumens, pro- 
messes, menaces, dont sa situation le rendait maître de se servir, 
dans le dessein d^engager les membres à partager ses vues. Il 
extorqua aussi de plusieurs bonrgs royaux , tant en Angleterre 
qu'en Ecosse, Fabandon de leurs chartes, et yen substitua d'autres 
quilitiraient au bon plaisir delà couronne la nomination de leurs 
représentans au parlement, n persista aussi avec obstination à ren- 
voyer les protestans de toutes les charges d'honneur et de con- 
fiance du gouvernement, et à les remplacer par des papistes,. Ses 
deux beaux-frères mêmes, les comtes de Clârendon et de Rochester, 
forent disgraciés, ou du moins, forcés de se démettre de leurs 
charges I parce qu'ils ne. voulurent pas sacrifier leurs principes 
religieux aux promesses du roi. 

Au milieu de tant de sujets dé mécontentement, qui ipop traient 
que le roi avait l'ûitèntion dé s'arroger un pouvoir arbitraire, et, 
à force de tyrannie, d'effectuer un changement dans la religion 
nationale, lès opérations qui affectaient directement PËglise devin- 
rent les objets d'une attention particulière. 

Dans l'abinée 1686 , celle qui suivit l'avétiement de Jacques an 
trône d'Angleterre, le roi tenta de rétablir une des plus odieuses 
institutions du règne de son père, nommée la cour de haute-com- 
mission ecclésiastique, pour juger les fautes, du clergé. Cette jodi" 
eaiîire oppressive et vexatoire avait été^ abolie soùs Charles P^; 



DBlTKIEMI SERIE. 27» 

en même temps que la chambre étoQée» et un actQduparièQiwt 
avait dédaré qu'elle ne serait jamais rétablie. Cependant le roi» ea 
dépit de l'expérience et des lois, fit revivre cette cour afin de se 
sérrir de son autorité arbitraire pour appuyer la cause du catho- 
licieme. Sharpe, ecclésiastique de Londres; àrait prècbé aqr dés 
points de controyérse entre les protestans et leseathoUques, et 
l'on crat s'apercevoir que quelques expressions dont il s^était acnri 
avaient rapport au roi* Sharpe essaya de s'excuser; mais Févéque 
de Liondreà reçut l'ordre de suspendre le prédiéateur de ses fone^ 
tions. Le prélat se défendit.d'obéir, parce qu'il n'avait pas le pou- 
voir de procéder ainsi contre une personne qui. n'était ConvaineBe 
d'ancune offense. L^excuse de l'^yéque, ainsi que celle de Sharpe, 
ne furent po^lt écoutées, et l'un et Tautre furent suspendus de leurs 
fonctions par cette cour illégale : le préticatenr, parce ^o'iT s'ef-, 
forçait/ comme sa profession l'exigeait, de combattre les argnineDa 
qili avaient ènleré beaucoup de personnes à la foi protestante i et 
Iç prélat, parce qu'il refusa' d'être l'instrument d'une ofqnressioii 
illégale. L'iniquité et l'injustice de ce ju^emeiit produisirent une 
profonde impression sur le peuple. 

Les universités deyinrent aussi l'objet des agrjsssioiis du roi, 
quoiqu'elles ne les eussent pas provoquées. C'était dans leur sein 
que la jeunesse du royaume, particuliérem^it celleq[ui se destinait 
à la profession ecclésiastique, recevait les instructions nécessaires, 
et Jacques en concluait naturellement qu'introduire l'influence du 
catholicisme dans ce corps considérable et savant,^ c'était faire un 
pas important vers le but qu'il n'abandonnait paè un instant, celui 
de rétablir la religion catholique en Angleterre. 
. L'expérience qi^'il tenta sur l'université de Cambridge lut d'a- 
bord sans importance; il exigea que l'université conférftt le degré 
dé maîtrè-ès-arts au père Francis, moine bénédictin. Les honneurs 
académiques de ce genre 6ont en général conférés sans égard pour 
la religion de celui qui les reçoit , et, peu dé temps apparavànt^ 
Funiversité avait même admis un'mahbmétan «n degré de midtre 
ès-af ts ; mais c'était un grade honoraire seulement, tandi&que celui 
qui était demandé pour le moine bénédictin^ donnait le droit de 
siéger et de voter dans les élections de l'université, et les meni- 
hte&f considérant qu'en y introduisant Jes papistes, ceux-ci coi|* 
tréleraient bientôt les protestans, résolurent de s'opposer ^au:| 
desseins du roi, et de refuser le d.egré sollicité. La cour de haute» 
commission suspendit de ses fonctions le viee-ebaneeHeri mais Pih 



280 mSTCMRB D'ECOSSE. 

niyersité choisit à sa place an homme dont les principes étaient les 
mémeç: ,Dè cette manière ^ le roi né. put atteindre son but^ et fut 
obligé d'abandonner son.projet pour le moment. 

Dès le principe^ Oxford lut attaqué avec plus de yiolence, et les 
conséquences en devinrent plus importantes. Cette uoiyersité ce* 
lèbres^était distinguée par.son inaltérable attachement à la cause 
royale. Lorsque Charles V^ fut forcé de quitter Londres^ il trouva 
un refuge à Oxford , où les différens collèges sacrifièrent, pour 
soutenir sa cause, tout ce qu^ils possédaient, tandis que plusieurs 
membres de l'université exposèrent leur. vie à son service. Sons le 
règne de Charles II, Oxford, en récompense de son inviolable 
fidélité, avait été choisi par le roi pour y convoquer un parlement 
de peu. de durée, lorsque la cause des Whigs était si puissante 
dans la cité de Londres, que le roi craignait de séjourner dans ses 
environs. On.pourrait ajouter, quoique Cela fasse moins d'hoàneôr 
à Tuniversité, que ce corps s'était montré le plus zélé à approuver 
et à faire exécuter par ses ordonnances les principes serviles dV 
bâssance passive à l'autorité royale , que professaient la plupart 
des membres de TËglise d'Angleteirre. Mais c'é^dt une preuve 
convaincante que le dévoue^nent de l'université au roi était 
illimité. , 

Mais ai Jacques se rappelait ces marques de fidéUté à la cou- 
ronne , ce souvenir ne servit qu'à l'encourager à attaquer les pri- 
vilèges de l^^liversité, supposant qu'on mettrait peu de fermeté 
à les défendre. Ce fût donc avec autant d'ingratitude que de folie 
qu'il entreprit de faire exécuter ses ordres dans la .société du col- 
lège de la Madeleine, lui commandant de choisir pour président un 
des nouveaux convertis à la fbi catholique; sur le refus des 
membres' de cette société, Iç roi les chassa du collège, les privait 
ainsi de leurs revenus et de leur état'dans le monde, parccqu'ils ne 
voulaient pas violer les statuts dont ilsav^ient solennellement juré 
Tobservance. . . 

Une erreur pjns fatale encore, et qui fit le plus grand tort à 
Jacques, fiit L persécution à jamais mémorable des évéques, .qai 
dut son origine au;x circonstances suivantes. En, 1688, Jacques 
publia une seconde déclaration d'indulgence; il y joignit un ordre 
qui intimait de lire' cette déclaration dans tous les églises. La plu- 
part des évéques anglais, désapprouvant la prérogative que le roi 
s'arrogeait de dispenser du serment du test et des lois pénales, 
résolnrent de refiû^r obéissance à cet ordre» qui / comme leurs 



DSUXniMB SSRIB, ^ 281 

sentîmens étaient bien connas, ne ponrrait servir qu'à les rendre 
méprisables aux. yeux da peuple. Six des plus distingiiés parmi les 
prélats s'unirent à l'archevêque de Gantorbéry, et présentèrent 
une humble pétition au roi, priant Sa Majestéde ne poin^ l'es forcer 
à ordonner de publier dans leurs diocèses une déclaration fondée 
sur le droi% de dispense que s'arrogeait le roi; car, puisque cette 
déclaration avait ét^ constamment réputée illégale , les pétition* 
naires prétendaient qu'ils ne pouvaient en honneur et conscience 
se charger de répandre parmi la nation entière une ordonnancé qui 
en constatait la validité d'tine manière 91 solennelle. 

Le roi fut profondément offensé de ces remontrances^ et convo* 
quan|: Icfs sept prélats devant son conseil privé , il leur demanda 
s'ils avouaient leur pétition et s'ils y adhéraient. Ils. répondirent 
qu'Us la reconnai^aient pour être leur ouvrage, et forent aussitôt 
enfermés à la Tour, comme accusés de sédition. Le rang et leca« 
ractère respectable de ces homniés distingués, la. nature de l'ac- 
cusation pointée contre )eux, qui, suivant Tappréhension populaire, 
était un châtiment de la conduite hardie et cependant respectueuse 
avec laqueUe ils avaient rempli leurs devoirs sacrés^ 'enfin les 
craintes que devait inspirfsr pour la suite une conduite aussi vio* 
lente, exaspérèrent au dernier degré Fesprit du peuple. 
> Une immense multitude, réunie sur les bords de la Tamise, con- 
templait avec chagrin et surprise ceë. Pères de TEglise, conduits 
en prison dans les bateaux choisis à cet effet. L'enthousiasme que 
les prélats inspiraient était universel. La foule pleurait , s'agé- 
nonillait , priait peur la sûreté des prisonniers , que la fermeté 
avec laquelle ils avaiept rempli leurs devoirs mettait en danger. 
Les évêques {)ersécutés distribuaient de tout côté leurs bénédic- 
tions : on y répondait en faisant des vœux pour leui^ liberté, et ^n 
assurant avec franchise qu'on adoptait leur cause. Cet enthou- 
siasme dans les seâtiibens du peuple animait dû être suffisant ppnr 
ouvrir les yeux de Jacques sur sa folie ; mais il pressa la procédure 
contre les prélats , qui furent jugés le 17 juin 1 688. Après une dé- 
fense longue et du plus vif intérêt , ils furent pleinen^ent acquittés. 
Les' acclamations ô,e la multitude furent briiyântes en proportion 
de Fanxiété générale qu on avait éprouvée pendant le cours^ des 
débats.. Lorsque la nouvelle de ce jugement fut portée au camp 
d'Hounslow, là joie extravagante des soldats^ qui n'était point 
coiùprimée par ta présence du roi, prouva que l'armée et le peuple 
étaient animés du même esprif • 



283 HISTOIRB D'EGOSSB. 

Cependant Jacques fat si peu éclairé par Fardenr ayec laquelle 
on embrassait là canse dti protestantisme^ qu'il continua de pour^ 
suivre la même carrière, et avec une telle témérité/ que les catho- 
liques les plus réfléchis commencèrent à craindre eux-mêmes et à 
douter de Pévènmnent. U renouTela ses yiolentes attaques sur les 
universités , essaya de donner au collège de la Madeleine un évêc[ue 
catholique, et résolut de faire poursuivre tons les ecclésiastiques 
qui refuseraient de lire sa déclaration d'indblgence ; c^est-à-dire 
qu'à l'exception d'un petit nombre de ministres, il persécuta tout le 
clergé de l'Eglise anglicane. 

Tandis que les royaumes d'Ecosse et d'Angleterre étaient agités 
par ces violentes attaques pour établir la religion catholique, ^es 
craintes de ces deux royaumesf. furent portées au plushjiat point, 
par la rapidité aveb laqueDe le roi s'avançait vers le même but en 
Irlande, où là plus grande partie .du peuple étant catholique, 
Jacques n'avait aucune raison de déguiser ses desseins. Lord Tyr- 
oonnell, homme opiniâtre^ violent, et qui était catholique, fat 
nommé vice-roi de ce pays ; il prit bientôt toutes les mesures né- 
cessaires en arma.nt les papistes et en opprimant les protestans, 
pouc produire' un changement total dans là religion , et pour «sub- 
juguer le protestantisme, en convoquant un parlement composé 
de catholiques. La violence delà èonduite du roi dans un pays où 
il ne se trouvait pas dans la nécessité de dissimuler, montra claire- 
ment aux protestans d'Angleterre et4f Ecosse que cet acte de tolé- 
rance générale qui avait été présenté en faveur de toutes les sectes 
chrétiennes était donné pour faciliter la suprématie de la foi ca- 
tholique sur les hérésies de toute espèce. 

Pendant tont le cours de cette mauvaise administration^ les gens 
' les plus prudens et tes plus raisonnables avaient les yeux fixés sur 
Guillaume, prince d'Orange, nîarié, comme je vous l'ai d^à dit, 
à la fille aînée de' Jacques, Marie, héritière du trône à moins qné 
le roi n'èât un fils de sa seconde feuune.' Cet événement semblait 
improbable, car les enfans que la reine avait déjà eus étaient 
d'une constitution faible, et moururent peu de temps après leur nais- 
sance, et d'ailleurs lé roi commençait à être avancé en âge. 

Le prince d'Orsmge ayant donc riéspérance'dè posséder un joui^ 
le trône d'Angleterre après la mort' de son beau-père, observait 
une grande prudence dans ses relations avec les nombreuses et 
diverses factions d'Angleterre et d'Ecosse, et même avec* ceux qui 
professaient la plus grande modération et leâ plus purs sentimend 



DEUXIEME SERIE. 283 

^e patriotisttie ; il répondait à tous avec une extrême rése^e, les 
exhortant à la patience, les dissuadant de toute insurrection pré- 
cipitée^ et leur laisçai^t entrevoir que la mort du roi mettr^ii i^ 
terme anxlnnoyations qu'il tentait sur la constitution. . 
- Mais un événement eut lieu,^ qui changea entièrement les vues 
etlessentimeus du prince d'Orange, et le força à une entreprise 
qui y dans ses^ progrès et ses conséquences > est une des plus re- 
marquables de l'histoire du monde. Marie d'Esté, reine d Angle: 
terre et femme de Jacques II, accoucha d'un enfant j^Sle, le }0 juin 
1688. (ies papistes désiraient depuis long-temps cet événement ,i 
comme devant perpétuer,, après la mort du roi^ ^es ^intentions ' eif 
faveur de la religion catholique romaine, ils avaient en çons^ 
qnence hasardé de prophétiser que l'enfant attendu serait un gar- 
çon 9 et ils imputèrent le succès de leurs^désirs à l'interoession do 
la sainte Vierge de Lorette, touchée par les prières et les pè- 
lerinages. . ' - . . , 

Le parti protestant, au contraire/ était disposé à consi^ére^ 
V enfant iiouveau-né ,^ qui arrivait si à propos pour les catholi- 
ques, non comme le résultat d'un miracle des saints papistes t 
mais d'une intrigue de cour. Us affirmaient que l'enfant n'était i)i 
le fils de Jacques, ni celui de la reine, mais un enfant supposé, 
qu'on présentait comme héritier légal, de la couronne^ afin d'^9- 
nuler les droitsdes successeurs protestans. Cette assertion quoique 
promptemept répandue, et reçue avidement par le peuple, était 
dénuée de tout fondement. Il ne pouvait ^n exister une* preuve pW 
complète que la pt4l)Ucation que le roi fit4ui-méme, cQUcerpant la 
naissance du prince de Galles;* mais les déclarations de Jacques, 
les preuves qu'à là fin il rendit publiques, ne parvinrent pas à ef- 
facer la calomnie qui avait cii'cûlé si promptenient et gui avait^été 
reçue avec tant d'empressement. Les chefs du paçti protestant^ 
quelle crue fût leur opinion sur ce-sujet, prirent soin de propagefr 
cette imjppsture et d'en rendre la cfoyapce générale; e^ bien des 
' Tory s, qui ne se seraient paâjperngiîs de s'opposer à la succession 
d'uh prince rééliement issu du sapg royal , se tenaient prêts à disr 
puter les droits du prince de Galles au trône, en eonséquence de 
s^ naissance équivoqqe.^ 

Une chose du 'moins étî^it cprtfiûne j que cet eiifant fût supposé 
ou non, sa naissa?^ce probablement prolongerait leis maux ^uxquèls 
ïi^ Hgtipn était e|i proie. Jl ffiUait ^aiidonner l'espérwpe de vpjic 
succéder à Jacques le prince son gendre, sous le règne duquel la 



2&4 mSTOIRE D'EQOSSB. 

religion protestante aurait sans doute repris sa prééminence. Le 
prince de Galles serait élevé/ comme de raison ^ dans la i^eligion 
et les principes de son père ; et Tinflaence de Tesprit odieux du 
papisme, an lieu de s'éteindre avec le règne de Jacques, se sou- 
tiendi:ait pendant celui de son jeune successeur. Le.prînce d'O- 
rangé, de son côté, se .voyant lui-même, par la naissance de cet 
entant, exclu de la couronne d'Angleterre, héritage si longuement 
attendu, abandonna sa prudence, et prit une part active et haidie 
au&évènemens politiques de la'Grande-Bretagne. > 

Il déclara alors pHbliquement, quoique avec décence,, que ses 
sentimens-étaient entièren^ent opposés à ceux qui guidaient la con- 
duite de son beau-père, et il ajouta que bien qu^il fût disposé du 
fond du cçeur à consentir à TiÂolition des lois pénales, dans tons 
les cas (son opinion étant que personne ne devait être puni pour 
des principes religieux )f il ne pouvait cependant approuver les 
prétentions du roi à dispenser du test, cet actç n'excluant des 
charges publiques que ceux à qui leur conscience .ne permettait 
pas de se conformer à la- rçligion établie dans le. pays où ils yi- 
valent. Ayant ainsi montré ouvertement ses sentimens , le prince 
d'Orange était appuyé franchement ou secrètemèn^t partons ceux 
qui éprouvaient les' mêmes craintes pour les libertés civiles et 
religieuses, menacées par la bi'goteriè de Jacques, 'quelles qae 
fussent d'ailleurs leurs opinions politiques. Encouragé par l'ap- 
probation générale de la naticm anglaise, un j>etit nombre de ca- 
tholiques exceptés, etpar les remontrances urgentes de plusieurs 
meneurs des diflérens .partis , le prinèe d'Orangé. résolut depa* 
raître en Angleterre à la tête d'îine armée^ dans le dessein de 
mettre un terme aux empiètemens de Jacques sur la constitution 
deTEglise et de l'Etat. 

Sous divers prétextes plausibles, le prince d'Orange commença 
à former une marine et une armée proportionnées à l'invasion 
hardie qu'il méditait , et ni les avis dn roi de France, qui avait 
pénétré If but de ces armemens, ni le pressentiment de la 
position dangereuse dan^ laquelle il se trouvait, ne purent décider 
Jacques à faire quelques préparatifs de défense. : 

L'infort^né monarque poursuivit sans s'arrêter tes mêmes des- 
seins^qui lui avaient enlevé le cœur de ses sujets , et chaque coup 
qu'il porta encoqragea et hâta la rébellion. Doutant de la fidélité 
de son armée, il essaya, en introduisant au milieu d'elle des ca- 
tholiques irlandais, de, remplir les rangs ^ du nioins en' partie, 



DEU1UËHS SERIE. 285 

d'hommes dans lesquels il pourrait placer sa coàfiance. Mais le 
lieaténant-colonel et cinq capitaines du régiment dans lequel cette 
expérience fut tentée refusèrent de recevoir cette nouVelle recrue ; 
ces officiers fu'reQi cassés , mais leur conduite n'en fiit pas moins 
généralement suivie par tous lés autres militaires/ » 

Une autre tentative faite sur l'armée eut des résultats plus mor«- 
tifians encore pour le roi. Quoiqu'il soit contraire à la constitution 
anglaisé d'engager les soldats sous les armes dans aucune discus- 
sion politiqiiey puisqu'ils doivent être regardé^ comme les servi- 
teurs et non conmie les conseillers de l'Etat , cependant Jacques 
résolut y si cela était possible, d'obtenir l'approbation de l'armée 
pour l'annu&tion du test et des lois pénales. Un bataillon fut passé 
en revue-en présence du roi, et l'oninfoi^ma les soldats qu'il fal- 
lait exprimer leur consentement sincère sur ses diefiseins iducbant 
les lois pénales et le teist , ou poser bas leurs armes , car telle était 
la condition à laquelle oh recevrait leurs services. En entendant 
cet appel, le régiment entier, excepté deux officiers çt guelqiies 
soldats catholiques, posèrent bas leurs armés. Le roi restamuet de 
colère et de surprise, et enfin dit aux soldats, d'une voix altérée, 
de reprendre leurs armes et de se rendre' à leurs quartiers ; 
qu'il ne leur ferait plus Fhonneur de leur demander leur opinion. 

Tandis que Jacques arrachait aux soldats l'aveu de 1/enr désap- 
probation de ses projets, il reçut tout à coup de son ambassadieur 
en Hollande la nouvelle que l^prince d'Orange allait se mettre en 
mer avec une arméd de quin3# mille hommes fournis par les Pro- 
tinces-Unies , et une flotte de cinq cents voiles. 

Jacques , averti par sa consciencequ'il avait perdu la nieilleure 
sauve-garde d'un monarque, l'amour et la confiance de ses sujets,- 
fpt frappé de cette nouvelle comme d'un coup de tonnerre, ll.se 
hâta de rétracter tout ce qui avait rendu son règne si impopulaire* 
mais ce fat avec une précipitation qui prouvait sa crainte ^plutôt 
que la .conviction de ses torts, et le peuple fi^- persuadé que ces 
concessions seraient retirées aussitôt que le danger serait passé. 

Pendant ce temps, la flotte hollandaise mit à la voile; mais elle 
^t à lutter contre une tempête, et fut obligée de 'rentrer dans le 
port ; le dommage essuyé par quelques vaisseaux fut prompte- 
ment réparé^ et la flotte mit de nouveau à la voile avec tant d'ac- 
tivité que le retard que la tempête avait causé fut plutôt efficace 
que malheureux, car la flotte anglaise, qui ava^t aussi été jetée 
sur lés côtes par le même orage, n'était pas prête à s'opposer aux 



286 HISTOIRE D'ECOSSE. 

« 

tlollandais. Ayant fsdt voile vers l'ouest de VAngleterrC; le prince 
d^Orange débarqua à Torbay le 5 notembre 1688, join* aniûver- 
aaire àf la conspiration des poudres /époque qui semblait propice 
à une entreprise commencée jcontrele rétablissement du papisme 
eh Angleterre. ^ . 

Aussitôt après son débarquement , le prince publia un mani- 
feste, rappelant en termes simples et énergiques les diverses usnr^ 
pations faites par le monarque régnant sur la constitution d'An- 
^etérre et sur les droits de l'Eglise, ainsi que sur ceux de ses 
sujet^. Il venait, disait-il, avec une fotce armée pour protéger sa 
penonne contre les mauvais conseillers dii roi, mais dans le seul 
dessein d'assembler un parlement libre et compétent, qui défendit 
la ^ligion , la liberté, et lés propriétés. ' ^ 

Quoiqu^un grand nombre de personnages distingués par leur 
rang et par leur influence eussent secrètement encouragé le princei 
d'Orange dans son expédition, il né paraît pas qu'il y eût d'abord 
beaucoup d'ardetir pour l'aider à Texécuter • Leshabitansdes comtâ 
de l'ouest, où le prince débarqua, étaient effrayés par le souvenir 
du sévère châtiment infligé à ceux<[ui s'étaient joints à Monmouth, 
et le prince s'était avancé jusqu'à Ëxeter ayant que sa cause eût 
été embrassée par aucun partisan d'importance. Mais dès le ma- 
rnent o& quelques gentilshommes dé distinction se furent unis à 
lui, une révolution générale eut lieu dans toute l'Angleterre, et la 
noblesse et fa bourgeoisie prirent les armes pour redresser les 
torts dont il était fait mentiod dans le manifeste du prince. ; 

Au milieu' de cette défection gêné Aie, le roi Jacques donna des 
ordres pour assembler son at'mée ,- assigna Salisbury pour son 
quartier-général, et annonça son dessein de combattre les rebelles. 
Mais il vit par expérience jusqu'à quel point il s'était aliéné l'af- 
fection de ses sujets,. par sa bigoterie et sa tyrannie. Plusieurs 
gentilshommes et officiers supérieurs désertèrent publiquement, 
et emmenèrent un grand nombre de leurs soldats. Parmi eux se 
trouvait Iprd Churchill, qui devint plus tard le célèbre duc de 
.Mariborough. C'était uh des favoris du malheureux roi , qui lui 
avait accordé une pairie et un rang distingué dans l'armée ; et son 
adhésion à la cause du prince d'Ûrange prouve que l'aversion gé- 
nérale qu'inspirait la conduite du roi lui avait ravi le cœur de ceux 
mêmes qui avaient ;été les plus dévt>tiésà son service. 

Une désertion plus frappante encore semble avoir abattu le cou- 
rage de l'infortuné monàrqtie. Sa seconde filloi la princesse Juim^ 



DnnUBMB SjBRIB. 287 

• 

mariée au prince George y le plus jeime 61a do toi de Danwiarck, 
ee sao^a la nuit deLondresi sons les auspices de réyécpe de cettd 
Tille > qui leya luî corps de cavalerie pour la. protéger çt se mit i 
sa tête. Elle se rendit à Nottugham,» où elle fut reçue par le comte 
de Ddrsety et se. déclara pour un parlement libre et protestant. 
Son tnairi et d^utres personnes de la plud haute distinction se joi- 
gnirent; an prince d'Orange. * 

La p^rte soudaine et inattendue de son poutoir, et les d^r« 
tioas et- insurrections dont chaque 'matin apportait la nonyellei dé- 
truisirent entièrement la fermeté de Jacques, qui| malgré ses torts 
et ses folies /devint à cette époque calamiteuse un objet digne de 
pitié. Lorsqu'on lui annonça la fuite de sa fille , il a'^ria avec le 
désespoir d'un p^re : — ^.Que Dieu me 9oit en aide! mes propres 
enfanè m'd>andoniient! Dans l'excès de son malheur, l'infortuné 
vkùDBTqm semble avoir perdu les qualités qui dans sa jeunesse lui 
avaient acquis une répntatmn de oourage et de sagacité; et la 
ténaérité avec laquelle il avait, méprisé un dangm* éloigné ne 
put, être. comparée qu'à l'humiliante faiblesse qui Taccabla tout 
a coiip. 

Il licencia son armée, et augmenta de cette.manière la confh* 
aion générale ; épouvanté par le souvenir du |M>rt qu'avait éprouvé 
son pisrei il résolut de se.sauver du royaume. U est probable qu'il 
n'aurait pas pu prendre une résolution plus favorable fiux vues du 
prince d'Orange. Si Jacques était resté dans la GranderBretagnOt 
l'excès de ses infortupes eût sans doute éveillé la compassion du 
peuple, et le huut clergé et le^ Torys, quoiqu'ils aient donné cours 
à leurs appré^nsions pour la religion et la liberté , auraient pu , 
si on leiir en garantissait la sûreté, se laisser guider par leurs 
principes /et ra^emblerdes partisans autour de l'infortuné mo- 
narqup. Outre ces. raisons, si le roi Jacques fût resté dans le 
royaume, c'pût été une tentative odieuse de la paii du prince d'O- 
range que d'arracher la couronne de la tèle de son beau-père pour 
la 'placer sur la sienne. D'un autre cb^é, si la fuite du roi dans un 
pays étranger laissait le trûne iiioccupé, rien n'étaitplns naturel 
ql|e d'y placer le plps proche héritier protesunt, par les seçonirs 
duquel les libertés et la constitution du pays avaient été sauvéei» 
d'un si éminent danger. 

-Là fortune sembla d'abord s'opposa à une fuite que le r6i Jac- 
ques desirait par crainte> et dans laquelleleprincë d'Orange plaçfdt 
toutes seA esDéraiiGes. 



288 . mSTOIRB D'ECOSSE. 

An moment où le roi , suivi d'un gentilhomme > allait moiiter à 
Bord d'an yaissean {^réparé pour son évasion/ il fût saisi, ainsi que 
son compagnon, par quelque pêcheurs, qai étaient en embuscade 
pour s'assurer des prêtres catholiques qui voudraient quitter le 
royaume. L'infortuné Wnarque, se trouvant entre les mains de 
ces hommes» fut traité sans égards, jusqu'au moment où qnelq[aes 
gentilshommes du pays s'interposèrent pour protéger sa pérsomie, 
mais refusèrent de le laisser passer dans l'étranger. On lui permit 
seulement de.retourner àiLôndres, où la populace, avec sa promp- 
titude ordinaire à changer de sentimens, et peut-être touchée de 
•compassion pour l'état où il était réduit, le reçut avec de3 acclama- 
tions de bienveillance. . 

Le prince d'Orange, cruellement tourmenté dq cet incident^ ré^ 
sdkit de se conduire envers son beau^père avec une froideur et une 
sévérité capables de l'alarmer pour sa sûreté personnelle, et de 
le déterminer à ne point abandonner son projet de fuite. C'est 
dans cette intention que le prince refusa de recevoir le seigneur 
que le roi lui envoyait pour demander une entrevue , et donna 
l'ordre de l'arrêter. En réponse à la demandé du roi, il donna on 
autre ordre» transmis à minuit, par lequel le roi devait quitter 
«on palais dans la matinée suivante. Le souverain , désolé, obéit 
à cet ordre , et , d'après ses propres dé^rs, Rochester fut assigné 
comme le lieu de soh séjour. Il arriva ce qui avait dû être prévu 
par le choix que Jacques avait f^it, pour son. habitation momen- 
tanée, d'un lieu situé près d'une rivière ; le rôi s'embarqua secrète- 
ment a bord d'une frégate, et arriva* sans danger à. Ambletense, 
en France. Il fut reçu par Louiç XIY avec l'hospitalité la plos 
généreuse,. et, pendant plusieurs années, il vécut à* Saint-Ger- 
main sous la protection et aux frais du i^oi de France, excepté pen- 
dant une courte campagne en Irlande , dont je ferai nMention dans 
la suite. .Tous les etforts pour le replacer sur le trône furent 
désastreux pour ceux qui. les tentèrent. Le monarque exilé lot 
ipévéré par les catholiques sincères. Comme un martyr de son 
2èle pour la rdigion qu'il professait, mais, les autres ridiculisèrent 
sa bigoterie , qui l'avait engagé à sacrifier trois royaumes poor 

une messe. v 

. ^ •* * 

Un parlement, auquel on donna lé noin de convention, parce 

qu'il ne pouvait pas être assemblé au nom dû roi, fut convoqué a 
Westihinster, et les membres, lorsqu'ils se réunirent* pour la pre- 
mière fois ,, expi^imèrent letirs remerciemens unanimes au pnnce 



DEUXIKHB SERIB. 289 

d'Orange pour la détiyrance de la nation. La chambre des oom- 
mânes déclara à une grande majorité que le roi Jacques, avait for- 
fait ses droits par ses différentes usurpations sur la constitution; 
que sa faite devait être regardée comme une abdication, et que par 
conséquent le trône était vacant. Mais comme quelques exprès» 
sions de' ce voté étaient contraires aux principes des Torys qui 
refasaient de s'y joindre, la mention de forfaitnre fut omise, et il 
fat finaleQient admis que par sa mauvaise administration et sa fuite 
delà Grande-Bretagne, Jacques avait abdiqué le trône. Je ne puis 
oublier de vous faire remarquer l'égale sagesse des deux grands 
partis dans l'Etat, qui, en s'exprimant d'une manière trop géné- 
rale pour blesser les sentimiens de personne , concouraient à un 
changement si important, sans élever aucune question de théorie 
au moment où la]paix de l'Angletei^ dépendait de Funanimité des 
opinions politiques. 

Le trône étant ainsi déclaré vacant,, la* question importante 
était de savoir jpar qui il devait être rempli. Cette question fut 
vivement débattue. Les Torys consentaient à ce que. le prince 
d'Orange exerçât le souverain pouvoir , mais seulement sous le 
titre de régent. Ilsjne pouvaient supporter l'idée de détrôner un 
roi et d'élire s(m successeur ; ils soutenaient que la mauvaise ad- 
ministration de Jacques ne lui ôtait point son titre de roi , mais 
qu'on devait la considérer comme une espèce de maladie qui 1^ 
rendait incapable d'exercer l'autorité royale. Les Whigs .répon- 
daient que cette doctrine les priverait des avantagés les plus dé- 
sirés de la révolution, puisque, si Jacqpes était considéré comme 
souverain, sous quelques rapports que ce Kit, il pourrait repa- 
raître et redemander le pouvoir, qui est inaliénable des droits 
royaux. Enfin, si Jacques était encore roi, il était évident que son 
fils, qui venait d'être ponduit dans l'étranger afin d'être élevé dans 
lepajÂsme et les doctrines arbitraires, devait être reconnu roi 
après la mort de son père. Ils déclarèrent donc la nécessité de 
choisir un souverain pour occuper le trône vacant. Un troisième 
parti présenta une opinion intermédiaire pour concilier ceux aux- 
quels les objections dont nous venons de parler nfauraient pas 
semblé convenables. Ce parti proposa^ que la couronne fftt con- 
férée à Marie , princesse d'Orange,^ de son propre droit, de laisser 
de côté le jeune prince de Galles, et de jurer fidélité à la fille 
aînée de Jacques comme la plu9 proche j^éritière protestante de la 
couronne. 

19 



3m mSTOIRB IfEOOSSB. 

' <ie prinee ^POruige, ijm ayait écouté ces discnssions, et qid 8id> 
Teillait les MbÉts en sUeiioe , mius avec le plus profond intérêt^ 
assembla un conseil peu nombreux ; composé des chefe, aozqads 
fl fit eonnaitre ses intentions^ 

<^— H ne koulak pas> dit-il, dtseuter sons aucun rapport lesdroitt 
dja paiement an^ais, c'était à Ini seol qu'il appartenait de choisir 
la ferme an gouvernement qui lui conviendrait le mieux , ou qui 
iTaccorderait le plus arec les lots du pays. Mais il jugeait néces- 
saire ^ fes instruire que s'ils désiraient' être gouvernés parmi 
r^ent, il n'en aceepierait pas la charge^ II n'était pas plus dis- 
posé f ajouta-t-il , à gouverner le royaume sous les ordres de sa 
femme , m elle était choisie pour reine. Si ISm on l'autre de ces 
arrangemens était adopté, il déclarait qu'il se regarderait alors 
comme étranger aux affaires de la Grande-Bretagne. — La prin- 
cesse Marie seconda les vues du prince d'Orange^ auquel elle 
montra toujours la plus grande déférence. 

La sagesse et la puissance du prince, et même les secours de ses 
troupes y étaient absolument indispensables à la tranquillité de 
PAngleterre, divisée par deux partis politiques rivaux, qui avaient 
4té forcés de s'unir par la crainte générale que causait la tyrannie 
de Jacques / tnids qui étaient prêts à renouveler leurs dissensions 
au moment où le sentiment de la crainte serait passé. La conven- 
tion fat donc obligée de régler la succession à la couronne suivant 
les désirs du prince. Ainsi la princesse d'Orange et son époox 
forent appelés en même temps au trône. sous les nomsdetjoil- 
laume et de Marie , et il fiât convenu que celui qui survivrait à 
P«utre succéderait à tous les droits de celui qui mourrait 1^ 
premiei*. La princesse Anne de Danema^ck fut nommée pour suc- 
céder à sa sœur et à Sônheau-frère , et les Aroits du fils de Jacqnes 
forent entièrement mis de côté. 

La convention profita de cette occasion fevorahle pour joitidre 
à la fixation de la couronne une déclaration ou biUdes droits ^ dé- 
terminant eniaveur des sujets les droits qui avaient été contestés 
durant les derniers règnes, et elle traça, avec plus d'exactitude 
et de précision qu'on ne Tavait fait jusqu'alors, le cercle des attR* 
butions de Fautorité royale. 

Telle fut cette révolution mémorable qui ; si Ton en excepte 
une escarmoudhe de peu d'importance, décida du sort d'un grand 
royaume sans quMl y ait eu de sang répandu , et dans laquelle 
(exempte peut-être unique dans l'histoire) les chefs desiàctions 



WKTSBÊtS WBtÊL 2tl 

DfarflOet BBiWt de ottié. kora défimoes mutM^lks^t Imr uAoiémté, 
4Êf 9LV9Ù «alflie et sai» patsion , diacolèrent le» gruids wtâcvèts dç. 
la aalkn sêamàmger aàxlmirs ni àcenxde leur purti. La Grando- 
Jtoetagiie datt à la mémoire de celte canveDÛaft on parJwieflfr^ 
l'inappréciable bienfait d'aae coâatîuitioa basée «nr toi pmcâpiiii 
de la iiiiarté ei^ik et reUgîenBe. 



CHAPITRE XXIL 



But dès affaires sn Ecosse àTant la révointion. -^ TeatatiTes de Jacques p«or mettte les Bettssds 
daas «es »iàéték$» ««-L'atRi^ éc«isiiae tefeit l'emlr^tie mareher eoMml' Angleterre» ^ I k faite 
de Jaoqves elle se joiat aa prince d'Oraoge> — Le capitaine Waliace est chassé d'HoIyrood- 
Hoase* '— Assemblée de la convention écossaise. «^ Lotte entre le parti des Wbigs et odni dés 
Jaeokites. -^ Le «inmte de Onode» se Mtire. «»«iié- roi OaillAuiie pëeod pMseasiom da trtot. >** 
'DistriluitioiL des cbaq^es de oonfianoc en Ecosse. — • M. Gaxatani est oonsiiljté confidentieUeineiit 
par le roi Goillaame. 



is4 néceeiké de tons eaqiliqiiar I^ nttnre et letprogràadek té- 
Yolation d'Angleterre, ei^plication sans laquelle il Yoasatitait é^ 
împoBiitfde de^cemprendre ce <qoi se paseait dans la partie sefiten- 
tÂOBale da. royanme, noi)^ a cnlrainéaloia de l^otqet principal de 
cet 4MXTnige. IlainteiiajMl noas allons nous oceuper de ce qm ar- 
msâten Bcosse à l'épefae oà les évènemena qpe noas vetiws de 
lacoiiter ament liea ea Angleterre* 

BkmaawoBs m«ntiaii»é le mécoiilc»fement qui existait en ^M9$e 
parmi k» amis les plas jsélé» du roi T^fnqpe^f en coBséqnenee de 
aeseflinta poar vé vocper le itsh' nous aTOns d^t aussi qae plusieurs 
ftawinea d'Eftar^ et arrocats de la couronne , et même deuo^ on tnûs 
jugea, arajbnt éié dk^mseiés pioiir s'être ^ppi»sés à cette mesure , 
leun placée ayattt'ékédonnées à des eathoUqu^is osàdes presbfté- 
nent» Votts saivzi aasaHue par cette p(»Iitique malsidnrite,. Jacques 
peardb. l'aHeetim de aea aiais. {^pe^rtenanA à réglûse éi>iseopale, 
aaïas' ae eendlier cette de ses aMiens ennemis» les non^-cion- 



Les affaiiwsr en âtaâent. à ee peîiat, larsqu^au mois de sqp- 
«emfcre l>68ft, leroa JaKnpies^wPoya à 90ft«o«seil d^Ecossfs de^dé- 
liaife sar ka ptëporaeife^tti ae faiaakM eMiHcflande pwr fP^v^ir 
r Angktierre. Ba appnMad> oàSLt» akana^te ww /^ « K MM^il 



iin msTmRB vboosse. 

donna l'ordre M& milice de se tenir prête. On manda anx Cheb 
<des hautes terres de préparer lenrs clans ponr se mettre en cam- 
-pagne. Les yassaux de la couronne furent enrégimentés^ et on leur 
fournit des armes ; cestroupesy jointes à l'armée permanente > aa- 
«raiçnt produit des forces considérables. 

Mais Tunanimité des opinions » qui est Famé d'une résistance 
nationale y n'existait pas en Ecosse ; les Ecossais royalistes étaient 
toujours attachés à la couronne et même à la personne de Jacques ; 
malgré les derniers sujets de défiance et de discorde qui avaient en 
lieu entre eux, et le roi, il est probable qu'ils seraient restés fidèles 
à sa cause. Mab les Presbytériens, m^me du parti le pics modéré, 
avaient eu si cruellement à se plaindre de Jacques pendant son 
•propre règne et pendant celui de son frère , qu'il était difficile d'es- 
^rer que quelques* faveurs auxquelles on semblait les admettre, 
parce qu'on ne pouvait décemm(Bnt les exclure de la lolémnce ([ui 
livàit été accordée à Tintention des catholiques , leur feraient ou- 
blier les récentes terreurs de l'orage qu'ils avaient essuyé/ Cepen- 
dant, plusieurs gentilshommes presbytériens* semblaient prêts à 
servir le roi, et obtinrent des grades dans la milice ; mais Té- 
Tènepient prouva que c'était dans le dessein d'agir plus sûrement 
'•contre lui. 

' Le comte de Perth essaya de sonder les sentimensré^deee 
nombreux parti, en s' adressant à lui p^r l'intermédiaire désir Pa- 
trick Murray, gentilhomme qui ne semblait attaché particulière- 
ment à aucune secte,' et qui possédait Testime de toutes. Sir Pa- 
trick s'adressa aux ministres presbytériens qui avaient de Tin- 
Unence, et qui se trouvaient à Edimbourg, leur rappelant les 
faveurs qu'ils avaient depuis peu reçues de la cour, et les priant 
' d'en montrer leur gratitude en conseillant à leurs auditeurs de 
^Vopposer à l'invasion dont le prince d'Orange menaçait l'Angle* 
^ terre. Les ecclésiastiques, reçurent froidement cette ouverture, et 
refusèrent de donner une réponse , jusqu'au moment où il y aurait 
r^^ans la ville un plus grand nombre de leurs frères. Ayant reçu 
-^lus tard des informations qui leur faisaient prévoir les siiiceès dn 
grince d'Orange, ils donnèrent cette réponse à sir Patrick Mor- 
ray, qui la transmit au comte de Perth : -—- Ils reconnaissaient qnç 
' le roi avait été dernièrement l'instrument dont le ciel s'était servi 
pour leur accorder quelques faveurs ; mais ils étaient conyaincos 
que Jacques n'avait a^ ainsi que dans le dessein de détruire la re* 
lïgiou protestante, en semant la dbseuai^n p^unni les diffîreus 



II. 



DEUXIEME SERIE. 293. 

sectaires ; on pointait remarquer que les personnes qu'il ayai^ 
élevées yolontairement aux dignités^ étaient on des catholiques^^ 
ou des hommfes qui paraissaient disposés à le devenir ; et en con-^ 
séquence ils désiraient être excusés pour ne pas donner une ré» 
ponse plus positive , mais ik se conduiraient dans ces évènemens 
comme Dieu le leur inspirerait. 

D'après cette réponse, il était clair que Jacques n'avait rien à 
espérer de la part des Presbytériens. Cependant ils restaient silen- ' 
deux et tranquilles , attendant Tévènement , et comprimés par des 
troupes régulières qui étaient placées dans des lieux convenables 
pour prévenir une insurrection ouverte. 

Le mécontentement des soldats anglais ayant alarmé Jacques et 
fait naître des soupçons , il envoya l'ordre que son armée d'Etosse 
s'assemblât et se dirigeât vers TAngleterre. L'administration 
d'Ecosse répondit que ce serait laisser sans défense les personnes 
qui étaient à la tête du gouvernement, et encourager les mécohtens 
qui penseraient que les affaires du roi étaient désespérées en An- 
gleterre, puisqu'il ne pouvait se dispenser du secours d'une armée 
aussi peu considérable. Le roi répondit à cette remontrance en 
donnant l'ordre positif que l'armée d'Ecosse se dirigeât vers l' An^ 
gleterre. 

Cette petite armée pouvait consister en six on sept mille hommes 
d'excellentes troupes commandées par James Douglas, frère du 
duc de Qneensbèrry, comme général en chef, et par un homme 
plus célèbre, John Graham de Claverhouse, créé récemment vi- 
comte de Dundee, comme ^ajor-général. Le premier favorisait 
secrètement l'entreprise du prince d'Qrange. Le vicomte de 
Dundee, au contraire, était entièrement dévoué à là cause du roi 
Jacques, et rachetait en partie ses cruautés par le mérite bien rare 
d'un attachement sans bornes à un roi qui était abandonné de tous 
ses amis. On dit que la marche fût prolongée par Douglas, de 
peur que la tranquillité de l'armée écossaise ne servît d'exemple 
aux Anglais. Enfin cette armée atteignit Londres. Là le vicomte 
de Dundee réclama l'honneur du commandement , comme le.plus 
ancien major-général. Mais les officiers anglais du même rang, 
soit jalousie nationale, soit parce qu'un chef supérieur aurait pa 
déconcerter leurs plans secrets, refusèrent positivement de servir 
sons le vicomte de Dundee. On assure que s'il avait obtenu le 
commandement , l'intention de Dundee était d'assembler les 
troopes anglaises qui étaient restées fidèles, et à leur tête, ainsi 



2M HISKIBE B 

qu'à cû\b de Parmée éMstaîse» itt marché ooptra h pnnot 
4'Oraage , «t dé ha iÎTffer baUiille. Ilaif ee projel, qui apiaii fiûâfté 
beaucoup df sang, fat décMM^rtépar le nafos desiofficiers ao^^a» 
de combatcre aoiis Pwidee. 

Le roi , loarmenté par seanombpeiiaeaAiMaUHBareiifea.'àffairei^ 
demanda Tayis de ce général expénmeDléft hnive, qui loi ludiifia 
Iroia reaflonrces. I^a prei^ièi« était de lonter Ip sort des arvaea et 
de eombaiire le prinoe d'Orange; la seconde altemadTe était de 
le rece¥.mr amioaleBM^t et de loi demander à connaître aes dei^ 
aeins; la troisième de se retirer enElcosse, so^s la protection de k 
petite armée de ce royaume. On assure que le roi pendiait à mettra 
à exépution ce dernier projet , mais conune il reçut la noaTélle 
que plusieurs pairs et gentilshcmimes d^Ëoosse étaient accecms à 
Londres pour se joindre ai| prince d'Orange, il douta ayec rassoa 
que ce royaume fût un refuge assez sAr. Quelque temps après, il 
apprit qu'on desJiataiUens'd^ Douglas a^aitétégagnépar l'eaprit 
de révolte, et fixait embrassé la cause du prince« 

,Pen de Jours après ee malfieureux événement, Duodee etlfli 
principaux ottoiers qui soutenfdent encore la oause de Jacques nf 
purent Passuraaoe que le rei étâk disposé à hasarder une bataiUei 
et eurent Tordre de lé joindre à Uxbridge , afin de discuter sur lei 
«nouvemens qu'il ftillait adopter. Lorsque les offiders écossais ar- 
rivèrent dans la ville qu'on l^ur avait indiquée^ au lien de trouver 
ie roi ils appri|*eiit que le monarque, nuil conseillé, avait pris la 
4Ûte, .et ils reçurent Tordre fatal de licencier leurs troupes. Dondeei 
Uifi LioUtbgow e^ lord Dunraore versèrent des larmes de dooléoi^ 
fl d'humiliation. B^^upplus de sârcté, Dundee réaidut deeoaeervsr 
$fi» troupes jusqu'à œ qu^ les eût reconduites eà Ecosse. Dans 
^te intention, il prit ses quartiers à Watford^ comptant ooub 
mencer sa retraite dans \% matinée suivante. Le peuf^ de la villa 
dba Watjbrd, qui n'aiçialt p|is la société de ces ^oldatadu nord, fit 
pendant la nuit courir le bruit que le prinee d'Orange allait venif 
les attaquer, espérant les effrayer par cette fausse alanne, et kl 
forcée à quitteir bi place plus promptement qu'ils n'en avaîem le 
dessein. Mris Dundee n'était point un homme qu'on effiraysât si 
facilement, À la grande surprise'des citoyens, fl ordonna asx trem» 
peltiBS Rappeler aux armes, et s'emparant d^ne forte posîtîan 
hors de la ville, il envoya en reconnaissance, afin de savoir qn^es 
étaient ks intentions du prince d'Ckimge. Ainsi le stratagème de» 
lAfaitiatt de Watfioid paproduiûtquek diaoeqdi'uM))^^ 



MBXHam smat. m 

de leur vilUi, çii es aurait ppobdbieaMUt beaneetf seofiovt i de 
yielcpié eôté qo'eût tourné la victoire» 

Mais le prince d'Orange connaû^tbimi le caraetèrede DiM»Ato> 
Ce dernier avunt fait ses premières campagnes sens le prinee^ et 
a^ait mérité d'en étredistingnéi non-eeulement par la manière hA- 
neral>le dont il remplissait ses deyolrSi mais aussi parce <|He 
Guillaume hû a¥aûr du soa salut à la bataille de Senef, en 1S74; 
où Dundee lui ayait donné son propre dieyai au mraieiit oà le 
aien fut tué sous lui. Dandee avait quitté le service de HeUaM^e 
parce qu'il n'avait point obtenu un régiment sur lequd il complaît. 

Connaissant donc le ooerageet l'obstiBaiiou du commandant 
écossais , le prince d'Orange pnt le parti d'assurer le vicomte de 
Dundee qu'il n^avait pas le moius du monde l'intention de l'in- 
quiéter, et qu'ajaat appris qu'il était à Watford et nf'avait peittt 
licencié ses troupes^ il démaitqu^il restât danacette viHe^j^sqiifà 
ee qu'il eût de nouveaux ordres. Lorsque la iMMiveUe du retour du 
roi à Londres fut connue» Dundee partit pour recevoir tes ordres 
de son ancien mahre . et l'assurer de son inaltérable attaebeme&jt. 
On dit qu'il ofïrit encore de rassembler les troupes dispersées et 
de teater le sort de la guerre» Mais le courage de Jacques était 
trop abattu pour courir de tels hasards. 

Lorsque Jacques se retira en France et que la convention éleva 
sur le trône le prince et la princesse d'Orange , Dundee refiisa de 
garder le commandement plus longtemps; il se retira en Ecosse à 
à la tête d'un corps de trente ou quarante hommes de cavalerie 
qui ne voulurent pas le quitter, et sans la protection descpels îi 
n'aurait peut-être pas traversé avec sûreté les difiérens cernés 
du sud et de l'ouest où il avaitcomnûs de si nombreuses cruautés. 
Li'armée écossaise » ovdu moins les restes de l'armée far«ftt mis 
seiiis k& ordres du général Mac^Ka j ^ officier atUebé au roi G«il- 
lanme ; les soldats se trouvèrent ainsi an service du niveau mo-^ 
Barque y qi^oique beaucoup d'entre euxquittasseal avec regret 
eekû de leur ancien maître. 

A cette ^oqfie la révolution s^effectua en Ecosse y mais ncm pas 
avee. autant d'nnaninîté cp'en Angleterre ; au cx)n£raire^ les épi- 
seopauXy dans tout le royaume , malgré le» injwtices dont fls 
Afvaieni été/victimes» ne purent se décider à apprenvw'lespre^s 
Gpntrnirea aux intérêts de Jac<pies, et ils auraient piPobaUement 
Sris les armes' en sa £ivear ^ s'il y awt eu quelqa^ » Boô«0e 
eafable d'élever et de «oeteak le baanièr«kdfime«M^Q vàkL^ 



296 mSTOIRÈ D'BCOSSE. 

Les prélats écossais, particalièrémentyse hâtèrent démontrer que 
daps cet excès des infortunés de Jacqaes ils oubliaient les méponten- 
temen&i qne ce roi leur avait causés, et retournaient aux principes 
d'obéissance passive qui avaient toujours distingué leur Eglise. Le 
3 novembre tons les évéques , excepté ceux d'Argyle et de Caith- 
nessy signèrent une lettre adressée au roi, l'assurant de leur in- 
altérable attachement , promettant de tout entreprendre pour rap- 
peler à son peuple la fidélité inébranlable qui lui était dae, et 
priant que le ciel donnât au monarque le cœur de tous ses sujets 
et la t^te de ses ennemis. 

Mais l'état sans défense dans lequel lé gouvernement écossais 
avait été laissé après le départ de Douglas et de Dundee pour TAn- 
gleterre, à la tête de troupes régutières, rendit inutile la bonne 
intention des évèques. On s'aperçut bientôt que les Presbytériens 
écossais étaient déterminés à profiter d'une occasion pour laquelle 
^eurs chefs se préparaient depuis long-temps. Les comités de Glen- 
caim , Crawford, Dundonald et Tarras, et plusieurs autres pe^ 
sonhages de distinction , encourageaient le soulèvement des Pres- 
bytériens, qui prenaient lesarmes à la hâte et se montraient, dans 
différentes parties delà contrée, en opposition ouverte avec le gou- 
vernement. 

Ces forces, peu dangereuses, auraient pu être détruites parles 
milices, mais une intrigue du comte d'Athole , que sa liaison ayec 
le comte de Derby avait admis daiis les secrets de la révolution, 
priva les partisans du roi Jacques de ce secours. Lord Tarbat par- 
tagea les sentimens d'Athole, et étant tous les deux membres d|i 
couseii privé , ils trouvèrent l'occasion d'e^tuer leurs desseins. 
Lor&que la nouvelle du licenciement de l'armée du roi Jacques 
parvint en Ecosse, puis celle que le roi lui-même avait pris h 
fuite/ ct« deux seigneurs persuadèrent an chancelier Perth et anx 
catholiques on zélés jacobites du conseil privé, que n'ayant plush 
chance de Comporter par la force des armes , à était de leur de- 
voir de congédier la milice, parce que, son assistance n'étant plus 
utile, son entretien devenait un fardeau pour le pays. 

Le comte de Perth , peut-être par timidité , se laissa persuader 
de se prêter à cette mesure , et aussitôt qu'il eut ct)ngédié la mi- 
lice , sa dernière protection armée , ses collègues lui firent corn* 
prendre que , comme papiste , âl était inhabile, suivant les lois , a 
exercer quelque charge ptd)lique , et qu'ils ne se croyaient pas en 
sûreté en siégeant et en votant avec lui comme membre du gou* 



DBUXIBBOB SKRK; 297 

yemement. Tandis que les protestans, jadis les eoQègaes soumis 
da comte de Pertb» semblaient étiter ce seigneur conune s^il eût 
été attaqué de la peste , la populace battit le tambour dans les 
mes, le proclama traître et mit sa tête à prix. Le comte de Pcrth 
n'eut pas le courage de mépriser cette menace ; il s'échappa de la 
capitale dans le dessein de s'enfuir au*delàdes mers. Mais, pour- 
suiyi par des barques armées, il fut pris, et retenu prisoipmer pen- 
dant plus de quatre ans. 

A cette même époque un acte de violence eut lieu à Edimbourg r 
Holyrood-House, l'ancien palais des ancêtres de Jacques, et sa de- 
meure quand il était en Ecosse, avait été réparé avec splendeur 
lorsqu'il monta sur le trône ; mais c'était dans ses murs .qu'il avait 
établi sa chapelle royale pour le service catholique et un sémi^ 
naire de Jésuites, institution qui, sons prétexte d'enseigner gratis 
le latin et les antres branches de l'éducation , était établie dans le 
dessein de faire des prosélytes. On avait aussi créé à Holyrood- 
House une imprimée ; il en était sorti des discours polémiques 
en faveur de la religion catholique et plusieurs ouvrages littéraires 
sur le même sujet. Le palais et s«s habitans étaient t r ces raisom 
odieux aux Presbytériens, qui commençaient à prendre le dessus* 

La même bande, composée de gens de la lie du peuple, "d'aji- 
prentis et autres , dont l'apparence avait effirayé le chancelier et 
l'avait chassé de la ville, continuai^ à se promener ^ans les rues , 
battant le tambour, jusqu'au moment où, se confiant dans leur 
nombre , ces misérables prirent la résolution d'attaquer le palais 
dans lequel il y avait en garnison une compagnie de soldats xom- 
mandée par un ca^taine nommé Wallace. 

Comme la populace serrait de trop près les sentinelles de cet offi- 
cier , il ordonna à la fin à ses soldats de faire feu , et plusieurs des 
insurgés fprent tués. Aussitôt il s'éleva dans la ville un. cri géné- 
ral que Wallace et' ses troupes massacriiient les habitans. PlusieuBS 
citoyens s'adressèrent au comte d'Athole et à ses collègues, risste 
du conseil privé , et Obtinrent un ordre pour la reddition du palais^ 
et' un antre ordre qui intimait aux hérauts du roi de s'y rendre 
dans leurs habits officiels, et de proclamer les volontés du conseil 
privé. La garde de la ville d'Edimbpnrg reçut l'avis de se tenir 
prête pour faire exécuter ces ordres. Les bourgeois prirent aussi 
les armes, et le prévôt et les magistrats, avec un grand nombre 
de personnes de condition , suivirent la foule pour faire preuve de 
bonne volonté. Quelques-uns des ces volontaires agir^at un pcai 



2M BHRilfRB II9KÛ8SE. 

tpntirglBM |r<j p ttl i t i ù BuIi)rd M ii ff iî^ 

4fe scBflioBr qni p«i «^arayant aTak été fvomii|«r Jfatcqiiâfry an 
KomeKtoùi|os |roî distrilmait égafaMeni ses favaara eoice les pa- 
pistes et hs pnrkaios , aCtiraît pattkiilièreaient L'attmitiQa pur la 
eMigniaritéde^san aocaRMnemeBt. UayaU aatoocda corpa-unceift- 
CnnNi de peaa.clft buffle ^ large cfeawon eiaq povcea; il. pertaît 
■nehaUeburde à la weàm^ eis'îLfaat eaerûreleS'yeiuLd'iui téomn 
jacobite, a il était aassi ivre qu'avaient pale seadcaTide et L'ean- 
de-yie qu'il ayak buestir. 

A rq)prwke d^ celte leei^M Bsékagée d'assiégaans ,. WaUaoer, 
an. lica de rester sar les cvéïieaiix et dans lea tsavs do palais-, 
nagea impradwaniim sea gens dans une cour ouverte q« était 
deyanu le bâtimant. Il r^aaade se rendre ^ parée <pie l'ordre qu'Q 
veceyait n'étak signé <pie par une faible partie des memk*es fû 
eomposaient le eensdl privé. Des défila furent échangés de côté et 
#aBtre ; le (cq conmeniça, et la plupart des velontaires se réfa- 
gièrent e& Ueu de sûreté , laissuAt le capitaine W.allaeeçt lemsypr 
des. gardes de. la cité décider FaiEEaire suivant les règles de la stra- 
t^ie. Le derniur sa montra par hasard meilleur soldat , car 
ajant découvert un db^nia fui conduisait dans le pAlais , il atta- 
qua Wallace anr ses derrières, tandis que les aatrea assail- 
laus le chargeaieait eu .fceut.» Le palais lut 6mporl)é d'ass»Bt; la 
populace se pennt tons lese^èsy comme: on dev^a'y attendre, 
ferkant, brAtaut et détruisant., uon*âeukment ce ipù sqppartoiait 
an service eatholtfuev puais tous les omemenaderla chapelle; 
enfin , se frayant ua chemitt; jusque dona les s^ullures royales, 
elle arracha de leur tombeaales oadavpeades anciaM roi d'Ecosse. 
CSessmoanmena, à la homie du gouvemement anglaisir ne fcirent 
fermés: qu'il y a dix ou douzeans; avanâ eette ^paquet, ces tristes 
*!estes de la vdyauté^ e]q>eséâ à la lumière^, faisaient paifUe des ob- 
jetsqu'oboffiraiiiilaeuriosî^ des étrango» quivisîtatent le.palais. 

Cette révolte ^ fuidécidaentièiemaitla supéripriilifidea Presby- 
tériens , eut lieuf le 10 décembre 1688w Les maisons des diftéreas 
papistes, qui' habitaient pBmcipakmeBft dans la Canongtate» fureat 
pfllées , kâ oathoKquea kisahés et leurs proj^iétés ravagées^^Mais 
la populace se cententa de brMer et de détruire, ce qn'ele eensi- 
dérait comme appartenani: sbul catholiques et auxi papîsfte»^ saas 
im< dénd>«: peur son panure ii»age« 

Cbaàlepeur IstpreftestaufiiaaiefnteitfreieBii par ums fanaaera- 
HWuv qufune aruwede.eaihQfiques ïriaiidai»anycât débarqué datfs 



Vma^A^ <t qrfflUe hrMwà y-ydait et Inaît tMttce^iiaeraBciiMlFaxti 
s^ar JHM fMiafe» Oa «Uak jusqu'à dke qs'dle étaii jMorfeiuie.à 
DsmfriB». IIb n^iipiet ai— Mahte «fak prodcât beaaccNip d'eflet 
anr Fissjprit AeiJ^i^aifty tancUs «pe kf prisée 4'Oraiige avançak 
TC^ la capitale. Eu Ecosse, ce fqi aa lignai général pour les 
'Pt99kjténm& i» oonm ans annes* Une fins astaenddés » il$ traa- 
-rcreiy;. eue owfSfttàtm. actîfé (et partknlièjreflMnt lea Caméra* 
miNia) à elfeasser des paroisses les laesibrés do ejergé ëpiacopaL 
P^nr procéAer amir qiidb|iicsfi)nBesappareiiAe&y le&PreskytérienSi 
dma presque tana les eaa, «oinoamoèFent; par a¥ertÀr les cures 
^|âsftf^a:ii qa'il faHakf nkler valonlairemftni kars Cg^sfâ , ou ea 
^e çhasaés de force. 

Laa iMMMHmfidrmistea anaés avaienl; été , poar nous servir de 
knr jpropre lAngage^ t^ pen^nt près de vingt ana^proscriu , pri- 
féa de leuro bièMa» crueUement eppriniés.i livrés à la boocherie 
CQmlae déa mgiitana/ trailiés^ de anspecta, privési d'abri oA de 
aeeows> de eanaalation , de société» chassés comme dea animanz 
«ft tnéa dana laa chra^pa, emprisonnés » ti^rtnrés, eséeutés, ou 
hàvam et ^«eadoa oemne ejpeïaves 1 & et comme la plupart d'entre 
eux avouaient les mêmes principes qoe een& qui avaient fait agir 
fea Bwnrtriera de l'archevêque Sbarpe,. on aurait pu craindre 
fOA de sangbuiaearap^ésaiQe&n'ettsfiant lien, au moment où les 
QfHMonfonnistea a^mnt le pouvoir en main. Cependant il faut 
oea^Tonir qpe çea fiiraueliea Caméconiena ne fareot pa& positive* 
Wait craels. Ha chfsasàfcat les curés qui leur étaient odieux » avec 
dea-aoclâmaliava detrie—phe^ déckirèrent leur robe» et le&fiorcà» 
rfat quelquefiMia «temardier daiia lùie procevion dérisoi^rei jpa- 
qii'Saux UmîU» dct la; paroiase. Ik pillèrent les cluqieUes p^rtica« 
lières.dea cat holique »» et déiruisiEent tout ce qui appartenait à 
htm vdifiasii. masaila ne mem^rent ajucun déisir de vengeàneu 
personnelle, etj'ai.Uen de cvoiiro qn'ancundeaefifilé^aMkpies qui 
inrafii aiiMi abaâaéa daoa ee méaiovaUe. mois dadécemt»cel6&8, 
W. lut t«é au* blessé de^^aDg^froîd^ 

Ce lumulteaft aérait ékendu ^uscpà'à Edimbourg » maia le. collège 
de juatieej; Mm aaiwkqugl w comprend tesidifférens corpadela 
SB^sfeinaase4alacapiMde> pritlea «rmas pour nmntenxr la tran* 
qniilité psbfiquo/ et réaifller aux. GauiéBaniens» s'ils avaient l'ia? 
Mitnmv oommaon leauppasaît, dfeatrer dajaa.la ville;, car ila ma* 
imcàicqidft»<i kwt^tgîeé4l>a.dei^ 



• •■«.♦. 



; ) 



300 msToms d'bgossh. 

et d'un second soaJUvemeiu des Whigamores. Cette espèce de 
garde civique les empêcha effectivement d'avancer ; mais an mo- 
ment où le prince d'Orange prit le maniement des iiffaires publi- 
ques, supposant que cette garde ne lui ^tait pas favorable, il la 
licencia par une proclamation. 

On peut dire que jusqu'à ce moment l'Ecosse fut sans gouverne- 
ment ; comme alors tout projet de guerre semblait impossible , les 
gens de tous les partis se rendirent précipitamment à Londres; 
lieu oiirlesort du royaume allait être définitivement fixé. Le prince 
d'Orange recommanda aux Ecossais les mêmes mesures qui avaient 
été adoptées |k>ur T Angleterre, et une convention des Etats écos- 
sais fut convoquée pour avoir lieu dans le mois de mars 1689; 
L'intervalle qui s'écoula jusqu'à cette époque fut employé à se 
préparer aux débats politiques. l«e parti des épiscopaux restait 
dévoué au dernier roi ; il eût conservé une supériorité parmi la 
noblesse, si l'on eût permis aux évêques de conserver leurs sièges 
à la convention ; mais parmi les membres des comtés , et surtout 
parmi les représentans des bourgs, la grande majorité était du 
c&té des Whigs ou Williamites , comme on commençait à appeler 
les partisans du prince d'Orange. 

Si l'on faisait usage de la force armée , les jacobites comptaient 
sur la fidélité du duc de Gordon , qui était gouverneur du château 
d'Edimbourg, sur rattachement des clans des hautes terres, etsdr 
Pinfluènce féodale des nobles et des seigneurs du nord. Les Whigs 
pouvaient s'appuyer des forces de cinq comtés de l'ouest, outre une 
grande partie de ceux du sud. La même faction avait aussi de son 
cêté lestalens et l'habileté deDalrymple, de Fletcber, et d'autres 
talens politiques, bien supérieurs à ceux que possédaient lesTo- 
rys. Mais si les deux partis en venaient à une rupture ouverte, les 
Whigs n'avaient aucun homme d'une réputation militaire à oppo- 
ser aux talens redoutables de Dundee. 

Le roi exilé ayant ordonné à ses partisans de se pr^nter à la 
convention, et, si cela était possible, de. s'y assurer une majorité, 
Dundee parut dans la ville avec nne suite de soixante hommes de 
cavalerie, dont la plupart avaient anciennement servi sons loi; 
De leur cAté , les Whigs firent venir secrètement dans la viUe les 
Caméroniens armés, qu'ils cachèrent dans les 'greniers et dans 
les caves jusqu'au moment où il serait utile qu'ils parussent en 
armes. Ces préparatifs de violence montrèrent combien la police 



DEUXIKMB SKRIE. 80f 

/d'Scosse était inférieure à celle d'Angleterre , puisque les grandes 
mesures politiques qtii furent débattues avec calme et adoptées 
avec délibération dans la conyention d'Angleterre, devaient en 
Ecosse être décidées par Tépée. 

Cependant, malgré ces circonstances de mauyais présage, la 
ep^yention s'assembla tranquillement. La ville était remplie par 
4enx factions armées^ jusqu'à ce moment distinguées par les noms 
^4e Persécuteurs et Opprimés, et dévorées de haine l'une contre 
J'aotre. Les canons du château, sur les rochers élevés où il est 
situé, étaient prêts à lancer leur tonnerre sur la ville. Au milieu 
de ces alarmes, les pairs et les députés d'Ecosse devaient décider 
sur le sort du royaume. 

Chaque parti avait les motifs les plqs pnissans pour désirer de 
remporter la victoire. Les Cavaliers ou Jacobites, appartenant 
presque tous par leur naissance à l'aristocratie, oubliaient les er- 
reurs de Jaoqueset ne. voyaient plus que ses malheurs, et, dans 
leur indulgence, ils attribuaient les premières à des prêtres di'une 
dévotion mal éclairée , ou à des conseillers ambitieux , par les- 
quels ils étaient obligés de convenir que le roi s'était laissé guider. 
Ils voyaient dans leur monarque déjà âgé, le fils d'un martyr vé- 
néré, Charles P% dont la mémoire leur était si chère, et le des- 
. cendant de cent princes qiii avaient occupé le trône d'Ecosse pen- 
. dant six siècles, suivant la croyance populaire, et sous lesquek 
. leurs ancêtres avaient acquis leur fortune , leurs titres et leur 
. gloire. Jacques lui-même , malgré les erreurs politiques de son 
règne, s'était attaché personneilemient une grande partie.de la 
noblesse et de la haute bourgeoisie d^Ecosse , qi^i le regrettait 
comme un ami aussi bien que comme un souverain, et se rappe- 
.lait la familiarité qu'il mêlait quelquefois à sa politesse superbe, 
et les faveurs que plusieurs avaient reçues de] lui. La compassion 
, due à la majesté déchue s'augmentait lorsqu'on considérait que 
. Jacques avait été détrôné afin, que le prince et la princesse d'O- 
range, son gendt-e et sa propre fille, pussent être mis à sa place, 
. intrigue trop contraire aux sentimens de la, nattire pour ne pas 
inspirer quelque répugnance. Outre ces raisons, les Cavaliers 
. étaient; généralement attachés à la religion^épisoopale et à la con- 
. stitution d'une Eglise dont les membres soutenaient avec dignité 
. les^ ordres sacrés sans s'ingérçr dans les èecrets des familles , 
CiHnme pn le reprochait auj^ Presbytériens. Par-dessus tout, les 
Jacobites sentaient qu'ils perdraient Içur pouvoir et leur ipfli^^ce 



n 



30Ji RISfOIRB D^EGOSSB. 

arec là èbirte de Jaccpes , qu'ils ne seraient pins tphÊùe^Utitàim 

hnmifiée et coinprimée, dans le royaume qaHIs srnôe&t goii ft rmé; 

enfin qn'ib seraient ha'fs en mémoire da passé , etsnspecnae^totf 

ce qni concernerait Favenir. 
Les Whigs, avec des espérances pfais fondées te saoeès, a^vwient 

anssi des motiCi plus urgens de maintenir levr «âon pcriittqae. Ik 
récapitalaiént les crimes et les errenrs de iaeqves, et rqetrâoi 
comme absarde Tespoir qne celui qdi aurait tant'seuilert êans sa 
jeunesse et dans son âge imâr pût derenir plas sage par le mat 
Iienr. La bigoterie et un amour extràTagant et isvé^ré du pou- 
voir étaient, disaient-ils, des penehans qui augmentaient ayec 
rage, 'et sa religion , qui lui permettrait d'entrer dans un engage- 
ment auquel l'obligerait la nécessité, le dispenserait également de 
le tenir, et même lui ferait un mérite de n'obserrer aucune benne 
foi avec des hérétiques. La crise présente, ajoutlôent-iis ftrec jus- 
tice, leur offrait une beurense occasion démettre tn terne à ees 
Tiolentes usurpations sur leurs fibertés et sur leurs propriétés, 
dont FEcosse se plaignait depuis si long-temps; et ce serait pfais 
que de la folie de sacrifier les droits et les Ift^rtés d'un peuplé à h 
vénération attachée à une longue suite de princes, kâ^sque leur 
représentant avait oublié le titre en vertu duquel 11 tnceupait le 
trône de ses pères. La religion presbytéritsine, en mtSme temps 
qu'elle possédait un pouvoir vivifiant sur les cœurs et sur les con- 
sciences de ses partisans , avait aussi tm caractère particifière- 
ment favorable s^ la liberté, et ccmvenable àifn pays pauvre comme 
FEcosse, peu capable de pourvoir à ta splendeur des évéques et 
dies dignitaires. Une grande partie du peuple s'était montra atta:- 
diée à cette religion , et disposée à se soumettre à tous les maux 
et à la mort même , plutôt que de se conformeran culte ^îsqopal; 
il était donc juste que ce peuplé eflt la permission d*ad6rer Bien 
comme sa conscience le lui ordonnait. Le caractëre-^de-GuiBaume 
donnait à ses partisans dans la convention les raisons les.phiâ con- 
vaincantes, n s'était distingué particulièrement depuis sa jeunesse 
comme le ehampioif de Ik liberté publique, pour laqfueRe son zèle 
était si grand qu'il surpassait soti ambition perso nnel le. Il avait 
fait preuve dé tolérance en apaisant les guerres civfles ; son atta- 
chement à la vérité et à l'honneur avait résisté àlatentation d'aug- 
menter son pouvoir» que te désordre qui régnait dans les royaumes 
de la'Gi'ande-Bretagne aurait pu ofbir à on prince ambitieux, 
la convention écossaise s'assenâila , toute préoccupée de ees 



SBEBL MA 

AKMrffltes imisidéraiMM. I4i pre^^ discussion ^am fiev sur 1% 
iioBiÛMrtÎ0ii*d^8n prérideiity et il est à remarquer que les deux pci> 
Us rifTiMX&reB«;«lieix4e eaii£d«ts aaxqiieb ils ne poinnd«M; se 
fier eomne à de ftdèks partisuis. Le iii«rcpns d'Athole fat proposé 
par les Jaeohites, Ters le parti desquels il penchait alors , après 
aTeîr jMéyOonme je vovsl'aidéBMMitréy le priaeipal râle Iwsqae 
PadnnaktratkMi f«t ohangés, et ié «haaœlier du rai , Ip comte de 
Penh, ^assé^'Ëdimbeorg. Les WkîgSy a»si embarrassés pocr 
trouver ui «andidat irréprochable , cboôsirent le clac dflamihoil ; 
mais sa «enèsite fat dans la aaite li indécise et si doateose^^'ils 
serepemire&tpliis d'onefoiséelenrclioix. 

Le dae d'Hamilten obtint la présidence à «ne majorée de qrâize 
Toix; cette majorité , ^oiqne pea considéndiiey assarait layic- 
toire aux Whi^, qm, comme il est ordinaire en pareils cas, forent 
aassitftt joints par tons eeax^pe leur timidilé on 4^s considéra* 
tiens p«rs<miLeUes arsîéat tenus à l'écart jdsqa'àa moment oft 
Ms pourraient déeonmr qvel était le c6té le pins sâr éa soccès. 
LamiijoriCéées Wfaiçs s'augmentait à chaqae question qvi fut dis* 
eutée, Undis qàie les Jacobites ne virent bientte pins d'autre moyen 
pour soutenir leur cause que d'uswde qadqne ressource violent 
et désespérée. Celui qui se présenta le prenner à leur pensée fut 
de persuader an duc de Gordon , gouverneur du château, de tirer 
sur la viBe , et d^en chasser la convention y dans laquelle leurs e» 
ncBiis éMdcnt tout^puissans. lyan autre cftté, la convention somuMi 
le duc de rendre la place » sous pmie de haute trahison . 

La posiUoa du duc était difficile. Le château était fort , mais 
mal apprstisionné ; la giffuison n'était pas suffisante, et la fi- 
délité de plusiears'soldats était douteuse. Gomme toutes les places 
fortes du royaume s'étaimt rendues , le duc, en refusant de livr«r 
le château y pouvait attirer sur lui seul la vengeance du parti 
triomphant ; il était donc incertain sur la conduite qu'il devait te» 
nîTy lorsque les comtes de Lotfaian et de Tweéddale vinrent lui 
demaoïd^ de poser les amtes^ an nom de la convention. H proÉnit 
d'akM^ d'j consentir, s^il obtenait une amnistie pour lui et pour 
ses amis ; mais le vicomte de Dundee ayant pénétré dans le èfafr- 
teau avant qae le trailé ttt conclu , parvint à inspirer au duc une 
partiedeson propre courage ; et lorsque les commissaires vinrenit 
savoir quels étaient les urais pour lesquels il demandait une am- 
nistie, le due répendli^i présentant une liste de tous les clans des 
hautes terres» 4CietteuetieB'élMt reguriée-eomme-une iasiâtee^ las 



804 mSTOIRB D'ECOSSE. 

deux, comtes reyinrent si indignés, qu'ils parent à peine trouTer 

des termes pour faire à la coilyention le récit de lear message.. 

Bientôt après , le dac de Gordon fat sommé solennellement, par 
deax héraatSj dans lears habits de cérémonie^ de rendre la place, 
et ils paUièrentane proclamation défendant à chacun de Tappro* 
cher ou de lui donneriassistance, tant qu'il resterait réfractaire. 
Le duc pria les hérauts d'infprmer la convention qu'il possédaitle 
commandement du château par un ordre de leur maître conmiim, 
et leur donnant quelque argent pour boire à la santé de Jacques, 
il leur fit obseryer que lorsqu'ils venaient déclarer traîtres de 
fidèles sujets , avec les habits du roi sur le dos, ils devaient au 
moins par décence les retourner. 

. Mais quoique Dundee eût été capable de persuader au dac de 
soutenir un siège , il ne put obtenir qu'il tirât sur la ville , cruauté 
odieuse , qui eût certainement attiré sur Gordon la haine générale, 
sans produire le résultat que Dundee désirait , celui de chasser la 
convention hors de la ville. Ce projet ayant manqué i les Jacobites 
en conçurent ub antre , qui était de rompre ouvertement avec 1^ 
Whigs y et d'assembler une convention rivale à Stirling. Dans ce 
dessçin., les Jacobites proposèrent an comte de Mar, gouverneoi 
héréditaire du châte&u de Stirling , de se joindre à eux , afin d'être 
protégés par la forteresse, et au comte d'Athole de venir à leni 
secours avec un corps de montagnards. Ces deux seigneurs ap- 
prouvèrent ce plan , mais lorsqu'il fut sur le point d'être exécuté , . 
le courage sembla les abandonner, et le projet fut ajourné. 

Pendantque les affaires des Jacobites étaient dans cet état, Don* 
dee , désespéré de l'indécision de ses amis et du triomphe de ses 
ennemis , résolut de ne pas rester plus longtemps inactif. Il parut 
-subitement au milieu de la convention , et se plaignit d'un complot 
formé pour l'assassiner, ainsi que sir George Mackenzie, l'ancien 
avocat du roi, accusation qpi ne manquait pas de probabilités, 
puisque la ville étaitremplie de Gaméroniens armés, qui avaiept 
autant souffert des poursuites judiciaires de l'avocat que des vio- 
lences militaires du soldats Dundee demanda que tous les étran- 
^rs fassent éloignés de la ville, et lorsqu'on lui répondit qu'on 
4ie pouvait le faire sans mettre la convention à la merci du papiste 
iduc de Gordon et de sa garnison , il quitta l'assemblée indigné , et 
.retournant à sa demeure, il prit aussitôt les armes, et monta à 
cheval, suivi de cinquante ou jsoixante hommes armés. La ville 
lut abuwée à la vue de cette cavalcade inatt^duç, et si redou- 



^ DEUXIEME SERIE. 805 

table par le caractère actif et rësola de soii chef. Les membres de 
la convention, épronvant on prétendant éprouyer des craintes 
personnelles , ordonnèrent de fermer les portes de la salle , et^de 
mettre les clefs sur la table. An même moment k tambonr appela 
aux armes 9 et les bandes des habitans de Pouest qui ëtaieût 
cachées dans les caves et dans les greniers parurent dans les rues 
avec leurs armes préparées, et montrant par leurs gestes , leur 
langage etleurs regards , les espérances de la yengeance qu'ils 
attendaient depuis si long-temps. 

An moment où ces choses se passaient , Dfandee, à la yue de se^ 
amis comme de ses ennemis , sortait à loisir de la yillé , par l'allée 
appelée Leith-Wynde , et continua sa' route le long des rives sep- 
tentrionales du Loch-North, ou la nouvelle ville d'Edimbourg est 
maintenant située. De là , tournant vers le côté occidental du châ* 
tean , il demanda une conférence au duc dé Gordon , ^au pied des 
murs , et dans ce dessein escalada le roc esciœpé sur lequel la for- 
teresse est bâtie. Suivant ce que l'on a pu savoir. Dundee conseilla 
an duc de garder le château maigrie tous les périls , et' loi promit 
un pron^pt secours. " 

La population d'Edimbourg, témoin de cette entrevue extraor- 
dinaire, en conclut que le duc allait faire tirer sur la ville les 
canons du château , tandis que les Jacobites , membres de la con- 
vention , se trouvant sans armes et enfermés au milieu de leurs 
ennemis politiques , craignaient d'être massacrés par les Whigs. 
Les membres de la convention, pendant leur alarme, envoyèrent 
le major Buntine, avec quelques Hommes, à la poursuite de 
Dundee pour le faire prisonnier. Cet officier atteignit promptement 
le vicomte , et lui donna connaissance de sa commission ; Dundee 
daigna seulement lui répondre que s'il osait tenter d'exécuter ses 
ordres , il le renverrait àla convention dans une paire de couver- 
tares. Buntîne comprit ce que signifiait cette menace, et laissant 
passer le redoutable commandant et sa troupe , retourna tranqtn}" 
lement dans la ville. Dandee s'avança vers Stirling"; et, en con- 
séquence de son départ, les autres amis du roi Jacques quittèrent 
Edimbourg et se hâtèrent de retourner Chez eux. 

Aussitôt que cette scène extraordinaire fiit terminée , la con- 
vention , alors délivrée de la présence des Jacobites , résolut de 
lever des troopes pour se défendre, et pour réduire le château. 
Les Caméronîens étaient tous armés, et l'on ne pouvait douter de 
leurs sentimens ; on leur proposa de former un régiment de deux 

ao 



kâtàiHoM 9 êWàH le ^cinmaïuiegient du Donte d'Angiu , âis aîné du 
Biarqns dé DovglM, geatilbomiiie fui pbsjiédait.deft talejQs. niili* 
tairesi et qiii servirait comiiie colonel , tandis que William det 
kmd serait nominé lieutenan^oolonel. Ce dernier avait été und^ 
eommandans à I^romoiog ; il était brave gentiihemme , poète mé» 
diecre ^et plus homme du monde ^e la pkyMirt dei:eax .^ apfMtfw 
tenaient à la^ême secte que loL 

Qaek[aes-ans desrigid^ Govenantaires pensaientxpie ceux q^à 
partageaient lenrs principes n'avaient pas la liberté (pour nue 
aervir de leurs propres expressions) de s'assembler pour la défense 
d'utie'oonvention dont la plupart des membres , possédant en même 
tenqw des places^ et du pouvoir sous le nouveau -Fègae , aidaient 
trempé dans les violentes mesures de Jacques , d'autant plua qu'iU 
a^vaient négligé jusqu'alors de faire revivre les obligations du Go- 
venant. Mais la série d'évènemens extraordinaires et imprévus qui 
avaient appelé les Caméroniens armés pour défendre une ville ou 
ils ne p<Ni valent paraître que secrètement , à moins que ce ne fût 
ponr être Coiiduits à la mort /leur semblait si évidemment un mi- 
racle de la Providence en leur faveur, que s'alj^andonnant pour 
cette fois aux inspirations du sens commun , il» consentirent à oon- 
•aidérec l'association militaire qu'on leur proposait tomme une 
mesure nécessaire et prudente. Ils déclarèrent seulement que leur 
régiment ne serait point commandé par des officiels qui auraient 
dçnné des preuves d'attachement au papisme y à la ppélalure et à 
la Malignance. lU stipulèrent aussi qu'il y aurait un service divin 
public et régulier, et que les conversations irréligieuses seraient 
punies sévèrement, ainsi que les juremens et les débauches ift 
toute espèce. Leur disci[dine ayant été établie, autant que po^ 
sible^ suivant leurs goûta, onlQva dix-huit cents hommes; ils 
marchèrent aussitôt sur Edimbourg , et furent chargés de défendre 
la convention et de bloquer la garnison du château. 
. Les Caméroniens furent néanmoins appuyés par des troupes 
plus propres à une semblable tâche, c'est-à<dire parune partie de 
Tarmée régulière envoyée en Ecosse par le roi Jacques pour 
donner à son parti'dans ce royaume une supériorité décidée, ûa 
dressa des batteries contre le château,et l'on ouvrit des tranchées. 
Le, duc.de Gordon fit une défense honorable, évitant en même 
temps de causer aucun dommage à la ville, et répondant seule* 
filent au fei^ des batteries. Mais sa garnison peu nombreuse, la 
rareté des ptovisionsti le manque de médicamens et de l'assis- 



t^ce d'un chimrgien poiir Içs blessés, par>desS|as tout les dé- 

sertip^s.fré^entêsy engagèrent enfin le duc à se reivdre à des con- 

^ditioi^s honorables, et dans le mois de juin il évacua la forteresse. 

Alors les membres de la convention s'étant débarrassés à pea 
'près de toute opposition dasn^rintérieur de rassemblée, agitèrent 
la grande qiiçstiçn Siur Iç changement ^e gouvernement. Deux. 
lettres leur ayant été préç^entéesi l'utie de la part du roi Jacques, 
Tautre de celle du prince d'Orange, ils puyrirent et livrent la der- 
nière avec une.grande déférencf^, et parcoi^irurent négligemment 
.celle du roi Jacques ,.prQiivantpa^r c^tte action qu'ils ne le regar- 
dçdent plus comyae sQuverain. 

Cette opinion fat repdue plus mapifeste par leur vote sur Tétat 
de la nation, qui était besmcQUj) pla# décisif que celui de la con- 
Tention angla^ise. Les Whigs écossais n'avaient point à discuter 
.avec des Torys, et par conséquent ^'étaient point obligés de choisir 
entre les jlerm^ d'abdication çt de forfaiture. Ils déclarèrent ou- 
Tertement que Jacques était monté sur le trône sans prêter le ser- 
.inent voulu par la loi; qu'il ayait fait des innovations dans la 
constitution du royaume, dans le dessein de changer en despo- 
tisme une autorité jimitée ; ils ajoutèrent qp'il avait en^ployé ce 
pouvQir acquis aus^i injustement pour violer les lois et la liberté 
et^ altérer la religion d'£co9Sç., et qu'en a^ssant ainsi, il avait 
forfait ses droits à la ^souronçie, et qiie,par conséquent ^e trône 
était vacant. 

La forfaiture, .selon la lettre de la loi, ce serait étendue à to^s 
les descendant de Jacques, CQpiine dans le cas de la trahison d'im 
sujet; mais comme cela api'ait^nRulé les, droits de la princesse 
d'Orange, les effets de la déplai'aUon furent limités au jeune fils 
de Jacques et aux ^nfans qu'ils pourrait avpir daus la sjaîte. ^ 
.l'imitation de FAngleterre, le trône fut donné. au prince et à la 
|irince.$$e d^Qrange et à celui des dçux qui. survivrait à l'autre; 
et après leur.^iort, s'ils ne laissaient point d'enfans, la princesse 
, Anne et ses héritiers étaient appelés à lenr succéder^. 

Lorsque la succession au trône fut aio3i réglée, ta convention 
entra dans 'un,e longue déclaration , appelée la réclamation des 
.droits, par .laquelle le pouvoir de dispenser fut jugé illégal; lès 
différentes mesures oppressives pratiquées durant les deux der- 
])ier& règiie3 lurent ^censii^rées comme des attei^tats contre' la 
.liberté^ et rétablissement de.laprélatiy:e,«(uijii;[fe.im grief ^ 

létable. 

". • • • • . ■ ..,./•. 

20.. 



308 HISTOIRE D*EGOSSE. 

Ces déclarations ayant été approuvées par les nouyeanx sou- 
verainSy Gaillaume et Marie commencèrent à faire usage du pou- 
voir royal et à établir une administration. Le duc d'Hamilton fut 
nommé gi*and-commissaire , en réccpipense de ses services comme 
président de la convention. Lord Mel ville fut fait secrétaire d'état, 
et le comte de Crawford président du conseil. Quelques charges 
furent mises en réserve pour se!rvir de but d'ambition aux grands 
personnages qui n'étaient pas encore pourvus ; d'antres charges 
furent remplies par ceux qui avaient aidé à la révolution^ En gé- 
néral le choix du ministère fut approuvé^ mftiis on blâma le roi 6t 
ses conseillers de placer' trop de confiance dans Dalryàiple^ qui ve- 
nait d'être crée lord Stair^ et dans sir John Dalrymplé, son fils, 
appelé le Maître de Stair. La charge à laquelle lord Stair fut 
promu était devenue vacante d'une singulière façon. 

Sir George Lpckhart 9 excellent homme de loi , qui avait été 
conseiller de la couronne sous Crpmwell,. était , à l'époque de la 
révolution , président de la cour des sessions ; on premier juge 
dans les affaires civiles. Il avait consenti à être arbitre dans quel- 
ques contestations qui eurent lieu entre un gentilhomme nommé 
Chiesley de Dalry et sa femme. Le président en décidant cette af- 
faire! avait assigné à mistress Chiesley un douaire plus considé- 
rable qu^il n'était juste ou nécessaire y suivant Popinion de çon 
mari. Dalry^ dont les passions étaient d'uiie grande yiolence, fut 
cruellement offensé ^ et menaça publiquement la vie du président. 
Un de jses amis essaya de lui persuader de cesser cet imprudent 
langage et de craindre la vengeance du ciel. — J'ai à répondre 
déjà de beaucoup de choses devant le ciel ( dit cet homme résolu ), 
ceci.passera avec le reste. — Pour accomplir son affreuse menace 
d'a^a&sinaty Chiesley; s'arma et suivit sa victime à l'église de 
Greyfiriars, dans laquelle sir Greorge "assistait ordinairement an 
service divin. Il sentit quelque répugnance à commettre son crime 
dans l'intérieur de ces murs sacrés^ et suivit sir George lorsqu'il 
retourna chez lui, jusqu'à l'entrée de s'a maison y dans le lien qu'on 
appelle encore aujoûrd'htii le clos du président. Là Chiesley ren- 
versa le juge mort sur la place, et dédaignant de sauver sa vie 
par la fuite, il se promena tranquillement dans le voisinage jus- 
qu'au moment où on l'arrêta; il fut bientôt après jugé et exécuté. 

La charge du président assassiné (une des plus importantes) 
fut accordée à lord Stair, et celle d'avocat du roi, équivalant à la 
place i^altorney général^ fut donnée à son filS; sir Jolm Dalrymple, 



DÈUlCIEMB SERIE. 309 

qui fat dans' la suite associé arec lord Melville dians la chai:ge 
plus impprtante encore de secrétaire d'état. Le père et le fils 
étaient Fim et l'antre des liomqies de grand talent, mais d'nne in- 
tégrité doiitense, et odieux aiix Presbytériens ponr leur complai- 
sance envers le deniier gouTernement. 

Outre ses conseillers officiels et imtnédiats, le roi Guillaume 
accordait en secret^ une grandie confiance à nn ecclésiastique 
nommé Carstairs, qui était un de ses chapelains. Cet ecclésiastique 
ayait donné de grandes préuTes de fidélité eV de courage» Il fut 
arrêté aous le règne de CI\arles II, parce qu'il était instruit de la 
conspiration appelée le complot de Jerriéwodd, et endura le cruel 
supplice des Thambiiins, qui, comme je tous Tai déjà dit, se pra- 
tiquait eti écrasant presque les doigts par d^s espèces de yis. 
Après le triomphe de la révolution, les magistrats >d'£dinibourg 
enydyèrent, comme présent, à Garstairs, alors devenu un honune 
important, rinstrument de torture dont on s'était servi pour son 
supplice. Le roi, diton, l'ayant appri^f, désira voir lesThumbi- 
kins. Us furent apportés, leroi plaça son pouce dans l'instrument, 
et voulut que Carstairs tournât la vis. — Je veux juger de votre 
courage, dit le roi, en faisant l'expérience du tourment que vous 
avez souffert. Carstairs obéit, mds tourna les vi^javec une cer- 
taine modération, afin de ne pas blesser les pouces royaux.— - 
Gela n'est pas agréable, dit le roi , cependant cela peut être sup- 
porté; mais vous jouez avec moi. Tournez les vis de manière à ce 
que je puisse réellement sentir une partie des souffrances que vous 
ayez endurées. Carstairs, à ce commandement réitéré, jaloux de 
sa réputation de fermeté, tourna les vis si fortement, que Guil- 
laume demanda grâce, etaroua qu'il aurait confessé tout ce qu'pn 
aurait voulu, vrai ou fau^, plutôt que d'endurer un instant de 
plus une pareille souffrance. Carstairs devint un des confidens in- 
times du roi, et il inspirait à Guillaume plus de confiance que 
beaucoup d'autres qui avaient dans l'Etat des charges plus élevées 
et plus apparences que la nenne. On èonveoait généralement que 
c'^était un homme qui possédait de la sagacité et des talens poli- 
tiques ; mais ses conq>atriotes l'accusaient de duplicité et de dissi- 
mulation, et, d'après ce caractère, il était communément distin- 
gué par le surnom de cardinal Carstairs. 

Mais tandis que Guillaume se préparait à gouverner l'Ecosse , 
âne insurrection eut lieu, qui faillit arracher de ses mains le 
sceptre de ce royaume. Cette insurrection était due aux efforts du 



éio msitoiRE ft'EcôâsM. 

ticonile rfé Dundee, uiide ceshoiùmes cxitaoYdîtiïiîrèi dbnt Véh^- 
gie accomplrt quelquefois de grandes révolutions nationale^ aret^ 
de faibles moyens. 



CHAPITRE XXm. 



Sttdcifl du roi Jké^iit* en Irlali'dé. — ' Pr^tatll^ 6h. Vltibikltifr de 1>^Md<% {Wuv «n fottlètvmait e» 
fareor de Jacques en Eoosse. «~ Querelle entre Hac-Donfild de Kepppch et M^ac-lntosh àe Moy. — 
Le général Mac-Kay marche vers le nord contre Dundee» -^ >f6uveniens <)ës deux ariiiées.>~ Bataille 
d» KHItcerankie, êf m6H A Dun^Â^ 



Lorsque lé lacomte de Dondee se retira d'fedîmixïwg, comme 
je f ons Fâi déjà dit , la eonventionf , se fondant sur les rélaiibn» 
qu^l avait eues ttialgré ses ordres aVec le duc deTGoîrdon, catho- 
lique intercommùné , le somma de paraître ^vant elWpouf ren^b^ 
compte de ^a condhiite ; mais Dundee s'en tfxcnsa so«B lé prétexte 
que âa femme éfait dangeretfsement malade , et à^cause dtt fîsqtié 
qu4ï courrait à ée trouver ati milieu Âes G^Mér enièi^ • 

Dans le même teih^s , Jacques, avec des troupes qui: InS a^aieat 
âré fournies par lé foi de Fraiicè y était défalqué en Itla¥ide , o* 
il' fut reçu avec joie par les câthdîqtie»; il s'était presque tendrf 
ittaître de ce Beau royaume, à Kexception sfeulement dela^pro- 
vihce d'Ulstei', où les prôt^stans , descendans dé familles tètiglaiset' 
et écossaises , lui opposèrent une vigoareusé résistance. Mais etf 
dépît de cette résistance partielte du nor4 dé tlrlaÉ^ , JacqjieS 
était si sûr du succès, qti'il fit écrire pair soft sfecrétaîfé MeK^rt 
HexiX lettres an vicomte de Dundee et an comte de Balcairras , ami 
intinié de Dnhdee et partisan loyal du monarque exilé, les encou- 
rageant à Kiéunîr ses fidèles Sujets pbu^ soutenii^ sa certfse , et ïétâ^ 
promettant le secours, d'un corps conridérable de trt)tifpés irian- 
daisés, aVéc des abmes et dés ïnunitibiïs. Lés éSp^réMëésf que lord 
Mélfort avait conçues étaient si grandes, qnte dams d^ fettreS 
adressées à quelques-uns de ses amis , il érprhnait de Ta nâanière 
la pins imprudente le d(es$éin de profiter ]f)leitieiàéAt du triomphé 
qu'il comptait obtenir. — Nous nôuS Sbmttiésr cbndti^s tfvéc trépde 
, douceur envers nos eènemîs, dit-fl, Torsqne ftôws étfeï^ en pou- 
voir' et que nous pôSsédWs le ïnôyën dcl'ésécMser ; iJÈfâismairite* 



»ÈOXf£MB SÉRIE. ^ Slf 

ftècre ntitorM /noitt les réduirons à être [fendenrs de bois eu por- 
teurs d^eau. 

CSe» lettres étant tond>ées entre les mains de la conventkm y 
exdtèrent la ploâi vire indignation. La dne d^Hamilton et qnelqiiet^ 
antres qui pensaient que ces menaces les regardaient particnlière* 
ment se sentirent pins portés que jamais à soutenir le gonrërne^ 
ment dti roi Guillaume ^ puisqu'ils ne poùTaient pins espérer ât^*^ 
Ctine gtâce du roi Jaçqnes et de ses vindicatifs conseillers. Dné 
force militaire fut dépêchée pour arrêter Balcair as et Dundee. Les 
soldats parri^rent^ à saisir le premier; maisDnndee étant entoitiré 
de nombreux gatdes-dn-côrps , et résidant dans une contrée oà 
beaucoup de geirtibhommes ëtaiénit jacobites, le parti éntoyé 
pour Parrêter n'osa tenter d'elécnter sa commisfsion. Il resta donc 
dans son cfaiteaii de DuAiope^ près de I>inidee,^'^ù il avait 1& 
lacilité de correspondre avec les Cbefe des hautes terres et les ge<i^ 
tHshommes du nord , qni étaient en général bten. disposés povi^ 
répiscopat et favorables à la cause dn rei Jacques. 

Dundee portant le méide nom que le ^rand.Montrose , gtorieni 
é*nne fidélité atis^ dévovrée, ayanC un caractère aussi cn tr epre* 
nant , avec nn jugement supérieur à celui de son illustre modèle*. 
Dundee répliqua, dit^on, à cens qui lui demandaient où. it allait^ 
a qu'il aerendait où l'esprit de Bfontrose le conduisait. » Toutes ses 
pensées se concentraiekit dans .le plan de réaliser cette brave 
et chevaleresque réponse, fl était naturellement économe, et -vi- 
vait d'une .manière peu fastueuse. Mais' tandis que d'autres dé^o^ 
baient autant qne possible leur fbrtune à Patteinte de Porage ré^ 
vtdutionnaire , Dundee dépensait libéralement pour la cau^ éesom 
ancien maître les trésors qu'il avait amassés à son service. Ses ar^ 
gnméns, ses largesses, la haute influence de sa' réputation panétl 
les Chefe des haines terres, dont Padmiration pour Jan Dkoi-Ctttn^ 
on le guerrier John le Noir , n'était pas diminuée par tes- e^tploits 
cruels qui lui avaient obtenu dans les basses^terres \t nom dit sàn« 
glantCila verse : toutes, ces raisons, joiiîtesà leur propre prédSee^ 
tiôtt pour la cause. de Jacques, et le^ amour de. la guerre, leé 
disposèrent à une inisurrection générale; Qnelquiss-nns des cfams 
néanmoins avaient entre eux, comme à l'ordinaire, des que- 
celles particuHères^; iDondee lut o£ligé de ks aidei(» àfaiie la paix, 
avant de pouvoir les réunir .tous dansle parti du^monarqnedétrdinéi 

«le vais von» faire' le récit d^june de ces querelles, qiii, ie crois, 
fut la cause de la dernièrrbâMille^entreiiwtlaiMéesiiaMes^telrTCSi 



312 HISTOIRE D'BGOSSE. 

Il j avait depuis an grand nombre d'années beaucpnp de coih 
testations et quelques escarmouches entre Mac-Intosh de Moy, le 
Chef de cet ancien surnom , et une des subdivisions ou septsdn 
clan des Mac-Donalds y. appelés Mac-I>0Qalds de Keppoch^ Les 
Mac^Intosh avaient d'anciens droits sur le district de Glenroj 
( maintenant fameux par le phénomène appelé les routes paral- 
ièles^), et la vallée voisine de Glenspean. Mac-Intosh avait une con- 
cession écrite de la couronne ^ dans laquelle ses drpits étaient con- 
signés/ mais Keppoch était en, possession réelle de la propriété. 
Lorsqu'on demanda à Mac-Donald sur quelle charte il fondait ses 
droits, il répondit qu^il tenait cette terre non pas d'un morceau 
de parchemin, mais de son épée; et son clan, d'une bravoure et 
d'une hardiesse extraordinaires , était prêt à soutenir ce défi. Plo- 
sieurs propositions ayant été faites en vain pour accommoder 
cette affaire, Macrlntoshrésolut d'employer la foroe ouverte pour 
'Se mettre en possession du territoire contesté. Il déploya donc la 
bannière jaune, qui était celle de sa famille, assembla son clan, 
et marcha vers Keppoch, étant assisté par une compagnie indé- 
pendante de soldats, levés pour le service du gouvernement, et 
commandés par le capitaine Mac-Kenzîe de Suddie. On ne sait 
pas de quelle manière cette force auxiliaire et formidable lai 
fut procurée, mais ce fut probablement par un ordre du gouver- 
nement. 

. A son' arrivée à Keppoch, Mac-Intosh, trouvant la maison de 
son rival déserte, et s'imaginant être en possession de la victoire, 
même sans combat , employa plusieurs ouvriers qu'il avait ame- 
nés avec lui dsu^^ ce dessein, à construire un château ou fort, sur 
une espèce d'écûeil suspendu sur la rivière Roy, où l'on en Toit 
encore aujourd'hui les vestiges. Cet ouvragé fut promptement in- 
terrompu par la nouvelleque les Mac-Dobalds^e Keppoch, assis- 
tés par les tribus de leurs parens de Glengarry et Glencoe, s'é- 
taient â[ss|emblés , et qu'un grandi nombre étaient' en armes., dans 
unétroit vallon, derrière, le sommet des montagnes qui s'élèvent 
aunqrd-est de Keppoch, dont le penchant est nommé Mullroy. 
Leur dessein était d'attaquer Mac-Intosh au point du jour, mais ce 



T. Les clans se sûbdivisetat en fMnOles.om stftft commandera par un (XiefttUn on Petit-Chef, st 
\toiimi.8 aa Grand-Chef on CKiit^ ■ , 

a. Les rentes parallèles sont trôis longes roies p^trallèles dont la ligne régulière contraste arec 
les formes bizarres de tous les objets 'environnans; les ans- les attribuent ajihc anciens |iêros Sofa- 
Uens, les autres à.raction d'un coars^l'eaa aajt>ord'h«t tari. 



DEUXIEME SERIE. 313 

Chef résolat de les prévenir, et marcha vers ses ennemis ayant 
l'aprofe. Les Mac-Donaldset léar Chef, Coll de Képpoch, étaient 
également prêts au combat , et dès la première laear du jonr, lors- 
que les Mac*Intosh avaient presque atteint les haatenrs< de Mall- 
roy, les Mac-Donalds parurent «ur le sommet, et la bataille com- 
mença au même instant. 

Un jeune garçon qui s^était enfui depuis pea de chez son maître, 
fabricant de tabac à Inverness, et s'était enrôlé dans la compagnie 
indépendante de Suddie , fa^t le récit suivant de Faction : — f Les 
Mac-Donalds descendirent la montagne et vinrent sur nous^ sans 
souliers » bas , on toques sur leur tété ; ils jetèrent un cri , et alors 
le feu commença des deux côtés ^ et pendant une heure la dispute 
fut si chaude que j'aurais v6ulu alors être encore a fabriquer du 
tabac. Ils s'élancèrent sur nous avec l'épée et le bouclier, et des 
ha<5hes d'armes duLochaber qui nous obligèrent à reculer .Voyant 
mon capitaine blessé dangereusement, et de tous cfttés un grand 
nombre d'hommes renyersés, et dont la tête était fendue , je fias 
crueliement effrayé , car je n'avais jamais vu pareille chose. A 
la fin, un montagnard m'attaqua avec l'épée et le bouclier, et 
trancha la pmgnée de ma baïonnette qui était de bois. Alors je 
pris mon fusil à poignée, et lui en assénai un coup qui en brisa 
la crosse ; mais voyant plusieurs montagnards fondre sfr moi , je 
tournai les talons, et je courus pendant l'espace de trente milles sans 
regarder par-derrière, prenant pour uneouemi chaque personne 
que je voyais ou que je rencontrais. — D'autres , plus accoutnihéii 
à de pareilles scènes, s'enfuirent aussi loin et aussi Tite que Do- 
nald liac-Bane, l'apprenti du fabricant de tabac. Mais celui qui 
portait l'étendard de Mac-Intosh , et qui ét^it uu objet particulier 
de poursuite, se sauva, ainsi que son dépôt sacré, par un acte d'é- 
tonnante témérité. Dans un lieu où la rivière Roy èonhdt entre 
4eux rocs escarpés qui s'approchaient au-dessus du torrent, il 
' hasarda de s'élancer sur le roc opposé ; aucun de ses ennemis n'osa 
le suivre, et il emporta en sécurité sop précieux dépôt. ' 

La tradition rapporte que les Mac-Intosh combattirent vaillam- 
ment, et que la victoire'fut décidée par lé désespoir d'un^ honime 
moitié fou, appelé le£o-j|f an ^ aux cheveux ronges, ou le vacher, 
queKeppoch n'avait point appelé au combat, mais qui. s'y rendit 
cependant avec sonbftton sur l'épaule; Cet homme ayant éi^ blessé 

I * 

} 
t ' 

1. 90, &M/, maiii Adfluir. 



^4 HIMOB» 1KKCDS8K 

pÊOf mtéiMtf te^dhnenl enwpéré par.fai dotkiir , ^il se 
aM «riiiea dks Mac^IatorfL^ en. ^écrnnK : IbMtntl -ils féiettc! 
À^«ftet2 sur euL I â^awen Mir «m 1 La léméiité qBfùmmtvnàt^ ci 
leseoupi'Cfirtl^iMvibaaitai'vemBt «iive«Dir9«rdhMiire, oaiisàrtrift 
lerpt^mier désovâHs jianMJh^ •mtmtia de sm Chef. 

Mac-Donald n'ayail-84>iis aucun rapport; Viwimn^imt de ibaUm^ 
ter ks aoUttta dv gQivférMMMM^ èepêndavt'Snddie, leur «mtittian- 
danty reçet dam» oe-eémbat le oonp.de la mott, tt élàtt br»^, et 
diafc arméd^ane earalnney de piatotete,. ei M^nflmehalMMirde e« 
dMM-pîqDe. Oet oMcier s'a^aB^ ▼erfrttn eadaide Keppoeh neumé 
Mao-Dooaldde Tidlieh, et laballe^il liiî<dMtittait4M«^dePêC9 
Mrta ; alof» il ae pnfaipita sur kii areo m pique. ftAi^r^ celte 
tftteqm directe , H^aîUich , eon^mne* ^efeaiNMrt dVm eapittÂne du 
y w iy g m e iet aérait vengée sur aon clan y a'écria pkfa^ d'âne fMa: 
E^lM>iiioi, éfiieMnei» -«^Lfeiilae^llKiiiald^^ mm fera f«ir n'eal 
fMM eneore né^ vépUqva Mac^Kenaîe s'araMoant toejovra aveead 
pique. Alora Tallidi h» lança à la tête un piacokniqe^it àvwn d^à 
déeliaff^l^. Le oimp lai fnaciara le crâae / et. MiBK>KeAfôe mourai 
peu.arprèa, tandis que ses aoMau le cranspertMani; iitiyemesB* 

MM^hit4Mli Iwniènie fàt pria par son riiial, ifoà daiié aen epi* 
nian n'était qs'wi vassal insurgé. Quand le captif entendit les 
Mac^Donalds saluer leur Chef par ces mots : Lofd de Keppèeb, 
Isvd de Keppooh » il kn dît tardimeot s — Yeus êtes a«issi loin 
d^étre le lerddea tetrea de Keppoefa danç .ee moment » que vous 
¥mmz été teuee votre vie. — N'îmiknrte , répondit 1er CM tieici^ 
riiMut d'un air de bonne huaiear, news jouirons du beau temps 
piendant qu'il dnre^ On fak. encore inentien de la vietoke de 
cette tribei dans Fair de cornemuse appelé -- Moâ^Donaid smi lei 
battft. 

Un changement de fortume^fiaf smr le pe i nt d'aVoii^ lieu immé' 
dlatement après lu bàtAiHe; car avant que le^Moo-Doaalds eussent 
réuni leurs forées dispersées, |as cornemuses gnerrières furent de 
nouveau entendues , et un niveau enrps demneftagnards parat^ 
s'arvançant :vers Keppeeb dana la direction de» Oarrrameer. Cet 
évèiiemeni était dfr à œ bmsqne ehangeiûenit de -seniimens par 
leffqnd:^ les b<Httmes sont infiueneés dane les premiers' figes de le 
dviiîsatien. Le parti \fm f «vunçflit émil le ckn die> Mae-^Phwson; 
eppartenam^ cemie les- Macintosh, à k ea nlB dé ra t te n ap p el é e le 
dan de Cbattan^ mais qui/leur disputant la préséance dans cette 
ii étaient leurs émis ou leurs ennemie, suivaiitiique4>iéaud«tJe 



scfvh^Hiïf Aé leur prein^ère fnti mit^ au celui de teats ttdeniiei <|ae^ 
feOes, Dans ccilte oeeasicta » k» lllac-Phersmis u^ttraîent pM ae« 
eKMnpa^é Mae^l&^tosh sur le champ de totdHe^piKyGe qû'à<cetlê 
époqtre il j ayttk qnelqttes discordes entre lès deux trihuê. Mai» 
kfsqiiflk stpprirent la déMte de Mae^^Intosh , ils ne sémieiit em» 
biessés dans lenr honneur s'ils avaient solfient fn'im «cienibrtf 
aftts^ hnpdrtttttt de leur eonfédëi^aftion restât oafUif chfez lès lfae« 
]>onalds. HsBVaneènsftit donc en ordrede bâfailleet enrroyèreni toi 
drapeau blanc, symbole de trêve , en demandant que Mac-lQCodk 
leur fftt livras. 

Le Chef deKeppoeh, quoiefiNf ticforfeux, n'était p«s en f^iéûm 
dèfei^otrveler le côthbat ; il renfif donc lé prisonnier, qui fut plnl 
inértifié de ôe trouver entre les mains des Mae-Phefsons, que sa» 
tîslltit d'é<;hâpper à celles de son vainqueur Keppoch. Ce senti* 
lÉent ëtffit si profond , qne lcft*sqi|e les Mac-Phersons proposèrent 
de le conduire, à Cluny ] la résidence de leur Chef, il résista d'à* 
botd poGment, et lorsquW insista êor cette visité, il menaç 
de se percer le Cdeur avec sa propre dague , s'il étirtt forcé de 
se rendre à Ckiny dans une condhtoft sr humiHaime. Les Mae* 
PhersonsrftiTent^étférenx, et Pcfscortèfrent jusque dieins ses ptûpreB 
doipadnes. 

L^îssiïe dtl cdmfeat de Mullroy, ai mortifiant pour lé Chef 
vaincu, fut aitssi suivie de ccmséquences désastreuses pour le 
vain^eur. 

La résistance opposée aux troupes royales, et la mort de Sfe<S« 
Kenzie dç Suddie qui fes commandait , ainsi (fat ladëfiiite de Mac- 
^osh, <|ui avsiit les lois de son cdté, donnèrent du poids aux 
plaintes que ce dernier préseiRa an conseil privév Des lettres éùi 
feii et d^épéîp, c'estià-dire'nn ordre de brûler et de détruire le' pays 
et les terres du Chef coupable, ou son district, furent prèctainée» 
centre Coll Mac-Donuld de Keppoch, Soixante dragfons et deux 
cents hommes de gardes à pied' tarent expédiés dans leGlenroy ei 
te Olenspean , avec ortfre';d*extertttîner lés hommes , les femmes, 
les enfans, et de rat^iger feé domaines de' Keppoch. Keppoch hi* 
BfériM Ait pendant un temps obligé de ftiîr, mais tm riche-^pairent 
fil s» paix sfVecîe gotfvcmemettt, eti donnant potn^'lùi une amendée 
comsidëraMe, ou End. Nous te voyofas uiaintennnt engrf^é datf* 
un« iMte du snctès de' laquelTe^d^penduit h. cfesrïnée , non pas dé 
âtti» valtons stériles mais d*un royaume considérable. 
"âèteuMs^ttèM à Dundetf^ <pd M prliîtettps ttç^ la neuiGdfe 



316 HISTOIRE D'BGOSSE. 

que le général Hac-Kay , officier anqnel le roi Gùillanme ayait 
confié le commandement des troupes d'Ecosse , marchait contre 
)ai à la tête d'une armée de troupes régulièi'es. Mac-Kay était an 
liomine brayci rempli de jugement et d'expérience, mais plus re- 
commandable comme bon officier que comme habile général; 
et il était plutôt fait pour obéir aux ordres d'un commandant ia* 
telligent que pour pénétrer^ soit dans le combat, soit dans la dé- 
fiiite, les ruses et les plans d'un esprit aussi actif .que celui de 
Dundee. 

On en vit un exemple dès le commencement de la campagnci 
lors^e Mac^Kay s'avança vers Dudhope*Castle avec l'espérance 
de tomber à l'improviste sur son ennemi. Mais Dundee n'était 
point hoDune à se laisser surprendre. Se dirigeant avec cent on- 
quante chevaux vers la ville d'Invemess, il trouva Mac-Donald 
de Keppoch à la (été de plusieurs centaines de montagnards, Mo- 
quant la place, parce que les citoyens avaient pris parti contre 
son clan avec Mac-Intosh. Dundee offrit sa médiation «t persuada 
aux magistrats de gratifier Keppoch de deux mille dollars, pour 
le paiement desquek il donna sa propre garantie. Il montra da- 
vantage encore son influence sur Tesprit des Chefs montagnards, 
en engageant JKeppoch, quelque indigné qu'il fût des maux que 
lui avaient fait souffrir lesjettres de feu et d'épée données contre 
lui par le gouvernement . du roi Jacques^ à se joindre à loi 
avec son clan , dans le dessein de replacer ce môme monarque sur 
le trône. 

.. Ayant ainsi renforcé son armée; mais cependant encore bien 
inférieur en nombre à son adversaire H%c-Kay, Dundee, par un 
monvemèilt rapide , surprit la ville de Perth. Il saisit le trésor 
public qu'il trouva entre les mains du receveur des taxes, di3ant 
qa'ilne pillerait personne, piais qu'il était juste de prendre l'ar- 
gent do roi pour le service du roi. Il dispersa en même temps denx 
régimens de cavalerie nouvellement levés par le gouvernement, 
prit leurs chevaux et ^ leur équipement , et fit prisonniers leurs 
commandans, le laird de PoUock et celui de Blair* 

Après cet exploit , Dundee fit retraite dans les hautes terres 
pour recrnter-sa petite armée en attendant un corps de trois mille 
hoknmes qui devait arriver d'Irlande, et pour saisir le moment 
favorable de hâter l'explosion d'une .conspiration qui s'était for« 
mée dans u^t^égiment de dragons servant dans Parmée de Mac- 
Kay» maii qu'il ayait commandé lui-mèmeavant; la révolution. 



DEUXIEME SERIE. 317 

Lès officiers et les soldats de ce régiment désiraient également re- 
tonrner sons les ordres de leur ancien Chef et rendre leur fidélité 
à leur ancien roi. Greichton, un officier du régiment» le même qui 
attaqua un conventicule, .comme je tous Tai déjà dit, était le 
chef de cette conspiration. Elle fiit découverte par Mac-Kay , au 
moinent même où elle était sur le point d'éclater /et cet événe- 
ment » joint à la présence de Dundee dans les environs, aurait dé- 
truit son armée. Mac-Kay cacha pmdenmient la connaissance 
qu'il avait du complot, jusqu'au moment où il fut joint par un ren^^ 
fort considérable; alors il put satns danger saisir les principaux 
conspirateurs et désarmer leurs complices. 

Le conseil privé avait un grand désir de faire un exemple qui 
pût à l'avenir prévenir d'autres conspirations. Le capitaine 
Greichton était le chef de ce complot; étranger et sstns amis, il 
fut choisi pour servir d'exemple et pour être pendu. Mais Dundee 
n'abandonna pas son ancien camarade. Il envoya un message aux 
lords du conseil privé, disant que slls se permettaient d'arracher 
un cheveu de la tête de Greichton , en représailles il couperait en* 
morceaux ses prisonniers, le laird dé Pollëck et celui de Blair, et 
les enverrait à Edimbourg dans des paniers. Le conseil fut alarmé 
de cette menace. Le duc d'Hamilton leur rappela qu'ils connais- 
saient tous assez bien Dundee pour ne pas douter qu'il tiendrait sa 
parole, et que les gentilshommes qiii étaient entre ses mains ap- 
partenaient de trop près à plusieurs membres du conseil pour être 
exposés à un tel danger par rapport à Greichton. Cette circon- 
stance sauva la vie au capitaine. 

Un grand nombre de marches^ contre -marches et escar- 
mouches, eurent lieu, pendant lesquelles il arriva un incident qui 
fait connaître plus parfaitement le caractère de Dundee-. Un jeune 
honmie, enrôlé dans son armée, était fils d'un de ses plus anciens 
et intimes amis. Il fut envoyé en reconnaissance; une escarmouche 
eut lieu, le jeune soldat manqua de cœur> et s'éloigna en fuyant 
du lieu dti combat. Dundee sauva son honneur en prétendant que 
c'était lui-même qui l'avait envoyé sur les derrières de l'armée 
pour un message important. Alors il -fit appeler le jeune soldat 
pour lui parler eh particulier. — Jeune homme, lui dit-il, j'ai 
jsauvé votre honneur, mais je n'ai pas besoin de vous dire que 
vous avez choisi un état pour lequel vous n'êtes pas fait. Ge n'est 
peut-être pas votre faute, et c'est plutôt un malheur. Vous ne pos- 
sède^ pas la force de nerfs nécessaire pour envisager de sang- 



Tppu troj^Lvier^ we «m»^, et yoi^is jfpoiuri^e;^ to^s abs^tnegr sai^ 
49raiate4e pec4r^Y0lre r^puiaiUqn^ Jeyoïis promet9 a^$t^d9T0lK 
^lieUro en position d« rw4re à JU^ pause de JACguiçs ^ s^enipos 
,^ficACj93, ^na courir les ch^nc^s^de la guerre. 

. J^je^DegeQUUM»W«eypéaé(réd'uaprpfj[>udse^^al«^tdeb^^ 
;Bie jeta aux pie4^ du g^jéral, protesta ^uesa faute ét^it ae.iileq^eat 
l'eîlet d'ùu mcunent de faible^sse, dont Jia tacbe serait efifacée pfjjr 
j^ conduite future» ?t conjura Dividoe, par Taiaiour qu'il pprt,ait à 
fifi^ père, do lui donner au jki(W9 M .çb^mce de recpuTjrer 3a répa- 
tation. Dundee essaya encore de le di^uadcr dé re^t^ dans l'a- 
înée; ntais comme le jeune homme continuait à demander i;iué se- 
conde épreuve^ il y consentit avec r^u|;nance. — Mais souyenc^ 
vous, dit^il, que ii le cœur yous manque une seconde fois, toi^ 
ovKiurre^. 1,a cause dans laquelle je me sui^ engagé c^st une cauaic 
4e désesppiri et.aucMn t^mme nq doit servir sous moi $'il n'eat 
{las. décidé à combattre jusqu'au .dornier moment de sa vie. Ma 
;]»*opre existence, comme celle de ^eux cpi me suivent # est entiè- 
xement dévoua à la cause du rqi 4aaqups> et la mort sera le par- 
tage de celui qui ÂpynerarexçmpJe.deJa lâcheté. 

L'infortuné jeune homme parut coaseniiir avec ardeiir à cette 
iriate propQSÛiôn. ]\lais à la^prenûère escarmouche d^ns.l^^elte 
il se trouva engagé, sa malheiyrense timidité l'emport^. 1} tAat* 
^ait la hri^ de SQn cheval et aUait fuir lQi:âque Duiiidee .^fivaat 
MT lui /lui di-t'lWWlf«P«!^t.: ^ l^ ^b de votr^ père ,e^t^ .triPjp 
bonne famille pour être livré au jxrévdl;. Et ^s prQnonqer vn^ 
autre parole» il 1^ tira un cpup4e{)tsjtftlet dans la tête avec ce 
(Calme inflexible ^ui i:aiif>eUele 3tqïglj^q[ie.des anciens ,Romaù\s- 

Pes ârcdnsta^ceSinauvdU^s jSi?ent désirer à Pandeis de .hasacdjur 
jnne bataille que jusgu'alars il. avait évité.e. Le ^arqpis d'Athcrtai 
4qui avait changé de paiîti plu3 .d'une fois piepdant les j[q:'ogrès de Ja 
f évolution, abandpnnaitalors^tièrement la cause du roi Jacquc;$i 
<et envoyait son fils lord JUturr^y 49»as l'Atbp^, ffijffX soiUevier les 
clans, de ce pays» les Sj^warts^ lj^.^qherUpns, lesFerjgi^3P^4{t 
,autres, qui ayaieut l'iiabikud^ die.suiyre la famille d'^thoile à U 
guerre, par respect pour le rang et.la pui^^ance du marg^isy quoi- 
^o'ils-ne fusaent ni «es vassaux, ni les hommes de son cîfMi^ .Un de 
ces Chefs, Stewart de Boquhan, .quoique dépendant .du .jmii.rguis » 
x^olut de ne plus seconder ses .changemens politique^. Ayant été 
mis enpo^eçjsipn du château-fort deBlair» citadelle «apparteuaa^ 



i 



wnœwinEiMMi. m$ 

liantes terres da iiord»/&tenrvt3t¥fiAM d^U^smiAsfijk \qrA Uns* 
iray»«t déclsinuiqiii'il4âEeadaÂi kjf<HrkinMa pwr fe roî Jai^aes , 
yar wdre «du YicoMiade Da]idee«.I^i)d Momy irM¥4Mit tmm q/9p 
la maison 4e «qa pèceini^VaÂt f^mé^^ea qbvoj» la nwv^tte w 
Cjéftéral HatéfJfcay ^ iqaia^samUa m^rirontr^ wûUq bwifMii4'ûifiiiir 
^eiie et d»»x r^mem lia ^ava^kne» et sVv^ça p^réciîpitaaHii^tf 
4aii6 TAt^le» .dàtcurmiBé à laire le még^ de ^lairi et à cMibattra 
Dandee's'il méfiait a« s^çoors de «ce cbateaii» 

Dans loe «moment criiti<}iae lord Murray avait réoni envûren Jmt 
<:ents juenu^nards d' Aiihol^, des clans déjà, nommés ,.()u'qaavate 
xassemUés sais le pcéte^ie de mamténir la tranquillité du paya» 
Plosieiirs d'entre eux c»peadant oammeno^ent.à.s4>ip9oni^r ^iie 
le desaein.de Miirray éisit 4^, joindre MaoKay, et sa rappelani 
que c^était sons le ^mmandament de Montrose <et dans Ja oantp 
des Stnarts qne leurs pères ayai^miiofaiaUnr gloire> ils résoter 
rent de ne point abandonner le partf.qsii » Aw^ hut opinion , était 
celui de la loyauté, ^a cônséqneneeiU firtëwt .«avoir à lord Abirray 
que si son iàtentifin était de joindre D4nflee ils le anivraient joa* 
qu'à la mort^ mais .que s'il se pipoposait d'emhraasèr la came du 
roi GuiUamne .ils le quitter^tient immédiatemfait. Lord JUwrxa]^ 
jépondit par les menaces .de vengeajace qn'nn lordl^dal piMiiNUi 
se permettre envers des vassaux insnr^s. Hais oes igens, dié* 
fiant sa colère, coururent à la rivièire remplir d'eaÀ leiara io* 
ques, burent à la santé dt^ roi JaQqaea»^tlaisaèfentl-éteadar4fda 
marquis à un seul homme : défeotion singiilièpe parmi les monta^ 
^ardsde cette époque^,. quLordinairementiSttiyaieataor )e ebawy 
de bataille leur Cliof immédiat, j»ans être trèaditSoUes sur ie^ebpîx 
de la cause qu'il lui .plaisait d'embrasser. 

Ces nouvelles parvinrent à Dondee, et en même tqmp» il l«t 
informé que Mao-Kay avait atteint Donkeld^dans le desftam do 
réduire Blair et pour piunir les clans d' Atbole d'avoir abjuadonné 
l'étendard de leur Cbet A pan près à la mdme lipoqne» le général 
.Cannon joignit le yieomie^vec le i^enfartd'lriaBdais alUwàade- 
puis M longnteoyis ; miusil montait aealemeiit à if^ oentsliommes, 
au lieu de plusiem's mille q«i avaient .élé promis ; ils «étirient en- 
tièrement dépourvus der^rgent et des prowîonsqn'fm devait e«ip 
^oyer avec eux. Néanmoins Du^dêe résolut deoenser^ver le cb£- 
teau de Blair, si important comme la <clé des Jutâtes terres.. S 
marcbs^y pour le protéger^ avec an oarps d'euffiron deux miUe mm- 



320 HISTOIRB D'ECOSSE, 

tagnards , avec lesquels il occapa Textrémité sapérieure et sep- 
tentrionale du passage entre Dankeld et Blair • 

Dans ce célèbre déûlé, appelé le passage de Killiecrankie, la 
route suit pendant plasieurs milles les bords d'une rivière rapide 
appelée le Garry, qui se précipite au milieu de cataractes et d'a- 
bîmes que l'oeil peut à peine distinguer, tandis qu'une multitude 
de précipices et de montagnes boisées se voient sur l'autre bord : 
cette route est la seule qui donne accès dans le Glen , le long des 
vallées qui sont placées à son extrémité septentrionale. Ce défilé, 
d'un abord &i difficile, pouvait être défendu par un petit nombre 
d'hommes contre une armée considérable; et en réfléchissant 
combien ses troupes étaient habiles dans une semblable guerre de 
montagnes, l'avis de la plupart des Chefs montagnards était que 
Dundee devait se contenter de garder le passage contre Tarmée 
supérieure de'Mac-Kay, jusqu'au moment où une force plu» con- 
sidérable de leurs compatriotes s'assemblerait à un rendez- vous 
qu'ils avaient indiqué. Mais Dundee était d'une opinion différente, 
et il résolut de laisser Mac-Kay traverser le défilé sans opposition, 
et alors de le combattre dans la vallée, à Textrémité septen- 
trionale. Il prit cette décision hardie, d'abord parce que le combat 
promettait un résultat décisif, et ensuite parce qu'il préférait com- 
battre Mac- Kay avant qu'il fût joint par un corps considérable de 
cavalerie anglaisé qu'il attendait , et dont à cette époque les mon- 
tagnards avaient quelque crainte. 

Le 17 juin 1 689, le général Mac-Kay entra avec ses troupes 
dans le défilé, et, à son grand étonpèment, il s'aperçut qu'il n'é- 
tait point occupé* par l'ennemi. Ses forces étaient composées de 
régiméns anglais et hollandais, qui, avec les Ecossais eux-mêmiss 
habitans des basses terres , fuirent frappés de stupeur et même de 
crainte en se yoyant introduits par une avenue si magnifique et 
en même temps si redoutable, en présence de leurs ennemis , les 
habitans de ces terribles montagnes, dans l'intérieur desquelles 
ils pénétraient. Mais outre l'effet que produisait sur leurs esprits 
la magnificence d'une telle scène, à laquelle ils étaient entièrement 
étrangers , ils devaient aussi songer avec effroi que si un général 
qui possédait autant de talens que Dundee les laissait franchir sans 
opposition un passage sîdifficile, c'était sans douté parce qu'il croyait 
posséder ^es moyens suffisans pour les attaquer et les écraser à 
l'extrémité supérieure, lorsqu'ils n'auraient plus d'autre retraite 
que la route étroite et périlleuse dans laquelle ils avançaient. 



DSinUBMB SERIB. S21 

La moilié da jour ^^tait écoulée avant qae les soldats de Mac- 
iLàj ftissent hors da défilé; alors leur général les rangea sur une 
ligne de trois hommes de profondeur le long de l'extrémité méri- 
dionale y otts'onyrait Killiecrankie. Une montagne du côté du nord 
delà vallée y couverte d^arbres nains et de buissons , formigit la 
position dé l'armée de Dundee , qui , divisée en colonnes formées 
pu* les différens dans, était pres<pie entourée par les troupes de 
Mac^ay. 

Au moment où les deux arm%s se trouvèrent en présence l'une 
de l'autre, elles jetèrent des cris; mais l'enthousiasme des soldats 
deMae-Kay fiit i^froidi lorsqu'ib s'aperçurent que leurs cris guer- 
riers ne produisaient qutiti SQn.triste«t Cadhlci comparé à l'espèce 
de hurlement des montagnards, qui retentit au loin dans les mon- 
tagnes envirônnantiês. Sir Evan-Cainerèn de Lochiel, sur lequel 
je vous ai raconté quelques anecdotes, fit remarquer cette cir- 
constance à ceux qui Teûtouraient , ajoutant que dans toutes les 
batailles où il avait assisté , là victoire avait toujours été du cdté 
de ceux dont les cris animés avaient çiùtilTé le plus de confiance. 
De vieux montagnards regardèrent comme! un augure moins fevo- 
rable que Dundee se fût revêtu d'un buBètin d'une couleur sombre 
par-dessus la veste écsûrlate et la' brillante cYiirasse' qu'il 'avait por- 
tée jusqu'à ce moment. , 

Il se passa quelque temps avant que Duhdee eût terminé les pré- 
paratifs pour l'attaque qu'il méditait, et quelques décharges de 
mousqueterie avaient seulement été échangées, lorsque pour pré- 
venir le risque d'être entouré , il augmenta ^intervalle qui se 
trouvait entre les colonnes avec lesquelles il avait le dessein de 
çhargjer ; dé cette manière il lui restait à peine as$ez 4'hommes 
pour former un centre. Environ une heure, avant le coucher du 
j^oleil, il ënvoya^dire à Mac-ELay qu'il allait l'attaquer, et donna le 
signal de la diarge. 

Les montagnards se dépouillèrent en grande partie ; ne gardant 
que lenrs chemises et. leurs pourpoints , ils jetèrent de cdté tout 
ce qui aurait pu ralentir la fureur de |eur première attaj^ûe , et 
alors ils se mirent en môuvemmit, en acconipagnant d'un hor- 
rible hurlem^it le son discordant de leurs cornemuses guerrièresT. 
Tandis qu'ils avançaient, les hommes des clans firent feu, chaque 
colonne envoyant îles décharges de mous(pieterie qui , quoique 
irrégulières, Manquaient rarement leur but» Alors jetant leurs 
fusils sans se donner. le temps de les recharger, ils tirèrent leurs 

ai 



dajioarwi e( r^llUa^t; to célérité 4q Iw . ^fHrvsa» fofNu^mm 
tu f^ibte ligne q«i Icor éui( oppo^é^ > «t , fmtimt par Ifvu^éUioiiiiBtjB 
ftctivité qi»B pigr Ifi oaiiii^« «W twi*» wri«|9s» firent an trandravaie 
f^wi im UroiiiMTésnUèrea, I^orsqvf Im drox «nnéen ennmitt 
I4r«mt aÂjHÂi mdl^f^ «n > inreot aw qiûq»» les «oM»t;9 des basses 
tcarr^ perdirent tom Iw aT«ntages que le«r donnait U mpMmti 
dé tenr 4i9Qii4ii»e* l>w mam^agnards remportaient en force et isq 

agilités On lit dans plusieurs rjelations de cette bataille de^ détnik 

fiÂrayaa»Mr le« terriUe^ çonps portés pftf lea bpbitansdesji»ntes 
terres , qui fendadieat U tète de lenrs p^uemif jn9qii^à h poiurin», 
coupaient en dei|i( despièees de tâte en aeier » eomme si e'eftt été 
dei bonnet» de nwît , et taiUai«pit les piques eommedes saule», Den 
régiweos da centre de Atee^Kay tenaient fwm , ear f intervalle 
entre le» colonoei^ de» i^«eimiwft était ai grand qu'aucune des oi» 
loupes ne lenr fut opposée. Lç reste lui entièrement mis en dés* 
ordre et enlbnté dans la rivière. 

Du9dee lui«méme> malgré l'avis des ehefs des hautes tsrres, 
était. sur ^ front de b^taiUe, et nUlbenreusemept trop espoaé. 
Per nne attaque dése^pérée> il se mit en possession de l'artillerie 
deJttaç-IUiy, et alori conduisit sa faible cavalerie d'environ ekt 
qname hommes contre deox régimens à eheval» ^ s'eafnreiit 
sans combattre. Observant la contenance ferme des dQUX té^f 
]9ens d^inbuaterie que nçw avons déjà mentionnés , il galc^ vers 
le çUn de l|4ac«I>on9kld» et il allait charger à leur tète, la bFasdroit 
levé, comme s'il itadiqnAit le chemin de la victoire , lorsqu'iHot 
fraf^ d^lne balle aous l'aisselle, an défaut de la cpirasse. Il essaya 
4'aUerplu«.loîn; mais» incapable de ne tenir en selle ^ il.to»ba 
JimrteUemf nt blessé t et mourut dans li^ nuit» ^ 

Il eit invMMfsible qu'une victoire soit plus complète que celle q^v 
(nt remporté» per les hahitans des hautes tiares à KÛlieorankiei 

Les canons, le bagage et les provisions de l'armée dsBfaiMKay 

tçmhèrent rabPO l^ mains des me^tagnards. l>es ^^ox régiaiens 
qpii gerdèrei^ Iwr temUn souffrirent à un tel point en eêuj^ 
4e f^elei»' retraite à devers le passage» qu'on put les regard» 
40)PMiei4étr«ta« Dew^ mille hommes forent tués ou pru, et le gé^ 
jiéfl^.l«Ji'*wdme «e put se rendre à Stirling aceompagnë de ^d' 
qnes hommes à chevalv qu'avec les idi\& grande difficultés. Les 
montegnjU^ds 9 dont les épaisses colonnes essuyèrent trois dé- 
ebargea suceessivea des lignas de Mac*SLay» eurent heit cents 
hommes bkssée. 



cette sanglante victoire. Mac-K^y, lori^'il «^Til4 i^Abri iê t||M^ 
]i«ur«pil«» 44çUf« fu'îl étèiî «onvaiAcn que im «d?ev»iir« âlidt 

«é^omiiijt 1q mppieii& d^ «riae pù w mpri ant U^k » qm 1« povpb 
4^ ^1^09 Yarfes n^ett pas^n^cce ffiffmfAé aigoiiri^m qnf Mikf 
HUrt fol tfidmwe. U MAqr6 qu^ua des asrvii»iirs da Bander» 
^bv»yé 40» ^utolié» dani loa maiipe se^ rendrait farolMUepÉiift 
cmipy^» à Véi^uri da» , I^ràsbytéirieiis s'il était triomphant , es 
«noysj»! , d'après le préjugé p^^mlaire^ fu Daadtte possédais fa 
«bapme contre Fe(fe| des kallea^ds plomb , le tua dans le Umuita 
do la balaillâ ai»a na des bantoa^ d'argent de son kabijt de lii^réo. 
Is pv^ dos jaeobiies et dos^iscopapx regretta le vaiagnoarqai 
avait dispami» le eonaidérant oomipo le dénier des Bcessaj^» ia 
doipif r dss GjRoliajas , le dowwet de toi|t œ ai était grand. 



. CHAPITRE XXÏV, 

• » 

Cromdale. ^ Pt^pificati^n des haat«s tçrres » par l'intervention du conte ^e Brea^albane. -^ 
Ooaipa^nic d'4»<àcifr» j«««b1lea ao sérrîcefrançtM eenme simples soldais. tr-B^notion da MdNf 



LB^4aoiatade Saadee était ane dé ées personnes fcvonséesda 
ciel y et à là destinée desquelles le sort des nations est ^elque* 
ibisatta^é. ion ' parti -fot persuadé que s^it ayait pn proâter 
de la vieteire déoîsiye.qn'fl a^ait si br^yement Fenq)ortéQi il 
eAt prenpteinent raaiené l'Ecosse à sa fidélité au roi Jae^es. 
Il est eei^flHB qu'une grande partie de la ncMesse attendait sea^' 
l^nent «ne ombre de succès poar retourtiér k la causé jaeo-^ 
Ute , et le pa(rti ïéyolatiMinaire a^était pas assea uni pour poun 
▼oir offrir «ne vig€fnreâse résistance. La baiai^e de KiHieoràakie» 
si Fon avait pu e^ j^etiror les uvantages qa'eUe présentait , aurait? 
livré toot le nord de l'Ecosse jusqn-iiQ Forth au pouvoir de Doadee,' 
et îaquîété même Stiriing et Edimbourg. Un tel incendie allumé 
en Ecosse ampukrenvorsé la plupart des plans deGiiillauBie> rendu 

ai. 



824 ftlSTOIRB D'ECOSSE. 

impossible son voyage en Irlande, où sa pi^ësenc^ était de là pins 
urgente nécessité , et , pour ne rien dire de plus , aurait porté le 
conp lé' pins funeste à ses affoires. 

Hais tons les avantages dexette victoire farent perdus par la 
mort du vainqueur, Gannon , qui succéda à Dundee dan^ le com- 
mandement en ehef, était étranger aux mœurs dès hautes terres, 
et tont-à-fait incapable de conduire une armée semblable à ceQe 
que te hasard avait placée sons ses ordres* Ce fut en vain que l'éclat 
de la demiùre victoire etTamour du pillage et de. la ^erre , qai 
font partie du caractère des habitans des hautes terres , amena 
autour de lui , des retraites les plus reculées de cette contrée bel- 
liqueuse^ un corps de montagnards plus nombreux que Montrose 
n'en avait jamais commandé. Par la timidité et Ifindécision de soîq 
adversaire , Mac-Kay eut le temps d'assembler un corps de troupes 
suffisant pour enfei^aer le général jacobite dans les montagnes, 
ce qu'A s'empressa de faire , et d'entamer une guerre d'escar- 
mouches et d'avant-postes, ce qOi ne décidait rien et lassait la pa- 
tience des montagnards. 

Gannon fit seulement une tentative digne d'attentipn , et il y 
échoua. Dans le trouble qu'avait excité la défaite de Killiecrankie, 
le régiment des Gaméroniens nouvellement levé avait été dépêché 
dans leshautes terres. Ils s'étaientavàncésjusqu'àDunkeldlorsqae 
Gannon montra pour la première fois quelque activité, et échap- 
pant à Mac-Kay par une marche rapide et secrète , il entoura en 
même temps dans le village et dans le château de Dunkeld environ 
douze cents Gaméroniens, avec plus du double de leurs forces. 
Leur position semblait si désespérée, qu'un parti de cavalerie qoi 
était avec eux les quitta , et abandonna à leur sort les hommes de 

la montagne- 

Mais la .discipline nouvellement acquise de ces sombres entfaoa- 
stast^ les etnpêchà d'éprouver le sort de leurs prédécesseurs à 
Botitwell et dans le Pentla^d. Ils s'étaient postés judicieusement 
dans la maison du marquis d'Âthole et dans les enclos environnans, 
ainsi que dans le cimetière et dans la vieille cathédrale. Dans cette 
ppsition avantageuse, ils repoussèrent différentes fois les terribles 
attaques des montfi^piards , quoic(a'ils {^ssent bien inférieurs en 
nombre. Get avantage ranima l'esprit des troupes du- roi, et re- 
froidit considérablemèntcelui des montagnards, qui , suivant leur 
habitude, commencèrent à se disperser et à retourner chez eux. 

Le r^îment caméronien perdit dans cette action son brave 



JDEUXIEMB JSBRIE* 32o 

lieutenant-colonel Cldand, et beaucoup de soldats; mais il fat vic- 
torieux 9 et ce lui fut une consolation suffisante. 

Vous êtes peut«êtrp curieux de ck>ittiidtre quel fut dans la suite 
le sort de ce singulier régiment. Les idées étroites et particulières 
attachées à cette sçcté conduisirent plusieurs de ces soldats à con* 
ceyoir des doutes sur la légitimité de leur entreprise. Le.culte 
presbytérien, ayait bien été établi comme celui de l'EgUse nar 
tionale, mais il ^tait loin d'^yoir atteint cette autorité despotique, 
réclamée par les Caméroniens; ainsi quoique au moment de Tav- 
rivée du prince d'Orange ils se fussent fait un cas de conscience 
d'embrasser sa cause , cependant ils étaient tout-à-fait mécimteiis 
de la manière dont il ayait réglé Tadministràtion dei^Eut, et par- 
ticulièremcint celle de l'Eglise d'Ecosse. 

' Guillaume , sage et prudent monarque,, Vit l'impossibilité 
d'amener le royaume à un état de tranquillité parfaite , s'il ne ré- 
primait les anciennes querelles qui le divisaieat encore récesmient^ 
ou s'il permettait .aux Presbytériens opprimés de se venger comm^ 
ils le souhaitaient sur leurs anciens persécuteurs. Il admit tout * 
homme a servir l'Etat, quels qu'eussent été ses premiers principef 
et sa conduite passée, et ramena de cette, manière à son gouver- 
nement un grand nombre de gens qui , si on les eût inquiétés, soit 
personnellement , soit dans leurs propriétés, ou si on les eût privés 
de la protection royale ^ et de l'espoir de posséder des charges pu- 
bliques , auraient embrassé le ps^rti de Jacques et fait pencher la 
balance de soi)^ cdté. D'aprè$ ces principes, il se servit.de plusieurs 
personnes qui avaient mis unie grande activité à employer les me- 
sures de rigueur adoptées par Jacques, que les Caméroniens re- 
gardaient co^me les ennemis de Dieu, aussi bien que les leurs, 
et plutôt destinés à leur vengeance que dignes d'encouragement 
et d'emploi. "^ ... 

Danslesaffaires deFEglise, tes fnesures duroiGuillaumeétaient 
faites pour déplaire davantage encore à ces farouches enthou- 
siastes. Il consentit qu'il y eût en Ecosse, comme en Hollande, une 
j^lise nationale, et que cette Eglise fût presbytérienne^ Mais il ne 
voulût p^s souffrir que cette Eglise eût aucun pouvoir sur les per- 
sonnes ni sur les consciences de ceux qui appartenaient à d'autres 
communions, auxquelles il accorda une tolérance générale, dont 
les catholiques furent seuls exceptés , en conséquence de la terreur 
que venaient d'inspirer récemment leurs tentativeis pour obtenir 
la suprématie. Les plus sages , les plus prudenà et les plus, instruits -"' 



ft2« tlSTOtRÈ b'^COSSE. 

pftiiÉi iM ttidifttlres pre^bytériiôtiiB , eeui prtiicipâl^éiil qità 
s'étaient réfugiés êtt jSiûsA, atmièht été eonftoltës mt ce pihojet 
dé tolérance , (ti se thmVaieht iSspàèfiê k ftùître teà intentions 

Maii iM opiÉioin sAgèé dt làdAAréeii ti'àiraient àttèti!â piték partaii 
M Pi^sbylértëflft 1<» t^nà ëUstUséé, ^, ilnii^ dtt tmr «hlète)r à 
rfiglfSè Mto stt^rémèpdlltdli*» et4e lié toir ètii-méiiièsàtTâl:éft^Ané 
teoonrs dl» ted^ ^âgè)âin6é, {nrétehOi^éâl c^ le igMVèràèSi^t 
«^lésiàÀti^ii^ fohirifi ^r le H»i Gtifflaùfiië «tait tlh 2tU>liBè(ètaiéiit 
frAMieh daiià lé^el la di^mtë âé l'BgUftéetfilft btibot^hïiéë k^&Mé 
et l'Etat. Il y aràlt ptoients IhéotogiiM , Mm faits te Mft èà 
l'SgliSe» «toht teè 6j[)iÉilèhs se ttlppôHàiènl i telles (f/tA ïKiM ¥ètaolM 
de mentionner, et qui formaient te pdisWkttt pàttt 4&tfi raëèëliiMSè 
générâtes 

Mus les Oaittéfeiifeiià pie^tieiiHè^eiâteht , eltâUCil t>itf léft^d «fml» 
fHifttelM et le i^lé «tn'tlê ataient jt>tté daiis lëè dë)^iiilir& f^pA, ison^ 
MéihBdebt léft tésnltats de là réTolotimi cùmiûè inriignëé AS là lûtle 
^^s avaient ^titehWè. Il» com^at^iènt tes miniiiltè t^i tbnisen^ 
Udentà rëeé^f lèj^OUVë^éiiiëilt dé VE^t^ tsHtisi pmèè ûé^s^pM^ 
tMf «t de M béàd1« (ifriiâitiv^ , à xLii ièkssM dé t^ëi*» tttifiQéffenâ 
^ àtniékit Itbandëhtié leur trc^tipead et à'étàlteht te^f diH ptïtit ^ 
iK^^t^aifè à ht p^Çciittdn , on bien i}ài, restait en Ëûdâ^, à^^ent 
c&lbfMiièé atéc rètiMttii/ et exercé leur imUiStètie «h fèHti d'hne 
lilè itiddlgettCe dobûée pa^ tah tyran ; tàiitii>i (fà^^l&t é^nts sonf- 
fNâlmt fe béèôiû et là mi^rë, la inOrt ^ai- le iét ^tt là p(»tëfit«, 
pltttèt qne dé renoncer à on iôta de la dottritie pràil()uêè ^âf l^l&gli&è 
prësbytériéhnë dan^ le temp^ de 3a ^lendeùr. th tèh3idéi4tiëkit 
l'assemblée génét>alè tenue «ôttérautorité dd M dtttft^Uu^ ttiftiM 
teë aMOd&tiôii dan^ làqittèllè la main û6ir6 de la dëfetitoft s^&lliait 
à la main sanglante de la persécution , et où les apostate t^ lé's t>|)'- 
{)rè6sëats te liguaient eusëmble pour faire catt'së eôMï&ûiié tOiftre 
la Jmrè disicipliûfe de l'È^liàepfesbytérifeUhè. 

AinM diii(l6sé3 cOttt^e le goUVërnèiUeut ^ilkàiit , 11 «'ëYf MVtltt 
ftteai tes Gàméfouiëhs ne se croyaient pks àbâôluméht obligea dfr 
réSifttèr OUVértèmeht à l'autorité du roi Guilkdtoè, & làTïiiêttë & 
tenaient encot*ê par un reste de boiot sens , qui lès àvôftîè^aît qiiô 
ée serait retourner à la éàùsè de leur ancien éïinélûi lô W)i JàC<îttfeS, 
i&ue ^e CW)yàiênt cependant pas libres dé se tèéôftUàttrô àêâ 
sUjètà , ni de prêter serinent de fidélité à sa personne, bù i çéllë 
d6 k reiue , ou dese soumettre à aucdné marqué d'hommage êilvèfS 



DSOXIIME SBUffi* tôf 

mi Mmrermn qui n'àTait ni souscrit ni juré U Ligne SoknneUtrei 
l^CioTenanu " 

. Qaoiqnè tes membtvft dé ce parti caLtfénie M (nssent pns d'âe^ 
eord entre eox pour savoir jusqu'à» quel point ik désaTmiaie&ft 
Faniorité du roi, fls étaient géoéralemoit wië dans les scrupules 
qu'ils aViûent èonçns sur la légitimité de leur aerrice dant hs ré^ 
giihentdU'cointe d'Angoa $ et bien qu'ils oontiaAaaaent à recoiM 
naître ces soldats oemme lem frères, et.qu'ib entrelûtsaeBt 4ea 
Mlaltont avec eux» ib Bt plaignuent cependant que les ertredrs 
du temps commençaient à s'introduire même dans ce tégjUàfSOi 
dioisi. Les cartes, les dés, et aqtres jedx scandàlemL/mab paftl^ 
eulièreilient k célébration du jour de la naisaa&ce de CruiiladnMi 
les réjouissanees et les santés portées le wrls à lu Éhate, afib^ 
geuiept profondément leë jnembres les plus sévèrca de la sede^ 
qui regardaient de telles pibatiqnes comm^ dçs abmninntîens. 1 
est donc probable que depuis cette ^oque* le légiment dés Ckunék 
roniens reçut peu de recrues de la secte dent il ptntait le nofti. 

Ce régiment fitit envoyé dans la suite pour sertir sur le ^tidy 
nent, et se comporta yaillamment à la sanglante bakaille4e StèiH^ 
kerkc, en 1692, où il perdit grand nombre d'hommes, et enm 
Mtres son colonel, le comte d'Àngus,.qui tomba en combattant 
bravement à leur tète. Pendant ces campagnes, le régimeuf de- 
vint de plus .en plus indifférent à ses princqM» rallgieiia* Enfin 
nous apprenons que les GaméroAiens et leur chapelain se brouiU 
lèrent etitièi^ement, et que; tandis que le prédicateur reproduit li 
eoiî troupeau militi|ire de ne plus pratiquer ses* devoirs rlsUgîMiL 
avec la même exactitude, les soldats maudissaient pavertetnenit 
leur pasteur, pour les avoir engagés d'entrer au ser^ce. Dane 
des temps plus prèi de nous, ce régiment, qui est ehcot>e appelé 
le vingt-si^ème, ou Iç régiment càmâronien, seikibié diffSrér 
fort peu des autres régimens en aetitité, excepté en ce qu'il «ftt 
principalement recruté en Ecosse, et qu'en mémoire des pAu- 
eipes primitifs de la secte dont il fut tiré, cfa,aque soldât "étiïf lét 
peut-être est ^oore dbligé de montrer qu'il pbMède W t^etn- 
plaire de la Bible, lorsqu'on fait rinspection dé 8«s effet». 

Pendant le cours de f hiver de 1689 à 1690, le roi JttequM fit 
un effort pour ranimer dans les hautes terre» la guerre qhi È*éuAt 
presque étante lorsque les montagnards furent repôiMséà à DttU- 
keld. U y envoya le général BuchaUj officier de réputAtion, et 
qu'<m' supposait connaître le t^ractère des mOAta^ifdft it fa 



328 HISTOIRE I/EGOSSB. 

gaerre ^es hautes terres. Le? clans s'assemblèrent «noore avec 
de nouTelles eftpérancesy mais Bacha^ se montra aussi incapable 
qne Gannon Tarait été on an auparavant de profiter de l'ardeur 
des montagnards; 

Le général jacobile descendit la Sjpey jnsqa'à Cromdale avec 
une imprudence éUMimante , et campa son armée , forte d'environ 
dix-hnit cents hommes , dans les hamçanx environnans. Sir 
Thomas Livingstone, excellait et vieux officier, qui commandait 
les troupes de Guillaume, traversa la Spey avec une cavalerie 
nombreuse, quelque infanterie, et un c6rp9 du clan Grant, qui 
avait épousé les intérêts de Guillaume, et, attaquant Buchan la 
nuit , le surprit dans ses quartiiers ainsi que ses soldats. Ces der- 
niers combattirent Vaillamment avec leur épée et leurs boucliers, 
mais ils furent à la fin forcés de prendre la fuite. Cette faite ne fut 
pi^ aussi destructive pour le parti défait quMle Teût été pour les 
soldats de toute autre nation^ poursuivis par une cavalerie viclo- 
rieuse. Lestes, et connaissant parfoitement leur propre pays, les 
habitans des hautes terres escaladèrent les montagnes au milka 
des brouillards avec une telle apparence «-d'aisance et d'agilité^ 
qu'un témoin observa qu'ils ressemblaient plus à des hommes 
admis dans les nuages qufà des fugitifs échappant à un ennepni 
triomphant. 

Mais l'escarmouche de Cromdale et la ruine des affaires de 
Jacques en Irlande détruisaient tontes les espérances des Ja^o* 
bites d'amener la guerre des hantes terres à un résultat heureux. 
Un fi>rt,prèad'Inverlochy, élevé primitivement par Cromwell, 
fut réparé par Livingstone;'on lui donna le nom de fort Gml- 
laume , et l'on y plaça ^une forte ganuson, pour tenir en échec les 
Camerons, les Mac-Donaids et autres clans jacobites. Les Cheb 
virent qu'ils seraient réduits à une guerre défensive dans leurs 
propres forteresses et contre toutes les forces régulières de 
l'Ecosse. Ik commencèrent à désirer de se soumettre pour le pré- 
sent, et réserv^leurs efforts en faveur tle la famille exilée pour 
un temps plus favorable. Le roi Guillaume désirait également 
étoufiior ce feu dangereux, que la présence, subite d'un général 
semblable à Montrose ou à Dundee aurait promptement converti 
en une flamme destructive. Dans ce dessein, il eut recours ji une 
mesure d'une profonde politique, si elle eût été sagement exécutée. 
Le comte de Breadalbane, homme qui possédait une grande 
puissance dans les hauW tferrçsr et çh^ du dàn nombreux des 



\ 



DEUXIEME SERIE. 329 

CampbellSy fat chargé de .distribuer parmi les Chefs une soihYi&e 
d'argent de vingt mille livres sterling, suivant lès nns^ et de douze 
mille suivant les autres , pour acheter leui; soumission au gou- 
vernement existant, pour entretenir sur pied> chaqueChef en pro^ 
portion de ses moyens, une force militaire en faveur du gou« 
vemement, et pour servir, soit dans le royaume, soit; dans l'étran- 
ger, comme on l'exigerait d'eux. Ce plaA aurait probablement 
rendu les clans des hantes terres une ressource plutôt qu'un objet 
de terreur pour le gouvernement du roi Guillaume , tandis que 
leur amour dé la guerre et leur besoin d'argent afiEaiblirait par 
degré leur attachement au monarque exilé,, et le transporterait 
sur le prince qui les conduisait au combat et les payait pour le 
suivre. 

Mais plusieurs de ces Chefs soupçonnèrent la conduite du 
comte de Breadalbane quand il distribua les |6nds qui lui étaient 
confiés; Le rusé comte répandit une partie de son trésor parmi 
les Chefs les plus à craindre ; lorsqu'ils furent gagnés, il intimida 
ceux d'une moindre importance en les menaçant des exécutions 
nûlitaires. On a toujours dit qu'il retint entre ses mains une partie 
considérable de cet argent. Les Chefs des hautes terres se plai- 
gnirent au gouvernement de la conduite de Breadalbane, qui, 
dii'ent-^s, leur avait conseillé de se soumettre ati roi Guillaume 
seulement pour IC présent, jusqu'au moment où se présenterait 
l'occasion de rendre au roi Jacques des services efficaces; Us Vàcr 
cnsèrent aussi d'avoir détourné à ton profit une partie considé- 
rable de l'argent déposé entre ses mains comme le prix de la pai&. 

Le gouvernement, dit-on« ne fit d'autres démarches auprès du 
comte que de lui demander pàr(l'intetmédiaire du secrétaire d'Etat 
un compte régulier de la manière dont la somme déposée entre 
ses mains avait été distribuée. Maiis Breadalbane, troppmssant 
pour être inquiété et trop audacieux pour s'alarmer des soupçons 
qu'inspirait une conduite qu'il savait que le gouvernement n'ose- 
rait punir, répondit, suivant la tradition', de cette manière cava- 
lière, à là demande qni lui éuit faite : -rMon. cher lord, l'argent 
dont vous faites mention fut donné pour obtenir la paix des hautes 
terres. L'argent est dépensé , les hautes terres sont tranquilles : 
vpilà la seule manière dé compter avec ses amis. 

Nous verrons, plus tard que Tavarice et le ressentiment de ce 
seigneur sans principes donnèrent lieu à une des actions lés plus 
sanglantes ^t les plus cruelles qui déshonorent le dixrseptième 



180 HISTOUE V1Q08M. 

lîèdb* Noos en {Murlerons dans la suite; maintenaul fl suffit de 
riépéter que BineadaUMiiié gagna » adondc on réduisit à la soums* 
sîon an gooTememeiit tons les Chefs qui jusqu'alors aTaimitwm* 
senu ks îatérdts du roi Jacques^ et que la guerre des hantes tems 
Alt regardée comme apassée^ sînoa oooune endèreoMut lerminée^ 
Mais le but de les attacher d^une manière irrérocaUe à lacanas 
de OniUaihaie fat entièreinent manqué, et les habitaup» des hantet 
terres oôntuiuerent àém aussi JMobiles dahs Je cœlur qti'mvant 
la pacifioation4 

Oa songea cepe n d a nt i lorsque les hautes terres fn^nt en partie 
aonmisesi à s'octuper des nombreux ol&ciersdei basses t^rcs qdi 
avaient suivi Tétèndard de Dundee et qui étaient restés enisuile 
avec les généraux moins habiles qui lai avaient succédé dnns h 
oOmmandement. Ges malheureiut méritaient autant de compas- 
Sm que de pitié. Leur nombre montak à près de oeiit gentils- 
henunes qui, sacrifiant leur fMtnneii rhdnneur) pi*éCérèrent SÉÎinre 
leur ancien maître dans Texil , plutôt que d'échanger Son service 
«entre celui d'un antre< Il fut convenu qu'odi lotir donnerait deox 
vaisseaux pour les transporter en France, où ils furetit reçils avec 
la même hospitalité libérale que* montrait Louis XI V en tèùt os 
qui conoernâit llis affaires du roi Jacques» et pendant qnelqm 
temps ils Ire^rent one paie proporfionifeée au rang dont^ils joms» 
aaient an service du tM^Mé^ 

Ntaii lereque la bataille de la Hoguè eut eemmenoé oettë amtfe 
4!lnfortunés que la France subit plus tard , et qui mit un terme à 
toutes les espérances d'une invasion en Angleterre, on' ne fkmvsk 
fns prétendre que Louis XIY supporterait la dépense d'entretenir 
Mn corps d'officiers qu'il n'était plus pnAabfte de rétablir un jour 
dans leur propre pays» Ges offîders présemèreht alors line péti- 
tion an rm Jacques , lui demandant^e permettre qu'ils composas- 
sent une coèipagnie de simples soldats, avec rhnbit ^ la paie et les 
ftppoint^mens de eératog, assurant ce monAiipie qu'ils s'esiime- 
ttàitint heureux de rester à son service, même dans l'état le plus 
iteple> et en eti supportant lès plus grandes Migties. 

Jaques i^nsentit avec ihépugnance à,eei%e géaéfeiise proposi- 
tion', et , avec les kiinés aux yeux , il passa en retoe ce oorps de 
dévoués royalistes an moment èù, l^ènouçant à «êé» fesatantages 
de la naissance, de la fbftone et de Tédùcation , ils se préparaient 
à'âe Charger des devoirs. attachés a«i rang te plus ba^ de letir pro- 
fMioii. Il dotaà sà main à baser à chftcûn d'éfuc, prMiH; de t^ 



jaftiâis oublier qIMb M gMide lof âtiitf, iliMri^it ii nùtà d« chàqtt6 
faidiviâti Bdt êôit pën^èttilte) comflM tiii èd^àg^itieiijt As ré66m<> 
{leiiser kar fiAélIté Idraque la (brittUB lai ett âolantef ait lëé tnoyetiê^ 

ËUktttjMl^ ^t là FtkUéë, tèttê cOiËpàgiiia lié ^ilttlëhôitifiiétf 
fàïi mtatë et tîÊAfÊm , tit^àigéë M SèiMiôë IttAs^k ^ Hpn,fUm th 
où la cofidttiM; -, fUi^mn^t le rêà^je^l pîiâ* sË (bôtidititè honôfttkte, 
et elle inspirait une tendre pitîfl loi^^'btt Aàit lnsti*tiit 'dé 60tl 
btstMi^. MIdë toti^ peAe^ tie ééaèîstaiit qii'é6 àii lottft pat* JtMur, 
aVe6 liilè li¥t% et demie de paili $ Aait tèttt^L^àit iâftdlBsàtité il téà 
mÀMûH^ja. lOldàtÀ, HdtkMalelôënt j[Mtai^ Hb fyfœdit^r letii* iiO«f«- 
fittirè tiai^itmel}^, mais méttie ptmt éè âonnef le» dHose^ âbdbld^ 
Ment iië<^sÀii«êll. Péâdékit qlîëlqtlte i^ttûpH, ils tt^Yètatlt tine 
^sétMtitê éil teftdÀttt liHifti iftèittrës, létil*^ bàgti«!$ tet Mttèh ba^« 
téUeé de qttdqtte Paient. H h'était pâ» eïti^aôl-dinàife de fOvt tfttcl^ 
què^dUè d'èntt^ éfti in«ttieè dé €01^ quiâqUeâ gagaâ dtt «èatéttir, 
^i ëtàtèfit lé don éè VJÊLOéciitm d'ùft ^àfeÀt> téliii de t^àmdtlr ott 
bien de l'amitié^ et de les entendre assurer qu'ils ne s'en èëpÉQh^ 
fàièftt Jafbâis i Maië rdf&ëtise )ïéé«i§ité Ws fe/Çaft à la An de Véliére 
èès {H'CtSietisës Mlqués , et cette petite i'è8So\lfoe fdt bientôt entifr' 
fèiliëfit épiaiséé. 

A péd prtfé §. 6étté e(idM^, téttë éOthf)â^ië ééHrit êott^ te^ 
oMrâi dtt «n%t<eèhàl de iVodilleà > aa éiégé dé Rosëè eii Catalogué, 
et Bé (HMib^à ^af ^a bhiTôdï^ dMë Aë ii iiOâibt'edteH 06eas{bi]B> 
^elè guettera) appela ëés isdldats ë«s ebbirs , èft le!^ éitant potti* 
eiëfnplè, il àVait l'habittkdè de dite tplë les Vl^iâ gétltilshôlÉitttéil 
étaient tddjbùfà Us iuéi&ëè , ûàhi \t âialllëàr "Httiùè dadSi Iti 
dângW, 

Dans iiné caâipâ^é feti Âba6e, cétfé compagnie d'dffitiëf^ ëcoâ- 
àâîb i^bukt de ât)ïi propt*ë modVteïnéhl éhipottef d^a&sàût ttn fort 
^tné^daii^ dhé île sù^ te tlKib , et détendu pàf tk^ tétits Alle- 
mands. Us s'avancèrent but- le hàfA dé te lar^ë flétiVë, pfotëgéâ 
|)at la Huit, lepaissèi^nt à ^tté, pottaiit lëUlrà munitiotià adtoàf de 
iéttl' cbhét se teYiàtit tôus le bfa», àuivaht Vûsage dés hautes 
lerte)). 13a&§ fe mtiiett dh ébtii'atit Vtiail Venait jusqu'à leur poî- 
tri^«,Mai^ adteitôt qù^ëlte dettht plui baSsé, ils dêtachèlrènt \etM 
^htthes , et ai*riVaiit i lèrrè aVèc leurs mousquets suf l'épàùle, 
ils envioyèMeiii avii AUemandisithfe décharge éemoûsquéteriè qui 
leà Saisit d'tinè tei^reuf panique, tes ÂUèaïaûdâ tentèrent de à*^ 
thappe^, mais le6 pàaih se bfiâèf-éut âoûs leur poids ; ite perdirent 
kàu^a]^ de lu^iide etlaisséreût f fie eu possesàioû de letird braVes 



382 HISTOIRE D'ECOSSE* 

aisailkns. Lorsque le général français apprit le succès de cette 
entreprise, qu'il avait i^egardée comme une bravade, il fit le signe 
de la croix dans s<m étonnement , déclarant que c'était l'action la 
plus bardie qui eût jamais été tentée» et que tput l'honneur du plan 
d'attaque et de l'exécution appartenait à la compagnie d'officiers. 
Ce lien fat long*temps appelé l'île des Ecossais , et peut-éCrê con- 
serve encore ce nom aujourd'hui. ^ 

Dans cette entreprise et dans beaucoup d'autres semblables, la 
]dupart de ces braves officiers périrent ; mais leur sort fat préfé- 
rable à celui de ceux qui nnournrent par les fatigues, les priva- 
tions et les maladies contagieuses qui accablaient à la fois ces 
l&ommes habitués à l'aisance .et aux commodités de la vie, réduits 
à des haillons pour vétemens, à la malpropreté et à la famine. A 
]a paix de Ryswick, ce qui restait de ces braves se débanda, ils 
n'étaient plus que seize, et de ce nombre il y en eut peu qui revi- 
rent la patrie où leur gloire était connue et où l'on admirait leur 
coaràge. 

Enfin les feux de la guerre civile s'éteignirent peu à peu dans 
toute l'Ecosse. Ea dernière place qui tint pour le roi Jacques fat le 
chiteau-fort d'une île située dans le détroit du ï^orth , et appelé h 
Bass. Ce roc singulier s'âève perpendiculairement hors de la mer; 
sa surface est une terre de pâturage dont le penchant s'étend jus- 
qu'au bord d'un terrible précipice qui de tous c6tés s'enfonce dans 
on orageux océan. Il n'y a pas d'ancrage autour de cette ile, et 
quoiqu'il soit possible maintenant d'y i^border, non sans danger, 
et de monter par un chemin rapide jusqu'au plateau de la mon- 
tagne, néanmoins à l'époque de la révolution un chateau-fort en 
défendait l'entrée, et les bateaux appartenant à la garnison étaient 
descendus dans la mer ou enlevés dans le château par le moyen 
d'une machine appelée grue. L'accès de cette île était donc diffi- 
cile à des amis et impossible à des ennemis. 

Ce point isolé et inaccessible, servant naturellement d'abri- à 
des oies sauvages, à des mouettes et à des oiseaux de mer de toute 
espèce, avait été, comme je-vons l'ai déjà dit, coaverti en une 
prison d'Etat pendant les règnes de Charles II et de Jacques II , 
et fut souvent le triste asile des non-conformistes prisonniers du 
gouvernement* Le gouverneur de la Bass conserva cette forteresse 
à Jacques depuis 1688 jusqu'en 1690, époqne à laquelle il la rendit 
au roi Guillaume. Elle fat bientôt après reprise au nom du roi 
Jacques par quelques officiers jacobites, qui , envoyés dans ce fort 



DEUXIEME SERIE. Ui 

comme prisomiiers, réassirent à surprendre et à soumettre la 
garnison , et défièrent encore le nouvean goavemement. Ils répa- 
rent des provisions par le secours de leurs amis les JacoBites d'E- 
cosse, et par le moyen de, leurs bateaux ils'fii:ent une espèce de 
guerre de corsaires > attaquant les vaisseaux marchands qui en- 
traient dans le détroif. Une escadre fut envoyée pour réduire la 
place, mais les batteries causèrent si peu de dommage ain château, 
et le^ vaisseaux, furent eux-mêmes si maltraités,. qu'ils lurent 
obliges d'abandonner le siège ou plutôt de le convertir en un blo- 
cus réguliw. Le gouvernement écossais prononça la peiâe de 
mdrAontre ceux qui fourniraient des provisions au château , et 
un gentilhomme noçmié Trotter, ayant été convaincu d'avoir en- 
couru cette peine, fut condamné à peindre la vie. On éleva une po- 
tence en face de la forteresse afin que la garnison fût témoin da 
supplice qui se préparait. L'exécution fut interrompue pour le 
moment par un boulet de canon envoyé de l'île, à la grande ter*' 
réur des assistans parmi lesquels il tomba; mais il n'en résulta 
aucun avantage pour Trotter, qui fut mis à mort dans un autre 
endroit. Les relations entre cette île et le continent furent de 
cette nianière entièrement interrompues. Peu de temps après, la 
garnison devint si faible par le manque de provisions, qu'elle ne 
pouvait plus faire usage de la grue au moyen de laquelle elle lan» 
çait son bateau. £lle'fut enfin obligée de se rendre, m^s non paff 
avant d'en être réduite à une ration de deux onces de biscuit par 
jour pour chaque homme. On leur Offrit des conditions hono» 
râbles, et on leur rendit le témoignage qu'ils s'étaient eomportéa 
comme des braves. 

n faut maintenant que nous i^toumions à l'état des afT-aires 
civiles en Ecosse, qui étaient bien loin d'être réglées. Le roi Guil- 
laume n'avait point placé dans son administratièa sir James 
Montgomery et quelques autres Presbytériens, qui pràsaient que 
leurs services leur donnaient des droits à quelque distîncticm. Cette 
injure fut cruellement ressentie, car Montgomery et^MS amis tom- 
bèrent dans une erreur commune aux agens des révolutions, qui 
s'imaginent être les auteurs d'évènemens dans lesquels ils n^ont 
été que des acteurs subalternes et accidentels. .Montgomery, qui 
avait conduit les débats sur la forfaiture de la cpuronne, à la ré- 
volution, se croyait capable de détrôner le roi Guillaume, qui lui 
devait, pensait-il, sa couronne, et de replacer Jacques à la tête âa 
gouvernement. Ce monarque, détrôné parce qu'il avait téuté trop 






an HI8TQQA 

\fi s»ng dp |ue^ partisms, Cçmiiiç 1«« «i^tv^eft s9 t^BiB^wt » kl 
p)jo^ violiwA «f^poWt^ f^jgim/àjikç^reut à en^oMmr 4ci3 r^li^iîiiii 

epicuni.^ 9# pt^*l(^mi9f)t, p#r hfàu» de r afiwi i iia t r tli<» 4» roi Gflil^ 
teWNl- QBp^Qdapt <H^U§ aUiaiuw étaîl tnsfi peu ii*Uii«lle poi» 
dWBfi Qi Jtt i?Qi GqiUdPoi^ m te moiiura alarmé de se» pre|^ 
gfl'flj0i «(». bflt^ 40 redrtiter plasimm tovu qui tad ayaleot ^ îih 
diqn^ dina h Péi^laraUpii des Droita. Il crqi aussi pradAl^ 
bÀf^ W^VlV^H coapessîoiis aipx Presbytérôns , dent la plupart 
^MioRt 4^iiM4KM4Pté» des vésHiuis de la révelnMon dana lea wan 
tiares eeddésiastiaBes* 

J§ YfMii ai d^à dit qoe le voi Gmllanme n^avait pas h^îté à dé^ 
chrer q»^ TEgliça nationale d'Ecosse serait presbyténepoe. Mais 
^( ao^mr 4^ la toléraAS^qni éuit m des premier» priôeipes de 
te ffi, toi faisait ^er as désii) de permettre les hén^fi e ea épiaesk 
paiu( aow bie» que la religion ipiscepale daaa les églises dea pa» 
ri)i9994 qoî préfémeet cette eemmimioii. Bimi pins, il se jogea. 
p%g éqiii^le de ravir aax propriétaires qoi les pessédaîeot la 
ifçjfi. 4p palrwagef o'eat-ràfdire de présenter un csndidat pour uoq 
çliarge yacaAtç» à leoins qa^ea ne le trouvât inhabile pour née 
telle obsurgee Sa manière de vivre et sa doctrine éunt examinées 
par une mqnk» régulièee, la personne ainsi présentée étak, 
çomine de raison, admise à reinplir les fonetions eeelésiasM^pes. 
Une grande partie des Presbytériens étaient méeentena d'an pria 
?41ége qui «letliait le érûk d'élire im eocléspastiqiie poor tonte une 
Cf>ngpiff^tim entre les maîns d^nn seul hoDune, tandis qne le «este 
p<H&y«it éfifre méfionlent de ses talena et de ^on earaetère. Ils préi 
llf)nt§^i^ unasi ppu^ aargonient qu'une graide pa^e 4e ces {nrivit 
Mes^ Mênl «eutse les qsaina de la noblesse appartenant à la 
^¥^9Mfi épiseepaiet p^^rmeure le droit de patronage, c'était pe^ 
fiAV^er |i de tela peinons J^fi moyens d'întroduime des eeclésta s riquea 
d^ )^Pi!S pmpots prîneîpes , et mdfxtenir ainsi un sdiiame perpé* 
|n§l dms le asm de VEglUe. Les défoMenrs du patronage répU» 
9^i^q^ q/m^ esMuna ka émolnmens du clergé étaient payés par 
lf# pr^pniétairies, la noeûnatien dn minisu^ devait knr être abanr 
4Amé9» ft «poi suivant mie ancieiuie kû d'Eoesse, ie droit de pa» 
tn«V»>M «ebd de eonfii^er ka k^é^êagéAKà un deoîtde pvef 



uemiBiiB sBim. ass 

priélé paiftkiiliira. Li| tndanc» ywts Véfmotspait, dimAmt lep 
indniM fUCmeim, pdiiTak en effet bafataeer nuui bob pae 
uâBBtir la saprAnatie du preftbjrtémBismey poisfoe ttmt ^celé* 
^iaalîqiie q«i était ea poiseanon d'un bAiéfi^ était feroé da «eaa^ 
erire à la pvoiessioB de foi comme elle fat étaUie par l'affeaddlée 
^ théalogi^Ba k Westminster^ et do reeoiiDaitre qno FassemUéo 
générale était investie de l'entier gouyemomoBt d* TEgliae. U$ 
disaioat oneoro qof'en pratifoo il yalait mieux que oelte M do pa- 
tronago bo tftt point altérée. L^EgKso prosbytérienno étmt àéjk 
formée sur loB»odî|le^'nne aérère répnUiqv^y ils ppélendaiont q«o 
d'inyoslir loaparoissions du droit de noBunor les eooléaîastiqiiesy 
c^était donner une forme pins démocratiqm à un systèaie qui était 
déjà assoc indépendant de la cooronne et do Faristocratio. -^ Per* 
mi^tre an troupeau de choisir son pasl^vr , ajootèrènt-ila^ c'était 
enqoBrager ks candidats à reohorelior leur avanooà^ent dans PE- 
giise^ à se rendre populaireÉ, en flattant les passi^msdela congré- 
gaLtà&^y plutôt que d'exercer le devoir salutaire., mais difSeile, 
d'instruire leur ignorance, de corriger leurs défiiuts, et que cette 
condeseendaneo et cette flatterie s'élèveraient de la chaire , le 
lies df où ellea devaient le moins sortir , et oà elles étaient le plus 
dangereuses. 

J)e tds argumens en faveur du patronage laïque avaient eu 
beaucoup d'influence sur le roi ; mais la nécQçsité de foire quelque 
diose qui pût plaire aux Presbytériens engagea lès ministres 
écossaifli de Gnillanme , mais non pas avec l'entière approbation 
de ce monarque, à renouveler une loi du règne de Gromwell qui 
plaçait la nomination d'un ministre , à quelques légères restric» 
tions pvès, enire les ma|ns> djs la congrégation.' Les paroissiens, 
lorsque survenait une vacance, exerçaient le drmt d^ne élection 
populaire : mesure agréable sans doute à la fierté naturelle de 
lliomme , mais tendant à exciter dans un cas de désordre des 
débats qui n'étaient pas toujoura cpi]4uita avec la décence et la 
modération convenables. 

Le roi GuiUanme échoua également dans sa tentative d'user de 
tolérance pour les membres du clergé épiscopal qui étaient dis- 
posés à conserver leurs bénéfices sons la suprématie presbyté- 
rienne. Gagner ces ecclésiastiques eût été obtenir une grande in- 
fln^ice sur cette partie de l'Ecosse qui s'étend au nord du Forth ; 
mais, en leur accordant sa protection, Guillaume voulait être as* 
ooré de leur obéissance, Bn génénd^ ces ecclésiastiques pensaient 



336 HISTOOtB D'BGOSSB. 

que cette obéissance étaitdae au monarque exilé. La jdapart , il 
est vrai » avaient adopté des principes politiques commodes, qoi 
leor permettaient de se soumettre à Guillaume , comme roi de 
/ailf c'est4.«dire actuellement en possession du pouvoir royal, 
tandis que , intérieurement , ils réservaient les droits de Jacques 
comme roi de droit, c'estpà-dire qui avait des droits à la cpuronne, 
quoiqu'il n'en jouît pas. ' . 

Guillaume trouvait son intérêt à détruire ce sophisme, par le- 
quel en effet il était seulement reconnu comme un usurpateur 
heureux auquel on ne devait rendre honunage que parce qu'il 
avait lé pouvoir de forcer à Tobéissance. Alors on composa une 
formule de serment appelé l'assurance, qui étant présenté à toutes 
les personnes qui possédaient des charges de confiance , était cal- 
culé pour exclure xes temporiseurs qui prétendaient concilier leur 
obéissance immédiate au roi Guillaume avec la restriction tacite 
que Jacques possédait les véritables droits à la couronne. L'Assu- 
rance portait, dans des expressions étudiées et précises, que le 
roi Guillaume était reconnu par ceux qui prêtaient le serment, 
non*seulement comme roi de fait, mais aussi roi par la loi et soa 
droit. Ce serment fiit une barrière pour les prédicateurs épisco- 
paux qui avaient quelque tendance au jacobitisme; mais il y en 
eut d'autres qui attachèrent plus d'importance à leurs avantages 
pécuniaires qu'à des questions politiques concernant les droits des 
souverains ; et en dépit de l'intolérance du clergé presbytérien 
(intolérance qui ne doit pas surprendre si l'on considère les souf- 
frances que ce clergé venait d'éprouver } , environ cent théologiens 
épiscopaux prêtèrent serment au nouveau gouvernement, conser- 
vèrent leurs bénéfices ,, et furent exempts de la juridiction des 
aoura presbjrtériennes. 



CHAPITIŒ XXV. 



Le massacre de Gleocoe. 



Je vais maintenant appeler votre attention sur une . action dn 
gouvernement écossais qui laisse une tache sur la mémoire du roi 
Guillaume, bien que probablement il ignorât jusqu'où allaient la 



DEUXIEME SERIE. 337 

bassesse 9 la trahison et la cmaoté qu'on employa en exécutant 
ses ordres. 

Je TOUS ai déjà.parlé des disputes qoi s'élevèrent relatiTèment à 
une sonune d'argent considérable confiée an comte de Breadal- 
bane^ ponr procurer ou plutftt ponr acheter la paix dans. les 
hantes terres. Lord Breadâlbane et ceux ayec lesqueb il négocia 
se bronillèreilt/ et le gonyemeiuait anglais, conunençant à con- 
ceYoir des soupçons sur- les intentiotis suspéi;tes des chefe des 
hanles terres , envoya une proclamation' dans le mois d'-août 1691, 
exigeant que chacun d'eux se soumît an gouvernement gavant le 
premier jour de janvier 1j692« Après cette époque , il fdt annoncé 
que ceux qui ne se soumettraient pas seraient livrés au feu et 
à l'épée. 

Cette proclamation fut fidte par le conseil privé /pous l'in- 
fluence de sir John Dalrymple( le Maître de Stair comme on l'ap- 
pelait ^ )f dont j'ai déjà parlé , comme occupsmt la place de lord- 
avocat , et qui avait y en 1690, été élevé à la charge de secrétaire 
d'Etat y en société avec lord Melville. Le Maître de Stair était à 
cette époque intimement lié avec Breadâlbane, et il semble qu'il 
partageait avfc ce seigneur l'espérance d'amenervà. exécution xùk 
|dan formé ffm entretenir une armée aux frais du gouver- 
nement et de transférer entièrement la fidélité des Chefe à la per- 
sonne du roî. Ce projet devsut être agréable àGuiUaume , et s'il 
eût réussi, le secrétaire aurait pu justement prétendre à Toir aug- 
menter la confiance de son maître. 

Mais lorsque Breadâlbane coiflmença son traité , il eut la mtMr- 
tîfication de voir que si les Chefs des hautes terres n'éprouvaient 
aucune antipathie pour l'argent dé GuiUaume , cependant ils con- 
servaient une fidélité trop prononcée au roi Jacques pour qu'il fût 
prudent de les réunir en un corps militaire, comme on se l'était 
fTùfoaé. Plusieurs Chefs, et particulièrement ceux des Mac-Do- 
nalds , présfiintèrent des conditions que le comte de Breadâlbane et 
le Maître de Stair considérèrent comme extravagantes, et le ré- 
sultat de ces contestations fut la rupture du traité et la sévère pro- 
clamation déjà mentionnée. 

Breadâlbane et Stair. furent trompés dans leur attente, et irri- 
tés contre les Chefs de tribus réfraçtaires qui par leur entêtement 
avaient anéanti leiir plan favori. 

X. Le Maître . Maiêtr, titre da fils aioé de oertaineft^ famiUea da nord» jrépondant.à notre mot de 
CWneirtfr quand c'cat U titre du fib d'vn baron. 



338 mSTOIRK DIECSÔSSE. 

Tontes leart pensées se |)ertèrent à la irengeance^ et il paraît , 
d'après la correspondance de Stair, qu'il nournssait la secrète 
espérance que ks plos obstinés d'entre les Chefs ne se sentnet- 
traient pas avant lé terme indiqué , et passé lequel on avait pris la 
détermination d'infliger la punition la pins sérère et la pins ler- 
tiUe« Afin que tout fiit prêt pour l'opération méditée p un corps de 
jlstHipes considérable' était stationné à Inverlochy et en d'antres 
lieulL. Ces troupes étaient destinées à>agir contre les clans réfrac- 
lairesy et .la campagne devait commencer dans le milieu de l'hi- 
Ver y époque, à laquelle on présumait que les haUtans des hautes 
terres se croiruent à l'abri d'une attaque. 

Mais les Gheb farunt infonnés de ces intentions hostiles» ety les 
uns après les autres, se Soumirent an gonvernement ayant l'époipe 
-désig^iée, Àtant ainsi à leurs ennemis tout prétexte dé les in- 
•^paiéter. On dit qu'ils agirent en cette Occasion d'après des ordres 
•aeef Qts du tçi Jacques ^ qm, ayant pénétré les dessons de Stair, 
oonaeilla èaui Chefs de satisfaire à rërdonnance de la proclama- 
tion , plutftt quede s'exposer à une atti^qne àlaqnelle ils n'auraient 
pas les moyensde résister* 

L'amnistie qui protégeait un si gralid nombre ie victimes , et 
.privait les hommes de kn et les soldats d'une en#eprise qui leur 
-était avantageuse, parait avoir cruellement troublé Tespifit du 
secffétaircid'Btat* Comme tpds les cheSs, les uns après les autres, 
-|ir«tèrcnt sennent de fidélité au roi Guillaume, et senûrent à l'a- 
bri du danger, l'anxiété du Mattre de Stair pour trouver qu^qae 
prétexte légal qui pût exclure de l'amnistie quelque clan dû Lo- 
obabèTr devenait de plus en plus grande. Mais aucune occasion ne 
aei pféae&la pfmr mettre en œuvre ses charitables intentioDS, 
excepté envers le élan des Mae^Donald» de Glencoe, événement 
méfiOKMrahle , maôs qui heureusanent ne frappa qu'une tribu • 

Qà clan hahitait une vallée fonnée par la rivière Coe , qtni se 
îettfidans le LoéMuÊffea, non l&m de la tète de Loeh^Etive. On la 
ihsthigue même dans cette centrée sanvage, par la snbihnité de ses 
montÉgiies , les reios et les précipices dans lesquels elle est comme 
encaissée. L'eçprit des hommes est modifié par les lieux qu'ik 
habitent. Loi Mae'DsttaUsdu vallon n'étaiei^ pas fort nombreux, 
raremait ils amiapient phis de deux cents hommes; mais leur té- 
mérité et leur hardiesse étaient passées en proverbe , confians 
dans la force de leur pays , et dans la protection et les secours des 
tribus leurs àUiéeS; les MaO'Donaldà de GlanranaMy Glengarry, 



DIDXnSME SERIB. SS9 

Keppooh, Ardnftmiirclian » et d'autres de ce nom fiuliett. Ili toor 
ebident anssi 9igx poiiéfttioBs des Gamphelb, aree lesquebi ea 
eoBSëquenoe de leurs habitudes du pillage , ils avaient sourent des 
querellés; àdifférentei époques^ le s^tf( des deux (nbns ay^ùt 
eralé dans lears di9ciisiioQSé ^V^ 

Mac-lande Glencoé ( tel était le nom de fattUUedçt chef de ce clan) 
tftait QB homme d'tm aspect imposant et ténérable* ÏQ possédait êk 
anéme teiiq)s dn courage et de la sagacités Les Chefs du Vbisinagii 
ayaient rhdsiUlde d'écooter ses avis, et il les guidait dans hntrs 
délibérations. Mac^Ian avait fait la campagne de Rilliècraiikie et 
la sniviofte» sons le général Bnchany et lors({iie les Gheb insurgés 
s'assmnblèrent avec te comte de Breadalbane danè un lieu appelé 
Aucbidlader» au mds de juillet 1690^ dans le dessein de régler 
une amnistie 9 Mao-Ian était aussi présent ^ et on dit qu'il reprocha 
au comte de Breadalbane d'avoir le dessein de retenir entre ses 
mains une partie de l'argent qui lui était confié pour la pacifica- 
tànm des hantes terres. Le camterépliqua avec véhémence ^èl 
aeoua Mac-Ian d'en vol de bestiaux commis sur ses terres pur un 
parti de Glencœ» D'autres reproches succédèrent à oeax'là > de 
vieUbs querelles forint rfenôuvelées > et l^on entendit Mac-Ian ré<- 
péter plusieurs fois qu'il ne craignait de trahison d'aucun homme 
«ntaat que du comte de Breadalbane^ Cependant ce malheureux 
Chef ftit assea téméraire pour tenir ferme jusqu'au dernier mo^ 
ment/et poar refiiser de prsndre avantage de l'amnistie du roi 
GuiUaume i jusque ce que te tempâ indiqué par k proclamàtimi 
fit presque expiré. 

Le mécontentement du ecnute de Breadalbane semble s'tere 
communiqué prdmptemèmt au Mattre de Stair, qui» dans sa cor^ 
ipespondaûce avec le lieute1Iant^solonel Handltoni commandant 
dans lès hantés terres , exprime le plus grand ressentiment contre 
Wâc-Ian de Glencoe, pour àVoir /par son influence^ rompu Hn*^ 
celligence entré Breadalbane et les Chefs des hautes terres^ Bn 
^<mséqnehce, dana une lettre du i décembre^ le secrétaire d^lara 
que le goUtemement était déterminé à détruire quelqués-ims des 
elani aBq d'intimider les antres, et qu'il espérait qn'^en ^'obsti- 
tiant et ^enrefasant de se soojtnettre. les MacDonalds deGlencoe 
tomberaien t g^ns ses filets . C'était un mois avant répoque fixée pour 
l'amnistie y ^fÊè pensées sanglantes occupèrent pendant un Aus^i 
long espace de temps Tesprit de cet homme d'Etat sans prindpei. 

Cependant y avant que le terme de grâce estpirftt , les proprés 



340 HISTOIKE B'BCOSSB. 

craintes de Shc-Ian oa lés ayis de ses amis lui montrèrent la né- 
cessité de se soumettre aux mêmes conditions queues autres Chefs 
avaient adoptées , et il fat avec les principaux membres de son 
islan pister serment de fi^lité au roi Guillaume. C'était fort peu 
de temps avant le 1"^ janWgf ^ époque à laquelle , par les termes 
de la proclamation , rjoccasion de réclamer l'amnistie était passée. 
Ma<>Ian fut donc alarmé de voir que le colonel Hill> gouverneur 
du fort Guillaume , devant lequel il voulut prêter son serinait de 
fidélité y n'avait pas le pouvoir de le recevoir, étant militaire » et 
non pas officier civil. Le colonel Hill fut néanmoins touché de la 
détresse et même des larmes du vieux Chef, et lui donna une lettre 
pour sir Colm Campbell de Ardkinlas , shérif d'Argyle-Shire, le 
priant de ramener au bercail la brebis égarée , et de recevoir son 
serment afin qu'il pût jouir des avantages de l'amnistie , quoiqu'il 
YÎnt si tard les réclamer. 

Mae'Ian se i^endit précipitamment du fort Guillaume à Inveraiy, 
même sans retourner à sa propre maison , quoiqu'il passât à un 
mille de distance. Mais les routes, presque toujours mauvaises, 
étaient devenues impraticables par une neige abondante , et malgré 
toute la célérité du malheureux Chef, le 1" janvier, Tépoqne fa- 
tale , était passé avant qu'il' eût atteint Inverary . 

Le shérif néanmoins , voyant que Mac-Ian s'était soumis à l'es- 
prit delà loi, en se présentant avant l'époque indiquée, avec la 
croyance sincère , quoique fausse , qu'il s'adressait à la personne 
oui avait le droit de recevoir son serment, et considérant aussi 
que , sans le mauvais temps , il se serait encore présenté assez tôt 
devant un magistrat , n'hérita pas à recevoir son serment de fidé- 
lité et envoya un exprès au conseil privé, portant l'attestation 
que Mac-Ian avait prêté le serment, et une explication détaillée des 
(circonstances qui l'avaient retardé au-delà de fépoqué fixée. Le 
«hérif écrivit aussi au colonel Hill ce qu'iLavait fait, le priant de 
prendre soin que Glencoe ne fût inquiété par aucun parti militaire, 
jusqu'au moment où les volontés -du conseil privé seraient con- 
nues , présumant qu'elles seraient favorables à Glencoe. 

Mac-Ian retourna donc dans sa maison , et crut pouvoir y résider 
en sûreté sous la protection du gouvernement auquel il avait juré 
fidélité. Afin de mériter cette protection, il co nvogn a son clan, 
l'infonna de la soumission qu'il avait faite , lui coi^||^da de vivre 
en paiç,, et dé nie donner lieu à aucun reproche , sous peine d'en- 
courir son déplaisir. 



DEUXIEME SERIE. 341 

■ A la même époqae^ le vindicatif secrétaire d'Etat s'était pro- 
curé des ordres du souverain sur les mesures qu'il devait suivre, 
envers les Chefs qui n'avaient pas prêté serment avant Tépoque 
prescrite. Le premier de ces ordres^ daté du 11 janvier, contient 
des directions positives pour une exécution militaire par le feu et 
par répée contre tous ceux qui u^auraient pas fait leur soumission 
au terme prescrit. 

Oa s'était cependant réservé , afin d'éviter de les réduire an 
désespoir , le droit d'accorder merci à ceux deà clans qui vien- 
draient se soumettre d'eux-mêmes après Tépoque fixée. Telles 
étaient les expressions du premier ordre royal, dans lequel Qlen- 
coe n'était pa$ nommé. 

n paraît que Stair fut instruit que Glencoe s^ait à l'abri des 
sévérités projetées, en vertu de cet adoucissement , -.puisqu'il était 
déjà venu offrir son serment sans attendre la menace de Texécu- 
tion militaire. De secondes instructions fdrent transmises le 1 6 jan- 
vier. Elles portaient la même indulgence pour les antres clans qui. 
se soumettraient même au dernier moment ; mais Mac-][an sem- 
blait une victime dévouée , et il fut excepté de l'indiilgence accor- 
dée an:^ antres ; cependant il avait rempli toutes les formalités 
requises. Les expressions dont ^n se servit sont remarquables : — 
«t Quant à Mac-Ian de Glencoe et sa tribu, s'ils peuvent être bien 
distingués du reste des habitans des hautes terres , il sera couve- 
nable pour la vindicte publique d'exterminer t^te bande de vo- 
lears. d 

Tous remarquerez la clémence hypocrite et la cruauté réelle de 
ces instructions , qui professaient une espèce de bonne volonté à 
étendre l'indulgence sur tous ceux qui n'en avaient aucun besoin 
(car tous les Chefs montagnards s'étaient soumis avant le terine 
fixé) ; et la refusaient à Glencoe, le seul homme auquel il n'avait 
pas été possiible d'obéir aux ordres de la proclamation, quoique, 
d'après les secondes instructions, il eût accompli tout ce qui était 
ordonné. ^ ^ 

De quel prétexte se servit-on en obtenant le consentement du 
roi Guillaume pour de si cruelles instructions? ce serait en vain 
qu'on voudrait essayer de le découvrir. La lettre du shériff d' Ar- 
gyle ne fut jamais produite devant le conseil, et le certificat at- 
testant que MaC-Ian avait prêté serment fut effacé, ou, suivant la 
phrase écossaise , déêrait. Il est probabl^e que la soumission de 
Glencoe fiit entièrement cachée au roi, et qu'on le lui dépeignit 



S42 HISTOIRE D'ECOSSE. 

conime «n chef incorrigible de bandits , qui était le principal ob- 
ftaele à la paix des hautes terres* Mais si nous admettons que 
OuilIaAme fat trompé, nous né pouTons nous empêcher de le 
blâmer fortement d'avoir si facilement donné des ordres qui de- 
Talent avoir une si horrible conséquence. 11 est remarquable que 
ces fatales instructions soient adressées et signées par le roi 
lui-mémey tandis que la plupart des papiers d'Etat sont seulement 
souscrits parle souYei^ain, et contre-signes par le sioorétaire d'Etat, 
qui est responsable de leur contenu; responsabilité do'htStâir 
n^osait probablement pas se charger dan^ cette occasion. 

Les lettres du secrétaire aux officiers militaires décèl<N)t l'intérêt 
cruel qu'il attachait personnellement à leur contenu, et le désir 
qu'il éprouvait que cette exécution sanglante fftt aussi générale 
que possible. Il indique dans ses lettres le temps et la saison favo- 
rables pour détruire la tribu dévouée an massacre. — « L'hiver, 
dit-il y est la seule saison pendant laquelle. les montagnards ae 
peuvent nouaéviter, ou conduire leurs femmes, leurs enfons et leun 
bestiaux dans les montagnes. Ils ne peuvent vous échapper, car 
quelles créatures humaines peuvent vivre long-temps hors de leurs 
demeures f C'est la saison convenable pour les détruire, dans les 
nuits longues et sombres. » Il ne pouvait cacher la joieqn'iléproo* 
vait de ce que Glencoe ne s'était point rendu avant le terme prss- 
crit, et montrait un désir extrême que quelques autres eussent ssiri 
le même exemple. Il assurait les soldats que tout leur était permis, 
et il exigeait d^eux des efforts proportionnés. Il demandait que Ift 
tribu des voleurs de Glencoe fût entièrement déracinée , et il iroo' 
vait difficile d'exjjliquer une phrase qui est en elle-même horri' 
blement significative. Il donnait des ordres pour s'emparer de tons 
les passages par lesquels les victimes pourraient s'échapper. B 
avertit le^ soldats qu'il vaudrait mieux ne point tenter cette eo- 
treprise que de f accomplir à moitié. — « Piller les terres, s^em- 
parer des bestiaux , ce serait seulement , disent les lettres^, les r^* 
duire au désespoir; ils doivent être tous massacrés, et de la v^ 
mère la plus sAre, la plus secrète , la plus efficace. % 

Ces instructions, tdiles qu^il en a rarement été écrit dans on 
royaume chrétien , furent envoyées au colonel Hill , gouvcrneor *» 
f6rt Ouillamne, qui, surpris et triste de leur contenu, essaya pca* 
dant quelque temps d'en éluder l'exécution. Enfin, obligé parsfi 
position d'obéir aux commandemena du roi , il transmit les ordres 
mi eokoel Hamilton , lui dit de prendre quatre cents hommes d^ 



DEUXljCME SERIE. 343 

Tégimént de montagnards appartenant an comte d'Argyle» et d'ac- 
complir les volontés da roL Ainsi^ pour rendre CQtle eiitreprise pins 
terrible encore, s'il était possible; que les ordres n^ le portaient , 
rexécaUon ei^ fat confiée à des soldats qui étaient ndn*sdaiement 
les compatriotes des pro^ritSy^ mais les proches ToitiiiSi et qoet 
qaes>«ms d'entre eux les amis des ]klac-Donalds de Glenooe* On 
doit âdre attention à cette ciroonstance , parce qa'on mccuse in* 
jostfflnent les troupes anglaises de ce massacare. L'exécution eut 
lien de la manière snivante ; 

Ayant la fin de janvier, nn parti dn régiment dn comte d'Ar« 
gyle , commandé par le capitaine Campbell de Glttilyon , s'avança 
vers Glencoe. Les fils de Mae-Ian furent à sa rencontre avecqad* 
ques hommes, leur demander s'ils venaient comme amis on comm6 
ennemis. L^officier répondit qu'ils arrivaient comme amis, étant 
envoyés pour nn court espace de temps prenàreieurs quartiers à 
Glencoe, afin de soulager la garnison du fort Guillaume qui était 
encombrée de soldats. Alors ils furent reçus avec toitte l'hos|H« 
talité et les commodités que le Chef et les peraonnes de sa suite 
avaient les moyens de procurer, et ils résidèrent pendant quinze 
jours au milieu des Mac-Donalds sans défiance, échangeant mu- 
toeUemeht des attentions et des politesses. Les laie des affections 
domestiques furent violées en mèkne temps que celles de Inhumanité 
et de Thospitalité , car Alaster Mac-Donald, un des fils de Hac-Ian, 
était marié à une nièce de Glenlyon, qui commandait le parti des 
aoldatSvH paraît aussi que la cruauté qu'on avait le projet cPexercer 
devait râtre sur des hommes sans défense. Les Mac-Donalds , sans 
concevoir aucun soupçpn sur lei| intentions des militaires à leur 
égards avaient supposé qu'il éNit possible que les soldats eassent 
l'ordre de les désarmer, et, en conséquence , avaient envc^é leura 
armes à une certaine distance, afin qu'elles fussent hors de portée 
pour être saisies. 

Le parti de Glenlyon était resté dans GleUcoe pendant quatorze 
ou quinze jours, lorsque ce chef reçut des ordres de son ettcier 
commandant, le major Dunoansôn , exprimés d'une nianière qui 
prouvait qu'il était un digne agent du cruel secrétaire. Bs furent 
envoyés avec d'autres ordres de la même date , transmis à Dott- 
canson par Hamilton, disant que fous les Mac-Deuakls au*dessous 
de l'âge de soixante*dix ans devaient être massacrés y et que le 
gouvememetU ne voulait pas ilre. embarrassé de pnsùtmUm^ Les 
i>rd]res de Duncanson portaient ce qui soit s 



344 HISTOIRE D'ECOSSE. 

a II VOUS est ordonné par ces présentes de tomber sur les re« 
belles 9 et ^e faire périr par Tépée tons ceux qni seront au-d^sous 
de l'âge de soixante-dix ans. Yons devez prendre garde. particii- 
lièrement que le vieux renard et ses enfans n'échappent de vos 
mains. Il faut vons assurer de toutes les issues , afin qu'àncan 
hommenepnissese sauver. Vous exécuterez ce mouvement à quatre 
heures précises du matin ^ et dans ce moment, ou peu de tenq» 
après y je tacherai de vous soutenir avec un parti considérable. 
Mais si je ne suis pas arrivé à quatre heures , il ne faudra pas m'at- 
tendre , et vous exécuterez vos instructions. C'est parle comman- 
dement spécial du roi, pour le bien-être et la sûreté du pays. Ces 
mécréans doivent être détruits depuis les branches jusqu'aux ra- 
cines. Faites attention que ces ordres soient exécutés sans exception 
aucune y de peur. de vous exposer aux soupçons de ne point ètse an 
serviteur sincère éi roi ou du gouvernement, ou un homme in- 
habile à exercer une commission au service du souverain. Esi 
pérant que y dans vos propres intérêts , vous serez exact à remplir 
les. ordres ci-inclus , je souscris ces ligoes de ma main . 

tt HOBERT DUMCANSON. » 

Cet ordre était daté du 12 février et portait sur l'adresser 
« Pour le service de Leurs Majestés. Au capitaine Robert Camp- 
bell de Glenlyon. & 

Glenlyôn reçut cette lettre peu de temps après qu'elle eut été 
écrite , et il ne perdit pas de temps à mettre ces ordres affreox à 
exéci^tion, Daiis Tintervalle , il ne renonça point à cette fami- 
liarité qui avait endormi les soupçons des victimes. Il but le coap 
du matin comme il l'avait fait tÀs les jours précédens, depni» 
qu'il demeurait au vallon , dans la maison d'Alaster Mac-Donald, 
le second fik de Mac-ïan qui avait épousé sa nièce.. Glenlyon et 
deux de ses ofiiciers nommés Lindsay acceptèrent une invitetion 
à dîner de Mac-Ian lui-même , pour le jour suivant ^ jour dont il 
ne devait pas voir la lumière. Pour compléter leur trahison, 
Glenlyon joua aux cartes dans ses propres quartiers avec les 6» 
de Mac-Ian^ John et Alaster, tous les deux destinés à être mas- 
sacres. 

Environ à quatre heures du matin, le 13 février, la scène san- 
glante commença. Un parti commandé par un des Lindsay vint a 
la maison de Mac-Ian , frappa, et fut aussitôt admis. Lindsay, un 
des hôtes attendus; ce même jour pour le repas de famille, com- 



DEUXIEME SERIE. 34S 

manda le feo à ses soldats » qui tirèrent aussitôt ^ et Maolan 
tomba mort près de son Ut, tandis qu'il s'habillait et lorsqu'il 
donnait des ordres pour faire rafraîchir ses funestes hfttes. Sa 
vieille femme fut dépouillée par les cruels soldats, qui, avec leurs 
dents, arrachèrent de ses doigts des bagues en or. Elle mourut le 
jour suivant, accablée par le chagrin et le brutal traitement 
qu'elle avait éprouvé. Plusieurs domestiques et hommes du clan 
furent tués dans le même lieu. 

Les deux fils du vieillard n'avaient pas entièrement partagé la 
confiance de leur père sur les intentions piaisibles et amicales de 
leurs hôtes. Ils observèrent, le soir qui précéda le massacre, que 
les sentinelles étaient doublées et la gardte renforcée. John, le 
frère aine, avait même entendu murmurer entre eux, qu'ils ne 
redouteraient pas de combattre les gens du vallon suivant les rè- 
gles , mais qu'ils n'aimaient pas la nature du service dans lequel 
ils s'étaient engagés. Quelques-uns se consolaient par une sorte 
de logique militaire, en disant que leurs officiers seraient respon- 
sables pour les ordres qui avaient été donnés, et qu'ils n'avaient 
d'autre alternative que l'obéissance. Alarmés de ce qu'ils avaient 
observé et entendu, ces deux jeunes gens se hâtèrent de se rendre 
aux quartiers de Glenlyon, où ils trouvèrent cet officier et ses.gens 
préparant leurs armes. Etant questionné sjur.ces préparatifs hos« 
tUes , Glenlyon arrangea une histoire , leur dit qu'il était envoyé 
dans une expédition contre quelques hommes de Glengary, et 
faisant allusion à leur alliance, qui tendait sa cruauté plins détes- 
table encore, il ajouta : — Si l'on avait quelques mauvaises inten- 
tions contre vous, n'en auraispje pas parlé à Alasteretà ma nièce? 

Rassurés par cette commuiucation, les jeunes gens se retirèrent 
poar se livrer au repos, mais ils furent promptement réveillés 
par im vieux serviteur, qui avertit les deux frères de se lever et 
de fuir pour sauver leur vie. — Est-ce le temps' pour vous de 
dormir, dit-il, lorsque votre père est assassiné dans ses propreà 
foyers? Ils se levèrent précipitamment, sortirent de leur maison 
remplis de terreur, et entendirent dans toute l'étendue du. vallon 
où il y avait quelque habitation humaine les oris des assassins, le 
bruit des mousquets, les plaintes des blessés, et les gémissemens 
des mourans. Leur parfaite connaissante des rochers au nûlien 
desquels ils .habitaient les mit à même de s'échapper inaperçus et 
de fuir dans la partie méridionale du Glen. 

Pendant ce temps, l'œuvre de destruction s'exécutait avec aussi 



S46 HISTOIRE D'BGOSSV. 

pea de remords qae Stair lai-mâme aurait pu le désirer. Le faible 
adoaciflsement.à ses ordres concernant les personnes au-dessus de 
aouante^diz ans fut même oublié des soldats dans leur horrible 
soif de sang, et plusieurs yieillards malades furent sacrifiés, avec 
les autres. Dans le hameau où Glenlyon avait ses quartiers , neuf 
liommesy en y comprenant celui chez lequel il logeiUt, furent liés 
fil tués comme traîtres et félons. Un d^eiitre eux^ Mao-Donâdd 
d'Auchentriaten , avait un sauf-conduit du général Hill ^bins sa 
po^e. Un beau garçon de vingt ans avait été épargné des soldats 
dans un momuit de compassion* Le capitaine Drummond arriva, 
et demandant pourquoi les ordres avaient été transgressés dans 
cette occasion, ordonna qu'on mît aussitôt le jeune homme à mort. 
Un enfant de cinq ou six ans se jeta aux genoux de Gleulyon, de- 
mandant grâce, en lui offrant, s'il voulait l'épargner, de devenir 
son domestique pour la vie. Glenlyon fut touché , mais le même 
Drummond frappa l'enfant de son poignard, tandis qu'il invoquait 
ainsi sa pitié. 

Dans un lieu appelé Auchnaion , un sergiNit nommé Barber, à 
la tête d'un parti de soldats, fit feu sur un groupe composé de neuf 
Mac*Danalds assemblés autour du feu du matin et dont ils tuèrent 
quatre. Le propriétaire de la maison, frère du Mac-Donald d'An» 
ehentriaten, qui avait été tué, se sauva sans être blessé. 11 avait 
exprimé le désir d'être mis à mort en plein air plutôt que dans la 
maison. -*- En souvenir de votre pain que j'ai mangé, répcmdit 
Barber, je vous accorderai votre demande. En conséquence Macf 
Donald fut traîné à la porté : c'était un homme actif. Au moment 
où les soldats allaient tirer sur lui, il leur jeta son plaid à la £• 
gure , et profitant de la confusion qui s'ensuivit , il s'échappa dans 
k vallon. 

L'alarme était devenue générale; un grand nmnbre d'autres 
personnes, hommes et femmes, se sauvèrent de la même manière 
que les fils de Mac-Ian et le montagnard que nous venons de 
nommer. S'enfnyant de leurs maisons enflammées et se trouvant 
hors de la portée des assassins , les fugitifs , à moitié nus , se con- 
fièrent aux ténèbres d'une matinée d'hiver, rendue plua affreuse 
encore par la neige et par la tempête, au miheu d'un des plus 
sauvages déserts des hautes terres de Fouest, laissant derrière eux 
nne mort sanglante et ne voyant devant eux qu'orages , famine et 
désolation. Enveloppé» dans des tourbillons de neige , beaucoup 
de ces malheureux tombèrent et ne se relevèrent plus. Mais les 



DEUXIEME 8B1UE. 34T 

horreurs de la tempête leur seqiblaient douces en comparaison 
des craaatés de lears persécutears. La neige abondante, qui fdt 
fatale à plusiears fiagitifi , devint un moyen de saint pour le reste. 
Le major Dnneanson, suivant le plan indiqué dans lea ordres de 
GlenlyoUy n'avait pas manqué de se mettre en mouvement avec 
quatre cents hommes le soir qui précéda le massacre , et s'il eût 
atteint les passages de l'est à quatre heures du matin comme il se 
le proposait, il aurait intercepté l'issue et massacré tous ceux qui 
avaient suivi ce chemin, le seul par lequel ils pussent échapper à 
Glenlyon et à sa suite. Mais comme ce renfort n'arriva pas avant 
onze heures du matin, il ne trouva pas un Mac-Donald vivant 
dans Glencoe , excepté un vieillard de quatre-vin^s ans que les 
soldats tuèrent; et après avoir brûlé les maisons qui n'étaient pas 
encore consumées, ils rassemblèrent les richesses de la tribu ^ 
Consistant en douze cents bétes à cornes et chevaux , outre les 
chèvres et les moutons, et les emmenèrent à leur garnison. 

Ainsi se termina cette œuvre horrible de destruction. Le nombre 
des personnes assassinées monta à trente-huit, celui des hommes 
qui se sauvèrent fut à peu près de cinquante. Ces malheureax, 
ainsi que les femmes et les enfans de la tribu, avaient à parcourir 
plus de douze milles, à travers les montagnes et les déserts, avant 
de pouvoir atteindre un abri et un lieu de sûreté. 

Cf^tte affireuse exécution excita une horreur générale, non- 
seulement dans toute l'Ecosse, mais dans les pays étrangers, et 
elle fit un tort irréparable au roi Guillaume , dont la signature et 
Padresse écrites de sa main qui se trouvaient sur les ordres étaient 
la preuve qu'il approuvait ces horreurs. 

Stair, cependant, conserva toute son audace. Il eut l'infamie 
d'écrire au colonel Hill, an moment où l'indignation publique était 
à son comble, que tout ce qu'on pouvait dire dé cette affaire , 
c'était que l'exécution n^avait pas été aussi entière qu'elle aurait 
dû rétre. On publia aussi un pamphlet pour sa défense, justifiant 
maladroitement sa conduite, et dont le contenu portait qu'un 
homme remplissant les hautes fonctions du Maître de Stair, pos- 
sédant des tâlens éminens , qui avait rendu à l'Etat de si grands 
e(ervices, dont les détails circonstanciés avaient été donnés; un 
homme (et l'on insistiedt particulièrement sur ce point) qui accom- 
plit ré^Iièrement dans sa famille ses devoirs de religion, ne devrait 
pas être jugé si sévèrement pour la mort de quelques montagnards 



348 HISTOIRE D'EGOSSB. 

papistes dont les mœars ne valaient pas mieux que celles des 

Toleors de grand chemin en Angleterre. . 

Le goayemement ne s'occupa en aucune manière de cet époa- 
Tantable massacre, jusqu'en 1695. Trois ans après qu'il eut été 
commis, une commission royale^ demandée à grands cris par la 
nation écossaise, fot accordée avec répugnance et reçut l'ordre 
d'examiner cette affaire, afin d'en faire un rapport au parlement. 

La commission nç partagea point l'opinion de l'apologiste da 
secrétaire d^Etat , et déclara que les lettres et les instructions de 
Stair au colonel Hill et à d'autres personnes étaient la seule cause 
du massacre. Ils excusèrent le roi de là part qu'il ayait prise à 
cette action coupable, en assurant que les instructions du secré- 
taire d'Etat excédaient de beaucoup les ordres que Guillaume avait 
signés, le roi ayant seulement commandé que la tribu de Glencoe 
fût soumise à l'exécution militaire, dans le cas où l'on pourrait les 
séparer des autres habitans des hautes terres. Ayant ainsi trouvé 
une excuse, quoique bien faible, pour la part que Guillaume avait 
prise dans cette affaire, le rapport de la commission fit tomber 
tout le poids de l'accusation sur le secrétaire Stair, dont les lettres 
n'indiquaient pas qu'il fallait séparer la tribu de Glencoe du reste 
des habitans des hautes terres , mais au contraire , sous prétexte 
du bien public, ordlonnaient que cette tribu, sans distinction d'âge 
ni de sexe, fût détruite de sang-froid, « subitement, secrètement 
et avec promptitude. » Ils ajoutèrent que ces instructions de Stair 
étaient la première cause du massacre, que ce massacre n'avait 
point été autorisé par les ordres du roi , et qu'il ne méritait d'antre 
nom que celui du plus affreux assassinat. Enfin le rapport nomma 
le Maître de Stair Fauteur de cette entreprise, et qualifia les diffé- 
rens officiers qu'il employa, du titre de ses coupables agens, sug- 
gérant avec une grande modération que le parlement s'adressât à 
Sa Majesté, pour la supplier d'envoyer Glenlyonen Ecosse, ainsi 
que les autres assassins, afin d'y être jugés, ou bien de prendre 
d'autres mesures suivant les désirs de Sa Majesté. 

Le seci*étaire, par cet inintelligible mode de raisonner, se trouva 
exposé à tous les coups de la tempête, et accablé en même temps 
du déplaisir du roi, par rapport à l'affaire de Daîrien (dont nous 
parlerons tout à l'heure ) ; il fut privé de sa place , et obligé de se 
retirer des affaires publiques. L'indignation générale le bannit si 
complètement de la société, qu'ayant à peu près à cette époque 



DEUXlKiHË ^ERIfi. U9 

snccëdé au titre de son père , le comte de Stair, il n^osa ^éger au 
parlement , comme ce titre loi en donnait le droit , en conséquence 
de la menace dn lord Justice-Clerk S qui assurait que s'il osait 
paraître, il demanderait que l'adresse et le r^aport relatif au 
massacre de Glencoe fussent exhibés et examinés. 

Ce ne fut que dans l'année 1700 que le comte de Stair trouva 
l'affaire assez oubliée pour hasarder de prendre dans lé parlement 
la place que son titre lui accordait; il mourut j|p 1707, le jour 
même où le traité de l'Union fut signé, et non sans être soupçonné 
de suicide. 

Hamilton , un des principaux agens de cette afiEaire, se cacha 
d'abord, puis ensuite joignit l'armée du roi Guillaume en Flandre, 
où serrait alors Glenlyon , ainsi que les officiers et les soldats qui 
avaient pris part au massacre. Le roi profita de la liberté qui lui 
était laissée par le parlement écossais, et n'ordonna point qu'ils 
fassent jugés. Il ne paraît pas non plus qu'aucun d'eux fut renvoyé 
du service , et puni pour son crime autrement que par la haine 
générale qu'ils inspirèrent dans le siècle où ils vécurent^ et par le 
mépris de la postérité. 

Quoique ce ne soit pas ici tout-à-fait sa place, je ne puis m'em* 
pêcher de vous raconter une anecdote qui a rapport aux évènemens 
précédens, et qui n'eut lieu que dans l'année 1745 — 6, pendant 
l'entreprise romanesque de Charles-Edouard, petit -fils de Jac- 
ques II, pour recouvrer le trône de ses pères. Ce prince s'avança 
dans les basses terres, à la tête d'une armée composée de clans de 
montagnards, et obtint, pendant un temps, des avantages considé- 
rables. Le descendant de l'infortuné Mac-Ian de Glencoe se rangea 
sous l'étendard de Charles avec cent cinquante hommes. L'armée 
des montagnards passa près d'une demeure superbe, bâtie par le 
comte de Stair, dont n(7u? avons si souvent fait mention il n'y a 
qu'an instant, et la principale propriété de sa famille. Le conseil 
du prince Charles fut alarmé de la crainte que les M ac-Donalds ne 
profitassent de cette occasion pour montrer le souvenir qu'ils con- 
servaient de rinjustice commise envers leurs ancêtres, en brûlànit 
et pillant la maison du descendant de leur persécuteur. Comme un 
acte semblable de violence eût faitie plus grand tort au "prince dans 
l'opinion du peuple des basses terres, on convint qu:'^n'e garde 
serait placée pour protéger la demeure du lord Stair. 

z. G« titre répond à celui de ▼ice^préndent. 



350 msToms vegosse. 

Mao-Donald deGlèneoe, ayant eu connaissance de cette résolu- 
tion, yit que son honneur et celui de son clan étaient intéressés 
dans cette affaire ; il demanda une andienoe à Gharles-Ëdonard, et 
admettant la nécessité de placer une garde devant une maison 
aussi odieuse Ame armée des hantes terres, et partiouUèrement 
à son propre dan, il demanda plutôt comme une chose qui lui était 
due que comme une fayeur, que la garde protectrice fut choisie 
parmi lesMac-Donals de Glencoe. Il déclarait que si cette demande 
n'était pas accordée, il s'en retournerait dans ses foyers, et ne 
concourrait pas plus long-temps à l'entreprise. — Les Mao-Donalds 
de Glencoe, dit-il, — seraient déshonorés en res(tant à un serrice 
où d'autres que leurs propres gens seraient employés a les retenir 
(malgré les provocations qu'ils avaient pu recevoir) dans les bornes 
de leur devoir militaire. Le royal aventurier accueillit la demande 
du noble Chef, et les Mac-Donsdds de Glenoe sauvèrent de la dé- 
vastation la maison de l'homme d'Etat cruel, astucieux, qui 
avait provoqué et dirigé le massacre de leurs ancêtres. En consi- 
dérant combien la soif de la vengeance est naturelle chez l'homme 
dans l'état primitif de la société, et combien surtout elle avait de 
charmes pour le montagnard écossais, la conduite de Glencoe dans 
cette occasion est le noble exemple d'une héroïque victoire rem- 
portée par le devoir sur le^ passions. 

Nous devons maintenant abandonner cette terrible rdationi 
pour en commencer une autre qui , bien qu'elle ne frappe pas aussi 
fortement l'imagination, offrira cq>endant un champ bien pins vaste 
de mort et de désastre. 



CHAPITRE XV/l. 



Projet d'établissement de l'Isthme de Darien. ^-«Mortde Gaill«iuiie.*>i* ÀTéoement de la nine Aofe. 



Lk camctàre humain i soit en général, soit ii 
présente souvent, lorsqu'on le cmisidère de sang*firt>id, les plus 
étranges contrastes; mais il y en a peu de plus fraj^ails que ceillL 
que montrent les Ecossais dans leur conduite privée» si on la con- 
pare avec leurs idées lorsqu'ils sont unis ensemble pour qiielqne 
dessein national. Dans sa conduitepartieuUàre> l'Ecotoaisest sobre. 



w 



DKirmBMB SKRII. S5i 

ctroonipectet prudent jusqu'à l'excès : ne se permettnntles amuse- 
ttiens et le vÊpon que lorsqu'il a réalisé les moyens de se les procorer» 
et évitant soigneusement les tentations de plaisir auxquelles les 
hommes des autres pays oàdent avec facilité. Mais lorsque les Éco^ 
sais se réunissent en nombre pour une spéculation qnaleonquey on 
iffiràit que leur ciroonspection naturelle est détruite par l'union de 
tontes leurs espérances, et que leurs imaginations Sont ^flammées 
"par tonte perspective brûlante qui s'offre à eux^ Us semblent sur- 
tout pi|rdre le talent de calculer ou d'adapter leurs moyoïs aux 
desseins qu'ils désirent accomplir) et sont facilement portés à viser 
à un but magnifique en lui-même , mais qu'ils n'ont ni lès moyens 
pécuniaires ni la forcée d'atteindre. Ainsi les Ecossais tentent sou: 
vent de belles entreprises qui échouent la plupart du temps par le 
manque de fonds^ et ils donnent aux étrangers l'occasion de sourire 
du ^rand défaut et du grand malheur de cette nation^ l'orgueil et 
la pauvreté. Il n'y a pas d'exemple plus frappant de cette tendance 
aux spéculations hardies, qui est cachée sous le caractère froid et 
prudent des Ecossais, que la désastreuse histoire de la colonie de 
Darien. 

Paterson , homme d'une imagination entreprenante et d'une 
tare sagacité , fut l'inventeur de ce plan mémoraMe^ Dans sa jeu- 
nesse, il atait voyagé dans les Indes-Occidentales ^ on disait 
même qu'il avait été boucani^ , c'eèt«à-dire une des edpèees 
d'aventuriers alliés de près aux pirates , qui , formée par diverses 
nations , et divisés en différentes bandes , font la guerre au com- 
merce et aux établissemens espagnols dans les mers du Sud et tes 
parages des îles des Indes-Occidentales. Dans cette vie errante , 
Paterson avait acquis une connaissailce parfaite delà géographie 
de l'Amérique méridionale j des productions du pays , de la nature 
de son cofhmerce, et de la manière dont les ËspagnKrfs gouver- 
naient cette région immense. 

Cependant, à son retour en Europe, le plan qu'il atait formé 
relattivement an Nouveau-Monde fut mis de côté pour uû autre 
projet de la plus haute importance. Cétah le plan d'un grand 
établissement national, la Banque d'Àngleeerre, doitt il eut l'hon- 
liettr de.^ggérer la première idée. Pendant un temps il eut la 
érection de cet établissement; mais Paterson éprouva bientôt ce 
qtrï arrive ordinairement à ceux qui conçoivent les premières idées 
d'tme découverte importante ; cPautres personnes possédant des 
richesses et de Finfhience profitent deii talens d'iùi étranger obscuc 



» 



3S2 mSTOIRE D'ECOSSE. 

ot sans protection , s'approprient ses idées en les alt^ant ou les 
améliorant , et enfin parviennent à remplacer Tinveiiitir dans tont 
ce qui concerne l'institution dont il a ppsé les fondemens. 

Ainsi exclu de la Banc[ue d'Angleterre, Paterson song^ à 
établir une colonie en Amérique , pays si favorisé par sa situation , 
qu'il lui semblait créé pour être le siège de la 4îapitale commer- 
xiale la plus florissante de l'univers. ^ 

Les deux grands continens de TAménque du Nord et de l'Ame» 
iriqne du Sud sont joints ensemble par un isthme ou une étroite 
langue de terre appelée l'Isthme de Darien. Cette langue de terre 
peut être parcourue dans un voyage d'une journée ; elle est bai- 
sée par l'Océan Atlantique du côté de l'est , et par le grand 
Océan Pacifique à Touest. L'isthme semble désigné par la nature 
pour être le centre du commerce du monde, Paterson certifiaipi'il 
avait vérifié que l'isthme n'avait jamais été la propriété de l'Es- 
pagne y mais était encore possédé par les indigènes , tribu d'Indiens 
cruels et belliqueux , et qui faisaient la guerre aux Espagnols. 
Suivant la loi des nations , chaque Etat avait le droit de former nn 
établissement dans le Darien» pourvu qu'il obtînt d'abord le con- 
jsentement des Indiens y et cette conduite n'était pas un sujet de 
^erre même pour l'Espagne » jalouse jusqu'à l'excès de toute re- 
lation avec ses provinces de l'Amérique du Sud. Ce projet d'éta- 
blissement » recommandé par tant d'avantages , fut proposé par 
Pat^son aux marchands de Hambourg, aux Hollandais , et même 
à l'électeur de Brandebourg ; mais il fut reçu avec froideur dans 
tous ces Etats. 

Le projet fut enfin présenté aux marchands de Londres, les 
seuls commerçans peut-être dans le monde qui eussent les moyens 
de réaliser les rêves brillans de Paterson. A l'époque où ce faiseur 
de projets était à Londres, il fit la connaissance intime du célèbre 
Fletcher de Salton , un des hommes les plus accomplis et un des 
jneilleurs patriotes que l'Ecosse ait produits pendant plusieurs 
siècles. Il concevait des projets d'agrandissement pour sa terre 
natale, qui étaient plus sédnisans que susceptibles d'être réalisés; 
et désirant avec passion être utile à son pays, il ne calculait pas 
avec assez de sang^froid les moyens par lesquels son bonheur 
pouvait être obtenu. Il fut ébloui par la vision d'opulence et de 
grandeur que Paterson fit paraître à ses yeux , et ne pensa plus 
qu'à réaliser pour le bien de l'Ecosse un plan qui donnait à l'Etat 
jqui l'adopterait les clefs du Nouveau-Monde, Paterson fut promp- 



DEUXIEME SERIE. ^Slk 

tement persuadé de consacrer à son propre pays son plan de colo- 
nie, et se rendit en Ecosse avec Fletcher. Là, le projet fat géné- 
ralement accepté, surtout par l'administration écossaise, qui 
était grandement embarrassée à cette époque de l'ardente pour- 
suite de Taffaire de Glencoe, et qui persuada facilement au roi 
Guillaume que quelque liberté et facilité de commerce accordée 
aux Ecossais ferait diversion à l'attention que le public portait à 
• une poursuite qui ne ferait pas plus d'honneur à la réputation de 
Sa Majesté qu'à celle de l'administration. Stair en particulier, 
personnellement intéressé dans cette poursuite, appuya le projet 
d'une colonie de toute son éloquence, afin de regagner une partie 
de sa popularité perdue. 

Les ministres écossais obtinrent donc la permission d'accorder 
aux Ecossais les privilèges de commerce qui né seraient pas dés* 
avantageux à ceux de l'Angleterre. Dans le mois de juin de 1695 
les ministres reçurent un arrêté du parlement, puis ensuite une 
charte de la couronne, pour créer une corporation ou compagnie- 
commerciale, sous le nom de Compagnie d'Ecosse, avec le droit 
de commercer en Afrique et dans les Indes, et le pouvoir de 
fonder des colonies, de bâtir des forts dans des lieux qui ne seraient 
pas la possession d'autres nations européennes, et après avoir 
obtenu le consentement des peuples qui les habitaient. 

L'espérance des avantages qui devaient résulter de cette spé- 
culation était ardente. La Ligue Solennelle et le Covenant ne^ 
furent pas signés avec un plus vif enthousiasme. Presque tous 
ceux qui possédaient ou pouvaient se procurer quelque somme 
d'argent comptant la placèrent dans la Compagnie Indienne et 
Africaine ; un grand nombre mit toute sa fortune en souscription ;. 
les filles donnèrent leur dot, et les veuves ce qu'elles purent re- 
tirer de leur douaire, afin d'obtenir leur part de cette pluie d'or 
qui devait descendre sur les souscripteurs. Quelques-uns ven- 
dirent leurs propriétés pour en verser l'argent dans les fonds de 
la compagnie ; et le désir de spéculer était si vif, que la moitié- 
des huit cent mille livres qui forment le capital en circulation en 
Ecosse, fat versée dans l'entreprise de Darien. 

Mais ce n'étaient pas les Ecossais seulement dont les espé- 
rances étaient excitées par cette brillante perspective ; une ^fre-^ 
ayant été faite aux marchands anglais et étrangers par les direc- 
teurs de la compagnie, de partager les bénéfices espérés , elle fut 
acceptée avec tant d'ardeur, que la seule ville de Londres sous» 

23 



m mSTOIieE D^BCOSSOL 

crivk ponr tirois 'Cent mille livret 4e marchandises , dans -les neuf 
joors qui fiumrentrouvertiire des registres de souscription. Les 
marchands de Uamhom'g et ceox de Hollande souscrivirent pour 
deoz cent mille li^vrea. 

Telles (étaient les brillantes ^espérances de la nonyeUe conqia- 
gnie, lorsqae la jalousie des Anglais détraiflit ime entrqnrise qoi 
présentait tant d'avantages* L'idée qui dominait alors en Angle- 
terre f et qui prévalnt long-temps dans la soite , était que tont 
profit se trouvait perdn pour la Grande-Bretagne lorsqu'il n'était 
pas le résultat d'un commerce exclusivement anglais. Les Anglais 
considéraient l'augmoitation du commerce en Irlande et en 
Ecosse , non pas comme un accroissement de la prospérité géné- 
rale des nattions unies , mais comme une perte positive ponr l' An- 
gleterre. Ponr assurer leur propre suprématie, ils avaient depuis 
l4Hig<temps mis des entraves au commerce d'Irlande. Mais il n'é- 
taitspas aussi aisé d'accabler l'EcossCy qui avait noiMCulement une 
législature séparée , mais ne reconnaissait point sa subordination 
à l'Angleterrey et ne lui prêtait pas foi et hommage, étant sons 
tousles rapports une contrée étrangère , quoique gouverna par 
le même roi. 

Cette nouvelle espèce de rivalité delà part d'une Tfieille ennemie 
était alarmante. Les Anglais prisaient déjà que les Ecossais 
étaient une nation pauvre et belUq^ense qui, en dépit de son petit 
nembre d'habitans et de ses ressources médiocres , était toujours 
prèle à «'engager dans une guerre avec ses plus puissans voisins, 
et il était «nbarrassant et humiliant de voir cette nation montrer, 
^1 dépit de sa ^nrconspection proverbiale, l^ambition de les imiter 
dans leurs mtreprises commerciales. 

Ces appréhensions peu généreuses et injustes se répandirent 
promplement parmi la nation anglaise, et les deux chambres se 
joignirent dans une adresse au roi, assurant que les avantages ac- 
cordés à la Compagnie Ecossaise , Indienne et Africaine , donne- 
raient à l'Ecosse une grande supériorité sur la Compagnie des 
Indes d'Angleterfe ; qu'une grande partie des marchandises et des 
embarcations anglaises seraient transportées dans le Nord, et que 
l'Ecosse devimdrait un port lilnre pour toutes les productions des 
Indeb-Orientales ; que les Ecossais pourraient les fournir à un bien 
plus bas prix que les Anglais. De cette façon , l'Angleterre per- 
drait tous les avantages d'an commerce exclosif pour les produc- 
tions de l'Orient, qui avaient toujours été un article considéraUe 



DeUXlEME SERIE. 35$ 

dftOB ses ffélatisiis arec l'étrftnger , et sappoiterait an grand dom» 
mage daiis la ^eate provenant de ses propres manufactures. Le 
roiy 4ans sa gixiciense répwse à cette adresse^ reconnut la justice 
de son eenteDUy qnmqu'eUe fût aussi peu juste que p^i fondée sui- 
vant les lois. Cette réponse portait « que le roi avait été mal 
servi enEcosse, mais qu'il e^^érait qu'il étiôt encore temps de trou* - 
ver des ranèdes pour les maux à craradre. » Pour montrer que 
San ressentimeat contre les ministres écossais était sérieux, le 
rei GitiUaame priva fitaïr de sa charge de secrétaire d'Etat. 
Ain» 9 rbomme qui avait conservé sa place en dépit de la scène 
«anglante de Glencoe, en fat privé pour aveur tenté de servir son 
pays en étendant son comonerce et exi augmentant son importance 
nationale. 

Le parlement angla» persista dans la tâche de trouver dès re- 
mèdes pour les maux qn'il loi plaisait de redouter d'un établisse* 
ment dans l'isthme de Darien , en nonunant an comité d'inquisi- 
tion avec l'orbe d'appeler devant lui les personnes qui par leurs 
^souscriptions en faveur de la compagnie avaiait encouragé les 
progrès d'une entreprise si remplie de dangers pour le commerce 
de l' Angleterre . Ces personnes, ayant^étécAIigées de se présenter 
^vant le parlement , reçurent Tcwdre de renonoar à s'intéresser 
à cette OBtreprise, qui fiit ainsi privée de l'aide des souscriptions 
anglaises, montant, comme nous l'avons déjà mentionné, à trois 
cexA miUe livres. Les membres du parlement anglais se montrè- 
rent si actife dans cette affaire, qu'ils étendirent même leurs me« 
naces à quelques Ecossais , membres du parlement , qui avaient 
souscrit en ^veur d'une compagnie formée d«as leur propre pays 
et suivant leurs propres lois. 

Afin que l'acte d'enlever les fonds à la compagnie fftt encore 
pins dSicaoe , on employa l'influence du roi dans les pays étran- 
^rs pour diminuer le crédit de l'entreprise, et pour intercepter 
les sonsoriptioBS qui avaient déjà été obteiraes. Dans ce dessein, 
.renvoyé anglais à Hambourg eut l'ordre de transmettre au sénat 
de cette cité commerçante une remontrMEice de la part du roi 
Guillaume, l'accusant d'avoir encouragé les commissaires de la 
Cîon^gttie de iDarien, les priant d'y renoncer à l'avenir, insi- 
Btimnt que ce projet rempli de dangers n'avait pas l'approbation 
de Sa Majesté , et protestant que le refos du sénat de retirer sa 
protection à ce projet -occaâonerait l'interruption des relations 
«Baioales ^le Sa AHajesté désirmt entretenir avec la:bonne cité de 

a3. 



3&6 HISTOIRE D'ECOSSE. 

Hamboarg. Le sénat répondit avec nne noble assurance : a La 
cité de Hamboarg pense qu'il est étrange que le roi d'Angleterre 
indique à un peuple libre ceux avec lesquek il doit oH ne doit pas 
établir des relations commerciales. Elle est encore plus étonnée 
de se trouver blâmée pour être entrée en relation avec une partie 
de ses propres sujets écossais , incorporés à la nation anglaise par 
un acte spécial du parlement. » Mais conmie la menace de ren- 
voyé annonçait que la Compagnie de Darien serait entravée dans 
tous ses efforts par le pouvoir supérieur de l'Angleterre , les prii» 
dens Hambourgeois, cessant de considérer cette entreprise conmie 
une spéculation avantageuse , finirent par retirer leurs souscrip* 
tiens. Les Hollandais, sur lesquels Guillaume possédait plus d'in- 
fluence par son autorité sur ses Etat3 de Hollande conmie stat- 
bouder y et qui étaient inquiets que cette nouvelle entreprise ne 
nuisît à leur propre commerce dans les Indes-Orientales , obéirent 
sans faire aucune représentation; ainsi la Compagnie ^ aban- 
donnée en même temps par ses associés étrangers et anglais , fut 
paralysée dans ses efforts , et réduite aux ressources limitées de 
son propre pays. 

Les entrepreneurs ^ soutenus par l'intérêt général du peuple 
écossais , firent de vives représentations sur les communications 
hostiles de l'envoyé du roi à Hambourg. Guillaume » dans sa ré- 
ponse , fut forcé d'éluder timidement ce qu'il était résolu de ne 
point accorder^ et cependant ce qu'il ne pouvait refuser avec jus- 
tice, a Le roi , promettait-on , ferait parvenir des instructions à 
son envoyé y afin qu'il ne se servît pas du nom ou de l'autorité 
de Sa Majesté pour entraver leurs relations avec la cité de Ham- 
bourg. » Les Hambourgeois , d'un autre côté , déclarèrent qu'ils 
étaient prêts à tenir leurs engagemens, s'ik étaient assurés qu'en 
agissanP ainsi ils ne s'exposaient point au ressentiment du roi 
d'Angleterre. 

Mais en dépit de promesses répétées , l'envoyé ne reçut aucun 
ordre de faire une semblable déclaration. Ainsi les membres de la 
Compagnie de Darien perdirent l'avantage des souscriptions, s'é- 
levant à deux cent mille livres sterling, obtenues à Hambourg et 
en Hollande, et cela par l'intervention personnelle et hostile du 
monarque, malgré l'existence d'une chaite en vertu de laquelle 
ils avaient fondé leur entreprise. 

L'Ecosse, réduite à ses propres et faibles ressources, aurait agi 
avec plus de prudence en renonçant à ses projets ambitieux de 



DEUXIEME SERIE. 357 

colonie^ sûre, comme elle devait Tétre, d'être traviersëe par la 
jaloasie de ses voisins pea généreux. Mais ceux qoi s'étaient en- 
gagés dans ce projet formaient one grande partie de la nation , et 
ne pouvaient pas être facilement persuadés d'abandonnet des es- 
pérances qui avaient été si vives. Il restait encore chez les Ecos- 
sais une dose suffisante de la fierté et de l'obstination avec les- 
quelles leurs ancêtres avaient maintenu leur indépendance. Ils ré- 
solurent donc de prendre une détermination sur l'établissement 
de leur plan favori, en dépit de la désertion des souscripteurs an- 
glais et étrangers, comme en défi de la jalouse opposition de leurs 
puissans voisins. Ils imitèrent le courage de leurs ancêtres , qui , 
après avoir perdu tant de terribles batailles, étaient toujours prêts 
à soutenir le fer à la main une nouvelle querelle. Les souscrip- 
teurs furent encouragés dans cette résolution obstinée par le ta- 
bleau flatteur qu'on leur faisait du pays où la colonie devait s'éta- 
blir, et dans lequel chaque classe trouvait des espérances faites 
pour captiver l'imagination. La description de Darien , donnée 
par Paterson, résultait en partie de ses propres observations , et 
en partie des rapports des boucaniers et aventuriers , et le tout 
était exagéré par Téloquence de l'homme qui plaidait en faveur 
d'un projet favori. 

Le climat était présenté comme très favoral)le à la santé, la 
chaleur du tropique étant tempérée par l'élévation du pays et par 
l'ombrage d'immenses forêts qui ne présentaient ni buissons ni 
taillis , et sous lesquelles un homme pouvait galoper à cheval sans 
craindre d'être arrêté dans sa course. Les armateurs étaient cer- 
tains d'y trouver un havre magnifique et sûr où les avantages 
d'un coDunerce libre attireraient les marchands de toutes les par- 
ties du monde , tandis que les productions de la Chine , du Japon , 
des Iles et des Indes-Orientales, amenées dans la baie de Panama, 
située dans l'Océan Pacifique, pourraient être transportées par 
une route sûre et aisée, à travers l'isthme, au nouvel établisse- 
ment, et échangées pour toutes les productions de l'Europe, a Le 
commerce, dit l'enthousiaste spéculateur, engendrera le com- 
merce, et l'argent engendrera l'argent. Le monde commercial 
n'aura pas besoin plus long-temps de travaux pour la main des 
hommes , mais plutôt de mains pour les travaux. Cette porte des 
mers, cette def de l'univers, permettra à ses possesseurs de de- 
venir les législateurs des deux mondes, et lesl.arfaitres du com- 
merce. Les colons de Darien acquerront un plus noble empire que 



Z66 fflBVOfRE D1EC08SE. 

eéliii d' Aleiandre et de CiaKt, tans faticpnes, dépenses^ mi ièSÈgtrSy 
et surtout sans eoBimettre le» fautes sanglantes des eoBqaérafUs 
ambitieux. » Aux esprks plus Tulgaires qui ne pouvaient séparer 
ridée du bonheur de celle du précieux métal ^ Patersen {«résaïuit 
la perspective de DMnes d'or. Lçskabitansdes hautes terres allaîeut 
laisser leurs marais stériles pour d'immenses savanes^ couvertes 
de riches pâturages » arec Te^raBce intérieure de quelques ex- 
curùons sur les Espagnols eu sur les Indiens. Le laird des basses 
terres devait échanger ausn son maigre hérkageet ses^rederanets^ 
oppressives et féodale» pour la libre possession d'une terre éten- 
due > où le sol productif y profond de trois on cpiatre pieds, lui offiri- 
rait les récoltes les plus abondantes pour se payer d'une légère 
eulture. Attirés par ces espérances, plusieurs propriétaires aban- 
donnèrent en effet leur héritage , et d'autres , en plus grand 
iu>nibre , envoyèrent leurs fib ou leurs proches paren» pour réali- 
ser leurs brillantes espérances y tandis que les pauvres joamaliers 
qui ne désiraient que du pain et la liberté de conscience , eropair- 
tant leurs instrumens de travail sur leurs épaule», suivirent leurs 
maîtres dans le chemin de l'émigratmi. 

Douze cents hommes, dont trois cents étaient des gens ajqNir* 
tenant aux meilleures familles d'Ecosse, s'embarquèrent à bord 
de cinq frégates, acquises a Hunbourg pour le service de l'expé- 
dition; car le roi refasa même à la Compagnie le léger avantage 
d'un vaisseau de guerre qui restait à l'ancre à Bumtisland. Us 
atteignirent leur destination en sûreté, et prirent terre dans ui 
ïeu appelé Acta, où, en traversant une péninsule, ils trouvèrent 
une position sûre pour une ville appdée la Nonvrile -Edimbourg 
et un fort nommé Saint-André. Le même tendre souvenir de leur 
terre natale les paru à nommer leur colonie elle4nàHe, Calé- 
dôme* lis reçurent un accueil favorable des princes indigène», 
auxquels ils achetèrent les terres dont ils avaient besoin* Le 
havre y qui était excellent, fut dédaré port libre, et dans les pre- 
miers momens en «ipéra de cet étabUssement les plus heureux ré- 
enltats. 

L'arrivée des colons eut lien en hiver,, a» momeuit en l'air était 
tttis et tempéré ; mais avec l'été revint la dmieur, et avec la dit* 
leur les maladies d'un chmat du tr^^îqne. Geai qui avamrt; foit 
4les ^scriptions favorables au cbmat de Darien étaient probdjde^ 
anent des personne» qui en afvaient senlenttm visité les cales pi»* 
éan^Flnveri oudcattanus qsàf vivant principolententà hovdd^ua 



DEUXIEME SERIE. 3S9 

Taifiseaa> ttov/veaaX fa^araUeftà la santé des cUmatt qui sont mor- 
tdâ pour des Européens Tirant sar la terre ferme. Le tempéra- 
ment des cobBS, habituera un climat froid et montagneaxy s^jrf- 
faibUl par les exhalaîfloiia constante» d?im climat de fen, et nn 
danger ph^ pressant emwre nafint dn besoin d'alioMns. Les pro- 
▼isi(»fl que les colonA ayaient iqqportées d'Eeoçse étaient épuisées^ 
et le pays n'offfait qae les ressources qu'ion pouvait se proesrer' 
par le succès incertain de la pécbe ou delackasse. 

Cet inconvénient aurait pa âtre prévit , mais on n^avait jara^îs 
donté qu'on ne pût se procurer de nmnbrenses provisions des. pro- 
vinces angUûses dans FAmériqve du Mord , qui produisait avec 
abondance tout ce qui était nécessaires la vie y et descolomesdes 
Indes-Occidentales y qui possédaioit toujours du snperfla. 
' Ce lut dans ce moment que l'immitié du roi et de la nation a&- 
glaise se montra aux mfortunés coLmis de la manière la plus cruelle 
et la plus inattendue. Dans T Amérique du Nord et àams les îtes 
des Indes-Occidentale» y sottt les pirates et les fkbastiers les pins 
féroces; ils pourraient être appelés les ennemis de la race bn- 
mainCy ayant commis des crimes qû sembleraient devonr les. ex- 
clure de toutes relations avec la société ; ils y avaient néanmoins 
trenvé souvenfcoin asile et un refuge ; ils y avaient réparé leurs 
Taiftseaux, s'y étaient procuré toutes les proviaou nécessatrts 
pour tenir la mer, et avaient remis à la voile dans l'kitenlion de 
commettre de nouveaux meurtres et de nonveiks rapines. Maisde 
a^nUables secoars ne furent point proenrés auxxsolons écessaisde 
Darien, quoiqu'ils se fussent établis en vertu d'ime ehaorte de leur 
souverain , quoiqu'ils eussent fondé une pai8U)le colonis soivant 
les lois des nations , et pour l'avantage général du commerce. 

Les gouverneurs de la Jamaïque , de» Barbades et de New-Yoïik 
publièrent des proclamations portant qu'il leur avait été signifié 
par le secrétaire d'Etat anglais , que Sa Majesté n'était peint in- 
formée des intentions et des desseins des colons écossais de Damn 
( ee qui était un mensonge positif )> et qu'ils étaient contraires à 
la paix établie entre Sa Majesté et ses alliés. Auc«i pouvoir enns- 
péen ne s'étsôt plaint de cet étaUiisfiement ; cependant les. gouver- 
neurs des pays que nous venons de mentiofiner prétendaient qufil 
leur av«t été comaMmdé de ne donner auom sftcoors aux Beos- 
nai». Ces goovvmews défendireit d)one aux coton» sur lesqvd»!3s 
avaient onterîté y d'entretanr «nente relation avee lesdif» Bcos- 
màAf et de knr ésaner ni annea^ » munitions, ni pmvJsîoDS^ 



'360 HISTOIRE D'ECOSSE, 

soit par eux-mêmes , soit par des intermédiaires. Ceux qui viole- 
raient les défenses exprimées dans la proclamation répondraient 
50US les plas fortes peines de leur désobéissance aux ordres du roi. 

Ces défenses furent strictement observées , et tonte espèce d'as- 
sistance ^ non-seulement celle que des compatriotes peuvent récla- 
mer des sujets d'ua même prince , et des chrétiens des enfans d'an 
' même Dieu, mais celle que le plus vil criminel a droit de deman- 
der y parce qu^il est de la même nature que les hommes apparie- 
WiXii à la société dont il a violé les lois ; la plus simple des de- 
mandes , celle des choses nécessaires à la vie , le don le pins mo- 
-dique qu'on accorde au plus misérable des mendians, tout fat re- 
fusé aux colons de Darien. 

La famine se joignit à la maladie > et, sans aucun doute, ceux 
qui périrent ainsi par le manque de provisions qu'ils offraient de 
payer, furent aussi bien assassinés par le gouvernement dn roi 
-Guillaume que s'ils avaient été tués à coups de fusil dans les neiges 
de Glencoe. La situation de la colonie devint bientdt insuppor- 
table , et après avoir attendu des secours l'espace de huit mois, 
pendant lesquels la plus grande partie des aventuriers étaient 
morts, le reste abandonna rétablissement. 

Peu de temps après le départ de la première colonie, une antre 
bande de quinze cents hommes envoyés d'Ecosse arriva à Darien, 
>avec l'espérance de trouver leurs compatriotes vivans, et l'éta- 
blissement dans un état de prospérité. Ce renfort souffrit dans la 
traversée; un de ses vaisseaux fut perdu, et plusieurs passagers 
moururent. Il prit tristement possession de l'établissement aban- 
<lonné, et ne fot pas long-temps à ressentir les mêmes misères qni 
avaient détruit et dispersé la première colonie. Deux mois plus 
tard, ces nouveaux colons furent joints par Campbell de Finnab, 
avec un troisième renfort de trois cents hommes, la plupart habi- 
taps des domaines des hautes terres, dont un grand nombre avaient 
«ervi avec distinction sons lui en Flandre. Il était temps que la co- 
lonie reçût ces secours; car pour augmenter ses misères, elle était 
menacée par les Espagnols. 

Deux ans s'étaient écoulés depuis que la colonie de Darien était 
-devenue le sujet des discussions publiques. Et cependant, maigre 
■leurs craintes jalouses pour leurs établissemens dans l'Amérique 
>in Sud, les Espagnols n'avaient porté aucune plainte contre les 
Ecossais. L'initimité du roi d'Espagne et du roi Guillaume était si 
^ande qu^il est probable que les Espagnols n'auraieut jamais osé 



DEUXIEME SERIE. 361 

«e plaindre, s'il» n'enssent pas été instruits que la colonie des 
Ecossais n'était point reconnue par leur souverain , comme s'ils 
cassent été des vagabonds on des proscrits. Mais les voyant ainsi 
traités par leur prince , les Espagnols se trouvèrent presque in- 
vités à attaquer les Ecossais , et ne firent pas seulement des re- 
présentations au cabinet anglais contre l'établissement > mais sai- 
sirent un des vaisseaux écossais naufragé sur les côtés , confis- 
quèrent le bâtiment, et firent réquipage prisonnier. La Compagnie 
de Darien envoya une pétition au roi par les mains de lord Basjji 
Hamiiton, dans laquelle elle se plaignait de cette insulte; mais 
Guillaume, qui cherchait toutes les occasions de traverser cette 
malheureuse entreprise, refusa, sous le prétexte le plus frivole , 
de recevoir la pétition. Cette conduite montrait une injustice si 
coupable, que ce seigneur prétendit que la pétition serait reçue 
n'importe de quelle manière; et saisissant l'occasion d'approcher 
le roi, au moment où il quittait la salle d'audience, il se présenta 
en tenant la pétition avec plus de hardiesse que de cérémonie. « Ce 
jeune homme est trop hardi », dit Guillaume, mais rendant justice 
aux motifs de lord Basil, il ajouta aussitôt, a si un homme peiU être 
trop hardi dans la cause de son pays. » 

Une crise se préparait pour la malheureuse colonie. Les Espa- 
gnols avaient réuni seize cents hommes qui étaient stationnés dans 
on lieu nommé Tubucantee, attendant Tarrivée d'un armement de 
onze vaisseaux avec des troupes à bord , et destinés à attaquer le 
fort Saint- André. Le capitaine Campbell, par le consentement 
unanime des colons, fut revêtu du commandement suprême. Il 
marcha contre les Espagnols avec deux cents hommes, surprit leur 
camp , l'emporta d'assaut , et dispersa leur armée avec une perte 
considérable. Mais en revenant de cette expédition triomphante, 
il eut le chagrin d'apprendre que les vaisseaux espagnols étaient 
arrivés devant le havre , avaient mis leurs troupes à terre , et in- 
vesti la place. Pendant six semaines, les Ecossais se défendirent 
en désespérés. Eofin , la perte des soldats, le besoin de munitions 
et les approches de la famine, forcèrent les colons à se rendre ho- 
norablement. Ceux qui survécurent à ces désastres étaient en si 
petit nombre, et si épuisés, qu'ils furent incapables de soulever 
sans l'assistance de leurs vainqueurs l'ancre du vaisseau sur lequel 
ils devaient quitter cette terre fatale. 

Ainsi se termina cette entreprise brillante en elle-même, mais 
déraisonnable , parce qu'elle était au-dessus des forces de la nation 



SS3 HtSTOIRl VEG09SB. 

svestureme qui la tentait. Pateraon swnrëcut au défiastre, et 
même, quand tout était perdu , il essaya de faire revivre ce projet, 
en accordant aux Anglais les trois quarts des bénéfices dans me 
nouvelle compagnie de commerce. Mais les animosités nationales 
-étaient trop prononcées peur écouter une semblable proposition. 
Paterson mpurat avancé en âge, pauvre et oublié. 

La non*réu8site de ce projet favori , le profond chagrin que cau- 
sait la mort de ceux qui avaient succombé, dont la plupart ét»ent 
d'une naissance distinguée, W regret des pertes pécuniaires qvi 
menaçaient la nation d'une banqueroute, Fîndignation de lu ma- 
nière dont leur charte avait été oubliée ; toutes ces choses rémiies 
agitaient d'une extrémité jusqu'à l'autre un royaume ècmt les ha- 
bilans sont jusqu'à l'excès fiers , pauvres et exaltés , surtout dans 
ce qui intéresse leur pays. On n'entcnMt dons toute rEcosse- que 
le langage du deuil et du ressentiment. Une indemnité, des répa- 
rations , une vengeance, étaient demandées par toutes les bouches, 
et chacun semblait prêt à soutenir la justice de ces plaintes : depuis 
bien des années un sentiment aussi universel n'avail pmnt occupé 
la notîoa écossaise. 

Le roi Guillaume resta indifférent à toutes les demandes et à 
tOBtes les pétitions, excepté lorsqu'il se mmtra irrité par Pim- 
portnnité des sn^^ans, on lorsqu'il fat obligé d'éluder ce qu'il 
lui était iiiq)06silÂede refusa avec la mioîndre apparence de jus- 
tice. Le9 motifs d'un prince naturellement équita^e, et qui , pré- 
sident luinnéme d'une grande nation commerçante, connaissait 
ftien l'injustice qu'il commettait, semblent avoir été premièrement 
une répugnance à désobliger le roi d'Espagne , et secondement, 
dans im bien plus haut degré, la nécesntié politique où il croyait 
âtre de sacrifier les intérêts de l'Ecosse à la jôdoosie de ses vonînf. 
Mais oe qui' est ii^uste ne peut jamais , datas un sens, être néees- 
saire, et le sacrifice d'un principe aux cûreonsSances est dans tow 
les cas aussi peu sage que coupable. 

On doit œpendasit vendre justice à Gniâanme et Are que, l»en 
qu'il retasat d'écouter les plantes si bia» fiindées- de FEcosae, il 
fiit cependant la seule persotine des deux royaumes qui pr^M>sa et 
désira di>tenir une union entre VEeosse et l'Angleterre*, comme h 
seul moyen efifieaee de prévenir à Fav^r de tels sujei» de jalousie 
et de mécontentement. Mais ks préjugés de FAn^eterrc , aussi 
Ht» que oenxi de fEcoose j- rendu» pkis invétérés encore-par cette 
■udheareuBerquereHe;^ fiiiM échouer k»projel»fag«s et pe ii i iqu s p 
du roi. 



marstBMK smat: â«3 

Malgré Fiatérét que le roi GuiUanme manifesta peur le bien-être 
de l'Ecosse , en exprimant le désir de former urne nrnon oitre lès 
êffBOL pays 9 le peuple écossais ne put oublier les torts qu'on aTait 
eos envers lai dans l'entreprise de Darien. Son ressentiment con- 
centré se m^Mitra dans tontes les occasions pendant le règne de 
Gaillasme. Cependant il n'excita point de rébdllion onTerte. 

De eetie manière, PEcosse devint pcnir le roi nve possc^on 
inattle. Gnillaume ne put retirer un penny de ce royaume pour le 
service public , ùa, ce qu'il anrait estimé davantage , des reeroes 
pour l'aider dans ses guerres continentales. Ces sentimens hostiles 
se prolongèrent jusqu'à une époque éloignée. 

Guillaume mourut en 1701 , ayant survécu pendant six ans et 
plus à sa compagne bien aimée la reine Marie. La mémoire de ce 
grand roi était et est encore justement honorée en Angleterre ,: 
comme œllede l'homme qui a délivré ce pays de Tesclavage civil 
et religieux. Guillaume est presque canonisé par les Protestans 
d'Irlande , qu'il retira de l'assujettissement ponr les élever à la su- 
prématie. Mais en Ecosse, les services qu'il rendit à l'Église et à 
l'Etat, quoique égaux à ceux qu'il avait rendus aux contrées voi- 
sines , f inrent en quelque façon efbcés par la violation des droits 
nationaux des Ecossais dans plusieurs occasions. Plusieurs per- 
sonnes, aussi bien que votre grand-père, peuvent se souvenir que 
le 5 novembre 1788, lorsqu'un siècle entier s'était écotilé depuis 
la révolution, quelques amis dé la liberté constitutionnelle propo- 
sèrent que l'anniversaire de ce jour fût solennisé par un engage- 
ment d'ériger un monument à la mémoire du roi Guillanme et aux 
servicesqu'il avait rendus aux royaumes de la Grande-Bretagne. 
A cette époque , il parut dans les journaux d'Edimbourg une lettre 
anonyme applaudissant ironiquement à cet engagement, et jpro- 
posant comme sujet ponr le bas*relief de la colonne projetée, le 
massacre de Glencoe et la catastrophe des colons écossais de Da- 
Tien. La proposition fat abandonnée aussitôt que cette insinuation 
fm rendue pnbËqne. Vous devez remarquer, d'après cette circon- 
Maiice, een^ien un monarque doit se garder de commettre d^ih- 
fwtiees f bien qu'elles hii soient fortement recommandées par ee 
qui hà semble une nécessité poKtiqne , puîsqve le souvenir de sem- 
Ûablesaeiioas étouffe la reconnaissance que devraient in^nrer èss 
flcrvietsde la plus haute importsmee poinr une nation^ On peat 
eiicr à te sojet ces paiioles de VEcrkwte : « qu'une nmnehe morte 
Moilkm FongosntfomtiUMR* et le fkomftéémKw » 



564 HISTOIRE ly^GOSSE. 

Jacques II moarat sealement quatre mois pins tôt que son 
gendre Guillaume. Le roi de France proclama le fils de Jactpies, 
rinfortuné prince de Galles, né au milieu de Forage de la réyola- 
tion, comme successeur de Guillaumaaux royaumes d'Angleterre, 
d'Ecosse et d'Irlande. Cette démarche irrita j)rofondément les 
trois nations, auxquelles Louis semblait par cet acte disposé à im* 
poser un souverain. Anne, sœur de la défunte reine Marie, monta 
sur le trône, suivant la décision qui avait été prise en 1688, Ion 
de la révolution, parla législature des deux nations. 



CHAPITRE XXVII. 



Etat dos pirtis en Ecosse. •— Acte de snocession en Angleterre. — Opposition à cet acte en Eeosw, et 
acte de sécurité. — Procès et exécution du capitaine Oreen. •— L'Union. 



A l'époque de l'avènement de la reine Anne , l'Ecosse était di« 
visée en trois partis. On comptait premièrement les Whigs, qni 
avaient favorisé la révolution, et qu'on appelait Williamites sous 
le règne précédent; secondement, les Torys ou Jacobites, atta* 
chés au dernier roi, et troisièmement un parti qui s'était formé 
en conséquence du mécontentement général qu'avait causé la ca- 
tastrophe de Darien, et dont les membres s'étaient associés pour 
•assurer les droits et l'indépendance de TEcosse. 

Cette dei^nière association possédait plusieurs hommes de ta- 
lent, parmi lesquels Fletcher de Salton, dont nous nvonsdéjà 
parlé, était. un des plus distingués. Ils déclarèrent que jusqu'au 
moment ou les privilèges et les droits de la nation seraient as- 
surés, et garantis contre l'influence usurpatrice de l'Angleterre, il 
leur était indifférent qu'Anne, ou son frère, le prince titulaire de 
Galles, fussent appelés au trône. Ces hommes d'Etat se donnèrent à 
eux-mêmes le titre de Parti du Pays ou Patriotes, comme n'ayant 
d'autre but que les intérêts de l'Ecosse. Ce parti s'était formé sur 
un plan et un principe de conduite politique jusqu'alors inconnne 
dans le parlement écossais; il était nombreux, actif, hardi et élo- 
quent. Une époque critique était arrivée bù tes mesures à prendre 
en Ecosse devaient avoir une grande influence sur l'union des deux 
nations. Les réclamations de l'Ecosse ne pouvaient pas être plus 



DEUXIEME SERIE. 365 

long-temps traitées avec indifférence ou laissées en oubli, et l'on 
était obligé d'écouter la yoix de ces Patriotes. 

Ce fat la circonstance suivante qui donna une nouvelle impor- 
tance à l'Ecosse. Lorsque la reine Anne fut nommée pour succéder 
au tri5ne après la mort de sa sœur Marie et de son beau-frère 
Guillaume III, elle avait des enfans, mais le dernier mourut avant 
son avènement à la couronne, et l'on ne pouvait pas espérer 
qu'elle en eût d'autres. Il devenait donc nécessaire de régler la 
succession au trône après la mort de la nouvelle reine. Le prince 
titulaire de Galles était incontestablement le plus proche héritier, 
mais il était catholique, élevé à la cour de France , et partageant 
peut-être les idées extravagantes et les vues arbitraires de son 
père. L'appeler au trône serait, suivant toutes les probabilités, 
détruire le pacte qui avait été fait à la révolution entre le roi et le 
peuple. Les législateurs anglais tournèrent donc les yeux vers un 
antre descendant du roi Jacque^ YI, Sophie, douairière de l'élec- 
torat de Hanovre, petite-fille He Jacques P** d'Angleterre, et 
sixième d'Ecosse, par le mariage de sa fille Elisabeth avec le 
prince palatin. Cette princesse était l'héritière la plus proche de 
la reine Anne, en supposant que les droits du fils de Jacques II ne 
fussent point reconnus. Elle était protestante, et en acceptant la 
couronne elle se trouverait nécessairement intéressée à maintenir 
les droits civils et religieux de la nation , comme ils avaient été 
établis à la révolution, puisque ses propres droits en dépen- 
draient. Ces raisons péremptoires engagèrent le parlement à 
passer un acte de succession assurant la couronne, si la reine 
Anne mourait sans laisser d'enfans, à la princesse Sophie, élec- 
trice douairière de Hanovre, et à ses descendans. Cet acte , si im- 
portant par ses conséquences, fut rédigé dans le mois de juin 1 700. 

II devenait indispensable de déterminer la législature d'Ecosse 
à assurer la possession de ce royaume à la même ligne d'héritiers 
auxquels celui d'Angleterre était destiné. Si, après la mort de la 
reine Anne, la nation écossaise, au lieu de s'unir pour choisir la 
princesse Sophie, appelait au trône le prince titulaire de Galles, 
les deux royaumes se trouveraient de nouveau séparés , après 
avoir été gouvernés par les mêmes rois pendant un siècle, et tous 
les maux résultant d'hostilités mutuelles, encouragées par l'al- 
liance et les secours de la France, accableraient encore la Grande- 
Bretagne. Il devint donc nécessaire de tenter toute espèce de 



366 mSTOIRB D'EOOSeB. 

persuasion pour prévenir one mpmre ifd avait causé tant ée 
malheurs. 

Mais l'Ecosse n'était nullement disposée à se hôsser moiacer 
ou flatter pour céder aux Tues de FAngleterre dans cette impor^ 
tante occasion. Le parti entier des anti-Rév<dntionnistes sa Jaoo- 
bitesy ou bien encore^ d'après le nom qu'ils se donnaieiit eux- 
mêmes y des Cavaliers y quoique ce parti trouvât prudent pour le 
moment de se soumettre à la reine Anne^ entretenait 4'espénQifie 
que cette reine était eUe-mâme disposée à laissa à sa mort la 
couronne à son frère. Mais en même temps leurs principes kv 
dictaient que les injustices commises envers Jacques deTaientâtre 
promptement réparées par la restauration de son fils. Ils éusent 
donc entièrement contraires à l'acte qui assurait la couroane àk 
princesse Sophie* Le Parti du Pays, guidé par le dac d^Hftaultoa 
et le marquis de Tweeddade^ s'opposa à l'acte de snocqssioB ptf 
différentes raisons. Il résolut de profiter de cette occasion favo- 
rable pour diminuer €Nu détruire l^cendant qui avait été exercé 
par l'Angleterre, relativement aux affaires d'Ecosse , ascendant 
qui 9 dans Taffaire de Darien, avait été employé avec tantdeja< 
lousie et d'injustice pour anéantir une entreprise nationale. Les 
membres de ce parti étaient déterminés à c^tenir pour I'Egow^ 
une part dans le commerce de plantations d'Angleterre. Jflsqa'M 
moment où ces points seraient établis en faveur de l'ËGom» ib 
déclarèrent qu'ils ne s'uniraient point à l'acte de suecession, as* 
snrant hardiment que jusqu'à ce que les droits et les pri'vil^ce^ 
l'Ecosse fussent respectés » il était de peu [d'importance ipfi^ 
royaume choisit un roi dans ie Hanovre ou à Saint-GermaÎD. 

Le peuple écossais tont entier, excq>té cevs: qui av^ivit to 
charges dans l'administration , on cenx qui espéraientdes foveiM 
de la cour, adopta les mêmes seiUimens, et parut résolu à «vlir 
toutes les conséquences d'une séparation des deux royaooies, et 
même d'une guerre avec TAngleterre, plutôt que de noiaver k 
princesse Sophie habile à succéder à la couronne, jusqu'à aeqve 
l'Ecosse fut admise à nne part équitable des privilèges ocbubst* 
ciaux que FAn^leterre retenait d'une main <d)stinée. •Cette «rue 
semblait une occasion envoyée par le, ciel ;ponr donner à YMfi^ 
assez d'importance pour réclamer ses droits. 

Le parti Patriote , avec ce projet déterminé, au lien d'ad^ttf 
dans le parlement écossais, comme les ministres anglais k^^' 



' BEUXBBBK SERIEL 367 

raient, l'acte protestant de la succession , proposa une mesire 
appelée l'Acte de Sécarité. Par cet acte il était dit qa'en cas que 
la reine Anne mourût sans enfima, le pouvoir entier de la couronne 
serait placé dans le parlement écossais, qui choisirait alors nu 
successeur^e la famille royale et de la religion protestante. Mais ce 
choix devait âtre fait sons la réserve spéciale que la personne 
préférée prendrait possession du trône., seulement à des conditions 
qui mettraient l'honneur et l'indépendance de. la nation écossaise 
à l'abri de Tinfluence anglaise ou étrangère. On alla plus loin, et 
l'on stipula que la même personne serait inhabile à occuper eu 
même temps le tr&ne des deux royaumes, à moins que le peuple 
écossais ne fût admis à partager avec les Anglais les avantages du 
commerce et de la navigation. Afin que la nation pût présenter 
une appareoce de force capable de soutenir de si hautes préten- 
tions , il fol ordonné par le même acte que tous les Ecossais capa- 
bles de porter les armes seraient disciplinés et assujettis à un 
exercice chaque mois ; et afin aussi que l'influence de TAngleterre 
pût cesser d'exister en même temps que la reine Anne, on établit 
que tous les officiers civils aussi bien que les of&ciers militaires 
soudoyés par l' Angleteire, résigneraient leur emploi aussitôt après 
la mort de la reine Anne. 

Cet acte formidable qui par le fait jetait le gant du défi au 
royaume bien plus puissant d'Angleterre, fut débattu dans le par- 
lement écossais clause par clause et article par article, avec autant 
de tumulte que d'emportement, a Nous représentions souvent , dit 
un témoin oculaire, une espèce de diète polonaise, avec nos épées 
dans nos mains ou plutôt nos mains sur la garde de nos épées. » 

L'Acte de Sécurité fut enlevé dans le parlement par une majo- 
rité décidée ; mais le icommissaire de la reine refusa le consentement 
royal pour un acte aussi violent. Le parlement de son côté ne voulut 
accorder aucun subside, et lorsqu'il en fut demandé par les membres 
de l'administration, on leur répondit par les cris de, — Liberté 
avant les subsides ! Le parlement fut ajourné au milieu du mécon- 
tentement réciproque des ministres et de l'opposition. 
. Les disputes entre les deux nations furent augmentées par des 
intrigues j>endant la, séparation du parlement. Simon Fraser de 
Beaufort, dans la suite lord Lovât, était devenu' l'agent de la 
France dans une conspiration de Jacobites, qu'if découvrit plus 
tard au gouvernement, impliquant dans son accusation le duc 
d'Hamilton et d'autres seigneurs. Les personnes accusées se dé- 



368 HISTOIRE D'ECOSSE. 

fendirent en alléguant quepette conspiration était nn pur prétexte, 
inventé par le duc de Queensberry, auquel il avait été découvert 
par Fraser. La chambre des pairs d'Angleterre , en conséquence 
de cette prétendue découverte , déclara qu'un complot dangereux 
avait existé en Ecosse , et qu'il prenait son origine dafts le désir 
d'interdire la succession de ce royaume à la ligne protestante. 
iCette résolution blessa vivement les Ecossais, étant considérée 
comme une intervention des pairs anglais dans les affaires d'un 
autre royaume. Chaque événement semblait préparer une rupture 
positive entre l'Angleterre et l'Ecosse, et cependant, mon cher 
enfant, ce fut de cet état de choses que naquit le traité d'Union 
entre ces deux pays. 

Dans la conduite difficile que la reine devait observer entre deux 
nations jalouses de leurs droits, dont Pintérèt véritable était de 
former la plus étroite alliance, mais dont les passions irritées par 
des querelles récentes soufBaient de toute part l'animosité, Anne 
eut le bonheur d'être guidée par les sages avis de Godolphin ^ on 
des ministres les plus prudens et nn des plus profonds politiques 
qui aient jamais conseillé une tête couronnée. A sa recommanda* 
tion, la reine forma un plan qui semblait au premier coup d'ϔl 
rompre tout espoir d'accommodement, mais qui devait en réalité 
procurer les moyens de forcer les deux nations à mettre de côté 
leurs préjugés réciproques. Le plan d'une Union fut arrangé pour 
établir une parfaite harmonie entre deux peuples rivaux, comme 
on essaie d'amener deux chevaux fougueux à supporter le même 
joug , et de leur apprendre qu'en se laissant guider à l'unisson et 
d'un pas égal , leur tâche deviendra plus facile. Godolphin con- 
seilla d'abord à la reine de laisser passer l'Acte de Sécurité. Les 
Anglais , fiers de leurs richesses et de leur importance, portaient 
depuis plusieurs années un grand mépris à la nation écossaise, 
lorsqu'ils la comparaient à la leur. Ils étaient contraires à l'Acte 
d'Union, comme un homme vain de sa fortune et de ses titres reoe- 
vrait avec dédain une proposition d'alliance avec une femme 
appartenant aux classes inférieures. Il était nécessaire de changer 
cette manière de penser, et de montrer clairement au peuple an- 
glais que s'il ^e formait pas une liaison intime avec les Ecossais, 
ces derniers pourraient devenir des ennemis dangereux. 

L'Acte de Sécurité passa enfin, en 1704, suivant les conseils de 
Godclpliin, et reçut l'assentiment de la reine. Le parlement écos* 
sais, comme l'acte le portait, s'occupa aussitôt à discipliner les 



* 



* DEUXIEME SERIE. 369 

leyées ; ce^qai fat une chode facile, les Ecossais ayàot été familia- 
risés de toat temps à l'asage des armes. 

Ces. préparatifs étaient faits dans l'intention de réveiller les 
Anglais de leur indifférence en ce qui concernait les intérêts de 
l'Ëcosset Ç^ pays poayait être pauvre ; mais ses levées nombreuses, 
sanctionnées par l'Acte«de Sécurité, n'en étaient pas moins redou- 
tables. Une]iayasion soudaine à Newcastle, comme à l'épocpe de 
la grande guerre civile, inquiétait Londres , en inteiTompant le 
commerce de charbon, et, quels que fussent les évènemens, une 
guerre civile après une aussi longue paix était aussi nuisible que 
le succès en était incertain. 

Le parlement anglais montra donc un mélange de ressentiment, 
tempéré par un désir de conciliation. Il rendit des arrêts contre le 
commerce écossais, ordonna de fortifier les villes frontières et d'y 
placer une garnison; mais il refusa en même temps la mesure 
proposée» de s'enquérir des personnes qui avaient conseillé à la 
reine de consentir à l'Acte de Sécurité. En s'abstenant de cette 
perquisition , le parlement anglais rendait hommage à l'indépen- 
dance de l'Ecosse, et en même temps en donnant à la reine le pou* 
voir de nommer des commissaires pour une Union, il semblait 
présenter la branche d'olivier à ses voisins. 

Tandis que Forage paraissait peu à peu gagner de la force, un 
incident enflamma l'aversion mutuelle des deux nations. ^ 

Un vaisseau écossais , équipé pour les Indes , avait été saisi et 
détenu dans la Tamise d'après les instances de la Compagnie an- 
glaise des Indes-Orientales. Les Ecossais n'étaient point d'humeur 
à supporter cette insulte, et par représailles ils s'emparèrent d'un 
grand vaisseau marchand,, appelée ff^orcesier^ qui avait été jeté 
dans le détroit du Forth/ par le mauvais temps. Il y avait quelque 
chose de suspect dans l'apparence ^de ce vaisseau. Son équipage 
était nombreux et ressemblait à une bande de pirates. Il était mieux 
approvisionné de fusils et de munitions qu'il n'est> ordinaire .pour 
des vaisseaux équipés seulement pour des objets de ton^erce. 
Parmi ses papiers on trouva un chiffre par lequel le vaisseau cor- 
respondait avec les propriétaires. Tout annonçait que & Woreester, 
avec une apparence de vaisseau marchand, avait été éqmpé dans 
le dessein d'exercer le métier de pirat;e ou de boucanier, lorsqu'il 
serait parvenu à une latitude éloignée. - 

Un des matelots appartenant à ce vaisseau , et nommé Haines , 
ayant été à terre, ftvec qudqn^-uns de ses camandes^ y bm outre 

a4 



<»70 m&S&IXJÊ VECOSSE. • 

soavent Texcès des liqaeu^ sar certains tempéraflieii»» Dans cette 
lu|]Bev^^ rafionU à ceoxqai éuûenft {réftMM 
qae le capitaine et Féqu^iage n'eiMseiit pas fait aaviragie^ si Foa 
oouBidérait tooa les cEimes comam à UHrd du TaiaMiiq^iii étxà à 
l'anore daaa le détroit. Cea disomr» et quelques soBpçona engagè- 
rent les antoritéa^d'Eceese à eaipriaewier lès crfficiers et les mate- 
lotada Wo^wsUr^ et à les intemoiger sévèrement,. a&nidedéoeoTrir 
ce que signiftaîeia les »pre8eîons.da matelot. 

Parmi les pefaomieaiBlerrogées» u^t eselare noir, appartenant 
au capitaine ( et sans ancnn doate le témoia le pfais snapeet), ra- 
conte qoe & WoweUtr^ pendant son dernier Toyagfe, avait, sur 
les ofttea de Corenandel , près de Califint , attaqué et capturé na 
yaissean poprtan^ na pavillon ronf e, et monté par des Anglais et 
des Ecossais» oa du moina par desi gens pavlaat anglais; qa'ik 
avaient jeté réqaipage dans la mer, et vaada le vaisseau et la 
oargaisoa à an marchand da pays. Ce récit fut en quelque sorte 
«infirmé par le chirurgien 4a Woro$sUr^ qui assusa qa'âatm des- 
cendu à terre sur les oâtes da Malabac, il eaiendit des coups de 
cai^on en m^r , et vit Ai JVoffc^tn^^ i^^ avait été ea croisière, re- 
yenir le matin suivant, avec un autre vaisseau à sa poupe, gaifat 
^agasla suite , à.€e qu'il comprit, venAi à un naarehand da pays. 
Quatre joiurs pins tard iL^e vendiJi à bord, et tcoavrant les poais 
du vaisseau^ remplis de, marehandîaes» il s^iafiMnna coaunent on 
les avait obtenoes; mais iljat réprimandé par le eontre-maitre 
pour s'être permis de.semUaUes guesakaïa. LiO-dhirurgieualla 
pluahaiTy etr assura qu'il fat appelé peur panser lea blessures de 
plasîeara màtelot^^ maia tjpae le cqiîtaina« avait déCeada an^ na* 
bidasde cKreceiatnent ils avaieaft re^ u ces. btesonrcs* 

Un autre esclave noir n'avait pas ya la. cq^tnrcr du vaieseao 
aiqiposéy mhtaortdel'éqnipagey mais eai avait étéinfonaé par 
le peemier aamtear peu de t«BB|is i^ào réiaètaamani:. fiafinns 
témoin dédata que (keeny le eapitmae ih vaissaaM, hûavail 
montré un «aehet portant les armes da la GompagataEcossttse, 

Aincame et ladittuia^ 
Getia aeenaaftiim 4tait ti«p vagaapemp fa'cHe^ eAt été adaiise 

par des espeît&eahaas* Meiala oaiionréeeasaise étaiaaveuf^pas 
le ressentiment que lui causiât l'affaire da Bamatté Gnvaiwaa 
appelé h SokHti$van4>j appaetenant à. la^apalbearane Ck«p&' 
gpvia^ # .tpmmmiéiitm la> eaiaiaBBa^ Bi^aett Draaanamd^ teii 



comestaMe «pie o'élaît celaLquiaxiftit; été prU par le WaraesUr 

«t dim^ k» (ttphaiiie et réqfttpa^;aj^aitBt étéiawaafifiëft^ 
jLéelaratÎDii'dereàclaTe naîr. 

Sons cette «nple suppotittoB., appuyée par Taininasitéi, 6ceèii 
'SOU GOHtre-makve,. et l'éqiiipafety.omisifliaiiteii qpîime heamee 
txBBGA ja^és. Cinq dftces,]Bidhei]eeiiit.y. Linstead, le^siibeéeatfgiie 
Bracklqr, le tonnelttr dU: Woimster^ et Haûtea^ dont Vaaeès de 
métonccdie a^ait éleiré l48 pveoiieFs soppQOQe^ firent , dît^e» 
avant le jogement, des déclarations confirmant la vérité de Tae- 
easadon, et admettantqne le wMesaa aaiw était U SpUil^Lsvmne^ 
et que le ciqpitaiDeAobart Dmaunoadet son éifaâpage étaient les 
personnes qne Fon avait aeaaesinéea. Mais Haînesisenihlaii slljetà 
dea attaque» d^jpocQadrieqpifQnt. qnelqiiefiûft crair/e ^on. est 
speotatenr'oh eènq^oe de cvines qui n'oUt jamais ^tiîeté. Lina- 
tead, ainsi qae le diimrgienj, ne pariaient de oet. événement qtte 
eonmie d'une histoive qui. leur afatt été raeonftéé, etoeUede 
Brncklej était loin d'être claire. U sera pnmvé plos kân'^eai 
-quelque vaisseau fat rédlement prïe>par GreaieC sm.équipage^ 
ce nepeuvQdt être celui dnujapîiaine.DraiDniondy quiieni un soit 
'différenft; Gela re&d probaUè qae. ces cDi^ssipuane furent âutes 
par ies-pnMosiniere que dans. Uespéranee de sauver leui^vîe» nôse 
en danger par la fureur du peuple éeosaais; etilesAceutaiaqa'a^ 
eîinede ee» déclarations ne;fuft,lHe'm pradnite coanie pmum évi- 
^tente deysEot la cour. ^ 

Le proeè» dfe oès^mann8««t lien dcrfant la liaiite»ca«r> àtt It iw^îr 
Iraiité , et devant un jury, sir latseuk déekiratîûiide HeaclaYOnon^ ' 
car le reste fut établi 'S«r. des sag{|eatioiis^>iiiainiialioBe> et re- 
ports,, fiiits d'aprè»desoiiX<4im. OnïpiieDonça»ao Triiidiiùltuulujt 
litité cbntreGveen'et senr âqnîjpageé JLegenvenieBBiife^.éiiiiit disfiesé 
ftoltenir un sarris'dela'COKrenney. piMnr desi pTOonaieeadoatle 
'crime était si doutiBOK; ]tfaiaikupo|nfaii» d^£din)d)awrg ^ qniiat^B 
tout les temps la pttis hitniltablB^. siasBcaoUa .esa<giniQd MMabre , > et 
amande là vie dtes^OBdamnéa aireoTine tellte apparanee^de faveur 
queles autorités fareâtintiffitdées et cédèrent J2.e eapkaine^Creaui 
le contre-maître, eruO'aiitk'eiiHdhenBeBx, fimentiiaîàéaà^beîib» 
drainés d^irjiÉres'et âe<iBidédîctMB%.cajaiAineifeiq>pé»far \mm^ 
titude >et enfin'exéeutéaeuiva!tttJb»ternes»da»iev]) semence ^ maol 
jusqu'à teror dernier 8S<yb IfecrimiidBPtdhAaiCTtoaaaia^ 
tac {brmeBtàtios> eo^EiseBs* lètcoH ptreapassépi par;^ celr aacoide 

a4* 



m mtNmB MMMOE. 

» 

diatge; mais oeête >saaiiiw ««ctpenAaiit 4ev«ît 'âtre > graduelkaueitf: 
Mstituée à^'Augtecerre^'Aur Jos nemaa éoMsais. Jiuiqlie^là. toitt 
aHa pàBadkleBMBttt '«n%n& les lOOMMtteakea des^nx naiioiia. Ijn 
Inommb •fL'Btattfttglaiftt ooHseûlinwt amai , aana «a ^and aeini» 
pak^^jne i'iEMifiae «ooMrvâtaon EgUse nal.iaiMiilftfreflbytërienne, 
aon 'syatfiBie rde bis oÎTiks et miuiidpales » qi«i ost eatièFemeiit 
difTérent de 'cdlttide r^àa^pleierve, et aes propre» tcibaBaux piour 
radmiimiinkiMi:de là jastiee. >La«eidie iiiiio¥atiû& dans les étaUia- 
aeiii«iS)jndti»aîriM'fiitlavcréiilâoii de la^cear de réobiquier, poar 
dëddcrien matière de tfise et d'après Jesiomeis anglaises* 

Mais k ilvaiCié f ai prèa de «e rompre lorsqae les Anglais aunon- 
cèrentiqnedaasleparkiMDt des royaornes-imis, l'Ecosse jeairait 
sfiafement.d'mierc^ëflsiilalîon égale àun treizième du nombre te* 
ttil. C!ètiB(pri^iosîtioa Ait veçoe par ks^ooramissaires éeossai&a^eG 
mi cri de a«rpifise et d'indÂgnation. Us dirent hantement qu'on 
royanme abdiquant «on aneienne indépendance devaiii obtenir an 
moins )deis*oe igrand conseil natmoal aner^résentation daùis lit 
même proportion que la population de l'Ecosse compara à ceUe 
del'jyio^ieteive,fqaî^tàstfl^an:8iirniflL. Si cette jrègte^ qui semble 
k :pfais }»te qn''«ai ait pn tronTer, .«fait été adoptée, l'Ecosse au- 
rait- envojré > soixmnie^ia: mendires an parkmônt. Mais les Anglaia 
rêfasèrent positivement de consentir a «nne admission de pins de 
qnanmte«qafltra^ let ks .conmissaives écossais Cnrent informés 
qn^ é tÊr aàeul acN^Éseseeir à cesrpropoiîtionsy on déclarer letnailé 
BaM])n..ikvec plus :âe prudence fnatHâtreqne deeomnage, ils con- 
scsititentàcéâeraar'CéfoâHt, pkttfttqne de conrir le risqne de 
rompre'fetndtié» 

La |MÎrie «écoasabe devadt >ix>nser'?v tcns ries antres privil^pes 
de aanoranig; mitiak droitqn^elkdonnaît de siéger an pnrkment 
fot bkn iÔBBié. Scne pairs aenlément envent k droit desiéger 
dans la «ihanibre des lofds angkky>etdfe.dBvaknt âtre choîsk 
pumi k fioitps «Bntier>, par ëkctîon. Les "^pmsqn -aie trooment 
ptt^ies àMBmksairesiarent forcés de consentir à cette d^^ca* 
datkntâe knr ordre., pair l'assnranoe qtfils serûent orëés paies 
de kCirande^Breiagne , afin de leur donner persomxelkment par 
k cbaote le droit qne les seke antres n'obtiendraient' que par 
éketioB. 

ji^cmripBéfenir les diffiimltés,m récoaeiikr lesoionmaAiSBiitsn 



WtXTSJBHX SÊBBt. m 

m 

écossaisa^m 4fs oondittOBs-qid tour ?p«rm«B>i>nt 4iatm y et par» 
desBm toat/panr idur olfarir qaeltiae oonqieBsatioii peur le U£aie 
qirïls étaient «ocptanu dWeonrir^ eftleiir^oMaàeiaencli^ qu'une 
aemnie caiiûâérahle , tânée 4e «elle qu'on dOTait avanoer à TE- 
eosse, lear serait offerte eomme g^atific«tion paitiouUère. Non» 
annoaa. en phié de ees hommes d^Btat, dovt la plupart étaient des 
bommes eapaUes et de talens éminens , s%. a-vaiest accepté les 
eenditioas qîse «ks commissaires anglais ^Talent dietées ^ goidés 
par la swoère oonyiction qne l'ficosse était d«is laoécessilé de 
se soumettre à TUnion. Mais puisqu'ils £rentlonmer à la dégra« 
dation de leur paririe l'amlùtion d'oblemr des richesses person* 
nelles et des émolomeus partieaKers j nous ne pouvons les ac- 
quitter de l'accusation d'avoir vendu leur hôn&eur et celai de 
l'Ecosse. Ce point du traité fat gardé seci^t; il ne fat pasjSxé 
non plus comment on disposerait éèi surplus de la somme. Il resta 
donc environ trois cent soixante livres sterlisig qu'bn devait ré- 
partir sur rScosse , ecunme une indemnité pour les p^tes de Da» 
rnea, et autres dons, sur lesquels tons cenx qui étaient disposés à 
vendre leur vote, et dont la honne volonté valirit là peii^e d'être 
achetée, pouvai«it fixer leurs eq)érances. 

Lorsque les articles dont les commissaires étaient coBveuus 
comme la base de TUnion furent connus ea Ecosse, on s'aperçut 
qu'on ofatâendraât peu de suffirafes en laveur du traité , excepté 
par les menaces et les présens. Quelques personnes » il est vrai ^ 
jetant leurs regards dans l'avenir, considérèrent l'union de l'An- 
gieterre et de l'Ecosse comme une chose utile qui ne pouvait être 
payée trop cher. Le peuple en général avait attendu avec angpisse 
les propositions sur lesqu^es le grand traité national devait être 
fende ; mais ceux mômes qui avaient craint les conditions les plus 
défavorables , n'étaient'' pas préfntrés à la xigueur de celles qiii 
forent adoptées, et la promulgation des articles donha heu, n<m 
senleineut au fiius graÉd mécontentement /mais à une espèce de 
i^e et de ftiveur contre l'Union proposée. 

Il nY avait , en effet, aucun parti en Ecosse qui vk ses espé- 
panees réalisées dans le plan adopté par les commissaires. Je 
vuis Tons expliquer en peu de mots les difiérentès causes de leur 
mécontentement. 

Clés Jacoèkes voyaient dans le traité d^nion un obstacle à la 
restauration de la f amjiHe des âtoai^ts. Si ce (traité était adopté^ les 
de«K royaumes devaient être »alxBPetl»Baient gouvernés par Facl0 



376 HISTOIRE D'ECOSSE, 

anglais assorant la succession de la couronne à Félectrice de Ha* 
novre. Ils étaient donc résolus de s'y opposer. Le clergé épiscopal 
avaity à si peu de chose près, les mêmes intérêts que les Jacobitès, 
que f comme eux y il craignait le changement de succession qui 
devait avoir lien à la mort de la reine Anne. 

Les Chefs montagnards, la portion la plus zélée et la plus 
formidable du parti jacobite, voya;ient dans l'Union la décadence 
de leur pouvoir patriarcal* Ils se rappelaient le temps où Crom* 
well tenait en bride les habitans des hautes terres, par le moyen 
des garnisons, et prévoyaient que lorsque FËcosse formerait seu- 
lement une partie de la Grande-Bretagne, une armée permanente 
constamment aux ordres du gouvernement détruirait par degrés 
riudépendance guerrière des clans. 

Les Presbytériens de l'Eglise d'Ecosse, le clergé et les laïques 
s'opposaient également à l'Union, pensant qu'une incorporation si 
intime des deux nations finirait probablement par établir une unifor- 
mité de culte, et que. la hiérarchie d'Angleterre, s'étendant sur la 
contrée plus faible et plus pauvre d'Ecosse, détruirait rétablisse- 
ment presbytérien. Cette crainte semblait d'autant mieux fondée, 
que les é vaques Ou lords spirituels formaient une partie considé- 
rable de ceux qui étaient pi'oposés pour la législature des deux 
royaumes. Ainsi l'Ecosse, en supposant qu'une Union eût lieu, 
devait jusqu'à un certain point tomber sous la domination des pré- 
lats. Ces craintes étaient partagées par les Caméroniens éux-^ 
mêmes, qui, bien qu'ayant un grand nombre de raisons pour 
craindre la restauration des Stuarts et pour favoriser la ligne pro- 
testante, trouvaient presque que l'Unioa proposée était un plus 
grand mal, et les éloignait davantage encore des engagemens de 
la Ligue Solennelle et du Covenant, qui, bien qu'oubliés par toutes 
les autres parties de la nation, étaient encore la règle principale 
de leur vie. / 

La noblesse et les barons du royaume craignaient d'être privés» 
d'après l'exemple de l'Angleterre, de ces juridictions territoriales 
et des privilèges qui conservaient leur influence féodale; tandis 
qu'en même temps le siège du gouvernement étant transporté à 
Londres ^ devait nécessairement être accompagné de l'abolition de 
plusieurs charges honorables et avantageuses, liées à l'adnû- 
nistration de l'Ecosse comme royaume séparé, et qui étaient na- 
turellement remplies par la noblesse du pays. Le gouvernemenît 
ayant moins à donner^ les personnages d'importance avaient né- 



DEUXIEME SERIE. 37T 

eessairement moins à recevoir^ et ceux qui aaraient pu espérer 
des places du poavoir et de Fautorité dans leur propre pays,, 
tandis qa'il était ihdépendant, étaient à la veille de perdre, par 
le traité d'Union, leur poavoir et leur patronage. 

L^ personnes qui étaient intéressées dans le commerce se plai- 
gnaient aussi que FEcosse eût été ^leurrée par un traité qui pré-^ 
sentait au royaume l'espoir d'un commerce libre, lorsque en 
même temps il les assujettissait à tous les fardeaux et aux chargea 
des Anglais, élevant les dépenses du commerce à un point que le 
capital de l'Ecosse ne pouvait atteindre. Aussi on craignait géné- 
ralement que ce pays ne perdit le commerce séparé qu'il possé-> 
dait, sans obtenir aucune part dans celui de l'Angleterre. 

Les corps des artisans, particulièrement ceux de la métropole^ 
prévoyaient qu'en conséquence de rUnioït, un nombre considé- 
rable de nobles et de propriétaires quitteraient l'Ecosse, quelques- 
uns pour remplir leur place dans le parlement anglais, d'autres 
par des motifs divers d'ambition , de plaisir, de vanité , qui enga-^ 
gent les personnes ricbes à fréquenter les cours et à résider dans 
les capitales. Il s'ensuivrait nécessairement que la métropole de 
l'Ecosse serait désertée par toutes les personnes favorisées de la 
fortune, et privée tout d'un coup de la considération et des avan- 
tages d'une capitale; que le pays en souffrirait proportionnelle- 
ment ,1 parce que les propriétaires aisés, cessant de résider dana 
leurs domaines, iraient dépenser leurs revenus en Angleterre. 

Voilà les maux qui étaient appréhendés en Ecosse par les di*^ 
verses classes. Mais le sentiment pénible de la dégradation d'un 
ancien royaume qui avait si long-temps défendu sa liberté et spn 
indépendance contre l'Angleterre, était commun à tous les enfana 
de la Galédonie. Si l'Ecosse dans ce ipoment de crise abandonnait 
volontairement son rang parmi les nations, lorsque aucun avan- 
tage ne lui était présenté (excepté celui qui était obtenu par qudl<^ 
ques personnes ayant des votes à vendre et des consciences dont 
elles voulaient trafiquer),. chaque Ecossais aurait sa part du dés-^ 
honneur. Peut-être les habitans de l'Ecosse qui sentirent le mieux 
ces raisons furent ceux qui, n'ayant ni domaines, ni fortunes 
perdre, réclamaient une part avec les grands et les riches dans 
l'honneur de leur pays commun. 

Ce sentiment de fierté nationale était enflammé par les préj ugés- 
nationaux et par le ressentiment. Le peuple éfcossais se plaignit 
de n'être pas obligé seulement d'abandonner ses droits publics > 



STB mSf OBE MI008SB. 

OMÔs oBGoredelwliTrvàbnitiimlapliisisalveillHMai^iM 
rjScoa^e flom tons les rapports, et qm awct étéMi oonstente en* 
nenie pendant dlbLrsièclfls de facrres pMsqne edhtnnelles^ 'etqai, 
depuis que les deux reyaimes étaient mis sons la-mâne ooàroniie» 
amt mvmttééBOÊé k» Haasaora de Glencoe'et les désastres deDa- 
mn, cond>îai elle ^attariiait peu d'importance à la We et ans 
droits de ses ivoîsins da «loird. Les mesures hostiles adoptées* p«r 
le parlement anglais, les déclarations contre le commerce écos- 
sais, les préparatifift de guerre sor les frontières, étaient «mant 
de drcoBstanoes 4|ni en^i^iiimaieBJt'raimnosité da peuple, «aniiitf 
que les levées qni avaient en lien depub l'Aote 4e Sécorité inspi- 
raient une grande confiance aux Ecossais en levn forces wSi" 
taîres, et les disposaient à tout hasard à défendre leurs droits. 

Remplie d^amxiété, de doute et de crainte, une foule innom» 
hraUe de tout rang, de tout s^ce «t de tout âge, se précipita à 
EdimlMNirg des diverses parties de l'Ecosse , pour attendre l'as- 
semblée du parlement de l'Umon qni eut )ieu le S •octobre ÎIOS. 

Le parlement était divisé , généralement parlanit, en trws 
pai*tis ; le pnemier était formé de cotiirtisans ou panisans du goa« 
Vienîement, déterminés , malgré tous les évènemens , à adopter 
rUnien anx conditions proposées par les commissaires. Ce parti 
étiât conduit par le duc de^Qiieensbenrj, lord-commissaire,' homme 
de talent , d'une pditiqne «adroite, qui urait rempK les charges les 
plus éminentes pendsait les dermers règnes. Il était assisté par le 
comte de Mar, secrétaire d'Etat, que l'on soitfpçonnak avoir du 
penchant à £avoriser la cause des "Stuarts , mais qui, saerîfiant ses 
principes politiques à f amour 4a pouvoir on à celui de l'argent, 
était profondément engagé dans les madiinations secrètes par lea- 
qnefles rUnkm était assuiée. Mais eefèt principalement le comte 
de Stair, longtemps ékÂgné de l'administration , en conséquence 
de la part scandaleuse •qu'il avait |)rise dans le massacre de 
Glencoe et dans l'«ffaire4e Darien, mais alors en grand crédit. 
Par son adresse, eon éloqucsioe eft ses talens , il contTflma àfoire 
adopter l'Union, et eblnit «n conséquence, delà plupart de ses 
œmpatrîotes mécontenà, le surnom de la Malédiction del'Ecosse. 

Le parti 'Opposé à VUnion consistait en Jacobites, auxquels -se 
joignait le parti patriote , qni , comme Fletc^er de Salton , résis- 
tait à un projeft d^nion, non pas en ee qui avait rapport àla snc- 
cessiea à la coureime , mais parce qu'il était incompatflte avec 
l'indépenduee du royaume. Gepaiti était dirigé par k -due dlla* 



mîlton» le premier^pairderJEisoBse, exeeUenl «onuor, doué ^. 
toutes les qualités d'un chef de parti dans des tenif^ oirdînaives,. 
mais |kFi>pciétaise de domaines teop consîAérablBs peiur qu'il osât 
basai^rquehjpefdémarçhe.pOGiliye pouvant jnfiitre ses grands 
biens en danger. 4>n doit sopposer .qne.e'ëtait par celle raison que 
les mesures les plus efficaces pour repousser le tnaité d' Union ^ 
quoiqu'elles aient eu «on .approbation<pendant iw len^, Jie f uMUit 
jamais ouTertemeut soutenues par lui. 

n y a^ait un trcnsième parti , Jbeausoup mains censidérable que 
les autres^ mais*qaL<^enaÉt un «certain degré d'importanœ eu se 
tenant séparé ^ eten^afiectant d'agir avec une paiîaite indépen» 
dance, ce qui le fit appeler rEsoadron Yolaut. Il avait A sa tête le 
manrquis de Tweeddale, et il était formé par les membres d'une 
admimstration dontle marquis avait été le ehef, ist qui fut renvoyée 
pour faire place au duc de Queeasberry et an parti eu laveur. Cos 
politiques n'étaient bien vus ni delà cour qui les avait «ongédiés, 
ni du parti de Topposition. Pour partar clairement ^ dans une af> 
isdre où le pays suarait demandé une apinkm décisive, TBacadron 
volant semblait attendse, pour j uger, quelle conduite serait plus 
favorable à ses intérêts* Nous verrons bientôt qu'il se décida enfin 
à soutenir le psojet detrailé par une réconciliation avec la eowr. 

Le peu (de p^ulavité que la mesure proposée obtint dana toute 
l'Ecosse était fendu •évidart par la nuuivaise humeur du peuple 
à Edimboni^. Les citoyens des prûmères elasses se récriaient 
contre les protecteurs de l'Union , comme consentant à rendne la 
souverain^ideUEcesse à son ancienne rivale, tandis qne la po« 
pnlace exprimait la .mène idée d'une .maniàre plus 'oenforme à 
atm peu de lumières., ets'éoriait que la eonromie d'Ecosse, le 
8oef>t2^e et fl'^aiée, «ullaient être tranaiérés à TAngleterre, comme 
ils l'Avaient été dans le temps «de l'usurpateur Edouavd Lsngnes- 
JandMs* 

Le 2i Dotdbre, la tureur .popalaîre<étaità asB«oond>le. Isa mnl- 
titnde se iiressant dans IligbtSireet let )daiis ParliamentiSqaiiVBy 
accueillait les d'epnésentans sonâae ksiamîs ou les emwmis de^kmr 
patrie, suivant qu'ils étaient opposés^ l'Union ou qu'ils la&vovi- 
saient. Le comiiBÛssaîre fat am^emoit r^arimandé et même 
insulté , tandis que dsftia la même sesnée plasieaRB eeobdnes de 
personnes ^esDartèsent le àac d'nmniltfm à.sa demeure, reBconxa« 
geant^par âe;bvuyans applandisscmens à sontientr la cause de l^în* 
dépsadimce niftionaku I^^papuduoe assaillit ensnite la massB du 



380 HISTOIRE D'BGÔSSE. 

lord-prév^ty cassa ses fenêtres, brisa ses portes, et le menaça de 

le taer, comme fayorisant l'odieax traité. 

Plusieurs actes de désordre furent commis qui n'étaient pas 
entièrement à Tayantage des Anti-Unionistes, puisqu'on s'en servit 
comme de prétexte pour introduire des corps de troupes dans la 
Yille. Ces soldats montèrent la garde dans les mes principales, et 
le commissaire n'osa y passer dans sa Toiture qu'au milieu d'une 
haie de soldats sous les armes, et cependant il fut conduit à sa 
maison dans la Ganongate au milieu d'une grêle de pierres et de 
bruyantes yooiférations. Le duc d'Hamilton continua d'être escorté 
par une bande d'apprentis qui le reconduisaient chaque soir au 
bruit des plus Tives acclamations. Mais la présence des troupe 
apaisa le tumulte tant dans là yille que dans l'intérieur du parle- 
ment, et malgré les plaintes du parti de l'opposition, qui s'écriait 
que c'était une usurpation sur les privilèges de la yille d'Edimbourg^ 
ainsi que sur ceux du parlement , la salle des séances continua à 
être entourée par la force miUtaire. 

Les sentimens du reste de l'Ecosse étaient aussi défayorables 
au traité de l'Union que ceux de. la capitale. Les différentes pro- 
vinces, les comités, bourgs, villes et paroisses, envoyèrent au par* 
lunent des adresses contre cette mesure. Les gens les plus opposés 
d'opinions, Whigs^t Torys, Jacobites et Williamites, Presbyté- 
riens, Episcc^aux et Gaméroniens, tous s'unirent en s'opposant 
an traité^ en implorant les états du parlement de soutenir et de 
conserver entière l'indépendance de la couronne et du royaunie, 
avec les droits et les privilèges du parlement, vaillamment défendus 
pendant tant de siècles, afin que les générations à venir passent les 
recevoir intactes. Dans cette cause honorable, les pétitionnaires 
offraient de concourir de leur vie et de leur fortuhe. Tandis que 
les adresses exprimant cette opinion couvraient la table du parle- 
n^ent, les avocats de l'Union réussirent à se procurer seulement 
une adresse signée d'une partie des habitans de la ville d'Ayr, en 
faveur de la mesure, et qui fut plus que contre-balancée par une 
antre tout opposée de la plus grande partie des habitans de la 
même ville. , 

Les Unionistes, confians dans leur triomphante majorité, trai- 
tèrent ces adresses avec dédain. Le duc d'Argyle assura qu'dles 
n'étaient bonnes qu'à faire des cerfs-volaQs, et le comte d^ Harch» 
mont proposa de les rejeter comme séditieuses, recueillies collu- 
aoiremeaty et exprimant les sentimens d'uni parti plutôt que ceux 



DBinOBHE SBSSS. ' 381 

d'nne nation. Sir James Fpnlis de CoUinton. répondit hardiment 
que si Fauthenticité des adresses était attaquée ^ il n'avait ancnn 
doute que les souscripteurs se présenteraient , si on le désirait, 
dans le parlement, et donneraient du poids à leur pétition par leur 
présence. Cette suggestiim. alarmante termina le débat. 

Parmi ces adresses contre L'UnioUi il y en ayait une de la com- 
mission de l'assemblée générale, qu'on supposa exprimer les sen« 
timens du clergé de TEglise d'Ecosse, qui voyait un ^rand danger 
pour le presbytérianisme dans la mesure sur laquelle on délibérait. 
Mai^ Tardeur du clergé, dans l'opposition, fut apaisée en partie 
par un acte du parlement pour la sécurité de l'Eglise d'Ecosse, 
comme établie par les lois à la révolution, et rendant celte décla- 
ration une partie intégrante du traité de l'Union. Cette cauti<m 
semble avoir paru suffisante; et quoique plusieurs presbytères 
envoyassent encore des adresses contre TUnion, et que bien des 
ministres continuassent à prêcher avec vi^l^nce sur ce sujet, ce- 
pendant le corps entier du clergé cessa de s'alarmer et d'inquiéter 
les autres sur la partie du traité qui intéressait la religion et la 
discipline de l'EgUse. 

Mais les Gaméroniens restèrent mécontens , et n'ayant point 
oublié ce que leurs armes avaient produit à l'époque de la révolu- 
tion, ils s'imaginèrent que cette crise dans les aCEaires publiques 
nécessitait leur active intervention. Etant réunis en co]:ps et pos- 
sédant des armes, il ne leur manqua que quelques chefs hardis et 
entreprenans pour renouveler les anciennes hostilités. Ils étaient 
si ardens et si décidés dans leur opposition contre l'Union, que 
plusieurs centaines d'entre eux parurent en corps de troupes, mar- 
chèrent sur Dumfries, et, se rangeant en ordre de bataille autour 
de la croix de la ville, brûlèrent solennellement les articles de 
l'Union, et publièrent une déclaration portant qure les commis- 
saires qui les avaient rédigés étaientsans doute on stupides, ou 
ignorans, ou Maîtres. Ils protestèrent aussi que si. l'on teintait 
d'imposer par fOH^e traité à la nation, les signataires de cette 
déclaration étaid|Hicidés, ainsi que.leurs amis, à ne point devenir 
esclaves et tributaires des Anglais, avant de s'être défendus comme 
il convenait à des hommes et à des chrétiens. Après avoir publié 
ce menaçant manifeste, l'assemblée se sépara. ' 

Cette conduite des Caméroniens aboutit à une formidable, con^ 
siûration. Un nommé Gunningham d'Eckatt, de la secte des Camé- 
roniens^à l'époque de. la révolution de 1688 , et plus tard un des 



.'OotDDidt Durien, offrit ses services aBx ollefs du parti éeKoppo- 
.ntMm I et proposa de conduire à Ediinbourg' une armée de Camé- 
roniens capaUe de' disperser le parlement, 6t de rmnpre le traité 
dfUnion. Il fat exeilé par des promesses et de l'argent ^ et encou- 
ragé à sonder les senCiiiiens dn peuple sur sa proposition. 

Gel mg&A trouva le pay» de l'ouest prêt à- la réyoke, et prêt 
-waaei a se joindre à ceux qui Tondraient prendre les armes contre 
le gouTemonent. Gunningham demanda qn\in corps de monta- 
gnards- d'Athole s'assnrât de la ville de Stirling, afin de tenir des 
communications ouvertes entne les chefs jacobi tes et Tarmée des 
insurgés de rouest, qn^il devait commander lni*>méme. Si ce dessein 
avait réussi, le parti qui avait tant souffert pendant le règne des 
derniers Stuarts/ et les habitans &es hantes terres qui avaient' été 
les agens de l'oppression , se seraient trouvés unis, dans une cause 
commune, car la haipe universelle qu'inspirait l'Union ethçait 
tout autre sentiment, tf 

Un jour fut indiqué où devait éclkter l'insurrection de l'ouest, 
et où Gunningham affirma qu'il se faisait fort d^assendiler à Hamil- 
ton, indiqué comme lieu dn rendez -vous, s^ on huit mille 
hommes, ayant tons des fusils et des épées , plusieurs trentaines 
ayant des mousquets et des baïonnettes, et environ mille i^hevanx. 
Avec cette armée , il se proposait de marcher immédiatement sur 
Edimbourg, et de disperser le parlement. Les habitans dès hantes 
terres devaient se lever en même temps , et il estprd)aUe que le 
pays entier eût pris les armes. Les premiers efforts auraient sans 
doute été heureux, mais cet événement eût été un renouvellement 
sanglant des guerres entre l'Angleterre et l'Ecosse. 

Le gouver n ement écossais était averti du danger, et ii employa 
parmi les Gaméroàiens deux ou trois agenâ de cette secte, parti- 
culièrement un nommé Ker de Kersland, qui possédait une in- 
fluence héréditaire parmi les Gaméroniens. Gës agens seérets ne 
tentèrent pas dèchoqner les opinions dtr peuples d^rgnmenter 
en faveur de njnion, mais ils cherchèrent^flMfyerses manières 
à porter' les soupçons des Gamérbnietts snfWJacobites, à ré- 
veiller des souvenirs hostiles sur les persécutions qu'ils avaient 
essayées, dans lesqndles les habitans des hautes terres avaient 
été des acteurs de bonne voldnté, et à Aever quelques autres 
causes de jalousie, parmi des gens qui étaient pins influencés* par 
Fhumenr dii moment quiei par tons les raisonnemens qn^on jionvadt 
lenr tUre; 



MBifféiMmeuiesmvatà^à^Kmfilmèà^ etbkBqQeCiHiBÎiighaai 
Ini'in^me eût été gagné» dil-<>ii» pax k goii¥«niemeiit;> l'iavifre^- 
tion oomwia de mavober, «l le jqwr de» reiidQ2*T0iie général kt 
£xé* Mai^ le duo d'Hapiiltoii, sok lépngnauiee à rallmnâr la guenre 
ciyile, aoit qu^ildoatâtde la foreedHfpaaiî^d'Eekatty et même de 
la fidélité du dbeC enToya desosiessagers daae les oomtés de Foeest 
fowc contr^naoder et ajesmer yiofinyreolktt. Il réussît k se fidre 
obéir; qaatre eenis hommes aeiilesMmft parurent aii,raB4^£-Y0iia.y 
an lieu de huit mille. Et ees cpaalre oeuta homme» se Tojant déçue 
dans leur eapoir, ^e dispersèrent paisiblemeaft. 

Un antredanger qui menaça le gouv^ememeAl» flot aussi facile- 
ment écarté; Une« adresse centre FUaien avait été j^oposée à 
GljEbscowy où cet acte était dcsaiiiproQSFé comme- dan» toutes les 
villes importantes de FEcosse. Les magistrat»^ agissaixt sous la 
direction du lord-avocat , tentèrent de s'opposer à la pétition pr^ 
posée, ou du moins de refasev qu'eUe fàt rédigée an non delà ville. 
A cette époque orageusCy.on ordonna un: jeune général, et un pvé^ 
dicirtieur aimé de la multitude fit ohoia.4e ce teste d'B&flbras, Uv. 1^ 
eh. visty vers, 21 : « Alors je proclamai un jeûne- à la rivière 
d^Ahava, a0n que nous puissions nous affliger nous^anâmes devant 
«lotre Pieu, et le supplier de nous ensingner ce qu'il nous est^con* 
v^ijd)le de faire pour nous et pour nos entos, et pour tout ce qui 
nous appmrtieiit». » Alors s'adressanti an peuple qui était déjà suffi» 
samment irrité^ le prédicateur assura que les prises œ suffisaient 
pas» Ia prière était en effet un devoir; mais die devait êtne 
secondée par des efforts d'une nature- enitièrem.ent différente. U 
conclut en ajoutant : «Levez- vous donO|» et soyes vafllans pour la 
*eité de voire Dieu. » 

La pep^tace de la ville supposai que' c'était un enseuragèment 
direct à une insuiTeetion* BUe ^aasemhla en tnmulte,. attaqua et 
diepersa les gardes , pilla les misons des offieierspidriicSy en un 
ipsot prit poasessKm de la vilfe^ et elle eut à sa disposition les pré* 
priétés et Texiistence des citoyensk Aueune personne de^marquene 
partit à la tête de ces révoltés^ et, apnsa:s'étre mis sous les ordres 
d'un ouvrier nommé Finla]!::, qui avait été sergent^ ils envoyèrent 
des partis. 4an les villes voismes pour les îmviter à suivre lenv 
C9Lenq>le. ^ 

Ils ne réussirent pas» danSiOstte teseative^ les .prodaittations te 
parlement et Fi^eumanent du i!cndea''vefusi indii^par ks^ com- 
MmasailW»ayanfeaBrété^ai^q^rsJl?illam^n^e^^on^. geaitetmnpaaprès». 



Jt84 HISTOmB D'ECOSSE. 

le désordre de Glascow s'iipaisai et les insurgés évitèrent qae le 
0tng ne fftt répandu en se dispersant tranquillement. Finlay et un 
autre des chefs furent saisis par un parti de dragons d:'£dinibourg, 
conduits dans cette yille, et enfermés dans le château ; ainsi fut 
éteint |in feu dangereux et qui aurait pu produire un grand incendie. 

Pour prévenir le retour d'évènemens semblables au ren,dez-Tous 
'd^Hamilton et au tumulte de Glasco% le parlement prit la résolu- 
4ion de suspendre la clause de l'Acte dt Sécurité qui ordonnait des 
revues générales et militaires daqs toute TEcosse , et statua qu'en 
considération des tumultes qui* avaient eu lieu, toutes les assem* 
Mées en armes sans Tordre spécial de la reine seraient^ punies 
comme un délit de haute trahison. Cette clause ayant été rendue 
publique par une proclamation, mit un terme aux soulèvemens. 

Le projet de rompre le traité par la violence étant entièrement 
écarté y ceux, qui s'opposaient à l'Union se déterminèrent ànne 
tentative plus sûre et plus modérée. Il fut résolu que les barons et 
tous ceux qui étaient contraires au traité, dans la noblesse et parmi 
les propriétaires, s'assembleraient à Edimbourg, et se concerte- 
raient pour une remontranee paisible , mais feri^e , adressée au 
lord*commissaire, demandant que l'odieuse mesure f&t ajournée 
jusqu'au moment où les souscripteurs auraient* reçu une réponse 
à une adresse qu^ils avaient l'intention de présenter à la reine. On 
supposait que cette demande auprès du commissaire serait si fer- 
mement soutenue , que le gouvernement d'Ecosse n'oserait plus 
hasarder de favoriser l'Union à la face d'une opposition aussi 
générale ; que les ministres anglais eux-mêmes s'alarmeraient, et 
douteraient enfin de Peffiqacité et de la durée d'un traité auquel la 
masse 4o l'Ecosse semblait entièrement contraire. Environ cent 
seigneurs et gentilshommes de la première distinction s'assem- 
blèrent à Edimbourg^ dans le dessein de se présenter devant le 
commissaire avec la remontranee projetée, et une adresse fut 
rédigée pour supplier Sa Majesté de retirer sa protection au traité, 
et de convoquer un nouveau parlement. . 

Lorsque le jour fut fixé pour exécuter ce plan, le duc d^Hamilton 
s'opposa à toute démarche avant qu'on eût inséré dans Tadresse 
une clause qui expripmt la bonne volonté des souscripteurs à 
assurer la succession à la maison de Hanovre. Cette proposition 
était entièrement contraire aux sentimens des Jacobites qui avaient 
signé l'adresse, et occasiona des discussions nombreuses et animées, 
amsi qu'une perte considâradile de temps» A la même époque, le 



DEUXIEME SERIE. ^35 

commiuaire obsenrant que la TiUe était ranpiie de personnes de 
distmcuon. et ayant été instruit du dessein pour lequel tant de 
gaitilshommes avaient paru dans la capitale, informa le parlement 
qn une convocation de diverses personnes avait eu lieuà Edim- 
bourg, sous le prétexte de demander une r^)onse à leurs adresses 
ce qui mettait la tranquilUtépnbUque en danger. Alors il obtintuné 
proclamauon contre les rassemblemens sous de tels prétextes 
pendant les assemblées du parlement, rassemblemens qu'il renrél 
sentait comme inconvenans et contraires aux bis. 

Tandi8quelélord^mmi8sairesoutenaitainsi8onparti,lesAnti. 
Uniomstes étaient peu d'accord entre eux. Les ducs d'Hamilton et 
d Athole se querellèrent relativement an retard occasioné par le 
premier plan primitif de remontrances, et les gentilshommes 
campagnards, qui avaient répondu à l'appel qu'on leur avait fcdt 
retournèrent chez eux, humiliés, désappointés, et, suivant l'opi! 
mon de plusieurs, trompés par leurs cheb. 

Cependant le temps s'écoulait promptement, et le parlement 
en discutant sac les articles séparés de l'Union, était wivé aâ 
vingtdenxieme, celui qui était désigné pour fixer le nombre des 
représentais que l'Ecosse devait posséder dans le parlement an- 
glais, et qm, par l'insuiasance d'une teUe repr&entation était le 
plus odieux de tout le traité. ' 

Le duc d'Handlton, affectant toujours d'être entièrement opposé 
au traité, assembla les chefs de l'opposition, et les conjura d'on- 
bher toutes leurs anciennes divisions, et de concourir dans nn 
commun accord, à l'indépendance de l'Ecosse, n proposa'alors om 
le.marquis d'Annandale ouvrît la discussion, en renouvelant une 
proposition qui avait été faite précédemment en feveur de la suc 
cession de la maison de Hanovre, proposition qui serait sûremeni 
rejetée avec n'importe queUe mesure elle serait jointe, ce qui en 
traverait le Û-aité d'union. Le duc proposa ensuite que tons ceux 
qm s'opposaient à l'Union , après s'être unis dans une ferme pro 
tesution, sortiraient publiquement du parlement. Il en résultiait 
que le parti du gouvernement hésiterait à s'avancer plus loin dans 
une matière qui produirait tant de changement dans la constitation 
d Eeosse, ou que les Anglais commenceraient à penser qu'ils ne 
pouvaient pas, avec quelque apparence de sûreté, continuer un 
traité d'une si grande importance, avec une simple fection et 
lorsque le parlement était abandonné par tant de personnes plus- 



a5 



m HISTOIRE D'ECOSSE. 

Le9 Jacobites s'opposèrent à ce projet, relativement à la propo- 
sition préliminaire, qui montrait une disposition à appeler la maison 
jLe Hanovre à la succession, si le gonvernoment voulait renoncer 
an projet d'Union* Le duc d'Hamilton répondit que comme la pro- 
position devait être certainement rejetée, elle ne porterait avec 
elle aucone obligation pour ceux qui l'avaient faite. H dit qu'une 
telle offre détruirait les argumens qu'on employait pour forcer à 
rUnion, lesqueb avaient; tant de poids en Angleterre, où l'on 
croyait que si le traité n'avait pas lien, les royaumes d'Angleterre 
et d'Ecosse passeraient à diflérens monarques. Alors il déclara 
franchement que si l'Angleterre continuait à presser le traité 
d'Union, après la formelle protestation qu'il proposait, il se join- 
drait aux Jacobites pour appeler le fils de Jacques II , et qu'il con- 
sentait à hasarder autant que personne pour cette mesure^ 

II est difficile de supposer que le duc d'Hamilton ne fit pas cette 
proposition sérieusement, et il est présumable que si les membres 
opposés à l'Union s'étaient retirés de la manière projetée , le com- 
missaire eût été obligé d'abandonner le traité, et eût prorogé le 
parlement ; mais le duc perdit courage lorsqu'il lui fut rapporté , 
dit-on, par le lord grand-commissaire , dans une entrevue parti- 
culière > que Sa Grâce serait personnellement responsable si le 
traité d'Union était entravé par l'adoption de l'avis qu'il avait 
donné, et qu'elle en souffrirait dans ses propriétés anglaises : telle 
est du moins la croyance générale , et une telle entrevue pouvait 
être ménagée sans difficnlté , ces deux personnages habitant l'on 
et l'autre le palais d'Holyrood. ^ 

Soit qu'il obéît à nne versatilité naturelle, soit qu'il fût intimidé 
par les menaces de Qneensberry, ou bien encore qu'il craignit de 
rencontrer, an moment d'agir, des difficultés qu'il n'avait pas pré- 
vues , il est certain qu'Hamilton fiit le premier à abandonner le 
projet qu'il avait lui-même recommandé. Le matin du jour fixé pour 
l'exécution de leur plan, lorsque les membres de ropposition 
avaieut réuni toutes leurs forces et se rendaient au parlement 
suivis d'un grand nombre de gentilshommes et de citoyens pré- 
parés k les défendre si l'on eût tenté de les arrêter, ils apprirent 
que le duc d'Hamilton souffrait à un tel point d'un mal de dents , 
qu'il lui était impossible de se rendre au parlement. Ses amis se 
précipitèrent dans ses appartemens, et lui reprochèrent si amère- 
ment sa conduite , qu'à la fin il se montra à la chambre ; mais ce 
fut seulement pour étonner les membres de son arti, en leur de^ 



raUXIEMl SERIE, MT 

jnandant de quelle personne ils avaient fsl% choix poor {irésenter 
leurs protestations. Us répondirent, avec unesarpriâeextréme^ 
qu'ils avaient compté qae Sa Grâce, comme la personne qui tenait 
le premier rang en Ecosse, se chargerait de présent» «n projet 
qu'elle avait proposé. 

Le duc persista néanmoins dans son rrius de s'exposer an dé* 
plaisir de la cour en étant le premier à renverser sa mesure bvo« 
rite ; mais il offrit de seconder celui que le parti choisinût pour 
présenter la protestation. Pendant cette altercation les questione 
à l'ordre du jour s'étaient avancées à un tel point, qnel'article r^ 
latif àla représentation fiit discuté, et roocasion d'exécuter le 
plan que les membres mécontens avaient fonné fut entièrement 
perdue. 

Les membres qui s'opposaient à TUnion ayant été ainsi désap» 
pcôntés trois fois dans leurs espéruices. par la conduite indécise du 
duc d'Hamilton, se crurent abandonnés et trahis. Peu de tempe 
après , la plupart d'entre eux se retirèrent du parlement , et l'en 
souffirit que ceux qui favoHs^nt le traité procédassent d'apràe 
lenrs propres idées, peu embarrassés, seît par les remontranoes, 
soit par l'épposîtioné 

Le seul changement remarquable qui fot fait dans les articles im 
FUnion, outre cdiui qui avait rapport au gouvernement de l'EgUse, 
fut rédigé dans le but de trmiquiUîser V%spni du bas peuple, in* 
quiété, comme je Tai déjà dit, par le bruit qu'on avait fadt courir 
que les Regidia d'Ecosse allaient être envoyés en Angleterre. Un 
article q)écial fut inséré dans le traité, déclarant qu'en nulle ee« 
eaaion ces insignes ne seraient enlevés à l'Ecosse. En même temps^ 
de peur que la vue de ces symboles de la souveraineté nationale 
n'excitât les sentîmes jaloia du peuple écossais , ils furent dé» 
robes aux regards du public et renfermés dans un appartement du 
château d^Ëdimbourg, appelé la Chambre de la Ciouronne, oùile 
restèrent si long^temps cachés à tous les yeux , qae leur eiistene^ 
étais généralement contestée. Haâs Sa Majesté, aujeurd'hid ré» 
gn«ite, àyaât ordonné qu'une commission s'occupât de rechercher 
ees vénérables reliques , eHes forent trouvées en bon état dims le 
Heu-oà elles avaient été déposées, et elles sont maintenant nMit» 
trées au pnbMe avec les précautions nécessaires. 

On espérait que le traité d'Union serait soumis à des ameniez 
mens ou du moins à un délai dans le parlement anglais, mak il fm 
approuvé par une majorité considénMe,^ et wie expééBtikm en 

a5. 



S8S HISTOIRE B'ECOSSË. 

copie en fat envoyée pour être enregistrée dans le parlement écos» 
sais. Cet ëTënement arriva le 2ô mafs , et le 22 avril le parlement 
d'Ecosse était ajourné pour jamais. Seafield, le chancelier, dans 
une occasion qui devait remplir^ de tristesse le cœur de chaque 
Ecossais^ se conduisit avec une étrange légèreté^ qui, dans des 
temps plus patriotiques y lui aurait coûté la vie y et dit que — 
« c'était la fin d'une vieille chanson, n 

Le i" mai 1707, l'Union eut lieu au milieu du chagrin et da dés- 
espoir qu'occasione la chute d'une ancienne monarchie, et avec 
nn sentiment concentré qui était loin de promettre la prospérité 
que le traité procura dans la suite. 

Ici je dois vous faire remarquer que, quoiqu'il n'y ait aucun 
doute que l'Union en elle-même ne fût un événement désirable, 
cependant les fausses mesures par lesquelles on favorisa on on 
s'opposa à ce traité, mirent quelque obstacle aux bienfaits qu'il 
devait produire. Le temps qui s'écoula entre la date de cet événe- 
ment mémorable et les avantages nationaux qui en résultèrent fut 
plus long que le nombre d'années pendant lesquelles les Jnife er- 
rèrent dans le désert avant d'atteindre la Terre Promise. Dans ces 
deux cas la précipitation et les passions des hommes rejetèrent les 
bienfaits que la Providence leur offrait. 

Pour comprendre ceci il faut que vous sachiez que, tandis que 
les ditCérens plans pour interrompre le traité étaient agités à l'ex- 
térieur, les débats dans l'intérieur du parlement étaient de la plus 
-grande violence. « Leur bruit ressemblait , dit^ un témoin » non 
pas à celui que produisent des langues humaines , mais au choc des 
armes; et la haine, la rage, et surtout les reproches dont s'acca- 
blaient les deux partis, semblaient le présage d'une guerre civile 
plutôt que les préliminaires d'une discussion politique. » Beaucoup 
de talent fut déployé des deux cfttés. Les partisans de l'Union fon- 
daient leurs argnmens, non-seulement sur les avantages , mais 
sur la nécessité d'associer l'indépendance des deux nations , pour 
lefir honnir mutuel et pour leur sûreté, afin d'éviter le renon- 
vellementdes scènes sanglantesdes siècles passés, rendues affireuses 
par le souvenir de trois cent quatorze combats que se livrèrent les 
deux nations, et de plus d'un million d'hommes restés sur le champ 
de bataille. Le sacrifice imaginaire de l'indépendance et de la soa« 
Teraineté était représenté en réalité comme une abolition de la 
tyrannie de l'aristocratie écossaise , et comme une occasion de 
joindra le gouvernemept mal défioil et encore plus ma,^ ^d^iinistré 



DEUXIEME SERIE. 389 

de l'Ecosse, à celai d'une nation pins jalouse qn'aocnne autre de 
ses droits et de ses libertés. 

Tandis qae les Unionistes indiquaient Futilité générale de la fu* 
sion des deux royaumes, l'opposition montrait le déshonneur et la 
dégradation immédiate que ce traité déversait sur TEcosse, et les 
avantages éloignés et douteux qui pourraient en résulte^. 

Lord Belhaven, dans un célèbre discours qui fit la plus pro- 
fonde impression sur ses auditeurs, déclara qu'il voyait dans une 
vision prophétique les pairs d'Ecosse, dont les ancêtres avaient 
levé un tribut en Angleterre, se rendant à la cour des requêtes 
comme autant d'attorneys anglais, mettant de côté leurs épées, de 
crainte qu'une défense personnelle ne fAt appelée un meurtre.— 
Il Toyait les barons écossais les lèvres fermées pour éviter les 
peines de lois inconnues ; — les avocats écossais rester muets et 
confondus , et étant assujettis au jargon technique et difficile d'une 
jurisprudence étrangère; — les marchands écossais exclus du 
négoce par les accapareurs anglais ; — les artisans ruinés faute 
de pratiques; — la haute bourgeoisie réduite à l'indigence, — les 
gens du peuple à la famine et à la mendicité. « Et par-dessus tout, 
Milords, continua l'orateur, je crois voir notre mère à tous, l'an* 
cienne Galédonie, assise comme César. au milieu de notre sénat, 
jetant autour d'elle des regards désespérés, se couvrant de son 
royal manteau, attendant le coup fatal, et s'écriant en rendant le 
dernier soupir : Et loi aussi , mon fis! » 

Ces paroles prophétiques produisirent la plus profonde impres- 
sion dans le parlement , jusqu'à ce que l'effet en fdt en partie 
effacé par lord Marchmont, qui, se levant pour répondre, dit que 
lai-même avait été frappé de la vision du noble lord, mais qu'il 
pensait que l'explication pourrait en être donnée en peu de mots \ 
<K. Je m'éveillai, et je m'aperçus que c'était un rêve. » 

Mais quoique la prophétie de lord Belhaven pût être appelée 
dans un sens une vision , ce fut une vision qui dura pendant plu- 
sienrs.années ; il se passa près d'un demi-siècle avant que l'Union 
commençât à produire les avantages que ses partisans en avaient 
espérés , et les fruits que la génération présente a si pleinement 
recueillis. Nous devons rechercher dans le caractère des divers 
partis intéressés à proposer et à conclure ce grand traité les rai« 
sons qui , pendant un grand nombre d'années , empêchèrent les 
bienfaits incalculables qui se sont réalisés dans la suite. 

La première et peut-être la plus fatale erreur provint de la 



S90 HISTOIRE D'EGOSSB. 

eondoite et des sentimens des Anglais , qai étaient généralement 
indignés contre les Ecossais relativement à l'Acte de Sécante et à 
Texécntion précipitée de Green et de ses compagnons, que leurs 
compatriotes regardaient avec quelque raison comme assassinés 
sur une accusation yague et uniquement parce qu'ils étaient 
Anglais. Cette opinion était en partie yéritable, mais si les Ecos- 
sais agirent avec cruauté , on aurait dû considérer qu'ils avaient 
été grandement provoqués, et qu'ils se vengeaient, quoique iiijus* 
tement, des désastres de Darien et de Glencoe. Mais les temps 
n'étaient pas favorables dans ces deux pays pour porter un juge- 
ment fain sur un tel sujet. On demandait à grands cris dans tonte 
l'Angleterre que l'Ecosse fût conquise par la force des armes, et 
soumise par des garnisons et des forts, comme sous le règne de 
CSromwell ; ou si elle était admise à une Union , c^était le désir gé- 
néral en Angleterre de la forcer à recevoir des conditions aussi peu 
frvorables que celles qu^on peut accorder à un royaume d'un rang 
inférieur, qu'on voudrait humilier. 

Ces sentimens n^étaient point ceux d'un habile homme d'Etat, 
et ne pouvaient être ceux de Godolphin. Il devait savoir que le 
simple fait d'accomplir un traité ne produirait pas plus une union 
intime, qui était le but auquel on visait, que Taction de coupler 
deux chiens hargneux ne pourrait les forcer à se supporter mu- 
tuellement. On doit donc supposer qu'un si grand homme d'Etat, 
s'il en avait été le maître, aurait tenté des moyens plus doux pour 
réconcilier l'Ecosse avec la mesure projetée; qu'il se serait feit 
une étude d'effacer tout ce qui paraissait humiliant dans l'abandon 
de l'indépendance nationale ; qu'il aurait travaillé à aplanir les 
difficultés qui empêchaient les Ecossais de s'engager dans le com- 
merce anglais , et qu'il leur aurait donné une représentation plus 
égale dans le parlement national ; représentation qui, si elle avait 
été en proportion des dépenses publiques, aurait été augmentée 
de quinze membres dans la chambre des communes. Enfin , le 
ministre anglais aurait probablement essayé de présenter au plus 
pauvre des deux pays des conditions assez avantageuses pouir ^'il 
convînt, après les avoir adoptées, qu'il aurait dû dans son propre 
intérêt concourir à les obtenir. De cette manière , l*ouvrage de 
plusieurs années aurait été en quelque sorte anticipé, et les deux 
nations se seraient unies d'affection aussi bien que d'intérêts, peu 
de temps après qu'elles seraient devenues littéralement un même 
^ peuple. Ce que l'Angleterre eût sacrifié aurait été gagné par la 



DEUXIEME SERIE. 391 

Gràncle>Breta^e , dont ^Angleterre doit être nécessairement la 
partie la pins importante , et qoi comme telle eût reçu la pins 
grande part de tont ce qui était avantageux pour les trois 
royaumes. 

La sagesse de Godolphin anrait pn le condnire à de semblable^ 
conclusions; mais les passions et les préjugés de sa nation ne lui 
en laissèrent pas les moyens. L'Angleterre vit ou crut voir une 
occasion de soumettre entièrement une nation qui avait été unç 
ancienne ennemie et une amie turbulente, et, quoique bien impo- 
litiquement, elle désirait plutdt subjuguer que réconcilier FEcosse. 
Sur ce point, les honunes d'Etat anglais commirent tme grande 
erreur, bien que peut-être elle fût rendue inévitable par lès pré- 
jugés et Le caractère de leur nation. 

De leur cdté, les Ecossais partisans de l'Union auraient pu 
montrer plus de fermeté, et exiger des conditions plus bonorableâ 
en faveur de leur pays ; et il est difficile de supposer que les Anglais 
eussent rompu un traité si important, soit pour un nombre plus 
considérable de représentans , soit pour quelques avantages corn* 
merciaux que l'Ecosse pouvait raisonnablement demander. Mais 
les comiiiissaires écossais avaient, en grande partie, malheureu- 
sement si bien négocié pour eux-mêmes, qu'ils avaient perdu le 
droit d'être exigeans pour leur patrie. Nous avons d^à expliqué 
la nature de l'indemnité par laquelle une somme de quatre cent 
mille livres, ou à peu près, avancée par l'Angleterre, pour être 
remboursée sur les revenus de l'Ecosse pendant l'espace de quinze 
années, devait être distribuée, soit pour réparer les pertes sup- 
portées par la compagnie de Darien, soit pour payer les arrérages 
des charges publiques en Ecosse, dont la plupart étaient dus Aux 
membres du parlement écossais ; et enfin pour satisfaire aux récla- 
mations sur les dommages que causait l'Union, lorsque ces récla* 
mations étaient faites par des personnes dont le suffrage valait la 
peine d'être acheté. 

La distribution de cette somme fut le vrai charme par lequel les 
membres réfractaires à l'Union furent séduits. J'ai déjà mentionné 
la somme de trente mille livres donnée apx commissaires qui pri- 
mitivement posèrent les bases du traité. Je puis ajouter qu'il y 
eut une autre somme de vingt mille livres, employée à soumettre 
au parti de la cour la faction appelée l'Escadron volant. Le détail 
de la manière dont cette somme fut distribuée a été publié, et l'on 
peut douter si les descendans du noble lord ou de l'honorable 



392 HISTOIRE D'ECOSSB. 

gentleman qui acceptèrent cette gratification, sont plus choqués 
de ce que leurs ancêtres se soient laissé corrompre^ que scandalisés 
de la modicité du présent. Un noble lord accepta une somme de 
onze guinées , et cependant le marché était d'autant plus honteux 
qu'il donna sa religion pardessus le marché , et de catholique de- 
vint protestant 9 pour que son yote fût bon à quelque chose. 

On pourrait citer d'autres bassesses de la même espèce , et il y 
en a davantage encore qu'on ne peut écrire. Le trésor fut envoyé 
d'Angleterre dans des fourgons, pour être [déposé dans le château 
d'Edimbourg, et jamais certainement une telle importation ne fdt 
reçue par le peuple avec de semblables marques d'indignation. Les 
dragons qui gardaient les voitures étaient accablés d'impréca- 
tions, les conducteurs et même les pauvres chevaux furent mal- 
traités pour avoir amené à Edimbourg le prix de l'indépendance 
du royaume. 

Les hommes d'Etat qui acceptèrent ces dons déguisés sous n'im- 
porte quel nom , encoururent la haine de leur pays , et n'échap- 
pèrent pas aux reproches, même dans le sein de leurs propres 
familles^. L'avantage de leurs services fut perdu par le mépris 
général qu'ils avaient mérité ; et je puis ajouter ici que, tandis 
qu'ils s'occupaient du traité , ceux qui favorisaient l'Union étaient 
obligés de tenir leurs assemblées dans des lieux de rendez- vous 
écartés et secrets, de crainte d'être insultés par la populace. Il y 
a un appartement souterrain dans High-3treet , n^ 177, appelé la 
Gave de l'Union , parce qu'il fut un de leurs refuges ; et le pavillon 
dans le jardin dépendant de l'hôtel du comte de Murray, dans la 
Canongate , est célèbre pour avoir servi à ce traité. 

Des hommes ainsi achetés et vendus- se privaient de tout droit 
de réclamations dans les conditions que l'Angleterre voulait impo- 
ser, et l'Ecosse perdit encore ce soutien qui , si ces hommes d'Etat 
avaient été aussi intègres que quelques-uns d'entre eux étaient ca- 
pables et intelhgens, n'aurait pu manquer d'être efficace. Mais 
méprisés par les Anglais, et détestés dans leur propre pays, en* 
chaînes par des liens if or, suivant l'expression de lord Belhaven, 
les Unionistes avaient perdu toute liberté , et aucune alternative 
ne leur était laissée, excepté celle d'accomplir l'œuvre inique 
qu'ils avaient commencée. 

* 
I. Le chancelier lord Scafield reprochait à son frère le colonel Patrick OgiWie , qu'il dérog-eait 
à son rang , f>arce qu'il faisait en grand le commerce des bestiaux. « Gardes votre reproche pour 
▼oys , mon seigubur et.frère , répondit le colonel dans son dialecte de l'àngushiré, je rends seule* 
raeol des bestiaux, et vous » vous vendez des nations. » 



DEUXIEME SEME. 39» 

Le parti de Foppositioii avait aussi sa part dans les fautçs qui 
Ifirent commises dans cette occasion. S'il avait employé mie par- 
tie du zèle qu'il montra à défendre les droits obscurs de l'indépen- 
flance de l'Ecosse ( qui après tout était alors gouvernée comme une 
province par un vice-roi ), à obtenir quelque amélioration dans les 
clauses les plus défavorables du traité ; si y en un mot, il avait 
tenté de rendre l'Union plus convenable y au lieu de la rejeter en- 
tièrement , il aurait peut-être obtenu de grands avantages pour 
l'Ecosse. Mais la majeure partie des Anti-Unionistes étaient aussi 
jacobites ; ainsi , loin de désirer rendre le traité plus, avantageux , 
ils tentaient de le rendre aussi odieux que possible au peuple écos- 
sais y afin .que le mécontentement tournât au profit de la famille 
exilée. 

En conséquence de toutes ces fatales circonstances^ les intérêt» 
de TEcosse ne furent que trop négligés dans le traité d'Union ; et 
la nation écossaise , au lieu de regarder ce traité comme l'identi- 
fiant à un autre royaume, n'y vit que la perte de son indépendance, 
vendue par des hommes d'Etat hypocrites et corrompi^s, à une ri- 
vale oi^eilleuse et puissante. La noblesse d'Ecosse se considéra 
comme dépouiUée de son importance et humiliée aux yeux du pays. 
Les marchands et négocians perdirent le commerce direct entre 
l'Ecosse et les pays étrangers , sans pouvoir, pendant un temps, 
se procurer une part, dans celui des colonies anglaises. La popu- 
lace dans les villes , et les paysans dans tout le royaume, éprou- 
vèrent le dégoût le plus implacable pour l'Union. Les factions qui 
jusque-là avaient été opposées les unes aux autres, semblaient 
portées à se soulever à la première occasion qui se présenterait 
pour la rompre cette Union , et la cause de la famille des Stuarts 
gagna une armée de nouveaux adhérons , plutôt par aversion pour 
le traité que par amour pour le prince exilé. Une longue suite de 
désordres et de difficultés en fut la conséquence ; ils déchirèrent 
l'Ecosse par les discordes civiles , et inquiétèrent aussi TAngle- 
terre. Trois rébellions, dont deux prirent un caractère alarmant, 
peuvent en grande partie être attribuées au peu de popularité de 
cet acte national , et les mots « Prospérité à l'Ecosse et point d'U- 
nion , » furent l'inscription favorite gravée sur les lames des épées 
de 1707 à 1746. 

Mais quoique les passions et les préjugés pussent, pendant un 
temps, retarder et interrompre les avantages résultant de cette 



394 HISTOIRE IVEGOSSlE. 

grande mesure nationale , la Providence ne permit pas qa^ils 
fassent entièrement perdus. « 

La malheureuse insurrection de 1745-6 détruisit entièrement 
les espérances des Jacobites écossais^ et occasiona l'abolition des 
juridictions héréditaires et des redevances militaires qui avaient 
été à la fois dangereuses au gouvernement , et une grande source 
d'oppression pour les sujets» CSes mesures, qui firent individuelle- | 
ment un grand tort , furent un moyen final de renverser tout d'un 
coup la tyrannie féodale y d'éteindre la guerre civile, etd'assâ- 
miler TEcosse à l'Angleterre. Après cette époque ^ les avantages 
de l'Union furent graduellement reconnus et pleinement ressentis. * 

Ce ne fut pas néanmoins avant l'avènement au trône du feu roi 
que les effets bienfaisans de ce grand traité national furent gêné* 
ralement reconnus. A cette époque , naquit un esprit d'industrie 
autrefois inconnu en Ecosse ; et depuis , les deux royaumes , à leur 
profit mutuel, ont peu à peu oublié d'anciens sujets de discorde, 
et se sont unis cordialement, comme un seul peuple , pour Famé* 
lioration et la défense de l'île qu'ils habitent. 

Cet heureux changement , de la discorde à l'amitié , de la gnerré 
à la paix , de la pauvreté et de la détresse à la prospérité natio* 
nale , ne fut pas atteint sans hasards et sans périls ; et si je conti' 
nue cet ouvrage , depuis l'époque de l'Union jusqu'à Favénement 
de George III, je puis vous promettre que cette suite ne sera ni le 
moins intéressant ni le moins utile des travaux que votre grand* 
père a entrepris pour vous. 



FIN DE XA DEUXIEME SlÉRIE DE L^HISTOIRE d'i^GOSSE. 



t 



• 



TABLE 



DES CHAPITRES 



RBïtfEllMiS DAïrS LA PEtJXïiM*! SÉRIE DE L'HISTOIRÉ 

B'^COt^SE. 



^m^^^mmmmm* 



Dbdic4(«. 3 

Chavimb vmaicnai. Vragfèt «b U dviliMtioii. 5 

Chap. il Infirmités et maarais caractère d'Elisabeth dans les dernières années de sa rie. — • 
kténÊakv^ de imtqam Vf, agrMbU mus m rapport ••> Anf Wis. >^ AffiaafBee àm Éooslfis 
à kl CM» de Lonëres } ^ii«n11« «ntreeox «t les Anglais. •«- Cftinbat singsiier «atre Stettart 
ék WllMioa.*^ Atttntàt de sir John Ayres ebnthe lord Herbert* •>^ Assassinat de Tamer, 
maître d'armes» par demi p>9«i de l»rd §«iiftJiar; -^ laéention des troia assassins» •«.> 
Statuts oont'e l'assassinat par le poignard. 17 

CaAP* III, Jacques eamie de mettre les institntioQS d'Bcosse en barqionie arec celles d'Angle- 
teire.-MCoa;imis««ires nommés à cet eCtat. -^ Ce projet éehone« — Distinction entre les 
formes dn gouyememeot acclési«sii(}«e des 4«ax payait *^ Introduction de l'épiscopat 
4ms l'Eglise d'Ecosse, m- Les cinq articles de Pertb. •r— Le peuple est mécontent de ces 
innorations. 3o 

« 

Cbap. Vf, Désordres des frontières.-— Exemple caractéristiqned'nn mariage sur les frontières» 
— Querelle à mort entre les .Max^ells et les Jobnstones. — Bataille de Dryffesands. — 
Jacques use de t^out le pouvoir que lui donnent les lois, après son avènement au trône 
d'Angleterre. •— Mesure contre les maraudeurs des frontières. — Le clan de Graham 
transporté du lieu qui lui était contesté à Ulster en Irlande— Levée de troupes pour servi; 
à l'étranger. — Engagement mutuel des Chefs pour maintenir le bon ordre. — Poursuites 
sévères contre les délinquans* — • La ville de Benvick devient une juridiction indépendante. 89 

Cbap. V. Etat sauvage des îles occidentales on Hébrides. — ^ On étouffe les habitans d'Eigg , 
en remplissant de fumée une caverne où ils étaient cachés.-— Histoire d'AIlan-a-Sop. «^ 
Mort affreuse causée par la soif. — Massacre des habitans des basses terres qui étaient 
établis dans Lewis et Barris. -> Tontes les tle« atétdebUllés , excepté Skye et Lewis, 
offertes pour la somme de bnit isnts UTres sterling au marquts de Hudtley » qni refnse 
de les payer cette somme. 48 



396 TABLE DES CHAPITRES. 



CiAP. VI. Mépris Atê monUgihards pour !«• arti. — Histoire de Donald du Marteau.— Exécntioo 
da laird de Mac*Intosh par ordre de la marquise de Hnnllj,-~Massacre des Farqufaanons* ' 

— Baea de la tribu de l'Aufo. — Bzéeutioa du comte d'Orkaejr. 58 

I 

Giàp. Vn. La oow £iit sa résidence à Londres, il en résulte de malbeuieux effets pour 
rBcosse. —•Un grand nombre d'Ecossais quittent leur patrie, et prennent du service dns 
l'étranger. — D'antres parcourent l'Allemagne comme marchands ambulans. — ■ Le clergé 
presbytérien tente de mettre un terme aux querelles de familles , et de perfectionDer l'éda- i 

, cation.— Il établit les écoles paroissiales.— Jacques VI visite rBcosae en 16x7. — Sa mort , * 

•es eafans. 6S 

' Gaà». VIII. Le mécontentement ezdté pendant le rAgne de Jacques augmente sous celai de 
Charles^— Introduction de la liturgie anglaise dans l'Eglise d'Ecosse.^— CoTenant national. 
—L'armée d'Ecosse entre en Angleterre.— Concession du roi au Long-Parlement, d'après 
laquelle l'armée retourne en Ecosse. — Qiarles visite l'Ecosse , et gagne à la cause royale 
le marquis de Montrose. -« Partis des CaTaliers et des TdteS'Rondes* — • Arrestation ds 
cinq membres de la chambre des cobimunes — Guerre civile en^Angleterre. 76 

Cbam. IX. L'Ecosse envoie une armée pour soutenir celle du parlement. — Montrose prend 
avantage de l'absence des troupes, et étant joint par un corps d'Irlandais , il arbore l'éten- 
dard royal en Ecosse. — Bataille de Tippermnir , reddition de la ville de Perth. »- Af&ire 
du pont de Dee et sac de Pertb. ^-^ Fin de la campagne. 94 

GaAP. X. Invasion du comté d'Argyle par Montrose.— Batailles d'Inverlodiy, Anldeme, Alford 
et Kilsytb, gagnées par Montrose, qui devient, par la victoire remportée à Kilsytli, 
maître de tonte l'Ecosse. •— Il est nommé capitaine-goiéral, et lieatenant-gouvemsar 
d'Ecosse. — n marche sur les frontières. ^-^ Il est défait par Leslyt à Philiphaugh* •" 
Il se retire dans les montagnes et quitte l'Ecosse. J07 

Cbap. XI. Le clergé presbytérien s'interpose dans l'exécotion des prisonniers'faits k la bataille 
de Philiphaugh. -~ Réflexions sur les malheureux effets des persécutions religieuses.— 
Vues respectives des Indépendans et des PAsbytériens. — Succès de Cromwell. -«Le roi 
Charles se rend à l'armée écossaise. — Les Ecossais le livrent an parlement. xm 

Caip. Xn. Le roi est fait prisonnier par l'armée anglaise , il est enfermé dans le palais 
d'Hampton-Court. — Il s'évade et se réfugie dans Tile de Wight ; on l'emprisonne dans 
le château de Carisbrook. »-> Traité avec les Ecossais , connu sous le nom de l'Engags- 
ment. •— Les Engagistes entrent en Angleterre avec une armée , et|8ont défaits. -' Conr 
de haute justice convoquée pour juger le roi. — Le jugement. *^ Exécution de Charles iw. i34 

CaAP. Xin. Montrose descend dans les hantes terres; il est fait prisonnier et exécuté.— 
Charles II étant déclaré roi, arrive en Ecosse. — Invasion de Cromwell en Ecosse.— 
Bataille de Dunbar. — Couronnement de Charles II. — Il prend le commandement de 
l'armée, marche en Angleterre, est défait à Worcester et se sauve dans l'étrsnger.-^ 
Guerre en Ecosse sons le général Monk. — Cromwell se fait déclarer Lord^Protectenr des 
j^ubliques de la Grande-Bretagne et de l'Irlande. — Soulèvement de Glencaim.-* 
Exploits d'Evan Dhn de Lochid, chef des Camérons. '46 

Ghap. XIV. Administration de la justice en Ecosse sous Cromwell. — Impôts établis parlai. 

— Affaires de l'Eglise. — Résolutionistes et Remonstrators. — Procès en sorcellerie. »74 

Ckap. XV. Système de Cromwell en fait de gouvemementi-^a mort.— Avènement de Richard 
Cromwell au Protectorat. — Il abdique. — Anecdotes. —Le général Monk s'approche de 
Londres. -« Dissolution du Long-Parlement. •— Entrevue de sir John GrenriUe avec Monk. 



table: des chapitres. m 



•-« On propoie de rappeler la famille de» Stnarts. •— La restauration. *^ ArriTée de 
Qiarles II à DouTres. i86 

Gbap. XYI. Caractère de Charles 11. — Middleton eafojé comme grand>commissaire en 
Bcosse. — * Mesures du parlement écossais pour l'introduction de l'épiscopat.— « Procis et 
exécution du marquis d'Argyle» — Procès du juge Swinton et autres, —acte d'uniformité. 
— < Renvoi du clergé non-conformiste. -~ Le comte de Landerdale succède au pouvoir de 
Middleton. aox 

Cbap. XYU. ConTentitale8.-~Le Pentland se sonlère.— Bataille de Bullion-GreenwToléranee 
accordée; —Betirée..— Les Covenantaires proscrits.— Conventicnlea armés.— Superstition 
des CoTenantaires. -~ Persécution des CoTenantaires.— * A-ventures du capitaine Creichton. ai6 

Dur. XVIII. Descente d'une armée des hautes terres. •>- Loi des Lawburrows en faveur du roi , 
invoquée contre les gentibhommes de l'ouest. — Jugement et exécution de Mitchell, 
coupable d'assassinat sur la personne d'Honyman , évéque te Orcades. — Assassinat de 
l'archevêque Sharpe. -~ Les non<conformistes de l'ouest prennent les armes. — Défaite de 
Qaverhouse à Drumdog. — Le duc de Monmouth envoyé en Ecosse pour étouffer 
l'insurrection. »* Bataille de Bothwell-Bridge. aJx 

Chap. XIX. Le duc d'Tork administre les affaires en Ecosse. — Penécutiotia contre les Camé- 
ronicns. -~ Complots de Jerviswood et de Rye-House. -~ Mort de Charles II. a45 

Chap. XX. Invasion de Monmouth et d'Argyle. >^ Exécution de ce» deux seigneur». •-« Exécu- 
tion de Rnmbold, le principal conspirateur dans le complot de Rye-House..^ Empri- 
sonnement d'un corps de non-conformistes dans le château de Dnnottar. — Distinction» 
entre les deux partis des Wbigs et des Torys. -^ Plana de Jacques II pour la restauration 
du papisme. a58 

Chap. XXI. Tentative de Jacques II pour annuler l'acte du test et les lois pénalea contre le» 
catholiques romains. — Proclamation annulant le aennent de suprématie et le test. — 
Efforts prolongés pour établir l'ascendant du catholicisme. -^ Envahissement sur les droit» 
de l'université. — Poursuites contre les évéques. — Vues ambitieuses du prince d'Orange. 
— Elles sont modifiées par la naissance du prince de Galles. -~ Invasion du prince 
d'Orange. -^ Fuite de Jacques^ — Guillaoïne et Marie occupent le trâne d'Angleterre. 370 

Chap. XXII. Etat des affaires en Ecosse avant 1» révolution. — Tentative» de Jacque» pour 
mettre les Ecossais dans ses intérêts. —L'armée- écossaise reçoit l'ordre de marcher contre 
l'Angleterre, et à la fuite de Jacques elle sei joint au prince d'Orange. •-* Le capitaine 
Wallace est chassé d'Holyrood-Honse. — As-semblée de la convention écossaise. — Lutte 
entre le parti des Whigs et celui des Jacobil»s« — Le vicomte de Dundee se retire. — Le 
roi Guillaume prend possession du trdne.. — Distribution des chstrges de confiance en 
Ecosse. — M> Carstairs est consulté oonfide atiellement par le roi G«illaume* «91 

Chap. XXIIL Succès du roi Jacques en Iriande. - — Préparatift du vicomte de Dundee pour un 
soulèvement en faveur de Jacques en Ecosse. •— Querelle entre Mac-Do nald de Keppoch et 
Mac-Intosh de Moy. — Le général Mac-Kay m arche vers le nord contre J)nndee. — * Monve- 
mens des deux armées. —Bataille de Killiecra Jikie, et mort de Dunde». 3 10 

Chap. XXIV. Cannon succède è Dundee, il est d(' iliiit à Dunkeld. ->. Régime ni caméronien. — 
Escarmouche à Cromdale. — Pacification d es hautes terre», par l'inte rvention du comte 
de Breadalbane. *- Compagnie d'officier» j jtcobites an service franc ai» comme simple» 



S98 



TABtE DSS GHAPITRBS. 



soldats. «^ Rédnctioii da rocher de Bess. <~* Règiement des afiairet da l'Eglise. •— L'i 
nnoe. 3a3 



Cbap. XXV. Le massacre de Glencoe. 



336 



CmAf, XXVI. Projet d'^ublifsenaot d« rutkoie de Darin. «- MoridaGiiillaiuM. — ikv^M- 
mtm de la i«iae Ano*. 35o 



Cha». XXVII. But des partis en Ecosse. -~ Acte de succession en àngleterrre.. .— OpposItinB 
à cet acte en Ecosse et acte de s^curitéT'— Procès et ezécatioa da capitaine Green. — 



LUoio» 



3fi4 



VIS BB LA TÀ»LS BB LA OBWZiIbB sIeZB 



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